L’Humanis III, par Mélodie Smacs

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[24 heures de la nouvelle 2017 : Un moyen de transport doit être important pour l’intrigue.]

À bord de l’Humanis III, la panique régnait. Pendant sa ronde habituelle, le vaisseau s’était fait attaquer au milieu de nulle part. L’équipage, composé principalement de scientifiques, courait dans tous les sens, tentant d’échapper à l’assaillant. Pour aller où ? Aucun ne le savait, les capsules d’évacuation ne feraient que les perdre dans le vide intersidéral.

Les guerriers chargés de protéger les savants tâchaient de les regrouper dans le sas de téléportation tout en repoussant l’assaut. Parmi eux, une jeune femme montrait davantage d’entrain que ses équipiers. Tirant à tout va, elle redoublait d’insultes envers l’adversaire et les rescapés.

— Bougez-vous, bande de mollusques ! hurlait-elle à un couple de chercheurs qui arrivaient à proximité de la zone. Si vous êtes dans ma ligne de mire, je vous dézingue sans hésitation !

Sur sa droite, une explosion répondit à ses menaces. Les humains se trouvant là furent propulsés sur le côté avec force. Une brèche perça le mur en même temps que la sécurité. Aussitôt, des hommes rejoignirent ceux à terre, les tenant en joue. Le groupe de rescapés qui essayait de repousser l’ennemi fut bien vite encerclé.

Un soldat aux nombreuses médailles se releva pour se placer devant les scientifiques apeurés.

— Qui êtes-vous et que voulez-vous ? lança-t-il avec aplomb.

— Vous voler, lui répondit un Fulmon, humanoïde à la peau jaune et aux bras multiples.

L’alien enjamba les débris du mur pour mieux faire face au commandant du vaisseau. Une de ses six mains maintenait en joue le vaillant combattant, tandis que les autres ciblaient les savants à l’aide de fusils lasers dernier cri. Un sourire carnassier marquait son visage légèrement ridé et ses yeux blancs pétillaient de malice.

— Je me présente, reprit-il en hochant la tête. Cyerno Fren, chef du groupe de protestation de Galoa. Donnez-nous les formules du Genmab et nous vous laisserons la vie sauve.

À la place des gémissements de terreur, le silence se fit aussitôt parmi les chercheurs. Le produit de leurs expériences ne pouvait pas tomber entre les mains de ces monstres. La modification des gênes en vue d’améliorer les capacités de chaque espèce devait rester maîtrisée par les forces de l’ordre. Son utilisation non contrôlée représentait un trop grand danger pour tout l’univers. Les savants mouraient plutôt que de révéler le moindre indice sur l’emplacement de leurs travaux.

— Comment avez-vous trouvé notre vaisseau et de quelles formules parlez-vous ? demanda le commandant de bord d’une voix assurée.

— Ne jouons pas au plus malin, vous perdriez, le prévint Cyerno. J’exécuterai un par un les membres de l’équipage, si personne ne se dévoue, nous désosserons nous-mêmes cette carcasse flambante pour trouver ce que nous cherchons.

La menace fit frémir quelques scientifiques, pourtant les regards se durcirent. Leur mission avait toujours été limpide : protéger le Genmab, à n’importe quel prix. Ils étaient prêts à mourir dans ce but, sans le moindre regret.

Tandis que l’attention des assaillants restait portée sur le courageux commandant, la jeune guerrière impulsive avait récupéré son fusil, tombé lors de son vol plané dû à l’explosion. Elle patientait, arme au poing et doigts crispés. L’attente n’avait jamais été son fort. Toutefois, la précipitation risquait d’amener de nombreuses complications à une situation déjà venimeuse.

Enfin, une ouverture apparut. Cyerno, persuadé de sa réussite imminente, relâcha sa vigilance. Il se concentra totalement sur le commandant, offrant son profil à la soldate. Sans plus réfléchir, la femme sauta avec agilité au-dessus du malfaiteur qui la tenait en joue. Un tir précis transperça le cœur de ce dernier. D’autres s’ensuivirent, créant une panique générale. Des coups partirent dans tous les sens. Plusieurs scientifiques moururent aussitôt, tandis que d’autres s’échappaient dans les corridors.

La guerrière bondissait à travers la pièce, éliminant les ennemis les uns après les autres et esquivant les contre-attaques. Son élan fut interrompu par le chef de ses adversaires. Trois de ses fusils la visaient et, sans prendre le temps d’un avertissement, il appuya sur chaque gâchette.

Contrainte de se replier, la jeune femme dévia sa trajectoire initiale. Elle recula pour rejoindre l’abri des murs encore debout. Un laser traversa son épaule au moment où elle se dissimulait derrière un amas de débris. Au lieu d’un râle, un rire lui échappa.

