La barque des rêves, par Gregorio Cept

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English: ATLANTIC OCEAN – The crew of the Coast Guard Cutter Eagle, a 295-foot barque homeported in New London, Conn., sail the ship throughout the night, April 6, 2012. Officer candidate school members aboard the Eagle are embarked for their two-week sail from New London to New Orleans, where they will learn the fundamentals of sailing. U.S. Coast Guard photo by Petty Officer 1st Class Brandyn Hill.
Unit: U.S. Coast Guard District 1

[24 heures de la nouvelle 2017 : Un moyen de transport doit être important pour l’intrigue.]

Au début des temps, alors que les Humains commençaient à marcher, à respirer, et à s’alimenter – du coup, étaient en train de vivre – les Dieux se rendirent compte que les Humains se fatiguaient. Au contraire des êtres immortels et tout puissants, les Humains avaient besoin d’une pause, après tous les labeurs constituant leur journée. Les Dieux inventèrent donc le sommeil, un état particulier qui consistait à l’Humain à fermer les yeux, à se détendre, et à attendre, pendant plusieurs minutes ou plusieurs heures – l’Humain décidait avant leur sieste du temps de repos – , afin de se revitaliser.

Les Humains remercièrent les Dieux pour cette invention, et l’accueillirent en premier lieu de bonne grâce, avant de se plaindre. On fit d’abord la remarque aux Dieux que fermer les yeux n’impliquait pas forcément le sommeil ; on leur dit ensuite qu’il fallait pouvoir se réveiller avant la durée demandée, par exemple en cas de danger inattendu ; et puis c’était quoi cette idée de ne voir que du néant pendant un laps de temps pouvant aller parfois jusqu’à huit heures de repos ?

Les Dieux se concertèrent, certains pour s’indigner des Humains et de leur arrogance à souhaiter le mieux sans le mal, d’autres pour s’interroger comment ils avaient pu être aussi faillibles, tous pour arriver à la conclusion évidente qu’ils ne pourraient pas combler les désirs de chacun. Ils avaient créé le monde dans son intégralité, alors ils n’allaient évidemment pas tout réussir, quelques détails par-ci par-là poseraient forcément difficulté. Ils prirent donc la décision de résoudre les « problèmes du sommeil », et de se détacher des Humains par la suite, qui devraient apprendre à vivre avec ce qu’ils leur avaient offert. Ils partirent immédiatement après, exténués par leur tâche d’avoir créé la Terre.

Les Humains constatèrent qu’ils pouvaient dorénavant fermer les yeux pour dormir certes, mais également pour réfléchir intensément. Des signes avant-coureurs comme le bâillement indiquaient une sieste prochaine, ainsi que le raidissement des muscles : impossible désormais de se tromper. De plus, les Humains n’étaient plus capable de décider de leur temps de sommeil, ce dont ils s’en réjouirent, puisque cela leur donnait une certaine liberté : ils avaient très bien la capacité de se rendormir par la suite si leur premier sommeil n’avait pas été réparateur, et de se réveiller en cas d’urgence.

Mais les Humains firent également des constatations amères : quelques Humains se réveillaient à n’importe quel bruit, quand d’autres ne pouvaient sortir que par eux-mêmes de leur torpeur. Quant au néant, il avait été remplacé par des images très diverses, qui n’avaient pas le moindre sens, et qui pouvaient provoquer de l’effroi comme de la joie.

Les Humains eurent la forte impression que le travail avait été totalement bâclé, qu’il était inéquitable, et beaucoup trop particulier. La majorité des Humains décida par conséquent d’oublier les Dieux, qu’ils ne comptent désormais que sur eux-mêmes, et qu’ils n’idolâtrent plus ces guides qui les avaient abandonné ; une petite partie, plus conciliante, préféra considérer les Dieux comme des bienfaiteurs qui avaient fait de leur mieux. Tous vécurent et prospérèrent, en s’interrogeant tout de même de temps en temps sur ces images qui venaient les tourmenter la nuit.

