Pourquoi marcher ?, par Swaen Boutu

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[24 heures de la nouvelle 2017 : Un moyen de transport doit être important pour l’intrigue.]

« Fuzzzzzzz Plop ». Un homme un peu grassouillet apparaît dans le salon de Thomas.
– Rhaaa! Ben, arrête de faire ça, tu aurais pu au moins te téléporter sur mon point officiel devant la maison et sonner. Tu sais que ça m’énerve. Tu ne sais pas ce que j’aurai pu être en train de faire.
– Je sais très bien ce que tu faisais, on était en train de discuter. Et je me suis dit que ça serait plus sympa d’en discuter autour d’une bière. Tu en veux une d’ailleurs ?
– Ben vas-y fait comme chez toi! Et si je me promenais à poil ?
– Plus personne fait ça. Tu sais ça va bientôt faire 70 ans que ça existe. Il faudra quand même que tu finisses par t’y faire.
– Et ben disons que je suis un jeune vieux con, mais j’aime pas ce moyen de se déplacer. Avant, on prenait le temps d’aller chez les potes. Il y avait de l’engagement…
– Avant on n’allait pas voir ses potes du coup… Et c’est quoi ça ? Dit Benjamin en montrant une espèce de paires de chaussures avec quatre roulettes en dessous.
– Oh, ça! C’est ma dernière acquisition d’antiquité, ça s’appelle des rollers. J’ai vu des images, tout le monde se déplaçait avec ça fin 20ème début 21ème.
– Et tu vas en faire quoi de ce truc ?
– Ben m’en servir…
– Rhooo mais passe à la TP.
– Mais non, je ne veux pas qu’on m’enfonce un truc dans le bras, me balader en permanence avec un bracelet moche et que le gouvernement connaisse tous mes allées et venues.
– Mais si tu n’as rien à cacher, qu’est-ce que tu veux qu’ils en fassent de tes déplacements ?
– Ben c’est pour le principe. En plus ça coûte une blinde…
– Tu l’as payé combien ta paire de trucs là ?
– Mais c’est pas pareil, tu le sais très bien !
– Mouai. Si tu veux, on parlait de quoi déjà ?
La discussion continua comme ça jusqu’à ce que, tard dans la nuit, Benjamin effleure son bracelet d’un doigt et disparaisse dans le bruit caractéristique qu’on entendait maintenant partout.
Le lendemain, Thomas est réveillé par trois « Plop » presque simultanés :
–  Monsieur Simoni ?
– Mouaiii ? Dis Thomas en se tournant pour se réveiller d’un bond. Trois officiers de police étaient apparus dans sa chambre. Précisément au pied de son lit.
– « Monsieur Simoni veuillez nous suivre. »
Pendant qu’il disait cette phrase un deuxième officier lui jeta son pantalon au visage.
– Voici les coordonnées à rentrer dans votre bracelet.
– Je n’ai pas de bracelet.
– Évidemment. Pourquoi ça ne m’étonne pas… Bon une voiture arrivera dans quelques minutes. Je vous demande de nous suivre sans faire d’histoire.
– Pouvez-vous au moins me dire ce qu’il se passe ?
– Je pense que vous le savez très bien. Et ce n’est pas à moi de vous le dire. Sachez juste que votre absence de bracelet de téléportation ne joue pas en votre faveur.
Quelques minutes d’attente en silence devant la maison plus tard, une voiture de police vient se garer. Tous les voisins sont là pour voir le spectacle. Thomas en voit même quelques-uns sortir leur téléphone pour filmer. Les potins vont aller bon train dans les heures à venir…

