Vāhana, par Marthe Machorowski

Kindle

[24 heures de la nouvelle 2017 : Un moyen de transport doit être important pour l’intrigue.]

Théo se redresse difficilement. À quarante-cinq ans, on a perdu la souplesse de la jeunesse. Rester des heures durant courbé, ou à croupetons, quand ce n’est pas à plat ventre, ou au contraire juché sur un escabeau branlant, ça ne fait pas exulter les tendons, les muscles ni Dieu sait quoi d’autre dans la mécanique corporelle. Et toute cette peine pour presque rien : fignoler le dernier détail, assurer la solidité de la dernière cheville, poser la dernière touche de peinture. Maia lui dira pour la nième fois qu’il est maniaque. Eh oui, il est maniaque, mais après tout, c’est son grand projet. Sans doute le dernier qu’il aura l’occasion de mener à bien. Il recule, considère son œuvre. Posée sur ses cales, toute prête à glisser sur sa rampe vers la surface de l’étang, la coque gracieuse se courbe comme un arc. Seule la forme rectangulaire de la cabine vient rompre l’élan des lignes. En réduction, c’est exactement la barque solaire retrouvée en pièces détachées à côté de la Grande Pyramide et reconstituée par les archéologues. Le dieu Râ était censé y accomplir son périple diurne et nocturne, et y inviter le pharaon défunt. Théo a suivi point par point le schéma de montage de l’antique embarcation. La barque est aussi parfaite qu’elle devait l’être lorsqu’on a construit sa jumelle ou plutôt le modèle originel pour accompagner Kheops dans son dernier voyage, par-delà l’horizon d’Occident. Parfaite… il le saura si le test ultime est positif. Sans ça il n’a pas fini de s’entendre traiter d’hurluberlu. Le CNRS enterrera tous ses projets, et sa carrière avec. Déjà cette fois on l’a laissé se débrouiller quasiment seul. À peine quelques ouvriers payés pour le gros œuvre. Et toutes les économies familiales sont passées dans l’achat de ce maudit bois de cèdre. Il a vraiment de la chance que sa femme n’ait pas perdu patience.

Une main se pose sur son épaule. Il sursaute. Maia ! Il ne l’a pas entendu arriver. Elle le fixe gravement. Il ébauche un petit sourire contrit.

— Eh bien, tu vas pouvoir récupérer ton mari. Même en cherchant bien, je ne trouverai pas d’excuse pour prolonger la construction. Il va falloir passer au test décisif. Et après…

— Oh, après, tu trouveras un autre projet pour t’y noyer corps et biens.

Il essaie de rire

— Je suis si infect que ça, comme mari ?

Les yeux gris de Maia s’assombrissent, les coins de sa bouche frémissent un peu.

— Je savais qui j’épousais. Un rêveur incorrigible. De la pire espèce. Celle qui cherche à matérialiser ses rêves. C’était mon karma, que veux-tu !

Elle s’écarte un peu, considère l’œuvre de son mari. Ah oui, bien sa chance, que l’homme de sa vie ait à la fois hérité de sa famille les connaissances des charpentiers de marine et acquis par ses études la curiosité insatiable des historiens et des archéologues ! D’accord, c’est très tendance, de ressusciter les techniques et les objets du passé pour mieux le comprendre, mais de là à reconstruire cette barque, pratiquement à leurs frais ! Si jamais il échoue, si ce… machin coule au premier essai… Elle secoue ses pensées moroses, se détourne :

— Allez, viens manger ! Alba n’en peut plus de t’attendre. Elle devrait déjà être couchée.

— Mais tu aurais dû la faire manger, vous auriez dû dîner toutes les deux, sans m’attendre !

— Tu sais bien qu’elle voulait voir son papa avant de dormir. Elle est plus tenace que moi, ta fille. Elle va te donner du fil à retordre, quand elle grandira.

