Une guêpe à Édimbourg, par Gillen Azkarra

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[24 heures de la nouvelle 2017 : Un moyen de transport doit être important pour l’intrigue.]

Édimbourg baignait dans une lumière dorée. La température était fraîche en ce mois d’avril. La vapeur des trains entourait la station Waverley d’une brume laiteuse. Dans le ciel, des ballons dirigeables colorés se dirigeaient d’un point à un autre. Les écossais bénissaient le vent qui leur permettait de se déplacer rapidement. Associé au fameux minerai magique du Nord qui alimentait les trains, le pays était bien desservi.

C’était par une journée ensoleillée que l’enquêteur Siléas, souriant, marchait en direction du vieux château surplombant la ville. Absorbé dans ses pensées, il ne vit pas le curieux personnage qui courait dans sa direction. Il releva la tête au dernier moment mais le choc était inévitable. Siléas tomba sur le côté, son chapeau melon s’envolant et ses petites lunettes cerclées s’enfuyant sur la rue pavée. La créature, silhouette marine enveloppée de peaux de phoques, se releva d’un geste brusque et s’enfuit aussi sec.

Une selkie à Edimbourg, songea Siléas, c’est très curieux. Il est rare de les voir quitter les îles Shetland.

En reprenant ses esprits, Siléas remit ses lunettes sur le bout du nez et eut juste le temps de voir la créature marine tourner dans la rue suivante. Etait-ce la curiosité face à la sagesse ou la vigueur de la jeunesse qui lui fit choisir l’aventure ? En tout cas il se mit à courir dans la même direction que la créature. Bien entendu, Siléas ne savait pas qu’il allait s’emberlificoter dans la toile d’une araignée dangereuse.

La rue empruntée par la Selkie était déserte. Du vacarme sortait d’une taverne au bout de la petite rue. Le jeune enquêteur s’y dirigea d’un pas résolu. « Au poète maudit » avait l’allure d’un pub sans âge. A peine entré dans les entrailles de celui-ci, l’odeur nauséabonde de bières, de whiskys, de sueur rance et de cigares lui monta au nez. Jouant des épaules, il réussit tant bien que mal à s’accouder au comptoir. Le tenancier, gueule patibulaire recouvert de cicatrices, s’approcha tel un monstre imposant.

– Qu’est-ce que je vous sers ?

– Une Elfes hop brune et épicée !, demanda Siléas, un peu trop enthousiaste.

Les elfes, établis non loin du loch lomond, étaient passés maîtres dans l’art de la bière. Tout en dégustant sa chope, Siléas jeta un coup d’œil autour de lui. La populace se désaltérait après une rude journée. Nains et korrigans jouaient aux dés à une petite table tandis qu’un elfe, recouvert d’un haut de forme, écrivait sûrement des poèmes sulfureux. Les humains, au comptoir, buvaient leur amertume. La vie à Edimbourg, cité industrielle, n’était pas de tout repos et de nombreuses créatures venaient y chercher fortune. Bon nombre d’entre elles se retrouvaient dans les égouts, la gorge tranchée ou un trou à la place du cœur. Siléas, au service secret de sa majesté, enquêtait sur certains de ces crimes crapuleux. Aujourd’hui, il avait justement rendez-vous au château pour une sombre affaire. Mais pour l’instant, il devait retrouver la Selkie.

Il héla gueule patibulaire à nouveau.

– N’auriez-vous point vu une jeune créature marine ? Il me semble qu’elle est entrée il y a quelques minutes.

– Et ben j’en sais rien, répondit-il d’une voix grave. J’ai du monde, je ne peux pas tout gérer. Et puis, je n’ai pas des yeux derrière la tête moi !

Siléas reprit une gorgée de bière réconfortante. Savoureuse, onctueuse et rafraîchissante. Les elfes détenaient vraiment le secret de la bière parfaite.

– Je sais où se trouve la personne que vous recherchez, susurra une voix dans son dos. Une voix douce et chaude que Sileas, surpris, trouva fort intrigante.

