Comme une fantaisie, par Alexis Lauriet

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[24 heures de la nouvelle 2017 : Un moyen de transport doit être important pour l’intrigue.]

Eteignant brusquement son réveil, il souffla. Ouvrant ses yeux, ronchonnant. Pourquoi fallait-il que les journées se commencent ? Pourquoi fallait-il qu’un réveil se doive de sonner pour réveiller les gens ? Parfois, Hadley avait cette impression que le réveil dirigeait sa vie, que ce n’était pas lui qui décidait, qu’il n’avait pas d’autre choix que d’obéir. Se faire soumettre par un objet. C’était assez désagréable. Et c’est ce qu’il pensa, en serrant bien sa cravate bleu marine, générique, allant avec son costume, ordinaire aussi. S’efforçant de sourire, sentant l’après rasage. S’observant pour constater que tout était parfait, qu’il n’y avait rien qui dépassait.
En apparence, à le voir comme cela, jeune et fringant, tout semblait lui sourire. Pourtant, ce n’était pas l’exacte vérité. Il restait cet être soumis qui faisait bien ce que son patron lui disait, ce que son patron lui faisait faire. Il n’était que l’employé du patron, il n’était presque pas censé réfléchir. Il savait que son propre patron avait un patron au dessus de lui, et n’avait pas envie de jouer aux dominos, préférant se plier, et puis se taire. Il savait si bien le faire.
Il s’observait encore devant le miroir, s’assurant que tout était propre, que tout brillait, que tout allait bien, que tout marchait bien. Soupirant, il relâcha la pression, puis, se rendant compte de l’heure, il se dépêcha d’attraper sa sacoche et fonça, en oubliant presque de fermer son appartement, de quelques mètres carrés, sorte de cage à lapin.

Hadley regarda le temps. Temps magnifique d’hiver. C’est à dire, soleil qui ne se levait pas, paresseux, et temps frisquet. Et lui, devait s’enfermer dans un bus. Certes, le bus apportait de la chaleur, mais tout de même.
Bus qu’il manqua de rater, alors qu’il était toujours tellement précautionneux. Mais quand le chauffeur arrivait en avance, il ne faisait pas forcément attention à si quelqu’un arrivait ou non, pour l’heure correctement annoncée sur ses horaires. Il y avait des chauffeurs moins attentionnés que d’autre.
Une fois dans le bus, pas de places assises. Bien sûr. Comment cela aurait-il pu en être autrement ? Pas de places assises. Juste rester debout. Devoir supporter le poids de sa sacoche avec son ordinateur. S’accrocher, littéralement, à tout ce qu’il pouvait, pour ne pas se laisser emporter par les zigzags du bus.
Il aurait tellement aimé faire taire son réveil, rester tranquille. Rester seul. Prendre un peu de congé, pour pouvoir réellement souffler.

Souffler, mais pas comme il le fit, quand à nouveau le bus s’emporta, l’emmenant dans son flot en même temps. S’accrochant toujours plus fort, Hadley se sentit koala. Ne voulant pas s’enlever de sa branche. Les koalas étouffaient-ils d’être si entourés, d’être si écrasés ? Ils devaient avoir plus de liberté.
Il n’en avait aucune idée. Mais lui l’était. Trop entouré. Trop suant. Trop. Toujours trop.
Sauf pour son patron, où ce n’était jamais assez. Hadley, on ne vous a jamais dit que vous manquez de ci, de ça, et aussi de cela ? Il savait qu’une fois sorti du bus, ça ne serait pas à cause des gens environnants qu’il étoufferait.
A cette idée, il eut presque envie d’enlever sa cravate.

* * *

– Monsieur Proulx, votre dossier est court. Trop court.

Comme quoi, parfois, ce n’était pas forcément « pas assez »

– Il n’y a pas assez de mots. Pas assez de clarté. Je pense que le client en voudra plus.

Toujours, le client en voulait toujours plus. Jamais pas assez. Hadley craqua ses doigts, et se remit au travail, sur son vieil ordinateur, qui lui donnait l’impression d’avancer trop lentement.

* * *

Sortant brusquement du bâtiment de son travail, il fuyait presque, s’empressant de se jeter dans le bus, le voyant cette fois comme une délivrance. Qu’importe s’il restait encore debout, s’il devait se transformer en un animal sauvage prêt à se battre pour rester accrocher au bus. Pour ne pas à avoir à tomber.
Du moment qu’il s’en allait de cet endroit qui l’empoisonnait de l’intérieur. Qui lui déchirait le coeur. Qui l’enfonçait dans un trou.
Maintenant, il ne demandait qu’à rentrer, rester chez lui, dans cet endroit cloitré, où il étoufferait quand même.
Hadley desserra le noeud de sa cravate, mais eut quand même l’impression qu’il ne pourrait plus jamais respirer. Il n’était pas maître de sa vie, c’était les autres qui décidaient pour lui. Il n’était maître de rien, même pas de la régularité de son souffle, qui s’échappait un peu plus.

Il aurait préféré disparaître dans un bout de campagne, là où l’horizon semblait plus lointaine que jamais. Ou à la mer. Mais Hadley savait que cela risquait d’être difficile, en ce moment, il ne pouvait pas se permettre de prendre des jours de congés. Son patron ne le tolérerait pas, il fallait encore qu’il améliore le rendement.
Passant une main dans ses cheveux noir, coupés de près, il ferma ses yeux gris, gris comme le ciel actuel, et se laissa encore à souffler. Un peu plus fort, comme s’il tentait de récupérer de l’air d’il ne savait pas où, comme si cela pourrait le sauver. On ne pouvait pas ouvrir les fenêtres ? Pourquoi fallait-il que ce fut l’hiver, et qu’il fasse si chaud ?
Il s’accrocha un peu plus à sa barre. Baissant la tête, comme s’il était malade, comme s’il n’avait pas la force de garder la tête relevée.

– Tout va bien ?

Cette voix résonna devant lui, cette voix appartenant d’abord à des pieds chaussant des talons hauts noirs, et un tailleur bleu marine. Puis, elle appartenu ensuite à un air inquiet, habillé de grands yeux verts, et d’une chevelure rousse ordonnée par un chignon strict.
Hadley s’arrêta de respirer. Pas qu’il fut ébaroui par la beauté de cette femme, qui ne l’était pas tant.
Ce fut simplement le fait qu’on lui parla.

* * *

Manquant de rater son réveil, il se redressa en sursaut. Hadley passa une main dans ses cheveux, sortant de son lit, s’habillant, se rasant, serrant sa cravate, en s’observant dans le miroir. Soufflant. Encore un peu. Toujours plus. Il regarda sa montre, il se devait d’arriver toujours à l’heure. Et le bus. Toujours le bus. Le même. Jamais autre chose. Et si possible le même horaire. Surtout aujourd’hui.
Il fonça, mais le bus était là, arrivait doucement, lui ouvrant ses portes, sans même le faire courir.

L’homme grimpa à l’intérieur, et sans places assises, il alla prendre la sienne. Debout. Accroché à la barre.

– Bonjour, fit une voix derrière lui, qui lui arracha un sourire, même minuscule.