En sortant du hangar, Théo plisse les yeux pour observer les derniers rayons du soleil couchant, au-dessus de l’étang. Après une journée pluvieuse, le ciel se dégage, joue une fantasmagorie de nuages roses et dorés sobrement ponctués de sombre. Il se réjouit d’avoir installé son foyer sur un rivage, même si ce n’est pas celui de la mer. Après tout, de l’étang on arrive au canal, et si on suit le canal jusqu’au bout…

— Théo ! Tu viens ?

— Oui, oui !

Il se hâte, contourne le hangar, glisse sur l’herbe mouillée, trébuche sur le perron creusé par d’innombrables passages, s’appuie sur les solides moellons du mur imbibés de soleil, de pluie. De temps. La maison est très ancienne, tellement enfoncée dans le sol que les ouvriers qui l’ont restaurée ont trouvé sous les caves encore d’autres caves, peut-être un sanctuaire souterrain consacré au dieu Mithra. Tiens, c’était prédestiné ! Il reconstruit la barque de Râ sur l’emplacement d’un ancien sanctuaire, comment dire, de son collègue, puisque Mithra est un dieu du soleil. Une chance d’avoir pu acheter ce site et cette maison pour une bouchée de pain. Maia n’a pas trop apprécié. Ces sortes de profondeurs et de mystères l’angoissent. Mais elle n’a pas pu refuser l’emplacement, l’espace, l’économie. Et Alba ? Non, elle ne risquait pas de dire quoi que ce soit, elle était encore dans le ventre de sa mère !

— Théo !

— Papa !

Là, plus d’échappatoire, il doit vraiment y aller.

 

Une semaine plus tard, le cousin Corentin et le cousin Yves sont venus prêter main forte. Par une belle matinée, ils ont ôté les cales, donné à la barque l’impulsion nécessaire. Elle a piqué du nez vers l’étang, s’est redressée dans une gerbe d’éclaboussures et, ô bonheur, s’est mise à flotter tranquillement. À bord, Théo manœuvre seul les voiles et le gouvernail, une espèce de godille. Pas question de faire prendre des risques à qui que ce soit d’autre. Surtout pas Maia, même si elle est un excellent matelot. Après un voyage très court, il ramène l’embarcation à la rive, où il l’amarre. C’est la belle saison, inutile de se donner la peine de la hisser dans le hangar…

Le succès a été largement fêté, les cousins, remerciés chaleureusement, sont repartis, le CNRS, avisé, promet d’envoyer une délégation… dans un mois. Bien, on patientera. En attendant, Théo se familiarise avec la manœuvre du gracieux bateau, et a même convaincu Maia et Alba d’être ses passagères ou plutôt ses matelots. Pour ses douze ans, Alba promet d’être aussi fine manœuvrière que sa mère. Et elle rame avec énergie. En la regardant, toute blonde de cheveux comme maman mais brune de peau, comme papa, avec des yeux noirs… hérités de quelque ancêtre inconnu, Théo se sent très humble. « Les enfants viennent par nous, non pas de nous ». Qui donc a dit cela ? En tout cas, c’est un beau travail d’équipe qu’ils arrivent à accomplir. La barque solaire commence à devenir un membre de la famille. On se prend à redouter le moment où il faudra la livrer aux autres, en faire un objet d’étude. Dès qu’elle arrive de l’école, Alba demande sa promenade, et après tout pourquoi pas, plus souvent on renouvelle l’essai, plus la démonstration sera concluante : oui, l’embarcation funéraire des pharaons était bien conçue pour flotter, et même pour naviguer, que ce soit à la rame ou à la voile !

Alba et Maia s’interrogent aussi sur les hiéroglyphes que Théo s’est astreint à peindre sur la coque et à divers endroits stratégiques. Il est historien, mais pas égyptologue, ni linguiste, n’entend rien au langage sacré des anciens Égyptiens, pas plus qu’au langage courant, d’ailleurs. Alors pourquoi ? Il rit, prend la tangente : pour faire joli ! Non, sérieusement, il lui a semblé à un moment qu’il devait le faire. Il a trouvé sur un papyrus un modèle de barque, accompagné de toute une formule. Pas besoin de connaître l’égyptien pour la reproduire. Il suffit d’être doté d’un bon coup de pinceau et d’une excellente mémoire visuelle. Dommage, commente Alba, j’aurais aimé t’entendre la réciter, la formule !

