Frozen Empathy, par Rain

Kindle

[24 heures de la nouvelle 2017 : Un moyen de transport doit être important pour l’intrigue.]

« Fern ! Ramène tes fesses ! »

Avec un soupir, Fern reposa son verre à moitié humide sur le comptoir et se dirigea vers l’arrière-salle du bar. C’était la troisième fois en une heure qu’Anen l’appelait pour rien. Cette fois-ci, elle le trouva accroupi devant le serveur auquel étaient connectés les cartes et les menus des clients. Il lui jeta à peine un coup d’œil quand il la sentit approcher dans son dos.

« Je comprends pas pourquoi il déconne depuis tout à l’heure. Tout est bien branché. Tu as une idée ? »

Fern caressa un instant l’idée de frapper son patron à coup de torchon.

« Peut-être parce que tu as débranché le ventilateur ce matin ? Tu sais, quand je t’ai dit que ce serait une mauvaise idée et que tu m’as envoyée chier ? Ben voilà. Le serveur surchauffe.
– Et tu pouvais pas me le dire plus tôt ? Comment je répare ça, maintenant ?
– En rebranchant le ventilateur.
– Pas moyen. Il va recommencer à faire sauter les plombs dans le frigo.
– Peut-être que si tu n’avais pas décidé de mettre le froid à fond…
– J’avais pas le choix. Demande expresse d’un voyageur pour une de ses cargaisons.
– Je veux pas le savoir. T’aurais dû y penser avant et faire monter un container spécial à bord. On était sur Encelade, c’est pas les congélateurs qui manquent, là-bas.
– J’avais pas le temps de m’occuper de ça. Il est arrivé in extremis et il payait bien. Ça fait mauvais genre de délayer un départ de toute façon.
– Ça fait mauvais genre aussi de planter tout le réseau informatique du bar. En attendant, c’est pas toi qui gères les clients en rogne parce qu’ils peuvent pas commander.
– Et si on ramène de la glace du frigo pour refroidir les circuits ?
– Pour inonder tous les circuits quand la glace fondra, tu veux dire ? Très bonne idée, McGyver. Ça va résoudre tous nos problèmes, c’est clair.
– On en a plus pour très longtemps avant d’arriver sur Titan, peut-être que…
– Hé, y’a quelqu’un ? gueula un client depuis le bar. On peut commander, oui ou non ?
– J’y retourne, déclara Fern à contrecœur. Toi tu ne touches plus à rien ou tu vas provoquer une catastrophe.
– Oui maman », répondit distraitement Anen en se penchant un peu plus vers le serveur.

Fern secoua la tête d’un air dégoûté et retourna à son poste. Elle ne pouvait rien faire de plus, de toute façon : entre la vaisselle qui était restée en plan et la tension palpable qui régnait à présent dans la salle, elle n’avait clairement pas le temps de gérer cette tête de mule d’Anen.
Elle enchaîna les préparations de cocktails, à la fois pour aller servir les gens et pour se vider l’esprit. C’était la dernière chose qui l’empêchait de quitter le vaisseau. À sa connaissance, il n’y avait pas d’autre bar ambulant que le Scylla dans tout le système solaire. Elle pouvait s’installer à la surface d’une lune quelconque, bien sûr, mais ça ne l’intéressait pas. Elle avait toujours vécu en nomade ; rester au même endroit plus de quinze jours l’ennuyait profondément. Elle pouvait bien supporter Anen si ça lui permettait de voyager tout en mixant des cocktails.

« Vous faites ça depuis longtemps ? demanda un client qui était resté au comptoir et qui l’observait depuis un moment.
– Quatre ans. »

Elle avait quitté les bancs de la fac à la première occasion et ne l’avait jamais regretté. Elle faisait plus d’expérimentations chimiques avec ses boissons qu’on ne lui en avait jamais demandé pendant ses cours. C’était ce qui lui plaisait le plus dans son travail : l’idée que les pires poisons du système solaire passaient entre ses mains pour qu’elle en fasse des produits consommables. Enfin, des poisons moins puissants. Elle ricana intérieurement en pensant à la tête que feraient ses anciens professeurs devant les mélanges qu’elle concoctait.