Après plusieurs floraisons, les Dieux revinrent observer les Humains, afin de voir comment ceux-ci évoluaient sans eux. Ils constatèrent à ce moment précis qu’ils avaient oublié le plus important, ce quelque chose dont ils n’avaient réalisé que l’ébauche, les fameuses images insensées que voyaient les Humains dans leur tête : les rêves. Ils créèrent alors la Barque des rêves, un navire magique fendant les airs, chargée de s’occuper des songes des Humains : la Barque n’avait qu’à survoler les habitations, à recueillir le flux des rêves, et à les redonner les nuits suivantes à d’autres Humains. Les Humains expliquaient, prolongeaient, ou concrétisaient dans la vie réelle leurs songes, ce qui contribuait à les développer ; le partage de ceux-ci à tous permettait un renouvellement constant, fruit de chacun.
Les Dieux furent satisfaits de cette idée, et désignèrent un Humain bien précis comme le Meneur de la Barque : celui-ci, ainsi que ses descendants, devrait veiller au bon fonctionnement de la Barque. Il reçut le don de la guider par sa pensée, et d’apporter toutes les modifications nécessaires à la Barque de façon à ce qu’elle continue sans peine sa tâche. Puisqu’il serait obligé de travailler toute sa vie sans jamais pouvoir se reposer, les Dieux lui donnèrent aussi la capacité de voir les rêves qu’il récoltait, afin qu’il puisse, en quelque sorte, rêver également.

Les Dieux restèrent un peu, le temps de constater si, une fois de plus, ils avaient bien réfléchi. Ils se réjouirent assez vite, puisque tout se passa selon leurs attentes : les Humains continuèrent de prospérer, désormais dotés de la capacité de rêver, et les Meneurs se succédaient facilement, en prenant des initiatives justes et logiques, la première étant par exemple de rendre invisible la Barque, qui faisait peur à certains Humains. Les Dieux disparurent donc aussitôt, pressés d’explorer d’autres univers, et le monde continua de tourner, sous le cycle éternel des soleils et des lunes.

Toutefois, comme tous les mécanismes, comme toutes les idées, un léger défaut vint s’immiscer dans cette mécanique de la vie, trop habituelle, établie depuis trop longtemps sans avoir été renouvelé. Bien après le départ définitif, alors que plusieurs générations de Meneurs s’étaient succédé, la Barque eut de plus en plus de peine à fonctionner. Plus exactement, le problème ne venait pas de la Barque, mais des Humains.

Au fil des temps, les songes s’étaient étoffés, s’étaient enrichis des expériences de tous les Humains, elles-mêmes améliorées par les rêves des Humains : c’était un cycle fertile et en apparence prospère. Les inventions industrielles, les voyages, et la quintessence de l’imaginaire, l’art, vinrent exploser le champ des possibles, diversifiant les relations entre les individus, et ainsi, offraient de nouvelles couleurs, de nouvelles formes, et de nouveaux horizons au réel comme à l’irréel.

Mais paradoxalement, malgré toute la nouveauté que l’Humain avait réussi à concrétiser, l’Humain devenait de plus en plus ordinaire, il était de plus en plus commun à ses semblables. Etait-ce à cause de la Barque, qui s’était chargée de siècles en siècles de la même tâche continuelle, ou à cause de l’Humain dans son essence, incapable de créer réellement quelque chose de complètement original ?

Quoi qu’il en soit, les rêves se ressemblaient davantage, et la Barque peinait dorénavant à accomplir sa mission. Spectatrice de l’évolution humaine, elle avait vu les époques et les générations se succéder, sans jamais faillir à son devoir, mais désormais, à l’ère où elle était arrivée, les Humains ne parvenaient plus à innover : ils stagnaient.

En cette période de temps très précise, la Meneuse de la Barque, Athanou, était bien consciente du problème : elle avait longtemps observé les flux de rêves qu’elle recueillait, et ceux-ci se ressemblaient énormément. Pour ajouter à son malheur, elle venait d’apprendre que sa fin était proche : bien malade, ses forces déclinaient de jour en jour, peut-être car elle s’était trop souciée pour l’objet magique qu’elle guidait.

Heureusement pour elle, un espoir inattendu survint, de l’autre côté de la terre des Humains : au fil de ses pérégrinations avec la Barque, elle avait découvert un autre territoire, riche de promesses d’aventures et de mystères, mais surtout, qui était rempli d’un peuple inconnu, les Wejibo, dont les rêves n’avaient pas encore stagnés. Elle les examina un temps considérable, et constata très vite qu’ils représentaient un espoir certain.

Son premier instinct était de s’emparer des rêves et de les redistribuer tel quels parmi les Humains, et vice versa ; pourtant, elle doutait que son idée fonctionne, et surtout, elle ne voulait pas gâcher l’unique chance qu’elle possédait désormais.