Les experts sont venus, ont examiné le navire sous toutes ses coutures, admiré avec circonspection. Ils sont partis, puis les nouvelles sont arrivées : lundi, on viendra charger le navire sur un camion, il sera emmené dans des locaux universitaires, où chercheurs et étudiants pourront l’étudier à loisir. Le dimanche se traîne. Un violent orage d’été a empêché une dernière promenade. Rage et frustration, le temps s’est remis au beau pour la nuit. L’étang, miroir de soie à peine plissée, scintille de toutes les lumières de la voûte céleste. Alba refuse tout net d’aller se coucher. « Non, non et non, papa ! C’est notre barque, elle est presque de la famille, on ne peut pas la laisser partir sans lui dire adieu. Regarde, elle nous attend. » Par la fenêtre, elle désigne l’embarcation amarrée juste devant la maison, au quai de planches qu’ils ont fini par construire. Les deux yeux peints à la proue leur font face, semblent tristes sous la lueur de la lune. Comment résister ? On ne peut même pas faire valoir les heures scolaires : les vacances et le mois de juillet sont entamés depuis belle lurette. Tiens, pense Théo, on est même en plein dans les cinq jours épagomènes du calendrier égyptien, les jours pas comme les autres où sont nés les grands dieux. Et ce soir, on passe du jour de Seth à celui d’Isis, si je ne me trompe. Bon ou mauvais augure ?

Maia tente quand même de résister, voudrait rester devant la télévision, il se passe beaucoup de choses dans le monde, et plutôt préoccupantes, ils ont tendance à l’oublier à force de s’absorber dans les rêveries du passé ! À quoi bon cette promenade nocturne ? Elle cède de mauvaise grâce, en voyant Théo fermement décidé à larguer les amarres, et Alba non moins décidée à le suivre. La famille embarque, quitte la rive. Tout se déroule à merveille. Bientôt, ils se retrouvent au centre de l’étang, au centre d’une sphère étoilée.

— Pas besoin d’astronef pour voyager dans le cosmos, plaisante Théo.

— Non, en effet, murmure une voix. Alba ? Maia ? Peu importe. L’instant est vraiment magique. Il convient de le savourer.

Quelque chose pourtant perturbe Théo. Il réalise tout à coup, se penche, regarde le ciel, puis l’étang, puis de nouveau le ciel. Maia lui serre la main très fort, sans rien dire. Il murmure : « Tu as vu ? » Elle acquiesce, dans un souffle. Une hallucination ? Collective, alors. Ce n’est pas possible, ce n’est pas pensable ! Ils sont au cœur de la France, sur les étangs de Blaye, pas dans la quatrième dimension ! Alba à son tour se penche, crie :

— Mais les étoiles dans l’eau ne sont pas les mêmes que dans le ciel ! Là-haut, je vois la grande Ourse, l’étoile polaire, on nous a appris à les reconnaître, à l’école, je suis la plus forte pour ça ! Dans l’eau, je ne reconnais plus rien !

— Calme-toi, Alba.

Encore cette voix ! Blêmes sous la lune, ils s’entre-regardent. Aucun n’a parlé ! Et les mots résonnent directement dans leur tête. Des mots qu’ils ne devraient pas comprendre.

—Je ne vous veux aucun mal, bien au contraire, mes chers. Théo a permis ma réincarnation. Si l’on peut dire. Mais cette vie qu’il m’a rendue, je ne veux pas la passer dans une vitrine de musée !

— Qui parle ? balbutie Théo. Où es-tu ? Qui es-tu ?