Le jeune enquêteur se retourna. En face de lui se tenait l’elfe qu’il avait remarqué en attendant que gueule patibulaire le serve. Le visage gracieux, de fins sourcils, des yeux bleus dilatés, la peau blanche et lumineuse, il portait une veste en queue de pie et des mocassins cirés, reflétant l’ampoule de la taverne. L’elfe correspondait parfaitement à l’image d’un précieux dandy.

– Je m’appelle Gray. Dorian Gray, pour vous servir.

– Siléas, heu, tout simplement Siléas!

– Si vous pouviez ôter vos lunettes quelques minutes, je n’aime pas y voir mon reflet, demanda-t-il sur un ton respectueux, évitant soigneusement de le regarder droit dans les yeux.

Malgré l’excentricité de la demande, Siléas s’exécuta de bonne grâce. Dorian Gray, le regard soulagé, continua.

– J’ai aperçu votre Selkie monter à l’étage. Il y a quelques chambres en location pour les ouvriers de passage dans la cité. Je le sais car j’ai moi-même pris une chambre pour la nuit. Je repars en Irlande demain, précisa-t-il. La créature est entrée de manière discrète et s’est vite dirigée vers les escaliers. Elle avait le visage inquiet et s’est retournée juste avant de mettre le pied sur la première marche. J’ai senti la peur qui exsudait de son corps. Voulez-vous que je vous accompagne? Des aventures peu plaisantes vous attendent peut-être en haut de l’escalier.

Refusant poliment, Siléas remercia Dorian Gray pour son aide. Il aimait travailler seul. Le dandy s’inclina et retourna à sa vie tourmentée. Siléas le regarda curieusement plonger son nez aquilin dans ses poèmes. Puis il gravit les escaliers jusqu’au premier étage, et silencieux, écouta les bruits autour de lui. Il saisit des voix dans la première chambre et se rapprocha des murs. Concentré sur la porte, il n’entendit point les pas derrière lui. Au dernier moment son instinct lui cria de se retourner. Le jeune enquêteur eut juste le temps d’apercevoir un énorme molosse d’une douteuse musculature lui envoyer un uppercut digne d’un boxeur professionnel. Siléas ne sentit aucune douleur, s’évanouissant avant de toucher le sol.

La Selkie, cachée dans le plafond, vit le jeune homme arriver en haut de l’escalier.

C’était bien celui qu’elle avait bousculé un peu plus tôt, l’homme au chapeau melon. Derrière lui apparut un des cerbères qui la poursuivaient. Elle se sentit impuissante. Mais il était hors de question qu’elle sorte de sa cachette. Si près du but, elle ne pouvait pas se montrer. Eileen, car la Selkie s’appelait Eileen, se trouvait déjà dans une situation dangereuse. Il fallait qu’elle trouve le bon moment pour intervenir. Un léger frottement avec la peau de l’humain suffisait à Eileen pour retrouver sa trace.

Son mentor spirituel, chez les Selkies, lui avait donné comme mission de retrouver le jeune enquêteur nommé Siléas, un homme intègre, prometteur, qui s’occupait d’affaires sordides dans la grande cité d’Édimbourg. Mais ses ennemis l’avaient retrouvée et pour éviter de le confondre Eileen avait prétexté une simple bousculade. Histoire de compliquer les choses, il s’était quand même jeté dans la gueule du loup.

Par contre, elle ne connaissait pas l’homme à la carrure de boxeur qui venait juste de mettre le jeune Siléas sur son dos. Il ne ressemblait pas à ses poursuivants. Il fallait qu’elle trouve le bon moment pour se dévoiler et se mettre en contact avec lui afin de le libérer des griffes dans lesquelles il était pour l’instant prisonnier.

Le cerbère, colis sur les épaules, entra dans une chambre au bout du couloir. Il souleva le lit, s’engouffrant dans un passage connu uniquement de son chef, et quitta la taverne par une porte dérobée.

La journée était bien avancée, la fraîcheur s’installait. Un petit dirigeable à vapeur se posa à ses pieds. Il mit Siléas à l’intérieur tout en faisant un signe au rat qu’il pouvait décoller. Quant au gangster, il ouvrit tranquillement une bouche d’égout et disparut dedans. Il avait deux bonnes heures de route pour rejoindre son chef à l’abattoir.

