La Pluie, par Alex Evans

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[24 heures de la nouvelle 2018 : Toute la nouvelle doit se dérouler dans une seule et même pièce.]

Karen franchit le seuil de la caverne en dégoulinant d’eau comme d’habitude, le poids rassurant du M16 sur son épaule. Il ne restait plus que deux boîtes de cartouches. Il allait bien falloir en trouver si elles rencontraient des purificateurs, des bouffeurs ou même simplement pour survivre l’hiver. Leurs maigres réserves de nourriture ne résisteraient pas à l’humidité et pourriraient bientôt. Il leur faudrait chasser. Cela devenait de plus en plus difficile. Les cartouches qui n’avaient pas été récupérées au début de l’épidémie étaient imprégnées d’humidité, aussi efficaces que des pétards mouillés et Karen n’avait pas la moindre idée de la façon dont on faisait un arc. Rien dans son éducation bourgeoise ne l’avait préparée à la situation.

Comme tous les soirs, elle se retourna et scruta une dernière fois le paysage, à l’affut de tout signe de présence hostile. L’entrée de leur caverne, n’était qu’une ouverture étroite, facile à barricader et dissimulée par un bosquet d’arbustes. De là, le terrain boisé descendait en pente sur une cinquantaine de mètres jusqu’à une ancienne aire d’autoroute avec ce qui restait d’une station-service et un parking envahi d’herbes folles où finissaient de pourrir quelques voitures. Comme d’habitude, le paysage était gris et semblait se fondre encore davantage en bouillie à la tombée de la nuit. Le bruit de fond de la pluie s’intensifia, mais Karen ne lui prêtait plus attention. Le monde était détrempé, imbibé, saturé d’eau. Tout, depuis le sol boueux où ses bottes s’enfonçaient avec des bruits de succion, et jusqu’aux draps du lit qu’elle partageait avec Alicia. La nourriture moisissait dans son emballage, des algues brunâtres se multipliaient dessus, des champignons avaient ravagé la récolte du potager. Il était de plus en plus difficile de faire un feu. Il n’y avait pas eu d’été. Seulement une pluie ininterrompue depuis plus d’un an. Le monde entier semblait pourri, moisi, réduit en bouillie, en voie de décomposition. Peut-être était-ce ça, le nouveau Déluge: un lent pourrissement plutôt qu’un grand cycle de lavage machine comme le prétendait son père. Mais il ne restait que peu de pêcheurs à achever.

Elle allait rentrer et mais quelque chose bougea dans un coin de son champ de vision. Une silhouette tapie derrière la carcasse rouillée de la 4X4. La silhouette se redressa, laissant deviner dans la pénombre de grands yeux exorbités dans un visage mangé de taches écarlates. Un bouffeur!

Toute pensée rationnelle s’évanouit dans son esprit. Elle émit un cri inarticulé. La seconde suivante, Alicia était à son coté.

— Quoi? Où?

Karen pointa le bouffeur du doigt. Cependant, il ne faisait pas mine de se ruer sur elles, toutes dents dehors. Il fit lentement quelques pas. C’était une femme, âgée et si maigre qu’on aurait dit qu’il n’y avait que du vieux cuir tendu sur son squelette difforme. Son bras avait dû être cassé et s’être ressoudé sous un angle impossible, elle était torse nu, ses seins plats pendant le long de ses côtes. Une masse de cheveux gris et sales, dégoulinants de pluie tombait sur ses épaules et un short déchiré et crasseux couvrait la moitié inférieure de son corps, peut-être par un reste de pudeur. Au bout de ses orteils, ses ongles noirs étaient aussi longs que des griffes. Elle ne bougea pas, les fixant de ses grands yeux, mais Karen n’y voyait pas la moindre trace de folie.

— Comment se fait-il que tu ne sois pas un bouffeur? finit-elle par demander.

— Je ne sais pas… articula la femme d’une bouche aux dents jaunes et irrégulières. J’ai les taches depuis longtemps, alors j’aurais dû me transformer… Peut-être que c’est juste pas encore arrivé.

— Il y en a d’autres avec toi?

Elle secoua la tête, ses cheveux informes dégoulinants de pluie.

— Qu’est-ce qu’on fait? chuchota Alicia.

Karen hésita une fraction de seconde. Laisser entrer une femme qui pouvait se transformer et les dévorer à n’importe quel moment… D’un autre coté, elle avait l’air tellement pitoyable… Elle ne savait pas qu’elle avait encore en elle un reste de compassion. La femme dut percevoir son hésitation, car elle dit soudain:

— J’ai à manger!

Avant que Karen n’ait eu le temps de réagir, elle s’était ruée derrière la carcasse de la 4X4. Elle réapparut une seconde plus tard, brandissant un paquet de tissu ensanglanté.

— Qu’est-ce que c’est?

— De la viande.

