Merci, tonton Edmond, par Billeronde

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I

Un samedi matin d’octobre, au parc des Buttes Chaumont, c’est très agréable, c’est doux.

_ Papa! Je m’ennuie. Je peux jouer avec ton Tatoo

en aparté, Voilà Sylvie qui s’y met aussi.

«Putain, Gérard ! Tu m’avais dit que tu n’aurais pas ta fille ce week-end ! Comment on fait pour ce soir ? »

_ Papa, bordel ! Tu me le passes ou pas ton tatoo ?

_ Mais où tu as appris à parler comme ça, toi ?

_ Ça, c’est Sylvie !

_ Tu en as pas marre, toi, de parler comme une charretière.

_ Dis-donc ! J’y peux rien si ta gamine de neuf ans écoute aux portes. Et puis, à cet âge, on ne demande pas de jouer avec un tatoo, c’est tout.

_ Elle va encore nous faire chier longtemps, la connasse ?

_ Toi, tu vas la prendre, ta baffe, si tu continues.

_ Dis-donc, c’est à moi que tu t’adresses ?

_ Mais non, enfin, c’est à ma fille ! Bon, je vais faire d’une pierre deux coups. Ce n’est pas très compliqué. Maman est en retard ! Elle est coincée dans les embouteillages du côté de Bercy.

_ Bercy ?

_ Oui, je sais, il n’y a jamais d’embouteillage vers Bercy le samedi matin mais, aujourd’hui, il y en a. Elle va arriver d’ici quelques minutes. Du moins, j’espère.

Sylvie s’adresse à Justine :

« Dis-donc ! Moi, j’ai du nez ! Je le vois le petit jeu de ta mère ! »

_ Je pense que tu vas une nouvelle fois dénigrer ma mère et ce n’est pas judicieux de la part de quelqu’un qui est tellement inquiète pour l’équilibre psychologique d’une enfant de dix ans ; parce que, oui, j’ai dix ans. Tu as assisté à mon anniversaire il y a quinze jours… L’équilibre psychologique d’une enfant de dix ans, donc, par rapport à l’usage des nouvelles technologies.

_ Gérard, si tu me fais un gosse un jour, débrouille-toi pour qu’il ne soit pas surdoué, s’il te plaît.

_ Avec toi, ça fera une bonne moyenne.

_ Merci, ça fait toujours plaisir !

_ Bien envoyé ça !

_ Bon, ce que je veux dire, c’est qu’elle veut essayer de me voir. C’est tout !

_ Tu crois ?

_ Ben oui ! Elle veut voir à quoi je ressemble. C’est humain. Tu comprends rien aux femmes, toi !

_ Il faut bien reconnaître, Papa, que des fois …

_ Stop ! vous allez me lâcher, maintenant, toutes les deux ! Ah ça y est ! Ça beep ! On va en savoir plus.

[SALUT GROS SOUCIS AVEC UNE COURSE RAPPELLE MOI VITE]

«  Non, c’est Henri. Il attendra ! »

[J’AI OUBLIE GROS PACTOLE A LA CLEF]

«  ah zut ! Il a un gros problème ! Il faut que je l’appelle »

_ Non, mais je rêve ! Tu as bossé comme un taré toute la semaine et il te cherche encore ?

_ Je vais au bar, là, juste en face. J’en ai pour 20 secondes.

_ Dis-donc, qu’est-ce qu’on fait si Nicole arrive ?

_ Vous ferez connaissance, et puis voilà ! Toi aussi, tu as envie de voir à quoi elle ressemble, non ?

_ Je sais figure-toi ! Tu as eu la délicatesse de laisser ta photo de mariage sur la commode de ta chambre.

_ Papa, tu ne me laisses pas avec elle ! Tu ne connais rien de son passé ! Elle a déjà mangé des enfants. Je viens avec toi.

_ Et comment elle va faire, ta mère, pour savoir qu’on est au café ?

[QU’EST-CE QUE TU FOUS?]

Les deux reprennent en cœur : « Tu la beepes ! »

__ Non, non et non ! Arrêtez de me compliquer la vie.

II

_ Allo ! Qu’est-ce que tu as foutu ?