Il y a quelques années, un chercheur bizarre et obscur au nom de Moreau avait tenté des expériences dans les égouts. Il avait installé un laboratoire secret. Un jour, le laboratoire explosa et les vapeurs se propagèrent en dessous de la ville. Quelques mois après, toute une meute de rats était sorti, se proclamant aptes à conduire les petits dirigeables : la confrérie des raviateurs.

L’étrange raviateur poussa un levier, le dirigeable nain décolla et s’éleva dans les airs. Fier de sa confrérie et sûr de lui, il ne prit même pas le temps de regarder derrière lui. Pourtant, des yeux le suivaient à la trace.

L’abattoir se tenait dans le quartier de Leith. Face à la mer, de nombreux nains équarrissaient les vaches, les moutons et autres bêtes étranges.

Siléas émergea. L’esprit cotonneux, la bave aux lèvres, il était dans un sale état. Un mal de tête atroce lui vrillait le crâne. Ses tempes battaient au même rythme que son cœur asynchrone. Il respira un grand coup afin d’ouvrir sa cage thoracique. Au lieu de le réveiller, l’odeur infecte le fit se plier en deux. Siléas ne chercha même pas à se retenir et vomit ses tripes et son âme.

– Je vous accorde que cet endroit sent la merde.

La voix, métallique et caverneuse, sortait de nulle part.

– Je vous rassure, vous n’aurez pas besoin de vous y habituer. Mes chers nains vous désosseront dans quelques minutes. D’aucuns diront que vous êtes au mauvais endroit au mauvais moment, poursuivit la voix inconnue. Une expression qui me désole d’ailleurs, une expression que l’on utilise souvent à mauvais escient. De nos jours, la langue se délite et… Bref je m’égare, revenons-en à nos moutons.

Autour de l’enquêteur, les moutons crochetés se vidaient de leur fluide vital. Il refaisait peu à peu surface, ses neurones reprenaient consistance, il n’allait pas tarder à passer à l’action. Lui, le fameux Siléas, fougueux, espion de sa majesté, aurait le dernier mot. L’homme en face de lui se sentait puissant, fort, fier. Il portait une grande veste en cuir tanné, une barbe bien fournie. Le teint hâlé, il n’avait sur le crâne qu’une seule et voyante piste d’atterrissage pour mouchards. Il était entouré de nains en tenue de travail, des couteaux à la ceinture, des gouttelettes de sang sur le visage et le regard menaçant. Mais crâne chauve ne connaissait pas Siléas. Un avantage qu’il fallait garder.

Puis, les événements s’accélérèrent. Un mouvement sur la gauche, imperceptible. De la surprise dans le regard du chef. Un moment à prendre. Siléas bondit sur le nain à sa gauche, lui prit son arme et lui trancha la gorge d’un coup sec.

D’un regard, il regarda le mouvement sur sa gauche. Et se rendit compte que l’intrus en question était la Selkie qu’il avait croisée tout à l’heure. Quelle créature rapide et surprenante, pensa Siléas. Il ne comprenait pas encore les tenants et les aboutissants de l’affaire mais l’arrivée inopinée de la créature allait peut-être répondre aux quelques questions qu’il se posait dans son for intérieur.

Après avoir planté sa dague dans le cœur d’un nain, Eileen courut droit vers le chef. Elle utilisa ses ongles acérés et après avoir enlacé le chef, ses doigts s’approchèrent dangereusement de sa gorge.

– Ne bouge plus, ordonna-t-elle, ou mes doigts risquent de frôler ta jugulaire dans un moment d’inattention.

La peur transpirait sur le visage du malfrat. Il se tenait raide et ne bougeait plus. Du bruit au fond de la pièce alerta l’enquêteur. Il tourna les yeux vers un tuyau d’évacuation. De celui-ci sortit toute une équipe de raviateurs.

– Sécurisez le périmètre, ordonna le chef de meute à ses mercenaires.

– Les affaires se précipitent, poursuivit-il en s’adressant à Siléas. Le maître-enquêteur Danny McLeod a une missive pour vous.

 Stupéfait, l’enquêteur récupéra la lettre.

Le raviateur rajouta : nous sommes les raviateurs dissidents, mercenaires de l’ombre. Nous sommes les Hells Angels. Notre petit peuple se vend au plus offrant. Mais, nous, les Hells Angels, restons fidèles à sa majesté. Je vous prie de lire cette missive, nous décollons dans l’heure.