Se retournant, il la vit. Elle s’appelait Adeline, elle prenait le même bus que lui, juste deux arrêts avant, et s’arrêtait trois arrêts après. Elle travaillait dans un cadre similaire au sien, elle se devait d’être impeccable, et avait tant de choses à raconter. Comme combien elle adorait vivre avec ses deux chats, mais que c’était toujours difficile, puisque ceux-ci ne s’entendaient pas, et qu’ils se battaient tant, que les poils volaient, et qu’ensuite, elle devait passer un peu plus l’aspirateur, surtout sur ses habits qui se devaient d’être parfaits.
Adeline qui parlait librement, Adeline et ses mots prononcés avec sa voix claire et douce, déjà réveillée, avant même que le soleil ne pointe le bout de son nez.

– Et vous, vous avez des chats ?
– Oh non…Et je n’aurais pas la place.

Pas dans sa cage, aurait-il voulu rajouter. Mais Hadley avait appris à ne pas s’imposer, à se taire, à laisser les autres parler et à s’effacer. Ce n’était pas lui qui comptait, dans l’histoire. C’était toujours l’autre.

* * *

Sortant de son travail, il souffla. Se dirigeant à pas vifs vers le bus qui lui donnait l’impression de l’attendre. Il l’attrapa, rentrant brusquement, s’accrochant à sa barre habituelle, qui n’était pourtant jamais la même.

– Alors, cette journée ?

Il aurait pu leur dire, à ces yeux verts qui scintillaient d’un bonheur immense. Qu’aujourd’hui encore, son patron avait fait une remarque, lui soumettant, que, la prochaine fois, il essaie d’écrire d’une façon plus soutenue. Que ce qu’il avait donné, contenait une faute, que ça n’allait pas du tout. Qu’une cliente l’avait regardé trop étrangement, qu’il devait faire attention à son comportement, et ce, même s’il n’avait pas l’impression d’avoir fait quelque chose de spécial.
Il aurait aimé lui dire tout ça, puisqu’il n’avait personne à qui le dire.

– Oh, une journée comme une autre, en somme.

A la place, il préféra se taire.

– Ah, bien.

Hadley arrêta de parler, et laissa Adeline raconter sa propre journée. Que son patron l’avait félicité, que c’était un véritable miracle, qu’elle s’en sentait bien heureuse. Que parfois elle se demandait comment elle faisait pour supporter encore l’ambiance au travail. Mais qu’heureusement, les collègues étaient des bonnes personnes, sympas comme tout. L’homme laissa ses mains desserrer sa cravate, laissa sa bouche respirer, comme si c’était elle qui attrapait les mots de la femme face à lui. Cette rousse qui l’avait remarqué, alors qu’il se pensait disparaître.
Et elle avait tant de choses à lui dire. Que ce soir, elle verrait sa soeur, qu’elle en était ravie, que ça faisait longtemps. Qu’elle avait quatre soeurs pour un seul frère, mais que leur famille était très unie. Juste que tous avaient décidé de faire trop de métiers différemment, dans trop de lieux différents, et que de fait, ce n’était pas si facile pour eux de se voir. Et Hadley qui n’osa pas demander une seule seconde plus de détails, de peur de trop s’imposer.
Il aurait tellement aimé savoir laquelle de soeur elle allait voir. Le nom de ses chats. Si elle avait déjà penser à changer de travail. Avec quels collègues elle s’entendait bien.

– Vous descendez là, c’est ça ?

Brusque rappel : même s’il l’avait voulu, Hadley n’aurait pas pu poser autant de questions.
Il descendit.

* * *

Réagissant aux premiers sons de son réveil. Habillage. Cravatage. Rasage. Miroirage. Sourire. Léger soupir.
Et le bus. Ce bus qu’il était heureux de voir. Cela faisait bien une semaine, qu’ils parlaient ensemble. Pas le bus et lui, mais ce qu’il contenait. Cette chevelure rousse aux pommettes rougies par le froid du matin, à ce moment là.

– Et vous savez, Edriss a fait ses griffes sur le canapé hier… Oh ça m’a réveillé, j’ai même hurlé dessus… Et après, c’est Lucifer qui…

N’importe qui aurait pu penser que ses paroles étaient vaines, qu’elle ne faisait que raconter sa vie. Parce qu’au fond, c’est un peu ce qu’elle faisait. Raconter sa vie, sans même se préoccuper de celle d’Hadley. Enfin, c’est ce qu’il croyait. En même temps elle avait raison : sa vie à lui n’était pas la plus intéressante au monde. Il n’aurait rien à raconter.
Puis d’un seul coup, elle fini par s’arrêter de parler, paraissant laisser sa bouche, pleine de gloss, maquillée habilement, faire une moue douce, et l’observer avec hésitation. Hadley ne sut pas comment réagir. Après tout, il s’était habitué à l’entendre parler de ses chats, de ses soeurs, ou même de ce qu’elle avait pu manger la veille. Pas à ce qu’elle se taise, pas à ce qu’elle le regarde de cette façon.

– Oui ?

C’est la seule chose qu’il avait fini par répondre, ne sachant pas s’y prendre, peu habitué à prendre des décisions, peu habitué à devoir s’imposer dans une conversation. Mais il ne voulait pas gêner, bien sûr. Il ne voulait pas décevoir ces yeux verts, et cette voix douce qui l’enchantait depuis quelques temps, allant jusqu’à lui rendre l’épreuve du réveil, confortable.

– Oh…C’est juste que je me disais…Cela fait une semaine que nous nous parlons, et on continue de se vouvoyer.
– C’est vrai…
– Je suppose que l’on peux se dire « tu », alors ?

Hadley ne sut pas exactement ce qui se passa en lui à cet instant. Son patron avait plutôt tendance à lui demander s’il avait fini, s’il pouvait venir, s’il pouvait éviter d’oublier la réunion. Ses parents, quant à eux, lui demandait s’il pouvait rentrer, quand, si ça se passait bien dans son appartement, et quand est ce qu’il saurait enfin trouver une bonne amie, parce qu’à trente deux ans, tout de même…
En fait, les gens de son entourage trop minuscule, ne lui demandait pas, ils lui ordonnaient. Même ses amis, les quelques qu’il pouvait avoir, qu’ils soient d’anciens collègues ou non. A toujours lui dire « Tu sors ce soir ? » en omettant presque le point d’interrogation dans la phrase.
Personne ne lui avait jamais demandé son avis. Enfin, si, mais c’était assez rare.

– Enfin, si cela ne vous dérange pas…

Ou si cela ne le dérangeait pas ?
Personne ne lui demandait jamais rien, sur ce qu’il pourrait penser ou non. Depuis des années en tout cas, c’était toujours comme ça. Alors que là, on lui demande son avis, cela le surpris.
Du coup, il eut presque un petit hoquet avant de répondre :

– Non, c’est bon.

* * *

Il ferma sa porte d’appartement, sa cravate serrée et son visage bien rasé.
Rentrant dans le bus, se sentant pousser des ailes, à la vitesse de l’éclair, il retrouva Adeline, assise, à l’attendre.

– Il y avait un peu de place, j’ai pensé à nous.

Ce n’était pas « à toi » ce n’était pas « à vous », c’était à nous. Cela semblait être tellement de choses à ses oreilles. Hadley avait presque l’impression de réellement avoir des ailes dans le dos pour s’envoler. Il la remercia, et s’assit. C’était à ça que ressemblait le confort d’un siège de bus alors ? Bien sûr, il s’était déjà assis, un jour, ou deux, ou quelques fois, mais ces temps-ci, c’était tellement rare. Ce n’était pas aussi confortable que le fauteuil de sa maison d’enfance, mais ça avait au moins l’avantage de l’exténuer beaucoup moins. Et d’être si proche d’elle. Toujours plus. Leurs mains se frôlaient.