_ Attends ! Je regarde par la fenêtre en même temps. Figure-toi que j’ai laissé Justine et Françoise en plan… et je les vois là. Nicole doit récupérer Justine. Les trois minettes : je ne te dis pas la mayonnaise que ça risque de faire.

_ Mais je m’en fous ! C’est hyper important, là !

_ Moi aussi, qu’est-ce que tu crois ? Au fait, il y a des bouchons du côté de Bercy ?

_ Il y a des chances, oui !

_ Comment ça, il y a des chances ? Tu n’as pas eu l’info sur le réseau ?

_ Il y a des chances parce que j’ai planté la Safrane dans ce coin là, sur le périph.

_ Quoi ?

_ Oui ! J’étais tellement excité.

_ Mais tu es malade ? Excité de quoi ?

_ Chirac ! Putain ! C’est Chirac ! C’est pour ça que j’étais excité.

_ Qu’est-ce que tu racontes ? Elle est où la bagnole ?

_ Je l’ai laissée sur place. J’ai couru jusqu’au bureau pour t’appeler et tu répondais pas.

_ Oui, j’ai d’autres choses à faire le samedi matin.

_ C’est Chirac qui m’a chargé de la course.

_ Tu as laissé la voiture toute seule sur le périph ! J’ai bien compris ?

_ Oui.

_ Et elle ne roulait plus ?

_ Non. Mais ça va, il n’y a pas eu de blessé.

_ Mais oui ! Mais oui ! Tout va bien ! Tu as laissé un taxi en plein milieu du périph, tu crées un embouteillage de fou. Tout va bien ! Les flics vont nous faire bouffer notre licence ! Tout va bien !

_ Mais non ! Puisque c’est Chirac, je te dis.

_ J’ai juste envie de pleurer là !

[JE SUIS GAREE AVENUE JAURES. J’ARRIVE]

_ Et voilà ! Nicole qui arrive.

_ Tu la vois ?

_ Non, elle vient de me beeper. Elle est garée avenue Jean Jaurès.

_ Au début ou à la fin ?

_ Mais j’en sais rien moi. C’est quoi ton histoire avec Chirac ?

_ Tu te rappelles de Sylvain ? Tu sais, il a toujours tout un tas de réseaux. Ce matin, très tôt, il a eu un appel. Tiens toi bien…

_ Attends ! Mais qu’est-ce qu’elles font ?

_ On n’a pas de temps à perdre là !

_ Elle l’a fait fumer !

_ Hein ?

_ Françoise ! Elle fait fumer Justine !

_ Écoute moi bien ! C’est une course à 15 000 francs.

_ Ah ! Mais il fallait le dire tout de suite ; ça paiera le sevrage tabagique de la petite.

_ Tu es avec la Benz, là ?

_ Non. Avec la 605.

_ Elle est propre ?

_ Oui.

_ Pas une minute à perdre. Tu fonces vers l’hippodrome d’Enghien. Tu te branches sur notre canal habituel. Moi, je retourne à la Safrane.

III

Je sors discrètement du café, de telle sorte qu’on ne me voit pas du parc. Je descends la rue et tombe nez à nez avec Nicole.

_ Tu m’expliques ce que tu fais tout seul ? Ou est Justine ?

_ Comment dire ? En fait, elle t’attend à l’endroit habituel et elle n’est pas seule.

_ Elle est avec qui ?

_ Avec Françoise.

_ Et voilà ! Encore un de tes fameux plans à la con !

_ Tu es en retard, je te signale.

_ Tu crois que tu vas t’en sortir comme ça ? Il y avait un bouchon monstre sur le périph.

_ Bon, il faut que j’y aille.

IV

Quelques heures plus tôt.

[BONJOUR. BESOIN DE VOS SERVICES. URGENT!!!]

_ Henri !

_ …

_ Henri ! Réveille toi.

_ Quelle heure, il est ?

_ 4 heures et demi. Je peux utiliser ton téléphone.

_ Bien sûr ! Laisse-moi dormir !

_ Allo ! Bonjour. Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?

_ …

_ Missionné par le président ? Et alors, qu’est-ce que je dois faire ?

_ …

_ Des japonnais ? Et pourquoi, il ne demande pas à ses services.

