La bague au doigt, par Steff S.

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[24 heures de la nouvelle 2017 : Un moyen de transport doit être important pour l’intrigue.]

Judicaëlle Cabrol affinait son personnage en se préparant mentalement à affronter l’horrible colonel Elijah Rapsodi. Elle frémissait à son nom sans mettre de visage sur le plus médaillé des militaires de tous les temps. Aussitôt son passage dans la salle de bains terminé, elle s’admira devant le miroir en pied de sa chambre d’hôtel de luxe. Sa combinaison très très près du corps gainait ses formes sans laisser place à l’imagination. Sa tonsure rousse, tirant sur l’auburn à la racine, retombait en fines mèches lisses jusque dans le bas de son dos cambré. À la naissance de ses hanches, l’arrondi de ses fesses émoustillait les hommes à les rendre fous. Elle comptait bien se servir de cet attribut pour arriver à ses fins, car, elle ne dissimulerait aucune arme sur elle, comme c’était prévu. Seuls son charme et son habilité viendraient détourner l’attention du colonel.

La négociation avait été rude, et les conditions de son contrat passé entre l’État et elle avait demandé des heures d’ajustement. Mais cela en valait la peine. La prison la guettait depuis son arrestation le mois dernier pour le vol d’un ancien vase. L’échec cuisant de ce braquage portait un nom : Valentin Haüs. Son prétendu soupirant, sa moitié pour la vie, tout du moins, lui affirmait-il quand il jurait devant tous les saints « Je t’aimerai jusqu’à la fin de ma vie. ». Sauf qu’il n’avait pas précisé que sa déclaration valait seulement si leur alliance tournait bien. Elle s’était fait pincer, telle une voleuse de bas étage, elle qui avait à son actif pas moins d’une centaine de casses. Des affaires irrésolues par la majorité des polices du monde entier. Et si son nom se dressait en tête de liste des suspects, jamais les enquêteurs ne la poursuivaient. Ils savaient qu’elle courait déjà les routes vers d’autres pays à dévaliser. Sa marque de fabrique devenait légende. On l’appelait désormais « La voleuse des airs ». Pour le quidam, elle était Judicaëlle Cabrol, couturière à son compte dans son bâtiment du cinquième arrondissement de Paris. Pour les services secrets, les flics, Interpol et les autres, elle apparaissait sous les traits du masque dont elle se parait. Celui du Président de la République ! Une note humoristique qu’elle se délectait de voir détournée sur les réseaux sociaux. Une parodie de ses exploits, liké des millions de fois, la faisait rire.

Elijah Rapsodie refermait le clapet de son ordinateur en maudissant les youtubeurs. Il les haïssait autant que cette femme qui le contrariait sans qu’il ne l’ait jamais vue. Les sous-officiers la nommaient par des sobriquets ridiculement tendres. Elle qui se jouait de l’image de leur chef, qui volait en toute impunité, il la coincerait le moment venu. Et ce moment allait arriver sous peu. Sa mission demain était de ramener le caillou en territoire protégé. Il la mènerait à bien tout en mettant la main sur elle.

Un dernier coup d’œil sur le dossier posé sur son bureau lui remémora les grandes lignes de l’affaire qui le préoccupait.

[ La révolution est marche.

14 h 15

En ce mardi 1er avril, nous avons trouvé, mes confrères et moi un nouveau minéral. Ces qualités restent à définir, toutefois, nos premières recherches confirment qu’il s’agit d’un minéral proche du diamant. Il dépasse les dix sur l’échelle de Mohs. Rien ne dit que nous célébrerons cette grande découverte. À l’heure où j’écris ces mots, la mine menace de s’écrouler sur nous. Nos rations en eau et en vivres s’affaiblissent d’heure en heure. La chaleur devient intenable dans cet enfer. Si nous en réchappons vivants, je promets d’axer mes toutes mes travaux sur l’utilité de cette pierre dans la fabrication de nouvelles technologies. Mais il n’est peu probable qu’un gisement existe. Il s’avérerait même que nous sommes face à un météorite, un alliage fabriqué par les mains d’une autre civilisation. Tout cela n’est que supputations.

16 h 30

L’oxygène nous manque. Julien Travail nous a quittés il y a trente minutes. Aucun de nous n’a pu le réanimer. Nous-mêmes à bout de souffle, nous avons été égoïstes et préféré nous économiser.

18 h 00

Adieu le monde. Toutes mes pensées vont à ma femme et mes deux enfants, Léa et Léo. Si cette lettre leur parvient :

Sachez que je vous aime.

Votre père,

Ton époux aimant.]

 

Elijah replia la feuille pliée en deux en annexe au dossier. Voilà qu’il se lamentait sur le sort de cet hurluberlu de Fauchon ! Le scientifique et lui n’avaient pas grandes affinités de son vivant, mais sa mort chamboulait quand même le colonel Rapsodi. Dans leurs chamailleries se cachait une véritable admiration chez chacun d’eux.