— Quel genre de viande ? demanda Alicia.

Elle haussa ses épaules déformées.

— De la viande.

Karen sentit les poils de sa nuque se hérisser.

— On n’en veut pas.

— Elle est belle! Pas pourrie! Il était mort quand je l’ai trouvé.

— Va-t-en! cria Alicia d’une voix tremblante.

Ça doit quant même être un bouffeur, pensa Karen. Un bouffeur avec une cervelle. Elle peut nous arracher la tête sans efforts avec ses bras décharnés.

La femme les regarda toutes les deux de longs instants sans parler. Lorsqu’elle ouvrit la bouche en fixant Alicia, ce qui en sortit était totalement inattendu.

— Elle te tuera, tu sais.

Alicia ne répondit pas, prise de court par ce commentaire.

— Quoi ? Oui, si nous sommes acculées par une bande de purificateurs. Ou des bouffeurs. Ou si j’en deviens un.

— Oh, elle te tuera bien avant. Quand ça l’arrangera. Je vous ai observées depuis des jours et…

Des jours ? Une femme prête à se transformer en bouffeur, ou peut-être même déjà transformée qui les avait guettées, tapie dans l’ombre ?

— Va-t-en ! cria Karen d’une voix suraigüe.

La femme se balança d’un pied sur l’autre. Alicia serra nerveusement son fusil. Finalement, elle fit demi-tour et disparut derrière les ruines de la station-service. Les deux compagnes restèrent là de longues minutes, tendant l’oreille. Mais on n’entendait rien d’autre que le clapotis de la pluie et le glou-glou des ruisseaux qui s’écoulaient sur le sol. Finalement Alicia abaissa son arme et recula. Peut-être auraient-elles du l’abattre songea Karen. Maintenant, elle pouvait revenir au milieu de la nuit et…

Elle posa la carpe près du poêle, tandis qu’Alicia verrouillait soigneusement la porte. Autrefois, elle détestait le poisson. C’était avant qu’elle ne découvre la faim. Maintenant, ces créatures étaient aussi radioactives qu’un bidon d’uranium enrichi, mais elle s’en fichait. Elle serait morte du virus longtemps avant d’avoir développé l’ombre d’un cancer.

Alicia s’accroupit devant le poêle.

— Alors, t’as eu quelque chose? demanda-elle.

— Une carpe et un sac en plastique.

Elle esquissa un sourire.

— Super! Je vais arriver à faire du feu…

C’était ça qui l’épatait avec sa compagne: elle parvenait encore à sourire alors qu’elle-même ne trouvait plus rien dont elle pouvait se réjouir. À part Alicia. Elle avait dû avoir huit ou dix ans au début de l’Epidémie et avait réussi à s’adapter, alors que Karen se contentait de survivre. Elle suivait Karen sans jamais poser de question, sans doute parce que tous les chemins se valaient pour elle dans ce monde qui sombrait.

Alicia était aussi maigre qu’un épouvantail et ses cheveux courts qu’elle ne prenait plus la peine de coiffer, comme Karen, pointaient dans toutes les directions comme des barbelés. Les deux taches sur son avant-bras gauche s’étaient assombries et il sembla même à Karen qu’une troisième s’esquissait près du coude. Elle rejeta rapidement cette pensée. Ses propres taches remontaient aux épaules. Lorsqu’elles parviendraient au visage elles se transformeraient en bouffeurs sans âme ni raison. Mais il y avait encore un peu de temps. L’incubation du virus pouvait durer des années. De toute façon, elles pouvaient mourir bien avant toutes les deux. De faim. D’une autre maladie. Dévorées par un bouffeur ou massacrées par une bande de purificateurs.

Personne ne savait comment l’Épidémie avait commencé au juste. Certain avaient dit que c’était une attaque terroriste. D’autres, un virus de la rage modifié, échappé d’un laboratoire gouvernemental. Tout cela, Karen s’en foutait. L’incubation durait des mois ou des années, recouvrant progressivement le corps de taches pourpres, jusqu’à faire ressembler le visage à un masque de carnaval. Ensuite la maladie éclatait et la pauvre victime, se jetait sur tout ce qui bougeait, homme ou animal, pour le dévorer, jusqu’à mourir d’épuisement au bout de quelques semaines. On avait d’abord parqués les infectés dans une zone sanitaire aussi grande que le Montana. En ce temps-là, quelques organismes de charité venaient leur apporter de la nourriture. Puis de moins en moins. Et il y eut de plus en plus d’infectés. La « zone sanitaire » s’était étendue jusqu’à englober tout le pays. Plus rien ne marchait. Plus d’électricité, plus d’eau plus de nourriture… Les quelques centrales nucléaires s’étaient arrêtées et avaient relâché leurs déchets dans les rivières ainsi que quelques usines chimiques. Quant aux hommes, beaucoup étaient morts de faim et de violence, bien avant d’être frappés de la maladie.