— Oh, qui parle, tu l’as déjà compris, et dans ce cas je n’ai pas besoin de te dire où je suis. Qui je suis, ou plutôt ce que je suis, c’est plus difficile à t’expliquer. Vous autres mortels avez une vision si… étriquée ! Des catégories si rigides ! Le même et l’autre, le tout et la partie, l’animé, l’inanimé, hier et aujourd’hui, la vie, la mort, toutes ces sortes de choses…

— Tu veux dire que… que… tu es… la barque ? Ma barque ?

— La tienne, n’exagérons rien ! Même si je reconnais volontiers te devoir comment dire… cet avatar. Riche idée que tu as eue de recopier les mots du rituel. Je n’étais que matière inerte, ils ont insufflé en moi l’esprit de ou devrais-je dire du Vāhana ?

Théo fouille en vain sa mémoire. Maia et Alba, hébétées, cherchent un sens au délire. Tous perçoivent nettement le soupir d’exaspération.

— Vāhana, c’est le nom que les Hindous donnent au véhicule divin. Mais il appartient à tous les panthéons. Il peut prendre toutes les formes, tous les genres, tous les nombres. C’est un char traîné par des quatre ou sept ou dix animaux, chèvres, chevaux, antilopes, c’est un éléphant, c’est l’oiseau Garuda… Pour des Égyptiens épris de leur Nil, c’est bien sûr une barque, une barque mesektet, plus précisément. De jour, je suis mandjet et…

— Parlons-en justement, du jour, intervient tout à coup Maia. Pourquoi aujourd’hui, maintenant ? Pourquoi n’as-tu jamais … parlé dans la journée ?

— Comme je m’apprêtais à te le dire, ô femme impatiente, dans la journée mes pouvoirs sont moindres, votre monde humain où règnent la matière et la logique a pris tellement de force, d’ampleur, qu’il inhibe la magie. La nuit, elle peut ressurgir des limbes où vous la repoussez. De jour en jour plus loin. Vers le néant.

La voix s’est chargée de tristesse.

— Mais que veux-tu de nous ?

C’est Alba qui vient de parler. Théo et Maia se gifleraient de ne pas avoir eu avant elle l’idée de LA question à poser.

Soupir.

— De la compagnie.

Prévenant l’objection :

— Un de vos écrivains a eu sur les dieux une intuition de génie. Ils ne vivent pas et ne meurent pas comme vous. Ils vivent… plus ou moins. Comme moi. Et parfois, ils s’incarnent. Tenez, le soleil. Parfois ce n’est qu’une bête boule de feu. Mais parfois il est dans toute sa splendeur le dieu Râ, ou le seigneur Phébus Apollon. Ou Surya. Ou Mithra. En ce moment, hélas, sa divinité est au plus bas. Or moi, j’existe pour compléter un autre être.

— Le dieu soleil ?

— Entre autres.

— Dieu soleil ou autre, crie Maia, nous n’avons pas vocation à le remplacer, alors ramène nous chez nous, dans notre monde, dans notre vie ! Nous ne sommes pas faits pour tes voyages mystiques, cosmiques, ou je ne sais quoi !

— Femme incrédule, attends de voir ce que j’ai à t’offrir avant de le rejeter.

Tout à coup, ce qui entoure les trois humains n’est plus un assemblage de bois peints et chevillés, mais une flamme, une roue ocellée, qui traverse à vive allure des nébuleuses et des tourbillons stellaires ou s’attarde en orbite autour de mondes éblouissants de beauté. Ils sont des insectes émerveillés au cœur d’une goutte d’ambre. Leur corps n’existe plus que comme une rémanence, les sensations parviennent sans l’intermédiaire des organes, ils voient, sentent, goûtent, entendent des sons, des couleurs, des parfums, des goûts bien au-delà de la perception humaine. La symphonie de l’univers se révèle à eux.

Se retrouver dans leurs corps de chair, sur le pont d’un navire, leur est une chute, un écrasement. La Voix, tentatrice, commente :

— Pas plus que l’espace, le temps ne m’est inaccessible. Voyez !