— Belle tentative, lança Cyerno. Maintenant, soyez réaliste, jeune demoiselle. Il n’existe aucune issue, nous obtiendrons ce pour quoi nous sommes venus.

— Pas si je te troue la face ! rétorqua-t-elle.

— Ah ! sourit-il. Commandant, vous choisissez des soldats valeureux. Dommage que je doive me débarrasser d’eux.

Décidant de mettre sa menace à exécution, le chef du groupe d’assaillants tira une salve sur un guerrier déjà blessé. Des cris de protestation s’élevèrent dans le sas de téléportation.

— Et de un ! Où se trouvent les formules ? gronda le Fulmon.

— Personne ne vous le dira ! maintint le commandant de l’Humanis III. Viliv, barrez-vous !

La jeune femme lâcha un lourd soupir avant de se mettre à courir. Le bruit des lasers dans son dos et les hurlements qui le suivirent attestèrent de la récente mort du commandant.

Des ennemis poursuivirent aussitôt la soldate. Ils le regrettèrent bien vite. Malgré sa plaie à l’épaule, elle connaissait son métier. En appui sur les parois du vaisseau, elle bondissait de gauche à droite, esquivant les assauts. Son fusil mitraillait sans relâche, mettant ses adversaires à terre.

Au détour d’un couloir, la guerrière donna un grand coup de poing sur un panneau de contrôle. Des portes en carbone s’abattirent derrière elle, agrandissant la distance entre elle et ses poursuivants. Sans plus attendre, Viliv prit la direction des modules d’évacuation. En chemin, elle croisa un couple de scientifiques blessés.

— S’il-vous plaît, supplia l’homme, prenez les formules et partez vite d’ici.

Viliv saisit la carte électro-mémoria et s’élança à nouveau, laissant là les savants. Rien ne l’obligeait à les conduire en lieu sûr. Tout ce qui comptait résidait dans ce petit bout de métal.

Une dizaine de mètres plus loin, elle atteignit sa destination. Au moment d’entrer dans un module, une lame affutée frôla sa gorge. La jeune femme recula d’un pas et cogna l’ennemi invisible qui tentait de l’arrêter. Sous le choc, une Azra, humanoïde reptilienne douée de la magie des ombres, perdit son camouflage. Sa peau d’écaille amortit le poing ganté, lui permettant de lancer une nouvelle offensive dans la seconde.

Les deux femelles échangèrent plusieurs assauts. Esquive. Attaques rapides. Sourires. Ce challenge leur plaisait. La guerrière subit plusieurs lacérations superficielles tandis que son adversaire encaissa un grand nombre de coups de poing. Leur force paraissait équivalente. Toutefois, Viliv ne pouvait se permettre de continuer ainsi. Les autres risquaient de les rejoindre à n’importe quel moment. Malgré le dégoût que l’idée lui inspirait, elle devait fuir au plus vite.

La dague effleura sa joue, abîmant son fond de teint. Agacée, la jeune femme décida de mettre enfin un terme à ce duel. Elle attrapa le cou de l’Azra et enfonça sa main d’un geste net et précis dans l’abdomen de sa cible, au niveau du nombril. Touchée en plein point vital, son ennemie s’écroula.

Viliv bondit dans le module le plus proche et l’activa juste avant que Cyerno ne tire de nouveau sur elle. Le triangle se propulsa dans l’espace à toute allure, quittant l’Humanis III et tous ses occupants. Il partit à la dérive dans le vide intersidéral, une guerrière blessée à son bord, à des années-lumière de toute civilisation.

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5 thoughts on “L’Humanis III, par Mélodie Smacs

  1. Certains détails auraient pu être passé sous silence pour fluidifier le récit, car c’est visiblement l’action qui rythme cette histoire. L’intrigue est simple, mais on est peut ressentir l’adrénaline et l’effort intense de ton héroïne.

  2. Un texte actif dont les scènes s’enchaînent vite.
    Un instant j’ai pensé que la jeune combattante n’était autre que la formule vivante, mais non.
    Que va-t-elle devenir ?

  3. Merci à vous deux.
    Quels détails par exemple ?
    La suite est en cours d’écriture 🙂

  4. J’ai pensé fugitivement que ça pouvait être un mélange de la fin de Rogue One et le début d’un Nouvel Espoir (mais modifié), je ne sais pas si par hasard cela t’a influencé ?
    En tout cas, texte d’action court, mais efficace !

  5. Ah je n’y avais pas pensé, mais j’aime beaucoup la comparaison, merci !

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