Maintenant, les survivants s’évitaient. Ils vivaient loin les uns des autres, attendant la mort séparés par des dizaines de kilomètres. Les seuls qui vivaient en groupe étaient les purificateurs, des gangs fous qui parcouraient le pays en prétendant chasser les bouffeurs. Ils pouvaient aussi bien chasser d’autres purificateurs, de futurs bouffeurs, comme les deux femmes ou les rares individus encore épargnés par le virus. Lorsque dans leur groupe, un individu était prêt à se transformer, ils le laissaient partir avec un jour ou deux d’avance, avant de se lancer à sa poursuite et le massacrer sauvagement. Parfois, lorsqu’ils s’ennuyaient ou manquaient de nourriture, ils tiraient au sort l’un d’entre eux pour leur servir de proie. C’était pour eux un jeu, un passe-temps en attendant la mort. Karen avait parfois croisé les restes de leurs victimes. Elle préférait encore être dévorée par un bouffeur.

 

Alicia avait réussi à allumer le feu et soufflait délicatement sur les flammèches. L’odeur répandue par le sac en plastique était atroce, mais ici, dans ce monde qui se noyait, il était une bénédiction. Il se consumait, même mouillé.

— Tu crois qu’elle va partir ? demanda-t-elle.

Karen sentit la fumée lui brûler la gorge. Pas question d’ouvrir la porte avec cette créature, dehors.

— Sais pas. Elle sait qu’on a des armes.

Elle ne put retenir une quinte de toux.

— Il faudrait aller fouiller la ville, dit-elle après avoir retrouvé sa respiration. On n’a plus que deux paquets de cartouches.

— On n’a trouvé que celles-là la dernière fois. Et même s’il y en a d’autres, elles seront humides, comme tout le reste…

— Il doit bien y en avoir, s’entêta Karen. On n’a peut-être pas bien regardé…

— Plus de cartouches, ça devait bien arriver un jour, non? Il n’y en a pas un nombre infini… dit doucement sa compagne.

Un long ululement perçant, inhumain traversa la paroi de la caverne, puis un deuxième. Et un troisième. D’un même mouvement, les deux femmes saisirent leurs armes. Aucune n’avait besoin de parler. Seuls les purificateurs faisaient des bruits pareils. Alicia éteignit le feu. Karen se précipita vers la porte et colla son œil au judas qu’elles avaient bricolé. Bientôt, une quinzaine de silhouettes vêtues de haillons, le visage couvert de peintures déboula sur l’ancien parking, hurlant, riant à gorge déployée, des rires de dément. Un autre hurlement, celui d’une bête blessée, vrilla les oreilles de Karen. Ils trainaient la femme qu’elles venaient de rencontrer comme un sac poubelle sur le sol, ligotée du cou jusqu’aux pieds.

— On a la dinde ! hurla une voix rauque.

— Une dinde rôtie ! reprirent les autres de leurs voix dissonantes.  Dieu soit béni pour cette dinde !

Ils entonnèrent un chant de Thanksgiving, un hymne terrible, sans harmonie, ni cohésion.

— Hé ! fit une autre voix, il faut faire une farce !

— Une farce ! Une farce ! répétèrent-ils en un chœur hétéroclite. La femme gigotait  et ruait de ses jambes entravées. Trois purificateurs s’assirent sur elle en riant.

— Hé ! Faut lui bourrer la panse ! fit un grand gaillard efflanqué en sortant de ses oripeaux un long couteau de boucher. Dépliez-la !

D’un geste exercé il lui fendit le ventre. Un autre hurlement de bête retentit aux oreilles de Karen. Presqu’instinctivement, elle leva son fusil. Alicia lui saisit le bras.

— Allons-nous-en tant qu’ils sont occupés, chuchota-t-elle.

Elle hésita. D’autres membres de la meute parcouraient peut-être la zone. L’entrée de la caverne était difficile à déceler. Elles étaient plus en sécurité à l’intérieur.

— On reste là.

Les hurlements de la femme devinrent de plus en plus faibles. Alicia s’était blottie au fond de la caverne, derrière le  poêle, les mains sur les oreilles. Puis les purificateurs lui bourrèrent la bouche de morceaux de sac en plastique et on ne l’entendit plus. Bientôt, une odeur de viande grillée leur parvint de derrière la porte. Karen fut prise de hauts le cœur.

 

 

Elles passèrent la nuit tapies dans leur caverne, les mains serrées sur leurs armes. Répus, les purificateurs chantèrent et jouèrent au foot avec le crâne de la femme, avant de s’endormir vers deux heures du matin. À l’aube, ils rongèrent quelques os, avant de lever le camp sans prêter la moindre attention à leur cachette. Cependant, elles n’osèrent sortir de la journée. Ni l’une ni l’autre ne prononça un mot. L’esprit de Karen était comme engourdi. Finalement, alors que la nuit tombait à nouveau, Alicia alla ouvrir la porte.