Siléas observa ces étranges personnages. Il en avait déjà vu souvent mais n’avait jamais pris le temps de les étudier de près. D’une allure anthropomorphique, ils avaient la même taille que les nains. Les lunettes d’aviateur, relevées sur le haut de leur crâne, Siléas voyait leurs yeux vairons. Ils portaient tous une salopette moulante noire et différentes armes autour d’une ceinture qui arborait un écusson en tête de mort. Et aux pieds, de belles bottines en cuir.

– Jeune homme, lisez, lui rappela celui qui avait l’air d’être le chef.

Siléas sortit son couteau et arracha le sceau royal. Il déplia la longue missive.

Cher Siléas,

Si vous lisez cette lettre, c’est que vous êtes en présence de mes fidèles raviateurs. Cela est une bonne chose et je m’en vois rassuré. Vous pouvez mettre en eux une confiance absolue Et surtout dans leur chef Hunter.

Les événements s’enchaînent et me contraignent à vous donner quelques explications. Le complot vous a rattrapé juste avant notre entrevue. Vous avez sûrement rencontré Eileen la selkie. Elle était en route pour le château lorsque ses poursuivants l’ont rattrapée. Eileen a dû fuir tout en gardant un œil sur vous. J’ai d’autres yeux qui sont sur vous mais c’est une autre histoire.

Eileen est une créature selkie. Contrairement à ce que vous pensez, elle ne vient pas des îles Shetland. Elle arrive de l’île de Skye. La communauté Selkie a fui les Shetland il y a plusieurs années à cause des persécutions qu’elle subissait. Les îliens, devenant de plus en plus autarciques, avaient de plus en plus de mal à vivre en cohabitation avec les Selkies. Pour éviter un probable conflit, la communauté a donc émigré sur l’île de Skye.

Aujourd’hui, des choses étranges et sombres se passent sur cette île immense. Il n’est pas facile de surveiller tout le royaume. Une brume épaisse entoure l’île. Et les nouvelles fournies par Eileen ne sont pas réjouissantes. Vous connaissez le protectorat de Talisker, au sud-ouest de l’île. Nous n’avons plus beaucoup de nouvelles. Humains et créatures disparaissent. Le lieu-dit des Fairy pools a été déserté, les fées ont disparu

Pour toutes ces raisons, je vous envoie, accompagné de la Selkie et des raviateurs, sur l’île de Skye pour me faire un rapport urgent sur la situation et les moyens à mettre en place pour parer à toutes funestes entreprises.

Pour cette mission, je vous confie la Guêpe. Il est hors de question que vous preniez le train, c’est trop dangereux. Ce prototype, qui a été testé la semaine dernière, est un dirigeable en forme de guêpe, à voile et à moteur. Il a de nombreuses vitesses. Bien sûr, l’engin est armé pour les mauvaises rencontres. Il est fait d’un alliage résistant, fuselé. Car je crains que vous n’ayez à vous battre. Mais vous êtes une personne vigoureuse, un très bon élément chez les enquêteurs.

Je vous souhaite bonne chance, et j’attends de vos nouvelles avec impatience.

Sa Majesté d’Ecosse.

Siléas brûla la missive, regarda Eileen qui tenait l’équarrisseur au bout de sa lame, et jeta un œil aux raviateurs. Quelle équipe, pensa-t-il, si nous arrivons aux abords de Skye en un seul morceau, cela tiendra du miracle !

– Eileen, assommez-le et ligotez-le. Il ne faut pas tarder. La nuit est bien avancée, un long chemin nous attend pour rejoindre notre destination.

– Suivez-nous, ajouta le leader des raviateurs. Les engins de transports sont sur le toit, ainsi que la Guêpe. Vous serez escortés par mes compagnons à bord de leurs libellules de combat.