« Vous êtes plutôt laconique, n’est-ce pas ? »

Agacée, elle posa brutalement le cocktail qu’elle venait de préparer sur le comptoir.

« Votre Martian Lullaby », annonça-t-elle en le lançant un peu trop fort vers son client.

Celui-ci l’attrapa au vol d’une main, sans perdre son flegme, et la remercia d’un signe de tête. Intriguée, Fern l’observa un peu plus attentivement. Il portait une veste noire un peu classe, sans pli, sur une chemise blanche impeccable. Ses cheveux gris étaient tirés en queue de cheval, avec deux mèches un peu plus courtes qui venaient encadrer son visage. Il était glabre et portait des lunettes de soleil qui masquaient son regard. Fern avisa près de lui une canne blanche, sur laquelle il avait négligemment posé son chapeau melon. Vraiment pas le genre des habitués qui venaient se perdre au fin fond du Scylla la majorité du temps.

Elle se radoucit un peu.

« Pardon, je passe une mauvaise journée. Vous êtes franchement agile pour quelqu’un de… enfin, dans votre condition.
– D’aveugle, vous voulez dire ? Au bout d’un moment, on finit par se débrouiller. Quand les gens en face de vous font des gestes brusques et parlent fort, ça rend les choses plus faciles. »

Elle s’apprêtait à s’excuser encore lorsqu’elle remarqua que le vieil homme souriait. Elle lui retourna son sourire avant de se rappeler que ça ne servait probablement à rien.

« Pourquoi vous êtes venus vous enterrer sur ce rafiot ? demanda-t-elle pour détourner la conversation. On n’a pas grand chose d’intéressant pour un homme de votre qualité.
– Vous proposez tout ce dont j’ai besoin : un trajet rapide pour Titan loin du regard des autorités.
– Ah, je vois. C’est vous le paquet dans le frigo ? »

Le vieil homme sourit à nouveau d’un air complice, mais il se contenta de siroter son cocktail. Fern haussa les épaules et reprit la vaisselle. Après tout, ce n’était pas son travail de se mêler des affaires de ses clients. En tout cas pas de ceux qui refusaient d’en parler.
Son répit fut de courte durée : quelques minutes plus tard, un juron de mauvais augure jaillit de l’arrière salle, immédiatement suivi par une coupure de courant.

« Anen ! Bordel, je t’avais dit de toucher à rien, qu’est-ce que t’as fichu ? »

Ce fut l’alarme du vaisseau qui lui répondit :

« Alerte. Surcharge électrique. Défaillance du générateur principal. Tous les systèmes sont arrêtés. Enclenchement du générateur de secours. Enclenchement automatique impossible. »

Les lumières rouges et glauques de l’état d’urgence s’allumèrent – au moins une chose qui fonctionnait toujours. Dans la salle, les clients commençaient à se lever pour s’approcher du comptoir et demander des explications. Fern se précipita dans l’arrière-salle et se retrouva dans une flaque d’eau.

« Tu te fous de ma gueule ? » rugit-elle.

Anen la regardait avec l’air de celui qui n’a rien fait de mal, ce qui la mit encore plus en rage.

« Déverrouillage du système de secours manuel. Soyez prudent.
– Parfait », fulmina Fern.

Elle se dirigea vers une armoire, en retira une combinaison spatiale et la jeta à son patron.

« Va réparer tes conneries.
– Mais je…
– Pas de mais. Sauf si tu préfères t’occuper des clients ? »

Le brouhaha qui montait de la salle principale portait des relents de tempête. Anen resta figé comme un lapin devant les phares d’une voiture. Il n’avait jamais supporté le contact avec les gens – raison pour laquelle il avait engagé Fern pour le faire à sa place.