— Ne sors pas, chuchota Karen. Ils sont peut-être encore là, cachés. Ils ont pu voir nos traces près du ruisseau.

— OK. Je veux juste respirer un peu d’air. On… On devrait l’enterrer.

Keren ne comprit pas tout de suite de qui elle parlait.

— …Ouais. Demain. En attendant, ferme la porte.

Alicia se retourna.

— Tu crois qu’on peut faire du feu ? J’ai faim !

— Demain. Les odeurs, ça voyage loin !

Sa compagne lui jeta un drôle de regard et ferma la porte. Elle la verrouilla avec application, puis alla s’allonger sur le lit. Elle devait être contrariée de ne pas pouvoir manger le poisson, se dit Karen. Mais c’était mieux que de servir de repas aux purificateurs.

Alicia se retourna pendant une demi-heure, puis finit par s’endormir, épuisée. Karen s’allongea à ses cotés, mais ne put l’imiter. Qui pouvait prédire si les purificateurs étaient vraiment partis ? Il allait falloir faire très attention. De plus, elles n’avaient plus grand chose à manger. Il n’y avait plus que leurs fusils et quelques cartouches. Et surtout… Le drôle de regard qu’Alicia lui avait lancé. Ce n’était pas le premier. Elle l’avait regardé plusieurs fois comme ça, à la dérobée durant la journée. La veille, avec les purificateurs, Karen ne s’était pas soumise à son rituel quotidien: s’examiner dans le miroir. Elle se leva doucement. Alicia grogna quelque chose d’indistinct en espagnol. Peut-être rêvait-elle encore à sa famille. De ce point de vue-là, Karen avait eu de la chance: elle n’avait aucune attache au début de l’Épidémie. Élevée dans une petite ville du Midwest, se parents adoraient son frère et ne lui accordaient que le strict minimum d’affection. Ils l’avaient jetée dehors quand elle leur avait avoué être lesbienne et depuis, elle n’avait jamais cherché à s’attacher. Trop de problèmes. Mais maintenant, La vie était différente, bien sûr. Vivre… Et tout ça pour quoi ? Si par quelque miracle, elles parvenaient à échapper aux purificateurs, à un bouffeur errant, et survivre à l’hiver, c’était juste pour retarder l’inéluctable: se transformer en bête folle… Vivement la mort. La paix…

Elle fouilla dans la poche de son jean et en tira le vieux poudrier qui ne la quittait jamais. Elle l’ouvrit et se rapprocha d’une fente entre la porte et la paroi rocheuse qui laissait passer les dernières lueurs grisâtre. Une énorme tache rouge s’étalait sur sa joue gauche. Le début de la fin. On disait que les chocs émotionnels accéléraient les processus. Elle n’en avait plus pour longtemps. Bientôt, elle allait se transformer en bouffeur et de se ruer toutes dents dehors sur Alicia. Autant se tirer une balle dans la tête tout de suite.

Et laisser Alicia seule. Sa douce et fragile Alicia. Elle n’allait jamais survivre seule dans cet enfer qu’était devenu le monde. Ensemble, cela avait été tout juste possible. Seule, non. C’était le bout du chemin pour toutes les deux.

Elle prit silencieusement le fusil posé contre le mur, une précaution inutile, la jeune femme dormait comme un bébé.  Elle retira le cran de sécurité et pointa le canon sur sa poitrine. Elle ne supportait pas l’idée d’abîmer son visage. Le bruit allait porter, mais ça n’aurait plus aucune importance. Elle ferma les yeux et appuya sur la gâchette.

Elle compta lentement jusqu’à dix, pour être sûre de ne pas voir de soubresauts d’agonie. Elle se glissa contre sa compagne dans le lit plein de sang et l’enlaça de son bras droit. Du gauche, elle cala le fusil le long de son flanc, comme un amant, l’extrémité du canon contre sa tempe. La position était inconfortable, mais quelle importance. La paix… Elle pressa la détente à nouveau.

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7 thoughts on “La Pluie, par Alex Evans

  1. Ce texte nous replonge dans l’ambiance sombre d’un univers post-apocalyptique que tu sais si bien décrire. Je dois bien avouer que jusqu’à la dernière ligne, j’espérais une fin plus optimiste… (je suis incorrigible 😉 )
    Félicitations !

  2. Univers fort réaliste si on en croit le passé de l’humanité.
    Au moins ont-elles tenu jusqu’au bout, ensemble.
    Triste mais belle lecture.
    Merci pour le partage.

  3. L’univers post apocalyptique est décrit de manière saisissante et on se prend à rêver que les deux héroïnes vont s’en sortir, hélas!

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