– Bon, monsieur Simoni. Connaissez-vous cet homme? Dit un officier assis en face de lui dans la salle d’interrogatoire du commissariat de police de son quartier en sortant une photo.
– Oui c’est Jérôme, mon collègue qui travaille au service juridique. Mais quel rapport avec moi ?
– Que faisiez-vous hier soir à 17h ?
– Je faisais le trajet pour aller dans un magasin d’antiquités du centre-ville. Mais pourquoi bon-sang ?
– Monsieur Charles a été retrouvé mort hier soir et des témoins disent vous avoir vu sur les lieux peu avant l’heure du décès.
– Oui, je suis passé lui remettre des documents pour un contrat qu’il devait me rédiger pour un gros client. Mais je ne suis pas rester plus de 5 minutes.
– Et vous dites qu’il vous a fallu combien de temps pour aller dans un magasin ?
– Une heure… Oui! Je n’ai pas de bracelet de téléportation.
– Nous l’avons bien remarqué. D’ailleurs c’est étrange comme comportement ? Vous en avez les moyens, pourquoi ne pas les utiliser ?
– J’aime les anciennes méthodes de déplacement…
– Qu’avez-vous à cacher monsieur Simoni ? Pourquoi refuser la téléportation ?
– Mais je n’ai rien à cacher. Je ne veux juste pas utiliser ce dispositif c’est tout, j’en ai le droit que je sache.
– Évidemment, vous en avez le droit. Vous en avez tout à fait le droit…
Sur cette phrase l’officier quitte la salle. Après ce qui semble une éternité à Thomas, il revient :
– Vous pouvez quitter le bureau, mais restez à disposition. Il est probable que nous ayons à nous revoir…

Après avoir quitté le commissariat et écouté les 5 messages inquiets que Ben avait laissé sur son répondeur. Thomas se met en quête d’un moyen de transport pour rentrer chez lui. On a vraiment l’impression d’être un paria dès qu’on prend le bus…
Après avoir raconté son aventure à un Benjamin, qui ne manque pas de lui rappeler que tout cela ne serait pas arrivé s’il avait eu un bracelet, Thomas se rend au travail. La nouvelle de la mort soudaine de Jérôme fait déjà l’essentiel des discussions. Tous les regards se tournent vers lui dès qu’il entre dans une salle. Cette ambiance n’est pas tenable.
Après un repas frugal, Thomas rentre chez lui et se met à méditer : « Et si Ben avait raison, et s’il devrait acheter ce foutu bracelet? Après tout qu’est-ce que ça coutait ? »
La sonnerie de son téléphone le tire de sa rêverie. Un numéro inconnu :
– Allo ?
– Salut, Thomas, c’est Cédric ? Tu te souviens de moi ? On était ensemble au Lycée.
– Ah oui, Cédric. Comment vas-tu ? Qu’est-ce que tu deviens ?
– Moi, ça va. Je suis entré dans la police il y a quelques années maintenant. On peut discuter quelques minutes ? On m’a dit que tu avais été interpelé ce matin ? Tu peux m’en parler ?
– Oh oui, effectivement… Ça n’est jamais agréable de se réveiller avec trois policiers dans sa chambre… Ils m’ont posés des questions sur un collègue retrouvé mort hier.
– Oui… On m’a dit que tu n’avais pas de bracelet de téléportation ? Pourquoi ? Avec ton salaire tu dois en avoir les moyens ?
– Mais oui j’en ai les moyens. Je ne veux juste pas de ce truc.
– Je n’arrive pas à comprendre pourquoi ? C’est hyper pratique et puis dans cette affaire, ça aurait pu t’innocenter tout de suite.
– Je sais, mais je ne veux pas être pisté en permanence.
– Mais qui a dit que tu serais pisté ? Ne sois pas parano. On a autre chose à faire tu sais. Bon, je dois te laisser, mais en tant qu’ami, je te conseille de rester chez toi dans les heures qui viennent. Comme on ne peut pas savoir où tu es, tu comprends? Il faut que tu restes joignable.
– Ok… Merci, je suppose…
– Au revoir.
À peine raccroché :
– Putain Ben… Je suis dans la merde… Quel truc à la con. Comment je fais pour avoir ce putain de bracelet ?
– Oh Tom, calme-toi! Tu ne peux pas l’avoir comme ça. Il y a des mois d’attente pour l’opération. Tu crois quoi ? Pourquoi cette envie soudaine ?
– J’en ai marre de passer pour un dégénéré à chaque fois qu’on me parle de cette merde. Il n’y a pas moyen d’en avoir un rapidement ?
– Ok, calme-toi. J’arrive…
Après un « Plop » caractéristique Benjamin est dans le salon à la même place que le jour précédent. Après avoir écouté toute l’histoire de Thomas, il lui dit :
– Bon, je connais un type qui fait ça rapidement. Forcément ça sera un peu plus cher et pas dans une clinique hyper réglo, mais bon, tu peux avoir ton bracelet dans la journée. Ça ne prend pas plus d’une heure.
– Bon allons-y.
– Attends je l’appelle.
Après un coup de fil d’une quinzaine de minutes, et 3 verres de whisky pour Thomas. Benjamin revient.
– Bon ça te coutera deux mille cinq cents balles en liquide, mais tu peux l’avoir dans 2 heures. Va là-bas et tu auras ce que tu veux.
– Merci mec.
Après un passage à la banque pour récupérer le cash et un trajet d’une heure vers les faubourgs de la ville. Thomas se retrouve face à une maison de banlieue ordinaire. Sur la sonnette : «Docteur Langford, sonnez puis entrez».
Dans la salle d’attente, qui n’est autre que le salon de la maison, il n’y a personne. Un médecin en blouse blanche arrive et l’accueille avec un sourire avenant.
– Vous avez l’argent ?
– Oui. Voilà.
Après un bref coup d’œil, le docteur dit :
– Bien, suivez-moi.
Dans la pièce adjacente, un fauteuil comme ceux des dentistes attend Thomas.
– Installez-vous là. J’arrive dans une seconde.
L’opération ne dure que quelques minutes, la puce est implantée dans le bras, au niveau du poignet, l’incision est refermée rapidement.
– Ça va piquer quelques jours. Il faut le temps de s’habituer à avoir une puce dans le bras, mais très vite, vous n’y ferez plus attention. Je vous conseille d’attendre quelques heures avant d’utiliser le bracelet que voici. Le mode d’emploi se trouve dans la boite, mais je suppose que vous savez déjà comment il fonctionne.
– Merci, docteur.
– Voilà aussi un flacon de désinfectant et les pilules à prendre toutes les 12 heures pendant 3 jours. Je vous remercie de votre visite. Au revoir monsieur.
Et voilà, il l’avait. Ce bracelet tant loué. Après tout ça n’était pas si grave. Sur le trajet du retour, le bras commence à se réveiller. Les douleurs arrivent, mais ça doit être normal, ça ira mieux demain matin.
Après une nuit agitée, Thomas est réveillé  vers 10h par un appel :
– Bonjour, c’est Cédric. Comment vas-tu ? Tu seras heureux d’apprendre que nous avons retrouvé l’assassin de ton collègue. Je ne peux pas exactement te donner les détails, mais disons qu’il n’était pas hyper fidèle et qu’il semble que quelqu’un s’en soit aperçu. Je suis désolé d’avoir repris de tes nouvelles dans ces circonstances. Ça te dit qu’on déjeune ensemble ce midi ? On reparlera de nos années lycées.
– Oh… Oui pourquoi pas.
– On dit 13h au petit resto qui se trouve au coin du commissariat ? Tu vois du quel je parle ?
– Oui pas de soucis. Avec plaisir à tout à l’heure.