Il lui promit de protéger sa trouvaille des mains chapardeuses de « La voleuse des airs ». L’aide d’une certaine Judicaëlle Cabrol, proposée par son amiral ne l’enchantait guère, néanmoins, cette jeune femme, aux dires de son supérieur, maîtrisait l’art et la manière de manier les parachutes. Ainsi, elles seraient d’égale à égale si la voleuse tentait sa chance pendant le transfert.

L’heure de la confrontation avec la civile lui procurait des envies de tout envoyer valser. D’un caractère impulsif, l’armée lui avait donné un cadre et lui éviter tous débordements. Mais se savoir responsable d’un civil… une femme en plus ! causait au colonel un dérangement au-delà de l’imaginable. Il se chargeait des plus petits détails sur chaque mission, mais l’élément fluctuant qu’on lui imposait l’énervait au plus haut point.

Comme convenu, Judicaëlle se présenta à la réception du cabinet du Colonel Rapsodi. Elle se figurait qu’il ressemblait à un hindou reconverti dans l’armée française, drapé d’un turban, au teint de miel.

Ce qu’elle entrevit lorsqu’il lui intima d’entrer fut assez choquant. Brun, la peau étrangement claire, des sourcils épais qui accentuaient la ligne en amande de ses yeux noirs, il n’avait aucune similitude avec le Rapsodi de son imagination.

— Mademoiselle Cabrol, prenez place.

Une bombe entrait dans son bureau… une bombe humaine. Il dût s’y reprendre à deux fois avant de la saluer tant sa gorge s’asséchait devant une beauté pareille.

— Colonel, ou peut-être devrais-je déjà vous appeler Elijah ?

— Cette mascarade a été orchestrée par l’Amiral Dietriche. J’ai prêté serment de servir mon pays, et ce même si cela me demande des sacrifices.

Judicaëlle se planta à quelques centimètres du militaire, en ancrant ses yeux améthyste dans son regard noir.

— Je suis patriote dans l’âme, mon colonel, surjoua-t-elle en approchant ses lèvres dangereusement de son oreille. Je servirai mon pays au détriment de mon propre corps.

— En voilà assez ! Êtes-vous prête pour le départ ?

— Parée !

La traversée vers Antigataba, un pays oublié des planisphères fut pour Elijah un vrai supplice. D’autant plus qu’il se sentait nu sans son uniforme. Le chef de l’État lui-même avait insisté pour que le voyage se passe dans le plus grand anonymat. Le succès de l’affaire en découlait. Les autochtones n’accepteraient jamais qu’une armada de militaires envahissent leur petit pays pour une pierre que l’on ramassait à la pelle chez eux. Pourtant, cette découverte magistrale modifierait tant de choses si l’on avait le moyen de la tester. Car jusque-là, seules les dépouilles des explorateurs avaient été autorisées à sortir du pays. Le professeur se fourvoyait sur toute la ligne en pensant que le caillou provenait d’une météorite. En fait, des mines étaient déjà exploitées dans cette minuscule île au large des côtes océaniques. Sauf que le secret, tant gardé, ne dépassait pas leurs frontières.

Il allait de l’avenir de son pays. Le colonel Rapsodi feinta tout le trajet, sourd aux appels de la belle l’encourageant à ouvrir le dialogue.

— Prononcez au moins mon prénom, implora-t-elle en mimant un baiser.

Quand s’arrêterait-elle de croire que leur jeu s’avérait une réalité ?

Le petit avion atterrit sans encombre sur la piste.

« Rien au hasard »

Les mots de l’amiral butaient dans l’esprit de son subordonné. Le hasard, au contraire, semblait être l’élément principal de leur machination. Les vents pouvaient se lever, tourner, les emporter ou pire…

Un comité d’accueil les reçut avec tous les honneurs dus… aux nouveaux mariés ! Le plan résidait en ceci :

Le colonel et Judicaëlle affichaient l’air béat des nouveaux amoureux.

Ils décidaient de ses marier sur l’île.

Et le futur époux, très épris, demanderait l’aide d’une bonne âme afin de créer sur-mesure une bague surmontée d’une pierre spéciale. Celle de l’île.

Judicaëlle acquit assez d’assurance en deux jours dans son rôle de l’amoureuse transie. Son fiancé, malgré son jeu de mauvais acteur, créa l’illusion parfaite. Et mit en place le mariage en parachute que sa bien-aimée désirait tant. Cette phase ne leur prit que deux heures. Mais celle d’accéder à la requête du prétendu fiancé rencontra de sérieuses difficultés. Aucun autochtone ne se fit corrompre, ils protégeaient tous leur pierre sacrée à laquelle il vouait un culte sans borne. Selon la légende quiconque tentait de s’en emparer en projetant de l’amener loin de l’île mourrait.

— La mission est compromise. Nous ne pourrons pas obtenir le caillou.

— Détrompez-vous, mon cher futur mari. Regardez la carte !

À cet instant, Elijah ressentit un trouble mystérieux en écoutant la voix de sa fausse fiancée. Sa beauté le subjuguait depuis qu’elle avait pénétré dans son bureau. Il était resté sur la réserve, s’épargnant ainsi l’émoi qui s’emparait de lui quand son regard d’améthyste se dirigeait droit dans le sien.