Plutôt que de prendre elle-même une décision qui allait se révéler déterminante pour un avenir dont elle ne verrait que peu d’aubes, elle préféra se remettre entièrement à ses descendants. Elle avait quatre enfants, Zounay, Ekanda, Ogima, et Waban, qu’elle savait plus doué qu’elle. Tous les quatre voulaient la remplacer, en tout bien tout honneur, afin de veiller comme leur mère et ses ancêtres sur les songes des Humains. Elle leur demanda du coup de réfléchir chacun à une solution, qui serait essayée pendant sept jours : l’enfant qui aura permis le plus de rêves différents aura prouvé sa valeur, et obtiendrait sa place, les autres ne feraient que vivre simplement leur vie d’avant. Pour plus de sûreté, elle divisa également le peuple qu’elle avait trouvé en quatre parties, chaque quart correspondant à l’un de ses enfants.

Les quatre enfants se concertèrent, et décidèrent de passer dans l’ordre de leur naissance : la première personne qui essaierait d’améliorer les rêves fut Zounay, qui s’occupait d’un commerce chez les Humains. Zounay savait que les Humains aimaient le nécessaire comme le superflu, pourvu que leur vie n’en soit que plus agréable. Descendant de la Barque pour rencontrer les Wejibo, et passant avec eux plusieurs journées, toutes ses discussions lui permirent d’apprendre tous leurs désirs, toutes leurs aspirations.

Quand la nuit vint, Zounay s’occupa donc de donner aux Wejibo exactement ce qu’ils désiraient : les romantiques eurent des romances, les enfants des amis imaginaires, les guerriers des batailles à livrer. Les jours passèrent, et Athanou observa le flux des rêves, afin de constater les changements.

Malheureusement, le flux était resté inchangé, et pire, devenait comme celui des Humains, qu’ils connaissaient si bien : les rêves ne développaient pas leurs horizons, et ne faisaient que se conformer à ce qu’ils pensaient être des rêves. C’était un échec.

Zounay ne put cacher sa déception, mais se rendit compte que tenir un marché lui convenait davantage. Waban, qui passerait en dernier si ses aînés failliraient à leurs tâches, vint alors à sa rencontre, et lui réclama des perles. Zounay accepta, et lui donna des pierres de plusieurs couleurs. Lui demandant à quoi ces perles serviraient, Waban se contenta de lui répondre que c’était un projet secret.

Ce fut le tour d’Ekanda, le deuxième enfant, qui faisait preuve d’une grande sagesse. Ekanda aimait observer les choses, et les étudier avec précision : le monde des Humains lui paraissait idéal, fourmillant de détails et de beautés. De plus, c’était un monde inconnu pour les Wejibo : au contraire de Zounay, son idée ne reposait pas sur ce que ces Humains connaissaient, mais sur ce qu’ils ne connaissaient pas encore.

Quand la nuit vint, Ekanda combla donc les sens des Wejibo, en leur offrant tout ce que le territoire des Humains avait à offrir : une nouvelle faune, une flore aux parfums entêtants, des visages et des architectures nouveaux. Les jours passèrent de nouveau, et Athanou observa le flux des rêves, espérant que la solution escomptée par Ekanda était la bonne.

Ce fut une réussite. Les Wejibo furent intrigués par cet autre monde qu’on leur proposait, et s’empressèrent de le discuter, de l’imaginer, et même le chercher. Avec la recherche vint la convoitise, et bientôt, les Wejibo qui avaient vu leurs rêves changés par Ekanda voulurent trouver les Terres des Humains. Ils partirent donc dans ce but, en construisant plusieurs radeaux de fortune, constitué de rondins et de cordes. Ekanda les aida, et Waban lui demanda quelques cordages, symboles de sa réussite. Ekanda lui en donna avec plaisir, non sans surprendre le regard interrogateur de Zounay.

Au bout d’un certain temps, les Wejibo trouvèrent les Terres des Humains. Ces derniers furent surpris par ces étrangers, qui ne parlaient pas leurs langues, mais étaient informés de leur mode de vie : des échanges se firent, chacun désirant apprendre de l’autre, chacun désirant connaître l’autre.