– Au fait, je me suis rendu compte d’une chose, tout à l’heure… J’en discutais avec Justine.

Silence. Comme si elle attendait qu’il demande qui était Justine, mais Hadley n’y arriva pas. Restant muet.

– C’est ma collègue. Et donc on parlait et finalement, je me suis dit mais…. Je ne te laisses jamais parler de toi.
– Ce n’est pas grave, s’empressa-t-il de dire, parce qu’il ne voulait pas déranger, parce qu’il voyait ça comme un inconvénient. Parce qu’il se voyait, comme un inconvénient.

Adeline paru surprise de sa réaction aussi vive, et elle sembla soudain lui faire un petit sourire, comme si elle était soudainement remplie de compassion. Posant sa main sur son bras. Sa main si douce, sa main. La main d’Adeline, de cette femme si joyeuse, qui paraissait avoir une belle vie, qui paraissait faire sa propre vie, d’ailleurs. Malgré la cage qu’elle paraissait elle aussi posséder.

– Tu sais, ca ne me dérange pas de t’écouter parler. J’ai même l’impression, que tu en as besoin.

Hadley sentit son souffle se couper. Adeline lui faisait trop souvent cet effet là.

* * *

Réveil. Cravate. Bus.
Le bus. Le même. Le 14. Jamais autre chose. Il arrivait toujours à attraper celui du bon horaire.

– Bonjour Adeline !
– Oh ! Hadley ! Ravi de te voir !

Et la bise avec celle qui le faisait respirer, son oxygène.

– Alors, Edriss et Lucifer se sont encore battus ?
– Si tu savais !

Pendant quelques minutes alors, la discussion démarrait, ils parlaient entre eux, et Hadley se sentait revivre, enfin. Il avait l’impression que même serré contre tout un tas de gens, il avait le droit de respirer. Même avec une cravate si serrée que juste la tirer l’aurait étranglé, il avait le droit de vivre.
Et de sourire un peu, juste suffisamment, pour rire avec Adeline, des bêtises de ses chats, et du reste, de la vie en elle-même.

* * *

– Monsieur Proulx, si je comprends bien, vous me dites que vous avez oublié de terminer votre rapport ?

Dehors, le temps restait gris. Dedans, il était à l’orage.

– Je suis désolé… Mais il ne manque qu’un paragraphe ou deux…
– Je me voit dans l’obligation de vous mettre un avertissement. En espérant que cela vous serve, et que vous ne recommencerez plus.

Quelques minutes plus tard, Hadley se jetait dans le bus, presque comme un homme se jetant dans un canot de sauvetage d’un bateau qui coulerait.
On dit souvent que les hommes ne pleuraient pas, mais lui sentait les larmes venir, et se retenait comme il pouvait, s’accrochant à sa barre. Non, il ne s’accrochait pas. Il s’agrippait plus fort que jamais.
Et c’est là, que la voix d’Adeline retentit.

– Tout va bien ?

Echo de ce premier jour où ils s’étaient vus. Où Hadley ne parvenait plus à respirer, où il avait pensé mourir sur le coup, où il avait cru tomber. Et où, simplement, elle lui avait sourit, quand il avait essayé de parler. Où elle l’avait soutenu, quand il avait compris qu’il tentait vainement de planter ses ongles dans quelque chose en fer – en l’occurence : la barre -. Quand il l’avait vu pour la première fois, sans savoir qu’il avait devant lui, la personne qui l’aiderait à revivre.
Il redressa ses yeux vers elle, soufflant un bon coup :

– Pas vraiment.

Cette fois, il ne mentait pas. La première fois si. Il avait dit que ça allait. Parce qu’il ne voulait pas qu’on le remarque. Mais Adeline avait encore voulu l’aider malgré tout. Elle avait bien vu, que ce n’était pas vrai, et qu’il avait juste essayé de faire bonne figure pour ne pas déranger.
Alors, cette fois là aussi, elle ne dérogea pas à la règle, le faisant s’asseoir. Elle était allée jusqu’à exclusivement, demander à deux adolescents de se lever, d’une voix presque suppliante, pour qu’Hadley et elle puissent prendre leur place. Il se sentit mal, il aurait préféré ne pas devoir s’imposer. Jamais.
Enfin, elle resta à côté de lui.

– Tu veux en parler ? Si tu veux, bien sûr.

Il aimait quand Adeline lui demandait des choses, parce que ça sonnait toujours comme quelque chose qu’il n’était pas obligé de faire. Et là, c’était toujours le cas. C’était une façon de lui dire, que s’il voulait, il pouvait parler, mais que vraiment, rien ne l’y obligeait.
Il haussa donc simplement les épaules.

– Je ne sais pas, je ne veux pas t’embêter.

Hadley avait cette impression que sa cravate se resserrait toute seule. Que son souffle disparaissait à nouveau, comme avant. Mais Adeline posa sa main sur son épaule dans le seul but de le soutenir et de le rassurer. Comme si elle savait que cela l’aidait, comme si elle savait qu’avec ça, c’était comme si elle le soulevait, qu’elle le soutenait, plus que jamais. Il l’observa, et comprit qu’elle attendait qu’il parle. Cette fois, c’était à lui de s’imposer. Elle ne lui dirait rien, il avait le droit.
Alors, lui qui n’avait jamais rien raconté d’autre que quelques éléments de sa morne vie, décida de parler plus en profondeur.

Toute sa vie, il avait été « normal », dans la « norme ». Normalement, c’était une bonne chose, d’être commun ou moyen, d’être ce monsieur tout le monde. Personne ne vous ennuyait parce que vous étiez trop, ou pas assez. Personne ne vous disait que votre peau n’était pas assez blanche, que votre orientation sexuelle n’était pas normale.
Mais par contre, tout le monde vous trouvait…Passable. Juste.
Il avait eut un meilleur ami, enfant. Puis au collège. Puis au lycée. Jamais le même, ceci dit. Ca changeait souvent. Il pensait se trouver des meilleurs amis partout. Mais cela ne changeait rien au fait que ces amis ne restaient pas, qu’ils l’appréciaient pour ce qu’il était mais pas plus. Ses loisirs étaient simples, il aimait assez lire, plutôt dessiner, même s’il dessinait pas très bien. Ses vrais loisirs, il n’en avait pas tant. Pas vraiment. Il aimait trainer sur Facebook, voilà. Peut-être aussi regarder la télévision, même s’il ne savait jamais quoi regarder, et qu’il passait alors son temps à changer de chaîne.
Il avait fait des études. Un peu. Sans trop forcer, sans trop essayer d’avoir tant d’ambition, et avait terminé par être ce jeune cadre qu’il était toujours. Avec sa cravate sempiternellement bleue. Avec le vocabulaire qu’on lui avait inculqué de force.
Il conclua sur le fait qu’il n’était pas grand chose. Mais que ça ne devait pas être si grave, juste qu’en ce moment, ça le touchait de plus en plus.

– En fait, je sais ce que tu as. Ou plutôt que tu n’as pas.

C’est ce qu’elle avait fini par déclarer, cette Adeline aux yeux brillants, aux loisirs croustillants – comme courir tout à fait comme ça au hasard pour la forme, ou de vouloir recueillir un lapin chez elle -, à la famille délirante.

– De la fantaisie.

Et là, le bus s’était stoppé à son arrêt, et il n’avait pas pu en savoir plus, obligé à descendre.