Siléas et Eileen suivirent Hunter et ses Hells Angels et se retrouvèrent sur le toit. La Guêpe était imposante. Un dirigeable élancé de dernière génération. La proue ressemblait à une tête de guêpe combattante et à la poupe se trouvait une arme redoutable : un dard articulé. Quelques pics entouraient l’engin et des harpons étaient installés sur les deux côtés. Autour de la Guêpe se trouvaient les fameuses petites libellules de combat avec des ailes membraneuses. Le jeune enquêteur, Hunter et la Selkie montèrent à l’intérieur du prototype avec. Les raviateurs prirent place dans les libellules. Toute l’équipe démarra les moteurs et les engins prirent de l’altitude.

Vue de haut, Edimbourg était une cité industrielle imposante. Les habitations s’étalaient au loin sur un fond noir et violet. La ville grouillait de lumières et de la fumée s’échappait des toits. Les cheminées fonctionnaient à plein régime. La nuit était froide, les gens se réchauffaient comme ils le pouvaient.

Progressivement, la ville s’éloignait, le noir se faisait plus intense. Il fallut allumer les lumières pour avancer. Heureusement, la lumière lunaire contrebalançait la noirceur de la nuit. Hunter restait concentré sur les commandes de la Guêpe. Tout était calme, Siléas en profita pour faire connaissance avec Eileen. Tout s’était enchaîné très vite, il n’avait même pas eu le temps de la regarder. Eileen avait un visage fin, bleu-vert, et des yeux gris. Dans son cou, on apercevait de discrètes branchies. Elle avait un corps musclé, propre aux Selkies.

– Je ne savais pas pour votre peuple. Vous devez vivre des moments difficiles. Je suis désolé, dit-il sur un ton sincère.

– Merci, répondit-elle. La cohabitation entre créatures et humains n’est jamais facile. Sur les îles Shetland, nous avons été persécutés à cause de la stupidité et l’ignorance de certains humains. Nous pensions que notre fuite sur l’île de Skye nous apporterait des temps plus cléments. Erreur !

Ses yeux pétillaient de rage. Eileen poursuivit plus calmement : des forces occultes sont à l’œuvre sur l’île. Le protectorat de Talisker n’est plus sous contrôle. Les disparitions sont de plus en plus fréquentes et inquiétantes. Il faut éclaircir ce mystère rapidement. Sa majesté a été prévenue très tard. Les émissaires envoyés avant moi n’ont pas eu autant de chance. Ils ont été éliminés en chemin.

Puis la Selkie se tut brusquement.

Les yeux plissés, Siléas réfléchissait. Il n’était pas préparé à toute cette aventure. Malgré ses qualités de bon enquêteur, Siléas était un peu désemparé face à ces incroyables péripéties qui lui tombaient dessus. Le ronronnement du moteur le berçait. Il finit par s’endormir, se retrouvant dans un univers chaud, un cocon rassurant et protecteur.

Siléas se réveilla brusquement au petit matin. Hunter, raviateur imperturbable, était toujours aux commandes. Eileen, silencieuse, regardait le paysage.

– L’île de Skye est en vue. Nous survolons actuellement les Highlands, dit-il en se retournant.

Tout en baillant, Siléas observa la vue. Il n’allait pas souvent vers le Nord, du côté des Highlands. Un paysage sauvage, naturel. Siléas se fit tout petit face à l’immensité des Highlands couverts d’une brume légère. Il frissonna devant ces majestueuses montagnes recouvertes de neige au sommet. Son regard se porta sur les libellules de combat, toujours là, escortant la Guêpe vers le protectorat de Talisker. Hier matin, il ne s’imaginait pas survoler l’Ecosse, aux côtés d’une créature marine et de mercenaires raviateurs. Puis son regard le porta plus loin et il crut apercevoir des points noirs.

– Hunter, au loin, des points noirs ? Qu’est-ce donc ?

– Effectivement, ils se dirigent droit sur nous. Préparez-vous au combat, je ne pense pas qu’ils viennent nous indiquer la route.

Hunter fit des gestes à ses libellules qui se mirent en formation de combat. Siléas et Eileen se transformèrent en harponneurs.

– Ils se rapprochent ! Ce sont des petits frelons de combat, ils sont en formation. Le choc va être rude. Mes raviateurs connaissent le sens du sacrifice ils iront jusqu’au bout.

Les frelons de combat se rapprochaient dangereusement. Orange, jaune et rouge, ils étaient dirigés par des petits brownies, sortes de petits singes domestiques. Ils arrivèrent en piqué et Hunter bifurqua de justesse pour éviter un harpon. Une libellule envoya son harpon qui transperça le frelon. Celui-ci se mit à tournoyer et tomba en tourbillonnant.