« Alerte. Alimentation des habitacles en oxygène coupée. Temps restant avant asphyxie : quinze minutes.
– Anen, dépêche-toi, bordel de merde ! Je te veux dehors dans moins de cinq minutes ! »

Sans attendre qu’il se change, Fern retourna au bar pour calmer l’émeute qui menaçait d’éclater. Elle reconduisit les gens à leur place en les rassurant du mieux qu’elle put et proposa une boisson gratuite à chacun d’entre eux.

« Fermeture du sas interne. Dépressurisation de la cabine tampon. Ouverture du sas externe. A bientôt !
– Vous voyez ? clama Fern. Tout va bien se passer. Le chef est parti régler le problème. Juste une bidouille à faire, c’est plus qu’une question de minutes.
– Ouais, il a intérêt à se grouiller, quand même. Nos vies aussi, c’est qu’une question de minutes.
– Fern ? Fern, t’es là ? »

La voix grésillante d’Anen provenait de sous le comptoir. Fern se rua vers sa source et extirpa un antique talkie-walkie d’un casier branlant.

« C’est quoi, ça ? On a rien de mieux ? Peu importe. Tu es sorti par où ?
– Sortie de droite quand on regarde vers le poste de pilotage. Est-ce que tu sais où je dois aller ?
– Pas la moindre idée. Je sors le plan. » Elle farfouilla quelques instants dans une étagère pour en extraire un bout de papier qui avait beaucoup vécu. « Tu pourrais te servir d’autre chose en guise de sous tasse quand tu prends un café. Bon, à droite, tu m’as dit. A priori tu es du mauvais côté. Il y a une manette sous le vaisseau, du côté du réacteur gauche. Préviens-moi quand tu arrives là-bas.
– Ça marche. Terminé ! »

Fern reposa le talkie-walkie et s’effondra sur une chaise, la tête entre les mains. Tout va bien se passer, tout va bien se passer, tout va bien se passer…

« Hum… Excusez-moi ? »

Fern releva les yeux. C’était le vieil aveugle. Malgré son maintien droit et son air impassible, il semblait plus nerveux qu’avant. Un peu pâle, et certainement tendu.

« Est-ce que vous pensez que le frigo fonctionne toujours ?
– Tout le système est mort. Si l’oxygène n’a pas survécu, je vois pas pourquoi le frigo y arriverait. Ça pose un problème ?
– J’en ai bien peur. Voyez-vous… »

Un éclat de voix les interrompit. Deux clients venaient de se lever pour mieux se quereller. Une troisième personne tenta de s’interposer pour calmer le jeu.

« Si vous continuez à vous agiter, vous allez utiliser tout l’oxygène qui nous reste en moins de temps que… »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Dans un même mouvement les deux hommes lui balancèrent son poing dans la figure. Il s’écroula sur une table, renversant au passage les cocktails de deux autres clients qui se joignirent à la bagarre. En quelques secondes, une rixe générale éclata.

« Manquait plus que ça, putain…
– Oui, c’est à ce propos que je voulais vous parler. La fameuse cargaison que vous transportez pour moi au frigo, c’est un Empathe.
– Un quoi ?
– Un Empathe. Un Enceladien si vous préférez.
– Un extraterrestre ? Qu’est-ce que vous foutez avec ça à bord ?
– Je l’emmène à Thétys pour l’étudier. La réglementation à Astrée n’est pas assez souple pour le type d’expérience que je voudrais mener, mais je connais un laboratoire sur Titan qui… Ce n’est pas le plus important. Les Empathes, en situation de stress, sécrètent une hormone qui calque les émotions des créatures dans leur entourage sur les leurs, sachant qu’ils sont eux-mêmes très sensibles à l’atmosphère ambiante, d’où leur nom. Bref, ils agissent comme des égaliseurs émotionnels, et dans une situation comme celle-ci… Enfin, vous voyez bien.
– Je vois très bien, oui. Merde ! Anen, tu en es où ? demanda-t-elle dans le talkie.
– J’approche de l’aile gauche. Pourquoi ?
– Va vers la porte, et fissa ! Je crois qu’ils vont balancer quelqu’un dehors.
– Quoi ? Mais pourquoi ?
– Économie d’oxygène. Pose pas de question et fonce. » Elle saisit le vieil homme par le col et lui colla sa canne dans les mains. « Vous, avec moi. On va aller choper votre bestiole et essayer de la rendormir, en espérant que ça suffise à calmer tout le monde. »

Puis elle le traîna jusqu’au frigo, dont la porte était grande ouverte. Elle pesta avec virulence.