* * *

Ce fut la première fois que le week-end lui paru si long. Il n’avait pas grand chose à faire, sinon regarder la télévision, sortir un peu, lire un peu, regarder son téléphone un peu, manger un peu. Tout était un peu, dans sa vie. Pas plus. Encore une caractéristique d’un homme normal. Ou du moins, de l’image qu’il se faisait d’un homme normal.
Parfois, Hadley aurait aimé être plus que ce moins qu’il sentait être. Pouvoir parler comme il le voulait, imposer son existence, sourire un peu plus, se trouver un loisir passionnant, s’exprimer plus que juste « bonjour, merci, s’il vous plait, au revoir ».
Il aurait aimé s’aimer.
Puis il se rappelait que sa barquette de lasagnes venait de terminer d’être cuite dans son four, et il se concentra là dessus plutôt que sur ce genre de pensées démoralisantes.

Avant, il ne pensait pas tant à ce qu’il ratait à ne pas prendre le bus. Il se disait plus que c’était quelque chose de contraignant. Qu’il aurait préféré marcher, qu’étouffer à nouveau en étant serré parmi tout le monde. Mais là, Hadley se rendait compte qu’il respirait, depuis quelques temps. Que le travail ne lui semblait plus si horrible. Que sa cage à lapin d’appartement lui convenait presque. Qu’il était heureux de prendre le bus. Parce qu’Adeline était là, et que même si c’était encore elle qui racontait surtout sa vie, eh bien, il était mieux. Il se sentait tellement… Vivant.

Il se sentait exister.

* * *

Le dimanche. Où tout est fermé, où il n’y a rien à faire, où c’est le vide.
Et l’horloge qui s’écoule lentement. Hadley regretta presque de ne pas être le genre de personne a combler le vide par le sommeil.

* * *

Les portes du bus s’ouvrirent, le lundi matin, et c’est la cravate mal faite, qu’il rentra vivement dans le bus, oubliant presque au passage de faire valider sa carte. Cherchant immédiatement du regard, celle qui l’accompagnerait pendant son voyage.
Seulement, quelque chose n’allait pas. Adeline n’était pas là. Hadley vérifia l’heure, alors que sa tête grouillait de pensées diverses. Il avait pris le bus du bon horaire. Peut-être était-ce elle, qui s’était trompée ? Il n’avait aucun moyen de la contacter.
Il eut ce regret de ne pas avoir pris son téléphone, ou quelque chose de similaire, et passa le voyage seul. Serré. Contre la barre. Entouré. De beaucoup trop de gens qui ne paraissaient pas le vouloir respirer.

* * *

Il arriva au bus sans aucun entrain, et manqua de le rater. Il se dépêcha de rentrer dedans, puisque le chauffeur semblait être impatient de partir. Mais au fond, Hadley n’avait aucun empressement. A vrai dire, il était sûr qu’Adeline ne serait pas là, et il eut raison.
Elle n’était nulle part, et il n’y eut que lui, et la foule environnante, qui semblait vouloir l’étouffer de façon inconsciente. Il aurait tellement aimé… Savoir où elle travaillait, où elle vivait. Quelque chose. Ou savoir si quelqu’un la connaissait. Prendre de ses nouvelles.
Alors que là, Hadley se contenta de s’accrocher à la barre, cette barre qui lui avait manqué, puisque de base, cela faisait des jours qu’il l’ignorait un peu. En fait, elle ne lui avait pas manqué, en fait, il aurait aimé ne pas la retrouver. Ou tout du moins, y faire à nouveau attention. Il aurait aimé rester avec Adeline. Pouvoir discuter avec elle.
L’entendre parler.
Peut-être pourrait-il prendre des congés. Peut-être que c’est ce qu’elle avait fait, sauf qu’elle ne lui avait pas dit. Mais Hadley savait qu’il ne pouvait pas, et se soumis à l’ordre du bus, et aux mouvements de celui ci, baissant la tête. Rentrant dans quelqu’un, lui marchant sur le pied, entendant sa plainte, s’excusant doucement, s’en voulant, s’écrasant.
Disparaissant.

Ou presque.
Des mots résonnant dans sa tête. Des mots qui ne voulaient pas partir, et auquel il n’avait pas encore osé réfléchir. Les derniers mots qu’elle avait prononcé, avant qu’ils ne se revoient plus.
De la fantaisie.
Il descendit à un arrêt avant le sien.

* * *

Qu’est ce qu’il faisait là, comme un idiot, dans une bibliothèque ? Etait-ce parce qu’Adeline lui manquait, qu’il se sentait obligé de lui apporter de l’importance, et d’interpréter ses paroles ? Et puis, il avait l’air d’un crétin, de les interpréter comme ça. Mais son cœur ne savait pas quoi faire pour combler le trou béant d’une absence trop lourde à porter. Alors, il n’avait pas tellement réfléchi. Il avait tenté d’expliquer ça n’importe comment, et puis voilà, il s’en retrouvait à être là. Dans ce bâtiment qui ne l’attendait pas forcément. Où il n’allait vraiment pas souvent.
Vaquant dans les rayons, Hadley savait ce qu’il cherchait. Ou tout du moins, il savait où aller. Après, ce serait plus coriace, plus tendu, et il risquait sûrement de se perdre dans ses pensées, et finir par tout lâcher.
Il n’était même pas sûr de savoir encore respirer. Quoiqu’il s’entendit souffler.

Arrivé au rayon voulu, il se retrouva, comme il s’y attendait, hagard et maladroit. Tout penaud, à se trouver idiot. A ne pas savoir ce qu’il faisait exactement ici, à se dire qu’il ferait mieux de rentrer, de reprendre le bus pour cette fois ne plus reparaître. Retourner dans sa cage bien sagement.
Pourtant, sa main se tendit vers des livres, qu’il observa avec attention et concentration. Ou presque. Son esprit divaguant encore, son souffle se coupant toujours plus. Il sembla même à Hadley que ses mains tremblaient.

Quelques minutes plus tard, il était de retour chez lui, le sac rempli de livres. Deux ou trois. Bien trop pour sa consommation de lecture habituelle. Mais c’est comme s’il avait cru que ce qu’elle voulait dire, signifiait qu’il devait lire quelque chose de fantaisiste.
Alors du coup, il avait pris des livres de fantasy. Il se trouva un instant tellement stupide, qu’il manqua de juste laisser les livres dans son sac, pour les ramener le lendemain. En plus, il ne lisait pas de fantasy, jamais. Et il n’avait fait que prendre des tomes un, ce qui était futile. Ceux ci auraient une suite, qu’il ne lirait sûrement pas.
Hadley leva les yeux aux ciel.

Puis, il se retrouva avec un livre dans les mains. Il devait bien en faire quelque chose. Au moins les poser.

Ce n’est que plus tard qu’il se rendit compte que l’heure tournait, qu’il n’avait toujours pas manger, et que son clapier n’était toujours pas verrouillé pour sa sécurité. Il en fut le premier surpris, et il se redressa.
Disons que le livre qu’il avait choisi, avait quelque chose de passionnant. Un univers pleins de fées, qui ne semblaient pas tellement avoir de chances, et d’une princesse qui les cotoyait, et qui n’avait d’ailleurs, pas plus de chance.
Et ça avait vraiment quelque chose de passionnant, qui lui rappelait presque sa propre histoire.