Mais le raviateur ne vit pas derrière lui un autre frelon lui rentrer dedans. On entendit un choc de deux moteurs explosant. Le raviateur sauta de son siège, grimpa sur la carlingue de son adversaire , le harponna et sauta dans les airs.

– Non, cria Siléas

– Ne vous inquiétez pas, mes gars ont un parachute, précisa Hunter.

Pendant que libellules et frelons virevoltaient dans le ciel, la Guêpe s’enfuyait en direction du sud-ouest, vers le protectorat de Talisker. Pris en chasse par deux frelons, il était difficile de les semer. Siléas et Eileen se tenaient prêts à harponner les deux ennemis. Les deux frelons fondirent sur la Guêpe. Le premier harpon, tiré par Eileen, transperça un ennemi qui disparut dans la brume. La Guêpe était maintenant au-dessus de l’île. On apercevait Talisker. Le deuxième frelon lança un câble d’arrimage sur le dirigeable. Le brownie se glissa par le cable sur la Guêpe.

– Prends les commandes, hurla Hunter, je monte l’affronter. Nous y sommes presque !

Siléas se mit aux commandes et le raviateur ouvrit une trappe et se retrouva dehors. Le vent soufflait fort, Hunter rechercha le brownie qui était affairé à poser un artefact sur le moteur. Il sortit sa petite épée et fonça sur la petite créature simiesque. Trop tard, le moteur explosa avant que Hunter atteigne le brownie. Soufflé par l’explosion, il se raccrocha de justesse à un filin. Et la Guêpe commença à perdre de l’altitude.

Siléas ne pouvait plus contrôler l’engin volant. Il chercha la direction du protectorat afin d’amener la Guêpe vers le but de leur mission. Là, au loin, un bâtiment blanc, avec de la fumée qui sort d’une longue cheminée, aperçut-il.

Hunter tenait toujours le coup et Eileen restait concentrée sur son harpon. Derrière nous, pas de traces des autres raviateurs. Dans son âme, Siléas espérait qu’ils s’en étaient tous sortis.

Les voiles, toujours en fonction, permettaient à la Guêpe de tenir le cap. Celle-ci descendait de plus en plus, tout en traversant la brume écossaise. La Guêpe se posa sur le sol. Eileen et Siléas sortirent de l’appareil, Hunter les rejoignant. Ils avaient réussi, le prototype avait tenu le choc depuis Edimbourg et les avait amenés sur l’île de Skye.

Maintenant Siléas pouvait voir l’inscription sur le bâtiment blanc : Distillerie Talisker.

Il se mit à sourire. Le jeune enquêteur le savait, les problèmes se règleraient autour de cette distillerie. Et une petite dégustation pour commencer les négociations ne serait pas de trop. Les trois aventuriers se regardèrent. La vieille porte en bois de la distillerie s’ouvrit toute seule. Ils s’engouffrèrent à l’intérieur, l’univers se refermant sur eux. Mais ceci est une autre histoire.

 

FIN ?

 

 

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4 thoughts on “Une guêpe à Édimbourg, par Gillen Azkarra

  1. J’ai été emballé dès le début, puis je n’ai pas pu lâcher, tellement il y avait de péripéties et surtout, d’imagination (le concept des raviateurs est génial en passant). J’ai eu peur en plus à la fin que ce soit bâclé, mais la pirouette du « c’est une autre histoire » marche très bien. Nouvelle fantastique bien réalisée, je tire mon chapeau !

    • Hey Gregorio ! Merci de ton retour ! Content que tu te sois bien marré ! J’ai quand même fini dans la douleur pour respecter le timing. Je réfléchis donc à écrire une suite pour clore cette nouvelle. Et puis aussi me concentrer sur les raviateurs. Je pense que ça pourrait donner quelque chose d’assez drôle !!

  2. Une histoire mouvementée fort sympathique à lire.
    Oh frustration terrible d’une fin escamotée :p
    c’est inhumain de spoiler ainsi le pauvre lecteur.
    Un bon moment en tout cas
    merci 😀

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