Les rêves furent donc renouvelés pour un temps, par l’attrait de l’exotisme, du mystère, de la différence. La Meneuse Athanou fut soulagée, et pensa que sa relève était assurée. Mais alors qu’elle voulut confier sa charge à Ekanda, des conflits apparurent entre les Humains et les Wejibo, qui ne parvenaient pas à surmonter leur dissemblance. Les deux camps ne s’entendaient plus, et ne voulaient plus être ensemble.

La Meneuse et ses enfants discutèrent longtemps : la tâche des Meneurs était claire, s’occuper de la Barque et des rêves des Humains, jamais de ces derniers. Les Meneurs n’avaient pas le droit de s’immiscer trop profondément dans la trame de la vie des mortels, n’étant eux-mêmes plus vraiment des Humains. De plus, que deviendraient les songes, si les Humains ne pensaient plus à se reposer, mais à se battre ?

Ekanda se désolait de l’attitude des Humains, s’estimait hautement responsable de cette situation conflictuelle entre Humains et Wejibo, et prit la décision de continuer à étudier le monde. C’est alors qu’Ogima, troisième enfant de la fratrie, vint tous les rassurer. Les Humains et les Wejibo devaient bien se rencontrer à un moment, par le désir d’expansion qu’anime chaque être vivant ; Ekanda n’était donc pas en faute. Habile stratège, ayant déjà conseillé des reines et des rois, sa solution était de profiter de la querelle qui s’annonçait.

Ogima convainquit sa famille, non sans mal, d’aider les Wejibo à établir un camp de fortune, à construire des abris et des armes toutes sortes, pour qu’ils puissent affronter les Humains. En plein conflit, les deux peuples auraient besoin de se libérer l’esprit durant la nuit, et donc se chargeraient eux-mêmes d’entretenir des rêves variés et diversifiés, pour pouvoir se détendre : ils fabriqueraient leurs propres lumières dans leurs ténèbres.

Athanou avait permis Ogima de poursuivre son expérience, afin de réparer la situation causée par Ekanda, à la seule condition qu’il laisse tranquille les Wejibo qu’elle lui avait « donné », ceux qui étaient restés loin des hommes. Toutefois, elle ne voyait la décision d’Ogima que d’un très mauvais œil, et demanda à son dernier enfant, Waban, de trouver une meilleure solution. Waban se contenta de lui sourire, et d’emprunter des branches, ce qui ne manqua pas de susciter des interrogations chez sa mère, ainsi que chez Zounay et Ekanda, qui ne comprenaient pas comment des perles, des cordes et des bouts de bois pourraient les aider.

Les jours semblaient passer lentement désormais, ralentis par la peur et la haine des deux peuples. Ogima déplorait cette situation, mais d’après ses dires, elle ne pouvait que s’améliorer par la suite. Le conflit était inévitable.

Heureusement, vint le temps où Athanou examina les flux de rêves, et put déclarer que la solution d’Ogima n’avait rien arrangé. Les rêves étaient désormais teintés de rouge sang et de dévastation, et pire encore, ils se faisaient de plus en en plus rares : dans ces jours obscurs qui précèdent toutes les guerres, les Humains et les Wejibo ne parvenaient plus à rêver, car ils n’arrivaient plus non plus à dormir. Ogima ragea, mais accepta sa défaite, et commença à réfléchir à comment conclure une trêve entre les deux peuples.

Alors que le conflit était à deux souffles d’éclater, que les Humains et les Wejibo allaient s’affronter, Waban descendit de la Barque des rêves, non sans prendre quelques plumes aux oiseaux de passage. Tout en marchant en direction du point de rencontre entre le chef des Wejibo et des Humains, ses mains façonnèrent un objet de forme ronde, en utilisant à cet effet les perles, les cordages, les bois, et les plumes.

Les deux chefs et leurs peuples respectifs furent étonnés de voir ce jeune être arriver vers eux. Avec ses cheveux blancs, ses yeux gris ciel, son mince sourire et sa taille chétive, il semblait correspondre à l’idée de l’innocence-même. Waban parla alors, et comme par magie, par la liberté et par l’idéal qu’il symbolisait, les deux peuples le comprirent en même temps.
Waban leur demandait s’ils se rendaient compte que leurs rêves se tarissaient, que leur imagination ne se développait plus autant qu’auparavant ; si ce qui leur importait, au fond, n’était pas plus la promesse d’un demain, plutôt que l’habitude du passé ; s’il ne valait pas mieux concrétiser les possibles, au lieu de les anéantir.