De nouveau, ils assistent à la naissance des montagnes, au déferlement des hordes barbares, à l’édification d’une gigantesque muraille ou des Pyramides, voient se modifier le tracé des côtes, des terres émergent ou s’enfoncent. Ils sont entrés dans le Long Temps et s’y promènent à loisir.

Le Vāhana redevient barque. Ses passagers retombent dans leur épaisseur corporelle et temporelle. Hébétés, ils regardent autour d’eux : les voici maintenant au centre d’une sphère de coton, une brume si épaisse qu’elle paraît solide. La Voix les rassure :

— Nous sommes dans un non-lieu, le temps que vous preniez une décision. Chacun d’entre vous doit prendre la sienne. Librement. Mais il faut que vous connaissiez les termes exacts du choix. Vous avez eu un aperçu de ce que je peux vous offrir : l’immortalité, des spectacles infiniment renouvelés, une splendeur cosmique. Mais…

— Mais, coupe Maia, nous y perdrons notre humanité, nous ne saurons plus ce qu’est le bonheur d’une boisson chaude quand il fait froid, la fraîcheur de l’eau en été, ni la tiédeur d’un autre corps entre nos bras.

— Et nous ne pourrons que contempler, admirer, ou peut-être nous indigner, compatir. Jamais agir, ajoute Théo.

— C’est vrai. Mais de combien de temps humain disposez-vous pour profiter de tout cela, l’action, la sensation, le sentiment ? Et vous ne savez pas tout. Dans quel monde croyez-vous retourner ?

La brume se dissipe, révèle une aube blafarde. Le soleil, voilé, luit bas sur l’horizon, comme une lune. Un épais tapis de suie ou de cendres s’interpose entre lui et la terre. Une pluie sale tombe sur des arbres carbonisés, des ruines qui furent des maisons pimpantes. Dont l’une leur paraît tout à coup familière.

— Oui, c’est la vôtre. Dans un proche avenir. Dans ce monde-là, vous pourrez survivre. Vos caves sont profondes, vos murs solides. Mais ce sera un combat, une vigilance de tous les instants. Pour rebâtir, vous aurez des années à porter des fardeaux, à pousser des chariots, à piétiner dans la boue. Croyez-vous vraiment que cette existence mérite que vous y sacrifiiez ce que j’ai à vous offrir ?

Le silence s’éternise. Alba se serre contre Maia, qui enlace Théo. Le paysage de cauchemar s’est effacé à son tour, ils se retrouvent tout près du rivage familier. Le soleil levant colore de rose la surface de l’eau et les vieux moellons de leur demeure, fait briller les perles de rosée sur l’herbe de la rive, les flaques d’eau sur l’appontement. Ils n’ont qu’un saut à faire. Ils se regardent. Théo saute le premier, du sol il tend les bras à Maia. Puis tous deux les tendent à Alba. En vain. Elle secoue la tête en pleurant.

— Alba ! hurle Maia. Ma chérie, dépêche-toi, saute vite ! Après il sera trop tard. Viens, vite ! Courage, nous serons là pour toi, nous te protègerons, nous t’aimerons !

Peu à peu, la barque solaire perd de sa consistance. D’un bond, Théo tente de remonter à son bord. Il retombe à l’eau, traversant les fantômes d’une embarcation et d’une petite fille. Un fantôme de voix lui parvient encore :

— Papa, maman, ne soyez pas tristes. Vāhana m’appelle Étoile du Matin. Je ne pourrai plus vous toucher, mais je brillerai pour vous.

Plus rien ne demeure sur l’étang. Mais dans le ciel, un point lumineux s’est allumé. Un peu à droite du soleil.