Première tentative de téléportation aux coordonnées du restaurant. Il y a un  léger décalage par rapport au point, mais il faut surement le temps de calibrer le bracelet. Le repas se passe bien. Cédric est heureux de voir le bracelet au poignet de Thomas.

La vie reprend son cours. Malgré ce mal de bras qui dur, mais il parait que c’est normal au début alors bon… La téléportation a tout de même ses bons côtés. On gagne un temps fou. Il reste quelques petites choses à améliorer, la précision n’est pas toujours au top, mais bon, rien de grave on n’est pas à quelques centimètres près. Tout le monde laisse de la place autour du point d’atterrissage.

 

« Et oui, malheureusement, il y a encore des cas de personnes qui se téléportent dans des murs ou des meubles. On ne le redira jamais assez : n’achetez que des bracelets de téléportation portant les marques de réglementations officielles comme celles présentes sur cette image. Rentrez toujours parfaitement les coordonnées de téléportation et dans vos habitations, laisser un espace suffisant autour de ce point pour éviter que d’autres drames dans ce genre n’arrivent. »
Benjamin éteint la télévision en pleure. Il retire ses rollers et regarde le bracelet posé sur l’étagère juste devant lui.

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2 thoughts on “Pourquoi marcher ?, par Swaen Boutu

  1. Je m’attendais à la chute, mais j’ai adoré l’univers, je pense que c’est le principal ^^

    Jolie utilisation de la contrainte et bonne nouvelle !

  2. Parfois, écouter son instinct plutôt que de céder à la pression peut s’avérer préférable pour la santé.
    Pour ce qui est des rollers, pas pour moi ce truc.
    à quand la téléportation ? 😀

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