« Il n’a pas pu aller bien loin, tempéra l’aveugle. Ce n’est pas une grosse bête, et elle est plutôt craintive.
– Comment on la retrouve ?
– On cherche un endroit proche de son habitat naturel. Les Empathes vivent plutôt loin sous la croûte d’Encelade. Ils sont parfois projetés à la surface à cause des geysers, c’est comme ça qu’on les a découverts, mais leur environnement naturel est plutôt tempéré, je pense. Sombre, aussi. Et humide, bien sûr. Trop de froid et ils entrent en hibernation.
– Sombre, tempéré, humide. À quoi ça ressemble, comme bestiole ?
– Comment le saurais-je ?
– On aurait pu vous la décrire.
– Les gens pensent rarement à le faire. A priori, c’est plutôt mignon et ça a une fourrure épaisse.
– Super, un mignon petit psychopathe. Bon, c’est parti.
– Fermeture du sas interne. Dépressurisation de la cabine tampon. Ouverture du sas externe. A bientôt ! »

Un silence de mort habita un instant le Scylla. Les clients commençaient à se rendre compte de ce qu’ils venaient de faire. Puis un homme en pointa un autre du doigt : « C’est de sa faute ! » et la bagarre repartit de plus belle. Un grésillement attira l’attention de Fern.

« C’est bon, je l’ai ! annonça Anen. Je vous le renvoie. Il est pas resté très longtemps dehors, avec de la chance y’aura pas trop de dégâts. Emmène-le quand même à l’infirmerie.
– Fermeture du sas externe. Pressurisation de la cabine tampon. Ouverture du sas interne. Bienvenue sur le Scylla !
– Pas le temps tout de suite, répliqua Fern en ouvrant tous les placards humides auxquels elle pensait. Il va falloir qu’il se débrouille.
– Oui enfin il va pas…
– Temps restant avant asphyxie : dix minutes.
– T’occupes et fonce vers la manette. Normalement t’es plus très loin. »

Fern coupa le talkie et reprit les recherches. Coin humide, coin humide… Sous l’évier ? Trop près de l’agitation. Dans la salle de bain ! Elle fonça, mais secoua la tête dès qu’elle pénétra dedans. Trop frais. Ils ne chauffaient pas cette partie du vaisseau. Elle se mit à faire les cent pas, tâchant de ne pas céder à la panique, ce qui n’était pas évident compte tenu des bruits fracassant qui provenaient du bar.

« Nom de Dieu de putain de bordel de merde de saloperie…
– Dans la salle des machines, peut-être ? proposa l’aveugle.
– Bonne idée. »

Ils se dirigèrent à bride abattue vers le fond du vaisseau. C’était leur dernier espoir ; malheureusement, il tourna court lorsque Fern aperçut de la lumière. Bien sûr, c’était une partie importante du vaisseau, il était normal qu’elle soit éclairée en cas d’alerte. La barmaid s’écroula, à bout de force. Elle commençait à avoir du mal à respirer.

« Temps restant avant asphyxie : cinq minutes.
– Anen, t’en es où ?
– … ce que… dis ? … suis devant… nette. Qu’est-ce… faire ?
– Ben tire dessus, abruti !
– … veux bien mais… quelle ? … trois !
– Y’a trois manettes ? Merde merde merde. Bouge pas ! »

Elle courut en direction du bar, où elle avait laissé le plan. Ça se battait toujours dans la grande salle, quoique plus mollement. Sur le chemin, elle sauta à pieds joints dans une flaque d’eau.