 

Kindle

12 thoughts on “Vāhana, par Marthe Machorowski

    • Merci beaucoup. Je suis allée sur ton blog et vu que nous avions les mêmes goûts en matière de mythologie ! Comme je le dis à un autre commentateur, tu n’es pas la seule à trouver un peu abrupte la fin, d’autres l’apprécient telle quelle. Pour avoir un jugement objectif sur ce que j’ai écrit, il faut que je laisse passer un peu de temps. Nous tous qui écrivons le savons bien : impossible de voir clairement ce qui va ou ce qui cloche dans notre écriture tant qu’on a le nez dessus !

  1. Une bien belle nouvelle à la fin très perturbante et très triste.

    Je dois avouer qu’une de mes premières réactions quand j’ai lu le début a été « Yeah ! Un personnage un peu plus âgé que d’habitude ! ». Et c’est vrai que les personnages sont très bien faits. Ils ne sont jamais caricaturaux et en très peu de place, tu arrives à bien les définir et à nous les rendre attachants. J’ai beaucoup aimé le père, avec son côté un petit peu rêveur. Sa fille également.

    L’idée de la barque égyptienne est super bien trouvé (même si j’ai trouvé cela bizarre que le père ne regarde pas avant ce que les motifs signifiaient. A la base, je pensais que c’étaient des cartouches avec des noms de pharaons dessus. Oh mais d’ailleurs, il n’y est pas censé y avoir des experts qui viennent regarder ? Ca les choque pas eux non plus ? Enfin c’est qu’un détail, c’est juste que je viens d’y penser.) C’est intriguant tout du long et quand on commence à suspecter qu’elle va être magique mais qu’on ne sait pas ce qui va se passer, ca tient très bien en suspens. Je n’ai pas tout compris aux explications de c’est quoi le Vāhana et ce que venait faire les hindous là dedans mais au final ce n’est pas si grave.

    La vision du futur est vachement pessimiste d’ailleurs.

    Ton histoire était vraiment prenante, unique et ta plume la servait bien. J’ai bien aimé.

    • Merci beaucoup d’avoir aimé mes personnages et mon histoire ! Merci aussi de me faire remarquer les côtés un peu plus faibles. Pour te répondre dans l’immédiat (en attendant de reprendre mon récit après l’avoir laissé décanter) la barque essaie de faire comprendre ce qu’elle est en utilisant un concept élaboré par les Hindous, histoire de montrer que toutes les cultures ont élaboré le concept du véhicule divin, quelle que soit son apparence. J’ai évidemment préféré laisser de côté les « véhicules » animaux comme le cheval à 7 (ou _ ?) pattes d’Odin, etc. Quant à l’histoire des hiéroglyphes… eh eh, pas faux. Mais on peut se dire que personne aujourd’hui, pas plus les spécialistes que les autres, ne croit à l’efficacité des rituels magiques égyptiens. J’aurais pu imaginer qu’il recopie en sachant ce que ça veut dire, mais du coup j’aurais spolié la petite surprise nocturne ! Quant aux hiéroglyphes, c’est en général l’écriture sacrée, celle qu’on trouve sur les monuments. Il y a par ailleurs une écriture cursive, mais basée sur le même système d’idéogrammes. Le cartouche avec le nom du Pharaon est disons comme un nom propre au milieu de noms communs, la forme qui entoure le nom de règne du pharaon est l’équivalent d’une super majuscule. Donc même si les experts reconnaissent une formule du style : ô toi qui dors reviens à la vie, ils ne risquent pas de la prendre au sérieux ! Une idée me vient : ce pourrait être en lisant à haute voix la formule que l’un des experts donne vie au vahana ! En tout cas merci pour ce moment de brain storming, pardon pour l’anglicisme !

  2. Oh purée, superbe ! Le début est très intéressant, l’on apprend beaucoup de choses. On devine que tu connais bien ton sujet ! La narration coule toute seule dans ta plume et on lit avec plaisir et attente, mais sans stress, juste en douceur. J’ai moins aimé la partie centrale où tes trois personnages sont sur la barque et qu’ils vivent des trucs surnaturels. Puis vient le choix. Et là, bam, bam, on sent l’urgence, les poils se hérissent, la tension monte. Et la chute, impeccable, juste ce qu’il faut, pas de pathos, pas de mélo. Pour moi, c’est juste parfait. Bravo !

