Salle affaire, par Swaen Boutu

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[24 heures de la nouvelle 2018 : Toute la nouvelle doit se dérouler dans une seule et même pièce.]

Le 3 juillet 13h22

Une jolie femme d’une quarantaine d’années avec la main droite entourée d’un bandage est assise sur une vieille chaise en plastique. Elle est en pleure face à deux gendarmes dans une petite salle délabrée. Un morceau de peinture du plafond est à deux doigts de lui tomber dessus, les odeurs de refermé et de poussière prennent le nez. Un magnétophone est en route sur la vieille table en bois. Le premier gendarme est un homme grisonnant avec un embonpoint mais l’air rassurant. Assis à ses côtés se trouve un second homme un peu plus jeune mais pas beaucoup plus svelte que le premier.

Le plus jeune des deux appuies sur le bouton d’enregistrement et dit « Nous somme le 3 juillet, il est 13h22 ». Puis l’autre prend la parole :
-Bonjour, je m’appelle Benoît. Je sais que c’est difficile pour vous, mais pouvez-vous vous présenter afin que l’information soit enregistrée ?

La femme lève la tête, ses yeux rougis par les pleures regardent autant les gendarmes que le vide qui se trouve derrière eux :
– Je m’appelle Jeanne-Marie Jourdan, je suis la femme de Michel Jourdan. J’ai 43 ans.
– Merci beaucoup, reprend le premier homme en uniforme pendant que le second prend des notes sur un petit carnet. Pouvez-vous nous expliquer ce qu’il s’est passé ? Pourquoi êtes-vous parmi nous cet après-midi ?
– En rentrant à la ferme pour ma pause déjeuné vers 12h30, j’ai retrouvé mon mari allongé dans la cuisine …
– Prenez votre temps, je sais que c’est difficile, mais on a besoin d’entendre ce qu’il s’est passé exactement. Dit le premier gendarme en tendant un verre d’eau à la femme.
– Mon mari était là près de l’évier, les pâtes étaient en train de cuire… Notre berger allemand, se trouvait au-dessus de mon mari, il avait du sang tout autour de la gueule. Quand il est venu me voir, j’ai vu que le visage de mon mari était… Elle pleure à nouveau.
– Oui ?
– J’ai vu que le visage de mon marie était écorché, j’ai immédiatement attrapé la casserole, et j’ai… tué mon chien.
– Et c’est après cela que vous nous avez appelés ?
– Oui immédiatement.
– Je vous remercie madame, nous allons vous laisser tranquille maintenant. Si vous voulez nous avons l’adresse d’une personne pouvant vous aider dans vos démarches administratives. Nous pouvons aussi vous donner l’adresse d’un psychologue qui pourra vous aider à surmonter cette épreuve.
Le plus âgé des gendarmes sort de la pièce et appelle « Lynda, tu peux venir s’il te plaît ? », se tournant vers la femme de la victime :

– Vous pouvez suivre Lynda qui vous aidera et vous conseillera pour la suite. Je vous souhaite bon courage. Nous vous tiendrons au courant si quoi que ça soit vient faire évoluer l’enquête. De votre côté n’hésitez pas à revenir si vous pensez à des choses qui vous semblent importantes.
– Merci officier, au revoir.
« Au revoir et bon courage » dirent les deux gendarmes en cœur.
Une fois la femme sortie de la pièce, les deux gendarmes commencent à ranger leur notes, la cassette est rembobinée.

– Quelle histoire, « meilleur amis de l’Homme», mon cul oui. Thomas, je pense qu’il faudra quand même vérifier, mais le chien avait probablement la rage ou un truc comme ça.
– Ouai, je m’occupe de ça.

La porte se referme.

Le 5 juillet 00h17

Un gendarme arrive dans la salle d’interrogatoire avec un type ivre et couvert de vomi accroché à son épaule :

« Tiens allonge toi là, il faut vraiment que tu arrêtes de te mettre minable comme ça André ! Un jour tu vas finir par te faire renverser par une bagnole ou un truc comme ça… Ca me ferait vraiment chier »

L’homme ne répond pas, il s’écroule sur le sol et se met à ronflé en 5 minutes.