« Merde, encore… »

Quelque part dans son cerveau, deux neurones se percutèrent pour faire naître une idée. La salle du serveur ! Sombre, humide et chauffée. Ça valait le coup de vérifier. Elle pénétra dans l’arrière-salle et fut immédiatement accueillie par un floc-floc bondissant.

« Bingo ! »

Elle tenta de prendre en chasse la bestiole, mais dans le noir complet, c’était peine perdue. Fern devait lutter contre l’eau, la fatigue et le noir tandis que l’Empathe avait probablement l’habitude d’évoluer dans ses conditions. Elle allait abandonner quand elle entendit un poc ! satisfaisant.

« Je l’ai eu ! déclara fièrement le vieil aveugle en agitant sa canne.
– Temps restant avant asphyxie : trente secondes.
– Putain, grogna Fern. Si cette bande de crétins n’a pas fini de s’entretuer après avoir vidé tout l’oxygène, je m’occuperai moi-même de les jeter par-dessus bord quand tout sera réglé… »

Elle se traîna jusqu’au bar et renversa plusieurs verres et bouteilles, manquant de s’ouvrir le crâne avec des éclats de verre – ce qui, réflexion faite, serait sans doute une mort moins douloureuse que celle qui les attendait tous – avant de parvenir à mettre la main sur le plan. Elle le consulta rapidement et ralluma le talkie-walkie.

« C’est la manette bleue, tu m’entends ? La bleue ! Manette bleue, bleeeeeeeeue. »

Aucune réponse ne lui parvint, si ce n’était celle de l’alarme du vaisseau qui annonçait leur décès prochain. Autour d’elle, les clients avaient fini de se battre et s’effondraient désormais les uns sur les autres au milieu du mobilier fracassé. Le vieil aveugle ne tenait debout que grâce à sa canne. Tout l’air avait disparu, à présent. Fern avait l’impression que sa trachée se resserrait d’elle-même et que ses poumons allaient jaillir de sa poitrine. Quelque part dans un coin de son cerveau détaché de la douleur, elle se fit la réflexion que c’était, paradoxalement, une sensation moins aride que la noyade. Peut-être était-ce dû à l’absence de contraste entre l’intérieur et l’extérieur de sa gorge ? Ce serait intéressant de reproduire la sensation dans un cocktail. Après tout, il existait bien des amateurs d’asphyxie érotique, pourquoi pas de l’asphyxie alcoolique ? Elle fut secouée par une crise de rire qui décupla la brûlure dans ses poumons. Elle cessa de réfléchir.

« Activation du générateur de secours. Redémarrage du système. Alimentation des habitacles en oxygène activée. »

Un spasme secoua Fern tandis que l’air nouveau se glissait tant bien que mal dans son organisme. Elle toussa, cracha et se remit à inspirer goulûment. Autour d’elle, d’autres personnes semblaient faire de même. Le vieil homme près d’elle retrouva son souffle tandis qu’une respiration sifflante émergeait de la salle du serveur. En se penchant pour mieux voir, Fern aperçut une boule blanche cotonneuse qui recommençait à bouger.

« Merde.
– Fern ? Fern ? J’ai réussi ! La manette était un peu grippée, mais…
– Oui, oui, merci, répondit Fern d’une voix rendue rauque par l’asphyxie. Faudra qu’on amène cette épave chez le garagiste. En attendant, tu sauras rentrer tout seul ?
– Oui, pas de problème.
– Super. »

Elle coupa le talkie et se dirigea tant bien que mal vers la boule blanche. Elle la saisit par une touffe de poils et la trimballa vers le frigo dans lequel elle la jeta sans aucune délicatesse. Avec un petit « squiii », la bestiole tenta de ressortir, mais Fern parvint à claquer la porte avant que ça n’arrive. Puis elle se laissa glisser au sol et décida de rester là une petite éternité. Voire deux.