Il s’arrêta dans sa lecture et songea. Il savait que de fait, Hadley n’avait pas tant d’intérêt pour le monde. Qu’il était un homme commun. Et que sûrement, quand Adeline lui avait dit « de la fantaisie » dans ce qu’il devait lui manquer, elle ne parlait certainement pas de ça. De lire des livres correspondant au genre de la fantasy. Mais il ne savait pas. Cela lui était venu tout seul. Comme une impulsion.

Comme une fantaisie.

* * *

Il éteignit son réveil, avec une telle lenteur. Soupirant longuement. Hadley se leva de son lit, prenant tout son temps, s’étirant mollement, allant chercher ses habits dans son placard, soupirant encore. S’observant d’abord dans le miroir, alors qu’il était torse nu, il s’obligea à raser les quelques poils qui dépassaient, même s’il n’y en avait pas tant. Puis, il enfila sa chemise, serra sa cravate, un peu trop, fut obligé de desserrer, refit le noeud, en faisant bien attention cette fois. Soupira toujours. Terminant ce geste, il vérifia que tout était bon, et apparemment, tout semblait bon. Sauf peut-être son visage éteint. Attrapant sa sacoche, il la mit à son épaule, et se dirigea vers la sortie de son appartement. Enclenchant la poignée, en se rendant compte qu’il avait oublié de vérifier l’heure, histoire de savoir quand il arriverait devant l’arrêt de bus. Il fini juste par soupirer et s’en ficher. Il referma la porte derrière lui, verrouillant bien.

Descendant les escaliers de son immeuble, il se rappela que son patron ne tolérerait aucun retard, mais, bizarrement, il n’avait aucune envie d’avancer plus vite. Hadley se sentait mou. Il avait l’impression de ne pas avoir envie. En fait non, ce n’était pas qu’une impression. Sortant de son immeuble, il grimaça en sentant le froid le frapper de plein fouet, refermant son manteau comme il pu. L’arrêt de bus n’était pas très loin, qu’à quelques mètres. Avançant d’un pas nonchalant, il pensait à tout ce qu’il allait devoir faire au travail, et se rendit soudain compte, que le gros véhicule qui partait devant lui, c’était le bus qu’il venait de rater. Soufflant un bon coup, il secoua la tête, et pensa enfin à consulter sa montre. Il n’arriverait pas en retard, en prenant le prochain. Et puis, de toute façon, cela ne faisait rien. Après tout, elle ne serait pas là.

Cela faisait déjà une semaine qu’Adeline n’avait pas pris le bus. Hadley, qui n’étais clairement pas le genre de personne optimiste, avait fini par se dire qu’elle avait du changer de bus, qu’elle avait arrêté de le prendre, qu’elle était morte. Et il n’avait bien sûr, certainement pas osé demander des informations aux autres passagers, se doutant qu’ils n’auraient pas du tout la réponse.

Enfin, Hadley attendait le prochain bus, l’air patient, parce qu’il n’avait pas envie. Rentrer dans ce bus, serait une torture, parce qu’il y aurait tout un tas de gens, et qu’à nouveau il disparaîtrait. Il ne savait pas exister, c’était cela son inconvénient. Il n’y parvenait pas. En tout cas, pas en sachant qu’il avait un point de repère, une ancre, quelqu’un à qui parler. Et il se voyait mal aborder une personnage au hasard dans le bus. Mais déjà le bus arrivait. S’efforçant de prendre sa respiration, Hadley entra à l’intérieur, et eut l’impression d’être en apnée. Se collant à la première barre qu’il trouva, il sentit son coeur être gros, sa gorge être lourde, ses jambes impossible à porter. Il ne savait même pas s’il tiendrait jusqu’à son lieu de travail. Mais Hadley ne voulait pas déranger ni s’imposer, alors cela lui donna cette étrange force qui lui permit de rester debout tout le long du trajet.

Sortant du bus, il se dirigea vers l’immeuble où il travaillait, rentrant en montrant bien son badge au réceptionniste, puis la journée commença, parce que bien sûr, son patron était déjà présent, prêt à le faire se soumettre comme jamais. Au fond, Hadley se dit que de la fantaisie, il n’en méritait pas. Que ce n’était pas nécessaire, qu’il n’arriverait jamais en avoir. Il se dit qu’il rendrait les livres qu’il avait emprunté, le lendemain, à la bibliothèque. Il n’en avait pas besoin. Il n’arrivait même pas à continuer sa lecture, parce que bizarrement, à chaque fois qu’il poursuivait, il se sentait si triste, que ses yeux s’embuaient en quelques instants. Ensuite, il se traitait d’imbécile.

– Monsieur Proulx, si vous n’êtes pas là pour écouter, je vous prierais de partir, je ne vous paie pas pour rêvasser.

Hadley eut un sursaut brusque, sentant son coeur s’arracher presque violemment de sa cage thoracique. Relevant la tête, il sentit par la même ses joues se chauffer, puis son regard se baisser. Et voilà qu’il jouait à l’abruti à ne pas être attentif. C’était son métier qui était en jeu. Il s’excusa platement, si doucement que son chef manqua de ne pas l’entendre. Il n’osait même plus regarder ses collègues de bureau qui devaient avoir le regard rivé sur lui. Il préférait s’effacer, oublier de respirer. Il aurait aimé mourir, plutôt que de continuer à rougir. Il chercha juste à se cacher derrière son ordinateur.

Les heures lui semblèrent aussi longues que le week-end où il était resté sur sa faim, à cause d’Adeline. Faim qui ne fut d’ailleurs jamais repue, et qui lui serrait encore un peu le coeur. Il restait attentif et efficace, mais il n’en avait aucune envie, ressentant même un certain cynisme l’envahir. Une envie de se moquer des collègues qui faisaient moins bien. Une forte envie de se descendre, dans tous les sens du termes. Il se traitait toujours d’abruti, d’agir comme ça, de ne pas se reprendre. Ce n’était pas parce qu’une rousse disparaissait d’un bus, qu’il devait se retrouver obliger de ne plus exister. Mais même se dire ça, ne l’aida pas, et il resta au plus bas.
Il aurait aimé au moins savoir pourquoi elle, elle avait arrêté d’exister.

Quand enfin, son travail vint à finir, Hadley se fit la réflexion que nous étions que lundi, et qu’ainsi la semaine serait longue, puisqu’elle ne faisait que démarrer. Non, en fait, toute la semaine serait longue. Parce qu’il prenait peu à peu conscience, que ce travail il n’en avait jamais voulu. Que lui, il aurait préféré être fermier. Ou aide-soignant. Être proche des gens, être proche de la nature. Loin des bureaux froids et des patrons désagréables. Sans cravate à porter, sinon de façon plus décontractée. Les plis pleins les vêtements, à moitié repassés.
Il n’avait jamais voulu ça.

En fait, alors qu’il rentrait dans le bus, la tête baissée, il se rendit compte, que ce n’était pas tant ne pas exister qu’il aurait préféré. C’est que Hadley aurait préféré être quelqu’un d’autre. Pour ne pas avoir à tout supporter. Ce n’était pas qu’il avait du plus ou du moins, ou qu’il était commun. Juste qu’on se servait de lui parce qu’il laissait faire, parce qu’il n’avait pas de force. Parce qu’il n’avait pas de fantaisie. Parce qu’il avait raté sa vie.
Il ne s’était même pas rendu compte, que plutôt que d’oublier de respirer, le rythme de son souffle s’était accéléré, que même s’il était accroché à la barre, il était à moitié à genoux, il tombait. Et surtout, que son visage se remplissait de larmes.
Il était bloqué, complètement. Il ne voulait plus, son corps suivait ses pensées, alors il était paralysé, sinon son souffle qui se perdait, alors que certains se retournaient vers lui. Il lacha la barre, se laissa tomber à genou, alors qu’il n’y avait pas de places. Alors qu’il allait gêner tout le monde. Il avait presque des haut le coeur.