« Bon ben comme d’hab’, on se revoit demain matin et tu me diras que tu n’as pas de problème avec l’alcool. Putain je sais que la vie est parfois difficile, mais là depuis 10 jours c’est tous les soirs. Qu’est-ce qu’il se passe dans ta vie ? »

Après 5 heures d’un sommeil agité l’homme couvert de vomi se lève et quitte la salle encore un peu tremblant.

Le 13 juillet 10h25

La salle est remplie par 4 personnes en uniforme. Le premier à prendre la parole est un gendarme d’une cinquantaine d’années, l’air sportif. A ses côtés se trouve une femme d’une trentaine d’années, elle aussi en uniforme de gendarme.
– Bien, mettons-nous au travail, de toute évidence, nous avons affaire à quelque chose de plus grave qu’un chien s’en prenant à son maître. Marie et moi sommes venus de Paris pour vous aider, nous ne sommes pas là pour vous faire de l’ombre ou je ne sais pas quoi. Personnellement la seule chose qui m’intéresse est d’arrêter le salaud qui tue ces hommes.
– Bien sûr, répond Benoît, il n’y a aucune ambiguïté là-dessus. Cette affaire nous dépasse est on est bien content que vous soyez là.
– Bien. Dites-moi tout du coup, que savez-vous ?
– Le 3 juillet, madame Jeanne-Marie Jourdan nous a appelé à douze heures cinquante-trois pour nous dire que son mari avait été attaqué par son chien dans la cuisine de leur ferme. Elle revenait de son travail de secrétaire pour manger avec son mari. Nous avons pris sa déposition dans cette même pièce, voilà la cassette. Le vétérinaire du village d’à côté, monsieur Percout, a fait une analyse de sang du chien, il avait une variante de la rage. Nous avons donc conclu à un accident domestique. Mais hier, nous avons eu un nouvel appel. Le vétérinaire ayant fait l’analyse a été retrouvé mort près de sa voiture. Il revenait d’une intervention pour faire vêler une vache dans une ferme qui se trouve à la sortie du village. Une passante ayant vu une voiture sur le bord de la route nous a appelée à 7h34. La victime avait aussi le visage écorché. Nous avons interrogé le paysan, monsieur Ducant, qui nous a confirmé que le vétérinaire avait quitté la ferme vers 4h du matin.
– OK, donc ça fait 2 morts en 10 jours, le lien peut-être l’analyse. Il faudrait refaire cette analyse, vous pensez que c’est encore possible ?
– Le chien a été incinéré le 7 juillet. Mais il reste peut-être un échantillon de sang dans le laboratoire qui a fait l’analyse, je vais me renseigner.
– Pouvez-vous faire revenir madame, fouillant ses notes, madame Jourdan ? Le vétérinaire avait-il une femme ? Si oui, pouvez-vous la faire venir aussi s’il vous plaît ?
– Oui, nous sommes allés lui annoncer la nouvelle ce matin. Nous allons les faire venir ici.
– Merci.

Le 13 juillet 12h15

Une femme aux cheveux blancs se trouve en face de la gendarme, un gobelet en carton à la main. Le magnétophone est en route à un bout de la table. La gendarme prend la parole en ouvrant son carnet de notes :
– Bonjour madame Jourdan, je m’appelle Marie, je suis venu de Paris pour essayer de comprendre ce qui se passe. Je sais que les événements sont encore frais pour vous, mais j’ai besoin que vous me donniez quelques informations. Pouvez-vous me dire si votre mari et le docteur Percourt se connaissaient ?
– Évidemment, Jean est le vétérinaire de la ferme, c’est d’ailleurs devenu un ami avec le temps. Il était le témoin de mon mari à notre mariage. D’ailleurs, il faisait du poker une fois par mois chez lui.
– Pouvez-vous me dire quand était la dernière soirée poker ?
Elle sort son portable et répond :

– Oui précisément. Elle a eu lieu le 23 juin, ils en font toujours une avant la saison. La prochaine était prévue en septembre.
– Et vous, que faites-vous pendant ces soirées ?
– On se retrouve entre femmes, pour aller au cinéma
– Pouvez-vous nous dire qui d’autre est présent à ces soirées ?
– Oui ils étaient 3 : mon mari, Jean et André. André Dumont, le boucher du village.
– Avez-vous les coordonnées de monsieur Dumont ?
– Oui, les voilà, dit-elle en tendant son portable à l’agent de gendarmerie
– Se tournant vers le magnétophone, Madame Jourdan me tend un téléphone avec les coordonnées téléphonique et postales de monsieur Dumont. Se tournant à nouveau vers son interlocutrice, merci beaucoup madame.