« J’ai un peu du mal à le trouver mignon, votre machin, fit-elle à l’aveugle qui commençait doucement à se relever. Je devrais vous livrer aux flics dès notre arrivée sur Titan.
– Et vous auriez sans doute raison. C’était irresponsable de ma part d’emmener un Empathe dans ce voyage sans réelle mesure de protection. Cela dit, je vous saurais gré de ne pas le faire, bien sûr. Il me semble d’autant plus important de mener mes études pour prévenir ce genre de folie collective.
– Vous savez quoi ? Je pense que je suis d’accord avec vous. Je ne vous dénoncerai pas…
– Merci.
– À une seule condition. »

Le vieil homme battit des paupières, l’air un peu surpris.

« Vous me ramènerez un peu de ces hormones. J’ai déjà une idée de nom pour la recette que j’ai en tête. Frozen Empathy. »

Le vieil homme éclata franchement de rire et tendit sa main. Fern la saisit sans hésiter.

« Marché conclu ! »

Kindle

8 thoughts on “Frozen Empathy, par Rain

  1. Excellent, ce texte 🙂 Les dialogues sont hyper savoureux, c’est enlevé, on court partout, c’est génial <3 merci pour cette lecture Rain ! 🙂

    • Merci ! Content que ça te plaise. x) J’avoue que Fern m’a bien épuisé à courir dans tous les sens comme elle le fait XD (Non, le fait que j’ai fini d’écrire à 2h du matin n’y est pour rien, c’est faux.)

    • Bien maîtrisé je sais pas trop, mais si ça fait illusion tant mieux. x)

      A vrai dire j’ai pas trop réfléchis au pilote, mais je pense que c’est quelque chose comme ça : Anen pilote manuellement le vaisseau dans les zones « à risque » (à proximité d’une lune, d’une planète, d’un champ d’astéroïde) ou pour changer de direction ; mais une fois qu’il a tourné le nez du vaisseau vers sa destination, roule poupoule ! De toute façon, c’est globalement tout droit.
      Je pense que l’ordinateur s’occupe de faire les micro-corrections de trajectoire nécessaires dans un voyage spatial (redresser l’assiette si l’attraction d’un corps planétaire dévie le vaisseau de sa trajectoire, esquiver les micro-obstacles qui se présentent sur la route, ce genre de manœuvres simples), mais plus dans un soucis de maintenir le cap que de réellement piloter.

      Voilààà, c’est rien de très réfléchi, mais de toute façon, je suis pas sûr qu’ils réfléchissent beaucoup dans cet équipage. XD
      Merci d’être passé et content que ça t’ait plu, en tout cas !

  2. Oh comme j’aurais voulu en savoir plus sur la boule de poil 😀
    C’est terrible de vouloir la triturer pour en extirper tout ce qu’elle contient :p pauv’tite’bête.
    Ils sont quand même passés pas loin de la kata mais pour notre plaisir.
    Bon j’aurais tendance à vouloir virer Anen, pilote ou pas c’est un cataclysme ambulant .
    Un bon moment de lecture
    Merci 😀

    • Malheureusement, vu que c’est Anen le patron, je suis pas sûr qu’il se fasse virer de sitôt… :p
      On sait pas quel genre d’expérience ils vont faire sur Titan, après, ils seront peut-être respectueux ! (Même si vu les moyens déployés par ce vieil homme pour se soustraire aux règles, j’en doute. >_<)

      Tant mieux si la lecture t'a plu, merci à toi !

  3. Ça se lit d’une traite, les dialogues sont excellents et on retient son souffle avec eux. Bravo !!

  4. J’adore cette ambiance, je fais le vieux nostalgique mais elle m’a fait penser à ces vieilles aventures point&click dans l’espace… Enfin bon ^^

    J’adore les personnages, l’humour, et l’idée de ces cocktails avec les poisons… Très sympa cet ensemble, qui part dans beaucoup de directions certes, mais tout est très bien organisé (et j’avais peur de la chute presque trop prévisible, du style qu’ils soient tous asphyxiés et que l’histoire se termine sur un dernier plan concernant la créature ; heureusement, ce n’est pas ça, c’est mieux !).

Laisser un commentaire