_ …

_En toute discrétion, d’accord. Ils sont où ?

_ …

_ Je ne peux pas moi ! Il faut que je sois à Deauville avant Midi. J’ai peut-être une solution.

_ …

_ Oui, oui. Je fais très attention. Je vous tiens au courant.

_ Henri.

_ Quoi ? Tu ne peux pas me laisser ? Je reprends le service à 6h, bon sang.

_ J’ai du boulot pour toi. 20 000 francs, au black.

_ C’est quoi, ce délire ? Tu fais du trafic de poppers ?

_ Non. C’est une course commandée par le président.

_ Le président de quoi ?

_ Chirac, imbécile.

_ Tu me prends pour un con ?

_ En fait, il veut qu’on aille chercher trois ressortissants japonnais et une interprète à Enghien. Apparemment, ils auraient faits des conneries. Il ne veut pas que ça se sache. Il préfère utiliser ses réseaux personnels plutôt que les services secrets en qui il n’a pas confiance.

_ C’est rassurant pour la France, ce que tu me dis.

_ Moi, je ne peux pas m’en occuper personnellement, mais je ne peux pas me permettre de leur dire « non ». Tu te sens de le faire ?

_ Comment on s’organise ?

_ On ne s’emballe pas. On prend le petit déjeuner, tranquilles. J’attends d’autres informations.

V

En route pour Enghien

[TU VAS ME LE PAYER CETTE FOIS]

[METS TOI SUR LA CIBI]

[PAPA. C TROP DELIRE CE QUE TU FAIS. J’ADORE]

[JUSTINE. RENDS LE TATOO A TA MERE]

« Appel général sur le canal 17. Qui est en écoute ? …. Je renouvelle l’appel… Qui est en écoute ? Henri, tu es dans le coin ?…

Oui, j’ai bien reçu… Je suis retourné à la Safrane… ça marche… les poulets ont été gentils…

Je ne te crois pas…

j’avais un siège pour enfant. Je leur ai expliqué que j’avais mis une mère et son enfant en sécurité….

Et ils ont gobé ?…

Ils m’ont dit qu’il faudra que j’aille déposer. Ils vont oublier. Ils sont trop occupés à la circulation. 

Qu’est-ce que je fais maintenant ?

On passe en mode tatoo. C’est plus sûr…

Je ne peux pas trop taper en conduisant.

A plus»

[TU PARS AU CASINO D’ENGHIEN]

[TU PRENDS L’ENTREE DU PERSONNEL]

[LE DIRECTEUR DU CASINO T’ATTEND]

[ELLE EST SYMPA FRANCOISE. ON VA BOIRE UN COUP CHEZ TOI]

[ON VA SE PRENDRE UN BONNE CUITE AVEC TON POMEROL]

[CA T’APPRENDRA]

[TU N’AS PAS LE DROIT DE FAIRE CA. PENSE A JUSTINE]

[AHAH TU ME FAIS TROP RIGOLER]

VI

Arrivée au casino.

[MOT DE PASSE KAWASAKI]

_ Bonjour Monsieur. Vous avez le mot de passe ?

_ Bonjour. Kawasaki.

_ Je suis le directeur de l’établissement. C’est ça, le taxi ?

_ C’est ma voiture, oui.

_ Alors, on a un problème.

_ Je comprends pas. Pourquoi, vous ne l’avez pas fait vous même.

_ Les voitures adéquates ont toutes l’effigie du casino peinte sur la carrosserie. Pas assez discret.

Ma voiture personnelle présente le même problème que la votre.

_ Quel problème ?

_ Suivez-moi. Vous allez comprendre.

_ Bonjour Monsieur. Je suis l’interprète.

_ Bonjour.

_ Les vénérables sont dans cette pièce. Ils sont impatients.

_ Oh putain ! Oh putain ! Il faut que je téléphone.

_ Monsieur ! Veuillez surveiller votre langage devant les vénérables.

_ Pourquoi il pleure, lui ?

_ Le vénérable se sent indigne.

_ Je vous préviens. Pas de hara-kiri dans mon taxi. Mais Monsieur le directeur, qu’est-ce qu’ils ont fait ?