Puis se levant : « je ne vais pas vous retenir plus longtemps, je vous souhaite bon courage. Il est possible que je vous demande à nouveau de venir nous voir, mais pour le moment, je vous laisse tranquille. »

Les deux femmes sortent de la salle.

Le 13 juillet 13h45

– Bonjour madame Percourt, je suis vraiment désolé que nous nous rencontrions dans une telle situation. Je m’appelle Marie et voici Pierre. Nous sommes venus de Paris  pour comprend se qui a pu se passer et trouver la personne qui a fait ça. Je sais que c’est difficile pour vous, et nous pouvons arrêter cet entretien quand vous le souhaitez, mais je dois vous poser quelques questions. Cela vous convient-il ?
Les yeux rougis par les pleurs, elle répond :

– Je comprends, il faut qu’on trouve qui a fait ça à mon mari.
– Tout d’abord pouvez-vous nous donner votre nom ?
– Je m’appelle Anne-Marie Percourt.
– Nous savons que votre mari était proche de monsieur Jourdan, pouvez-vous nous dire quelle était leur relation ?
– Mon marie et Michel était meilleurs amis depuis des années maintenant. Ils se connaissent depuis que Michel a repris la ferme de son père, il y a 30 ans. Mon mari est le vétérinaire de toutes les fermes des environs, mais avec Michel, ils étaient vraiment amis.
– Je comprends, avez-vous vu une modification dans leurs rapports ces dernières semaines ?
– Non, pas vraiment, ils sont tous les deux très occupés. La dernière fois qu’ils se sont vus c’était pour leur soirée « Poker » le mois dernier.
– Pourquoi avoir fait des guillemets avec vos doigts au moment où vous disiez « poker » ?
– Lors de la dernière soirée que nous faisions en parallèle de leur soirée, Isabelle, nous a dit avoir vu des SMS dans le portable de son mari. Il semble que leurs soirées « poker » était plutôt des virées en Belgique pour aller dans des maisons closes.
– Isabelle ?
– Isabelle Dumont, la femme de André Dumont le boucher avec qui mon mari et Michel faisait leurs soirées.
– Comment avez-vous réagi quand vous avez appris cela ?
– Je ne l’ai pas cru. Nous n’en avons plus parlé car il était l’heure de notre séance de cinéma.
– Depuis en aviez-vous reparlé avec votre mari ? Avec vos amies ?
– Non je n’en ai pas reparlé. J’aurai peut-être dû, maintenant je ne saurai jamais la vérité. Elle se met à pleurer.
– Je suis désolé de devoir vous poser toutes ses questions.

La porte s’ouvre, Benoît apparaît. Excusez-moi de couper l’entretien, mais pouvez-vous venir s’il vous plaît ? Le gendarme se lève et quitte la pièce alors que Marie reste avec la femme de la victime. Après un quart d’heure. Il revient, Madame Percourt est toujours en train de pleurer alors que la gendarme tente en vain de la réconforter.

Pierre dit alors :
– Madame Percourt, Lynda ici présente va vous raccompagner chez vous. Elle vous indiquera aussi les coordonnées de personnes qui pourront vous aider à surmonter cette épreuve.
Marie se lève, aide la femme à se lever et la laisse au bon soin de la secrétaire qui s’empresse de la prendre par les épaules pour l’aider à avancer. Une fois le couple assez loin, Pierre dit:

– On a retrouvé madame Dumont un couteau à la main en train de massacrer son mari. On va l’envoyer directement au commissariat de la sous-préfecture on sera plus à l’aise pour l’interroger et des équipes seront présentes sur place pour éviter tous problèmes
– Ok, je prends mon manteau et j’arrive.

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2 thoughts on “Salle affaire, par Swaen Boutu

  1. J’ai un doute, mais la dernière épouse serait-elle à l’origine des autres meurtres ?
    Ou ses dames ont rendu service en trio vengeur ?
    Une impression qu’il manque un bout aussi.

  2. Quelques fautes d’orthographe par-ci par-là mais rien de grave pour la lecture ; un drame policier raconté simplement, ça marche bien 🙂

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