Il ne sut pas ce qu’il lui prit, mais il l’embrassa sur un coup de tête. En réalité, il ne pensait qu’à ça, et au fait de la toucher du jour où il l’avait vue. Elle symbolisait la grâce féminine comme il se la représentait dans ses rêves d’homme.

Ce baiser savoureux, elle le lui rendit en entourant son cou de ses bras graciles, s’attardant sur sa nuque en caressant ses cheveux.

— Vous savez ce que m’a confié le voiturier ?

— Non

— La pierre a des vertus aphrodisiaques.

— Alors, je ne réponds plus de rien si nous en possédons une.

Il replongea sur sa bouche et suavement la dévêtit en noyant son corps de baisers fiévreux.

Le lendemain, on célébrait leur mariage dans les airs. En tenue, ils virevoltèrent dans les cieux sous la bénédiction d’un prête. Quand le « oui » fut prononcé, Judicaëlle fonça sur la mine, en imitant une mauvaise manœuvre qui la déséquilibrait, pendant que son « mari » tentait de la rattraper. Le prêtre, lui, ne put qu’atterrir en douceur à l’endroit prévu. Il alerta les pompiers de l’accident tandis que les deux préposés à l’État se posaient au-dessus d’une carrière découverte de pierres précieuses. Le lieu vide de travailleurs – puisque nous étions dimanche —, ils entassèrent dans leurs poches leur précieux trésor.

Elijah étreignit sa femme passionnément.

Ils montèrent à flanc de colline main dans la main en se promettant amour éternel, firent des haltes durant lesquelles ils unirent de longues heures, où leurs corps, embrasés se consumaient pour mieux renaître.

Essoufflé, étourdi par son nouvel amour, le colonel souriait en arrivant au but. Là où un petit avion devait les ramener sur le sol de leur pays.

— Je crois que je t’aime Elijah, lui dit-elle en déposant sur sa joue l’empreinte de ses lèvres.

— Tu es ma femme pour de bon, répondit-il, heureux.

Mais le charme fut rompu…

La voleuse des airs dégaina son masque à l’effigie du Président de la République, et sauta dans le vide.

Le colonel Rapsodi, interdit, l’observa des minutes pleines, voler dans le ciel, emportant avec elle le butin. Il lui sembla entendre « je t’aime vraiment, nous nous reverrons ».

Les bruits du moteur d’avion percèrent le silence troublant des instants précédents. L’échelle en corde suspendue au-dessus de sa tête lui fit reprendre contenance.

Ce n’était pas la fin, mais bien le début. Il la pourchasserait, sa vie entière… par amour.

Crédit photo : https://www.flickr.com/photos/jstuker/7456622604/in/photolist-cmV97G-2Q4XAV-4rBPx6-4P77tr-bVZX4Z-8LxHSi-AS75uB-pr4Lk2-gpBa2e-5Qt2po-bVZXVn-7eU3Qt-bVZXur-smDS91-a94jmC-GeDWM3-6SsmYV-dU51z7-EEsgi-sqFh3c-a94is7-bmXAre-24mLAo-efHueg-R7XTN4-SQoqLT-puYWd8-84nws7-qe8pw9-SkSYPk-aWLStn-8zvQdH-fd6nCF-nPstTr-qHRBsF-eeQoAh-cdnhpw-28cMGi-4KgoV2-jZyjKj-bVZXoe-uvrtJ5-eeJDei-7TGYV7-4KSBJG-4i3sXQ-9vyZpR-nR12vu-bnACa4-a91tPp

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7 thoughts on “La bague au doigt, par Steff S.

  1. Je suis plutôt mitigé sur cette histoire.
    L’histoire du parachute et du diamant était bien trouvé. J’ai bien aimé qu’il s’agisse de vol et cette histoire de voleuse à haut niveau. C’était une bonne base.
    Mais j’ai du mal avec les transitions. Celle du début m’a laissé assez perplexe et j’ai du relire pour comprendre qu’on changeait de narrateur. De même pour la fin, on passe trop vite de « Ah elle me fait chier cette civile » à « Oh en fait je l’aime et je veux l’embrasser » ce qui était en mode WTF ??!
    Mais à part ce point là, c’était plaisant à lire =)

    • Je suis bien d’accord avec vos commentaires James. Mes défauts reviennent très vite quand je ne prends pas le temps de la réécriture 🙁 Par contre, on ne change de narrateur, puisque c’est écrit à la troisième personne. Merci d’avoir lu !

  2. Sympathique histoire, romance mêlée d’aventure.
    Le pauvre homme condamné à vie en haute voltige 😀

  3. Comme dit plus haut, j’ai eu du mal avec la première transition.

    Mais sinon tout passe : l’histoire d’amour criminelle (qui pourrait être plus développée, que l’homme ne tombe pas juste amoureux d’une belle femme par exemple), la situation générale, l’humour par moment… Joli !

    • Merci pour ce commentaire ! Je n’ai eu que le samedi pour écrire, alors, c’est vrai que le développement est assez superficiel.

      • Je voulais le mettre dans mon commentaire mais j’ai oublié : je comprends parfaitement justement que certaines choses manquent, surtout quand il n’y a que 24h ^^

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