Portés par ses paroles, les deux peuples firent une trêve, préférant s’unir, et non se nuire. Pour sceller cette union, Waban leur donna l’objet rond, en leur expliquant, par chuchotements, ce qu’il signifiait. Certains Wejibo restèrent dans la terre des Humains, d’autres, avec des Humains curieux, retournèrent dans la terre des Wejibo. La Barque des rêves suivit ces derniers, et sur la Barque, Athanou et ses enfants entourèrent Waban, pour le féliciter d’avoir arrêté le conflit. Ils lui demandèrent alors ce que représentait l’objet rond, et surtout, comment est-ce qu’il comptait renouveler les flux de rêves. Waban leur fit un clin d’œil, et leur expliqua.

« Vous aviez tous la bonne réponse, mais encore fallait-il les assembler. C’est ce que j’ai fait. Zounay souhaitait offrir ce qu’ils demandaient ; les perles représentent les richesses de l’inattendu que je veux donner. Ekanda voulait révéler toutes les vérités apparentes de ce monde ; les cordes rappellent les liens entre le connu et l’inconnu que je veux donner. Ogima prétendait que les troubles agitent les cœurs, et que d’eux-mêmes, ils se soignent par leurs rêves ; je pense que les hommes doivent vivre des rêves négatifs, que j’appellerai les cauchemars, afin de pouvoir mieux vivre le positif, les rêves à proprement dit. Les bois évoquent la Nature, porteuse en son sein du bien comme du mal, une ambivalence que je veux donner. Enfin, quant aux plumes, elles rappellent la légèreté de l’être que nous devons tous garder en nous. »

Ainsi, Waban prit la relève de sa mère Athanou, et mena la Barque pendant de longues ères d’Humains et de Wejibo, tout en continuant de fabriquer des petits objets ronds, avec sa famille. Les rêves désormais représentaient ce qui était demandé, et ce qui ne l’était pas ; proposaient une vision du monde connu, et de l’inconnu ; pouvaient troubler son rêveur, ou le rendre serein ; tous élevaient les âmes à souhaiter le sommeil, et à explorer l’imaginaire.

Alors si par chance, la nuit, vous voyez dans le ciel une grande barque naviguer, et de celle-ci tomber un petit objet rond, sachez que c’est un descendant de Waban légèrement distrait dans sa maîtrise de la Barque, qui continue le travail de son ancêtre. Certains Humains et certains Wejibo continuent également cette tâche, en mémoire de ce conflit qui fut arrêté par un jeune enfant venu du ciel, et qui leur a appris à vivre et à rêver ; ils fabriquent cet objet rond avec grand soin et le pendent dans leur habitation, en espérant installer la paix dans leurs cœurs et dans leurs têtes, et souhaitant attraper de meilleurs songes, pour établir un meilleur futur.

Ils appellent cet objet l’attrape-rêves.

FIN

24 Heures de la Nouvelle 2013 : Une autre histoire

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17 thoughts on “La barque des rêves, par Gregorio Cept

  1. Quelle belle idée ! Originale et tendre. J’ai beaucoup aimé. Surtout la première partie avec les dieux et la création du monde. Très belle narration, bien ficelée, bon rythme.

    Puis vient la succession d’Athanou et là, tu nous bombardes avec plein de nouveaux noms, y compris ces fameux Wejibo dont j’ai eu du mal à comprendre qu’ils n’étaient pas humains (j’ai pensé à une tribu). Ça m’a un peu perdu, je dois dire.

    Par contre, la fin est vraiment très chouette. Bravo !

    • Les Wejibo sont effectivement une tribu quasi humaine… J’aurai pu expliciter cette différence, mais je voulais que l’histoire soit le plus « impersonnelle » possible (afin qu’on puisse imaginer un maximum de choses, y compris le sexe des enfants).
      Mais je prends bien sûr en compte, et je te remercie de ton retour 🙂

  2. Très beau conte.
    Ayant l’habitude de lire des contes d’origines diverses, je n’ai pas été perturbé par les noms, pour ma part. De même, le manque de détails sur les wejibo n’empêche en rien de comprendre, plus d’informations seraient sûrement superflu et alourdiraient le récit.