    • merci beaucoup, ça fait chaud au cœur ! Contente aussi que ma chute te plaise, mon cher et tendre la trouvait trop brutale ! la partie centrale ? Je pense que de toute façon il faut laisser décanter un récit avant de le reprendre. Mais toute remarque est précieuse.

      • Non, non, la chute est parfaite. Plus longue, ça diluerait et on tomberait vite dans le mélo-pathos. Moi, en tout cas, ça me plaît comme ça (mais des goûts et des couleurs !).

        La partie centrale, c’est ce qui vient après « Femme incrédule, attends de voir ce que j’ai à t’offrir avant de le rejeter. » Donc le retour au big bang, etc. Je trouve que c’est un peu vu et revu et que ça fait vite lyrique et moi (mais à nouveau c’est perso) ça m’a un peu « endormi ». Par contre, j’aime l’idée qu’ils ressentent les choses. Après, c’est subjectif 😉

  3. Des personnages beaux de l’intérieur embarquent pour un voyage initiatique dont seul le coeur pur, capable de transcender la chair accepte la course folle.
    Étrange barque et renaissance d’une magie que les hommes ne connaissent plus.
    Triste avenir toutefois, même si les entrailles cachées de la demeure familiale sera un refuge sûr.
    Un clin aux légendes dont nous ne comprenons peut-être plus le sens profond.
    Merci pour cette lecture 😀

    • Ah je trouve enfin comment répondre ! je ne suis pas une flèche pour l’informatique. Merci beaucoup également pour cette lecture bienveillante et intelligente de mon conte. Tu as bien su voir à la fois les mots et au-delà des mots.

  4. Très jolies connaissances du monde égyptien – et également des autres mythologies.- avec une histoire qui tient la route, même avec sa chute brutale. C’est très bien pensé, car même si on devine des parties pessimistes, je les trouve éclairées par des touches de poésie ou/et d’humanité. Merci bien pour cette nouvelle 🙂

    • Merci pour cette lecture et cette appréciation ! C’est vrai que je suis très intéressée par les mythologies, et fascinée depuis longtemps par le monde égyptien. Quant au pessimisme de la fin, il était nécessaire pour valoriser le choix que font Maia et Théo. Quel mérite à choisir une vie humaine si c’est une vie heureuse et sans grosses difficultés ? Il fallait qu’il y ait vraiment matière à hésiter, et à se décider pour Alba. Quant à la chute, décidément, c’est le point qui fait polémique ! Les uns apprécient son laconisme, les autres sont gênés par sa brutalité… Matière à réflexion.
      Au fait, comment fait-on pour aller commenter ta nouvelle, et les autres ? Quand je les cherche sur le blog, je vois bien les textes, mais pas comment introduire un commentaire dessus ! Je n’arrive à commenter que sur cette page, à laquelle on me renvoie par un lien, via mon mail. Je sais, je suis très nunuche, mais je ne suis pas de la génération Y, moi !

      • Je comprends parfaitement le choix de tes parties, ne t’inquiète pas. J’ai bien aimé aussi par exemple le traitement du couple, avec ce mari qui est absent et il en est au courant ^^

        Pour commenter, tu as la liste des textes ici (http://24hdelanouvelle.org/2017-2/), tu cliques sur le texte, en grisé en bas à droite tu as une bulle, soit avec un +, soit un nombre (+ pour 0 commentaires, 1 pour 1 comm’ etc, mais autant que je sache toutes les nouvelles ont été commentés ^^). Une fois que tu as cliqué, tu as une liste des commentaires déjà écrits, puis une case où tu peux laisser un commentaire. N’hésite pas à me dire si tu as encore besoin d’aide 😉

Laisser un commentaire