– Tout va bien ?

Parce que bien sûr, il fallait qu’il l’imagine, cette femme qui l’avait sauvé. Ou juste aidé. Mais qui lui avait tant apporté. Qui avait commencé à lui montrer une autre face de lui. Une face qu’il ignorait, une face qu’il ne pensait pas avoir. Et qui commençait tout juste à naître.
Il fermait les yeux, continuant de pleurer, ne voulant pas voir le reste du monde, effrayé. D’autant que s’il ouvrait les yeux, il ne verrait que du vide.

– Hadley, tout va bien ?

La voix se répétait. Quelle fantaisie que d’imaginer cette femme ici. Elle n’était certainement plus là. Qu’est ce qui lui disait même, qu’elle avait déjà existé ? Cela avait été un rêve trop magnifique, ce dernier mois avec Adeline. C’était le genre de rêve qui n’arrivait qu’aux gens avec un tant soit peu de charisme. Lui n’était rien.
Ce ne fut que quand Hadley sentit une main sur son épaule, que son souffle se bloqua. Il osa rouvrir ses yeux. Et elle était là, devant lui. Pour de vrai. Ce n’était pas un rêve. Elle, sa chevelure rousse, ses yeux verts, et cet air inquiet qu’elle avait eut au tout début. Adeline se trouvait dans le bus 14.

– Hadley ?
– Adeline.

Son souffle était toujours autant accéléré, et il peinait toujours à devoir bouger. Il n’eut que la force de tomber sur elle, pour la serrer. Faisant fi du fait qu’elle le repousserait sûrement, et de tout le reste. C’était comme s’il avait besoin de s’accrocher à quelque chose d’autre que cette foutue barre de fer que lui proposait le bus. C’était plus chaud, un corps humain. Le corps d’Adeline. Qui ne le repoussa pas, tapotant simplement son dos. Hadley eut l’impression de se transformer en enfant. Il aurait bien aimé. Redevenir un enfant, et faire de sa vie une fantaisie.

* * *

– Je suis vraiment désolée ! Je suis tombée malade…J’étais en arrêt maladie.

Il s’accrochait à elle, parce qu’il n’avait pas d’autres choix, parce que de toute façon, il ne pouvait même pas se relever. il sentait juste son souffle se calmer, et il prenait conscience que le bus allait beaucoup plus loin que son arrêt à lui. Il ne savait pas pour quelle raison il restait bloqué comme ça, mais il savait qu’il avait l’impression que son coeur se remettait à battre.
Il respirait à nouveau. Hadley regarda Adeline, et eut un sourire triste :

– Ce n’est pas grave… C’est juste que… Je me suis dit que… J’étais…Non…C’est…Idiot.
– Je crois que tu as besoin de parler…
– Pas…Pas là…Pas ici… Je…Trop de monde.

Adeline paru comprendre, bien que Hadley se sentit honteux. Elle lui proposa de se relever, et il lui avoua ne pas être sûr d’y arriver. Mais ensemble, ils semblèrent faire un bon duo. D’autant qu’une dame paru même vouloir les aider, avec un sourire compatissant. A nouveau, il se sentit enfant, mais parvint à se remettre sur ses pieds, bien qu’il restait accroché à la rousse qui ne le lâchait pas, surveillant même son rythme de respiration.

– …Je…Ma sortie elle…

En fait, même mieux que sa sortie qu’il avait raté, Hadley se rendit compte que là, les deux allaient au terminus, sans s’être arrêté chacun à leur propre sortie. Adeline haussa simplement les épaules, tenant toujours l’homme face à lui, sans le quitter des yeux :

– On peut descendre à la prochaine. On trouvera bien un endroit où se poser.

Hadley aurait aimé émettre tout un tas d’objection, lui dire que de fait, il faisait nuit, que ce n’était pas rassurant, qu’ils risquaient d’avoir des problèmes, qu’il ne voulait pas lui faire perdre son temps, que sinon il pouvait rentrer seul. Mais dans l’état où il était, la seule chose qui ne le fatiguerait pas à être prononcé, fut :

– D’a…D’accord.
– Bien. Et on ira manger quelque chose, ou un truc du genre. On verra. Au pire, Lucifer et Edriss attendront.

Et si elle tombait à nouveau malade ? Et si ses chats s’entretuaient ? Et si une de ses soeurs était de visite, comme il avait l’impression que c’était souvent le cas ? Et s’il dérangeait ? Hadley sentait cette culpabilité lui dévorer le ventre. Se rendant compte que cela faisait accélérer le rythme de sa respiration, il commença à comprendre d’où venait cette étrange impression d’être paralysé, et de surtout, ne plus avoir assez de respiration. Peut-être que c’était lié à tout ce qu’il avait accumulé en une semaine. Et du fait qu’il ne tenait plus, qu’il n’en pouvait plus, qu’il craquait, tout simplement.

Le bus s’arrêta, et Adeline l’aida à sortir. Elle semblait avoir vu que son état n’était pas naturel. Quand ils sortirent tous les deux, si proches, Hadley sentit l’air frais le frapper violemment, et alors que d’habitude, comme ce matin, cela le faisait grincer des dents, ici, il se sentit mieux. Comme s’il pouvait à nouveau respirer. Reprenant sa respiration, il prit conscience aussi d’à quel point il était proche de cette femme qu’il admirait.

* * *

Ils étaient assis sur un banc, et Adeline était allé chercher, dans un café non loin de là, de quoi boire un truc chaud. Hadley tenait donc un café dans ses mains, et il restait silencieux. Il respirait à nouveau normalement, mais n’osait bien sûr pas se plaindre, ayant plus envie de se cacher.
Il avait encore honte de ce qu’il avait du imposer à Adeline, sans oser lui avouer.

– Alors, ta semaine ?

Pourtant, elle commença la discussion pour le faire parler lui, et ne pas parler d’elle.

– Tu n’as pas froid ? éluda-t-il, alors qu’il s’inquiétait surtout pour la rousse.

Adeline se mit à sourire doucement, avant de fouiller dans son sac pour en sortir une écharpe, et la mettre autour de son cou. Elle pensa aussi à fermer son manteau rouge et long, qu’elle avait gardé jusque là ouvert. Puis, elle tourna à nouveau son regard vers Hadley :

– Voilà. Donc, ta semaine ?
– Je…Ne sais pas si…
– Hadley, commença-t-elle fermement : Tu as besoin de parler. Ce que tu viens de faire là, c’est sûrement un burnout.
– Comment ?
– Un burnout, c’est quand…
– Je…Je sais ce que c’est….C’est juste que.. Je n’ai pas fait de burnout, je vais bi….
– Ma soeur aînée, Marie, a fait des études là dedans. Elle s’y connait. Elle est même psy. Alors je peux te l’affirmer. Elle adore raconter ses cours, et elle m’a dit « Y a des gens, quand ils font leur burn-out, d’un coup, ils s’assoient ils peuvent plus bouger, et on est obligé de les emmener à l’hopital…Tu as besoin d’aller à l’hopital d’ailleurs ?
– Non…Non je crois que ça va… Je pense… Je… Désolé.
– Mais non. Allez. Parle. Crache le morceau. Tu en as besoin, Had’. Même si c’est pas un burnout. Ca se voit à ta tête.
– Had…
– Oui. Je me dis que ça sera plus simple de te surnommer.
– D’accord…

Alors il parla. A nouveau. Comme lorsqu’elle lui avait demandé de parler. Il raconta sa semaine. Où le patron s’était encore acharné sur lui inutilement, où le bus semblait vide sans elle. Il n’osa pas parler des livres de fantasy, au début du moins. Puisqu’au bout de quelques instants, comme il commençait à être à l’aise, il parla de ce détail, qui sembla faire sourire Adeline. Il ne s’arrêta de parler quand il lui sembla être totalement vidé. Il ne sut même pas combien de temps il osa se plaindre, combien de temps, il osa parler.