    J’ai juste pas vraiment compris pourquoi les Dieux ont trouvé que les rêves étaient inachevés au point de créer la barque. Mais le reste de l’histoire s’est écoulé comme un fleuve paisible 😉

    • Merci beaucoup de ton avis 🙂

      Pour les Dieux, j’aurai dû appuyer sur le fait qu’ils ne voulaient plus interférer eux-mêmes dans les affaires des hommes, parce que grosso modo ils en avaient marre 😛
      Du coup ils ont confié la tâche à des hommes.
      Ça me permettait aussi ainsi de dire que les Dieux comme les humains sont faillibles, et que c’est sur les échecs que l’on construit les plus belles réussites (mais là encore, c’est une interprétation personnelle que je n’ai pas voulu incorporer au récit, libre à chacun de voir la chose comme il l’entend) ^^

  3. Texte très sympa, qui se lit tout seul et qui, si j’ai bien compris, a été écrit en un temps record ! Le résultat est époustouflant.

    • Oh, « époustouflant », eh bien merci beaucoup 🙂

      Alors en tout et pour tout, il a été réfléchi et écrit en 8h (16h de réflexion avec 8h de sommeil entre deux), donc ça va !

      Je lirai dès que possible ta nouvelle, j’en suis aux J (je fais par ordre alphabétique) 😀

  4. Hé bien, Grégorio, quelle imagination ! J’ai beaucoup aimé cette  »barque des rêves », et je trouve la fin superbe.

    Bravo !

    • Merci beaucoup pour ce commentaire, content que ça t’ait plu ! 🙂

  5. Très joli conte. Il respecte bien les codes du genre, ce qui pose des repères clair pour le lecteur. J’ai beaucoup aimé le côté poétique et l’atmosphère de l’histoire. À mon sens quelques détails pourraient être précisés, sur l’implication des dieux, sur le problème des humains avec les rêves, mais ce serait du détail ^^ Avec 24heures je trouve le résultat abouti

    • Entièrement d’accord, c’est le genre de détails que j’ai dû mettre de côté pour les 24h, je pourrai développer ça par la suite 🙂

      Merci pour le commentaire, je lirai bientôt ta nouvelle 🙂

  6. J’ai déjà lu 1 ou 2 autres versions amérindiennes sur l’origine du piège à rêve mais j’avoue que celle-ci me plait beaucoup aussi.
    Ce conte suit un flux lent de barque chargée, nous mène d’un point à un autre sous les yeux des dieux surbookés, nous amène à réfléchir sur l’utilité de nos propres rêves.
    Un bon moment de lecture.
    Merci pour ce partage.

  7. Un joli conte explicatif – on peut même le considérer comme cosmogonique, puisqu’il commence « Au début des temps »- empli de poésie et d’optimisme.
    Bravo pour ce texte qui procure un très agréable voyage au pays des rêves.

    • Oui, c’était voulu que ce soit cosmogonique 🙂

      Content que ça ait plu !

  8. Ma lecture est assez proche de celle de Marie Raphaello. J’ai beaucoup aimé l’ambiance « conte » et le côté cosmogonique, mais j’ai eu du mal à saisir certains des détails et de la logique du récit. En particulier vers le milieu du conte ! Mais sais-tu à quoi ta barque des rêves m’a fait penser ? Au nuage du marchand de sable de mon enfance ! Eh oui, Gros nounours, la flûte, et le sable magique et brillant qui tombe sur les enfants…. Et puis le nuage et le marchand partent semer d’autres rêves…

  9. Le milieu du conte, c’est à dire ? Je suis curieux 🙂

    Si par hasard c’est lors de la « deuxième décision » (celle d’Ekanda, décidant d’offrir d’autres horizons), j’avoue que j’ai dû parer au plus pressé : les trois premières décisions devaient être mauvaises, pour que la quatrième soit la bonne (logique du conte), et quand je l’ai écrite, je me suis rendu compte qu’elle ne pouvait être si négative… J’ai dû donc négocier (je ne voulais pas l’enlever).

    Pour les détails voilà, je pourrai une fois approfondir cet univers pour mieux expliquer 🙂

    Ah de Bonne Nuit les petits… Peut-être que cela a joué dans mon inconscient 🙂

    Petits secrets, ce qui m’a fait imaginer cette Barque est la barque du jeu Atlantis de Cryo, et le pouvoir du marchand de sables dans les Cinq Légendes (comme ça vous saurez tout) !

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