_ Vous n’avez pas à le savoir. Je vous amène à un téléphone.

_ Allô. Henri ?

_ Ça y est, tu es arrivé ?

[COUCOU MAMAN ET FRANCOISE SE PIQUENT LA RUCHE]

[JE M’ECLATE. C’EST NO LIMIT POUR LA NINTENDO]

_ Henri. C’est la tuile. Tu savais que c’était des Sumos ?

_ On dit des sumotoris. C’est trop cool. J’aimerais trop être à ta place.

_ Non, c’est pas cool. Ils ne rentreront jamais dans la voiture, ducon !

_ Monsieur le directeur, les vénérables ont faim. Je n’apprécie pas la vulgarité de votre employé. J’en référerai au président.

_ Vous allez pouvoir le faire maintenant, il est en attente sur une autre ligne. Ah non, il veut parler directement au chauffeur. Tenez, vous, prenez ce combiné.

_ Henri, faut que je te laisse.

_ Allô ! Qui est à l’appareil ?

_ Bonjour Monsieur le président. Je suis le chauffeur.

_ Qu’est-ce que c’est que cette histoire abracadabrantesque ? Ce n’est quand même pas compliqué de récupérer trois personnes et de les ramener à leur hôtel. Non, d’ailleurs, on va être trop justes. Je pense qu’il faut les emmener directement au POPB.

_ Sauf votre respect, ils sont 4, avec l’interprète. Et ça ne rentre pas dans la voiture.

_ Elle, vous ne vous en occupez pas. Je mets quelqu’un d’autre sur le coup.

_ N’empêche que ça rentre pas quand même.

_ Vous me semblez un peu excédé mon brave !

_ J’en peux plus, monsieur le président. Mon ex-femme est en train de dévaliser mon appartement avec ma copine actuelle sous les yeux complices de ma fille de dix ans.

_ Ne vous en faites pas. J’ai connu des situations bien plus compliquées. On s’en sort toujours.

_ J’ai une idée. Si vous appelez ma femme directement chez moi, vous pourrez la convaincre, vous, de venir les chercher avec son Espace. Et là, on est tranquille.

_ Vous voyez, tout s’arrange ! Allez, donnez moi le numéro.

[ALORS ? ON EN EST OU?]

[J’AI EU CHIRAC AU TELEPHONE. PEUX PAS VENIR. SUIS BOURREE]

[APPELLE TONTON EDMOND]

[REPONDS MOI ]

_Allô ? Edmond ?

_Salut. Comment tu vas mon petit ?

_ Ça pourrait aller mieux. Je suis pas très loin de chez toi. Est-ce que tu peux venir avec ton taulé au casino de Enghien ?

_ Excusez moi de vous interrompre. Vous n’imaginez tout de même pas transporter les vénérables dans un taulé ?

_ Ta gueule ! (ça, c’est moi!)

_ Ta gueule ! (ça, c’est le directeur) Ah ! Ça fait du bien !

_ Ben oui, mon petit. Je peux venir. Qu’est-ce que je dois faire ?

_ Bon, je t’explique…

VII

24 h. Faut abréger.

[ALORS ? ON Y EST ARRIVE?]

[ALORS ? TU Y ES ARRIVE?]

[OUI. GRACE A EDMOND. ALLUMEZ LA TELE SUR FRANCE2]

[OUI. GRACE A EDMOND. ALLUME LA TELE SUR FRANCE2]

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2 thoughts on “Merci, tonton Edmond, par Billeronde

  1. J’ai eu de la difficulté à entrer avec tous les dialogues dans tous les sens, une histoire qui va dans tous les sens aussi, et surtout, peu de rappels de la personne qui parle (selon moi). Mais je dois reconnaître que c’était une tâche difficile d’écrire une histoire pareille, avec tant de personnages (j’en aurais utilisé moins pour que ce soit moins difficile à lire/écrire). J’ai trouvé quand même sympa cette nouvelle 🙂

    • Merci pour votre commentaire. Je reconnais que la lecture doit demander pas mal de concentration. La contrainte des 24Heures étant ce qu’elle est, j’ai du l’écrire d’un seul jet. C’est à retravailler, de toute évidence.

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