– Pourquoi tu ne quittes pas ton travail ?
– Je ne sais pas… Je ne vois pas pourquoi je ferais ça…
– Mais ce travail te bouffe, Had. Ce n’est pas très bien. Ça m’inquiète. Ça fait longtemps que tu y bosses ?
– Un peu… Quelque chose comme un an ou deux…Je ne sais pas…

Il y eut un silence, où Adeline sembla réfléchir, avant de paraître vouloir reprendre la parole, comme Hadley ne semblait vraisemblablement pas le faire :

– C’est ça, la fantaisie dont je te parlais.
– Comment ça ?
– Hadley. Tu restes trop… En dessous des autres. Tu ne t’accordes rien, tu n’essaies même pas de t’imposer.
– Mais si je m’im…
– Si tu t’imposes, quoi ? Il ne va rien t’arriver, tu sais. On est des adultes. Justement, le but c’est de s’imposer. Ton patron est un con, quitte le, trouve toi un meilleur job. Par exemple, je connais une boîte qui propose du travail aux gens comme toi…Sinon je sais que ma cousine elle…
– Je voulais être fermier. Ou travailler auprès des personnes qui ne peuvent pas vivre seules, coupa Hadley, soudainement, se surprenant lui même par la même occasion.
– Oh, c’est chouette ! Pourquoi tu n’as pas fait ça ?
– Mes parents disaient que ce n’était pas un vrai travail, et que je ne gagnerais rien…
– Je vois. Tes parents sont des ignorants. Mais je vais rien dire, les miens sont un peu pareil.
– Ah…?
– Tu sais, mon frère. Eliott. Il a voulu faire des métiers comme instit’ ou même faire du théâtre, mais soit il a échoué, soit mes parents lui ont dit que c’était vain, que ça servirait à rien. Tu sais ce qu’il a fait ? Il est devenu écrivain.
– Ecrivain ?
– Oui. Alors certes, il ne vit pas de ce qu’il écrit, il peine encore, et parfois, mes soeurs et moi, on l’aide un peu. Mais tu verrais sa tête toute contente quand il fini un livre. Tu verrais l’engouement qu’il a quand il me parle de ses personnages, et de tout ce qu’il fait. C’est juste dommage qu’il trouve qu’il écrit trop mal. Moi j’aime bien ce qu’il fait. Si tu veux je te prêterais un de ses livres. Ca devrait te plaire, c’est de la fantasy.

A ce petit clin d’oeil à ce qu’il avait pu raconter, Hadley se laissa à sourire. Il songea à cette histoire. Il avait trente deux ans. Il se voyait mal reprendre ses études à trente deux ans. Il aurait l’air ridicule. Il fit part de ses doutes à celle qu’il pouvait sûrement appeler son amie, maintenant. Adeline ne cessait de le regarder, avec cet air qui lui disait « ne t’inquiètes pas, je crois en toi », et en un sens, cela lui faisait clairement du bien.

– Tu sais quel âge j’ai ?
– ..La trentaine, non ?
– Oui, j’ai trente ans. Et tu sais, ce que je vais faire d’ici janvier ?
– Non…Quoi ?
– Reprendre mes études. Je me suis dit que travailler avec les animaux m’attirait plus que de rester dans un bureau.

Hadley fut surpris d’entendre Adeline dire ça, mais cela le fit réfléchir.

– Tu t’offres beaucoup de fantaisie…
– Oh, pas tant. Tu sais, j’ai beau te dire que la fantaisie c’est cool, en vrai, je me retiens énormément. Parce que je me dis que ça peut ne pas plaire à tout le monde.
– Moi ça me plait.

L’homme se sentit stupidement rougir, après avoir dit ça. Et voilà, il devait encore passer pour un idiot. Pourtant, Adeline en sembla heureuse, et le remercia.

– J’ai toujours été quelqu’un…Qui contrairement à toi, aime à s’imposer, alors… Mais tu sais, c’est pas venu tout seul. Je veux dire, de base, parler aux gens, c’est pas le truc qui me rassure le plus. Disons que de base, m’imposer, c’était surtout dans ma tête. Je me voyais mal le faire.

Adeline qui n’avait jamais fait que parler de ses chats ou même encore de ses soeurs, se mit à parler d’elle. De son passé, où on l’avait souvent traité n’importe comment, parce qu’elle avait trop d’énergie. Mais qu’elle restait quelqu’un de timide. Il l’écouta lui raconter son histoire, et la trouva tellement admirable. Elle avait deux ans de moins que lui, mais s’en sortait apparemment mieux que lui, qui peinait même juste à exister.

– Tu sais, tu devrais te donner des chances, fini-t-elle par conclure : t’imposer, vivre. Être ce que tu veux être. Tu as l’air d’être quelqu’un hyper attentionné et tout. C’est très agréable. J’adore parler avec toi. Laisse toi vivre.
– Tu me demandes de m’accorder de la fantaisie, quoi.
– Exactement ! Tu m’étonnes que tu déprimes. Ta vie à l’air… Désolé de le dire, mais un peu ennuyante.
– Plus maintenant.

A nouveau, Hadley venait de prendre la parole sans réfléchir. Adeline sembla curieuse de savoir pourquoi. Il se sentit obligé de lui dire, comme s’il avait besoin de le dire, comme si… Cela lui semblait évident :

– Tu as illuminé ma vie, je crois. Ta présence…Ta présence je l’aime énormément.

Il se sentait si niais, et en même temps, heureux de l’admettre, même s’il avait cette impression que ces paroles cachaient quelque chose de plus fort. Si fort, que ça le percuta sans même qu’il n’y réfléchisse tant que ça. Après tout, vu comment il avait été déprimé de ne plus la voir, alors…

– En fait, je crois que je t’aime.

* * *

C’était le dernier bus avant qu’il n’y en ait plus pour la journée. Ils étaient tous les deux, assis au fond, parce qu’il y avait plus de place que jamais. Hadley se sentait bien, se sentait mieux. Il s’était exprimé, et en prime, il avait compris ce qu’il ressentait. Ce sentiment si fort qu’il ne soupçonnait pas. Mais maintenant, cela lui semblait logique.
A ses yeux, l’amour avait toujours été comme une fantaisie, quelque chose qu’il n’aurait jamais, parce qu’il était trop transparent parce qu’il n’était pas assez existant. Et pourtant, Adeline, après sa déclaration, l’avait embrassé, en soumettant l’idée, que peut-être bien qu’elle aussi, elle l’aimait.

Maintenant, ils étaient dans le bus, dans ce dernier bus qui les ramenait chacun chez eux. Hadley respirait mieux, et se sentait mieux. Ils avaient longuement discutés, en avait même oublié de manger, pour finir par se contenter d’une boite de gâteaux à deux, dans le même parc où ils s’étaient arrêtés.

– Je vais….Trouver une formation.

En entendant ses paroles, prononcées par l’homme, Adeline paru sourire comme jamais, et lui offrir un baiser doux sur la joue. Le silence revint, avant que la femme se rappelle qu’ils n’avaient toujours pas échangé de numéros. Elle lui donna le sien. De cette façon, ils ne se perdraient plus. De cette façon, ils resteraient ensemble. Hadley fut content de rajouter quelqu’un d’autre que des collègues et des amis factices dans son téléphone. Il aurait presque été capable de le dire à ses parents.
Il se sentait comme un gamin. Ou bien comme un homme qui vivait, enfin.

Quand il fut l’heure de quitter Adeline, il ne se sentit pas si seul dans le bus. Ni une fois qu’il fut rentré dans l’appartement. Il avait l’impression d’être léger, comme s’il était devenu de l’air, et qu’il flottait sans mal. En fait, il savait ce que c’était : il était heureux.
Mais profondément heureux. Sincèrement heureux.
Si heureux, qu’il en était lui même surpris, et que dormir fut un calvaire, tant il avait envie d’hurler au monde entier sa joie. Il se contenta ceci-dit d’un statut sur Facebook résumé par « Je suis heureux ». Les gens n’avaient pas besoin de savoir pourquoi. De toute façon, il ne postait pas grand chose sur Facebook. Juste observait-il la vie de ces gens qu’il connaissait parfois à peine, mais qu’il dénommait comme des apparents amis.

Il fini par trouver le sommeil.

* * *

Le réveil le rappela à l’ordre, mais il se leva sans problème, s’habillant avec plaisir, et montant dans le bus avec entrain, retrouvant celle qui lui offrait ce sourire si jovial qui ne voulait pas quitter son visage.
Arrivé au travail, il bossa. Sans même trop réfléchir, plus par habitude que par envie. Il en profita surtout pour prendre un congé. Son patron voulu lui refuser, mais Hadley ne pu s’empêcher de rappeler combien d’heures supplémentaires il avait pu faire. Le patron, qui n’était pas le « vrai » patron, mais simplement son chef de projet, fini par se taire, et Hadley fut libre.
Prenant pour lui une bonne semaine pour se reposer, bien que celle ci n’arriverait que dans deux semaines.
Il tiendrait le coup en attendant.

* * *

– Alors, cette journée ?
– J’ai pris des congés.
– Oh, félicitations ! Moi ma patronne m’a dit que…

Et Hadley l’écouta. Mais plutôt que de ne faire que la laisser parler, ou la questionner un peu, il osa même un peu parler de lui. Racontant des détails drôles, comme la tête de ses collègues, quand il avait essayé de leur parler.
Il ne vit pas le temps passer, mais ne descendit pas tout seul.

* * *

Jamais il n’avait invité des gens chez lui. Aussi fut-il timide, quand il ouvrit la porte.

– Ah oui, je comprends mieux l’aspect cage à lapins
– Désolé…
– Oh non, c’est bien quand même.

Et Adeline s’installa dans son canapé.

* * *

Le lendemain, la routine continua, mis à part le fait qu’il ne se réveillait pas tout seul. Il y avait quelqu’un d’autre dans son lit.
Plus le temps avançait, plus Hadley avait l’impression que ce train train quotidien du « bus boulot dodo » commençait largement à changer. Et il se laissa à sourire en y songeant.

– Pourquoi tu souris, Proulx, t’as une copine ?

Il répondit à peine à ce collègue qui lui était insignifiant. Il fut juste surpris que les gens remarquent. C’était comme si depuis qu’il avait pris la décision d’exister, cela arrivait vraiment. Et quelle drôle de sensation que d’apparaître au regard des autres.
Hadley se mit à sourire un peu plus.

* * *

– Et donc, aujourd’hui, j’ai donné ma lettre de démission.
– Oh ? Ca n’a pas été trop dur, ça va ?
– Oui, ça va.
– Au fait, demain soir, j’avais pensé, mes soeurs sont un peu toutes dans le coin et je voulais les inviter, ça te dirais de les voir ? Eliott sera là aussi…
– D’accord, ça me va.
– Vraiment, parce que tu sais…

Adeline continuait de parler, et Hadley écoutait, avec un sourire qui devait battre des records de durée d’existence à force.

* * *

Le soir il se regarda devant le miroir. Maintenant, il savait où aller. Il allait reprendre ses études – ce qui ne plaisait pas vraiment à ses parents -. Il allait vivre heureux, et voilà. Vivre un peu de fantaisie, laisser sa vie changer. Se laisser aller.
Mais surtout, surtout.
Exister.

* * *

Il rentra dans le bus, constata qu’il y avait de la place. Il faisait beau aujourd’hui, malgré ce début de février. Il s’installa, consultant sur son téléphone, répondant à sa petite amie, qui elle, était dans un autre bus, la menant à son centre d’études. Relevant la tête, il constata qu’une vieille dame attendait pour s’asseoir, sans trouver le moyen de le faire.
Rapidement, Hadley se redressa, laissant sa place à la femme, allant vers les barres pour se tenir. S’appuyant contre la barre, il se mit doucement à rire, et s’accrocha doucement, pour suivre le perpétuel mouvement du bus qui bougeait en tournant, et lui, ferma les yeux, et se laissa à continuer de sourire.

Fin.

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3 thoughts on “Comme une fantaisie, par Alexis Lauriet

  1. Ok alors, je dois commencer en disant que je ne suis pas forcément des plus objectives car je te connais. Et donc j’ai tiqué sur des détails, j’ai été plus émue sur certains trucs que certaines personnes pourraient l’avoir été. Et j’ai l’impression que ton texte est vachement personnel.
    Il est long mais il est lourd en sentiment.
    J’ai beaucoup aimé :
    Les répétitions du cadre notamment, avec l’aspect réveil bus boulot bus.
    Toute la symbolique sur l’enfermement, l’étouffement, la comparaison avec la koala, la description de la dépression (ou du burn out ici).
    L’évolution des personnages (même si au final, du fait du format, Adeline évolue pas des masses et fait un peu Pixie Magic girl par moment =p Mais c’est pas spécialement dérangeant).
    L’irruption de la fantasy au milieu.
    La fin qui est encourageante et finit sur une note positive.

    C’est un très beau texte et je ne regrette pas de l’avoir lu.

  2. J’ai eu peur au début d’un texte trop long, mais il est très bon.

    Alors il y a quelques erreurs de langue (Adeline paru surprise, ou le Puis, elle appartenu), toutefois, le tout passe très bien. Je suis d’accord avec James Hamlet, Adeline n’évolue pas beaucoup et paraît la solution providentielle, mais ça va. Tout va très bien, tout est très réfléchi, que ce soit pour l’histoire (le cadre d’une vie répétitive) ou pour l’émotion dégagée (raconter qu’il faut vivre sa vie sans tomber dans le mélo ou le conseil zen).

    Très bien joué 🙂

  3. Un texte un peu long mais qui a le mérite de suivre le personnage dans son enfermement, dans sa… chute ?
    Beaucoup de ressenti, précis quant à la souffrance intérieure.
    L’arrivée d’une jeune femme, une nouvelle rampe qui apporte avec elle ce souffle manquant. Elle est le point positif, l’élément qui tire vers le haut.
    Une histoire tel un trou intérieur qui va se combler, peu à peu jusqu’à s’autoriser à exister, enfin.
    Quelques coquilles.

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