Mélanger le travail et les loisirs, par Tesha Garisaki

Kindle

[24 h de la nouvelle 2016 : L’histoire doit se passer à au moins deux époques différentes (pas forcément très distantes), qui ne peuvent pas communiquer directement entre elles (pas de portails temporels, de machines à remonter le temps, de télépathie…), mais se répondent et se complètent.]

Suzanne sortit des toilettes, salua Annette du département Compta, ramassa une pièce de dix cents par terre avec un gloussement de petite fille chanceuse et fila saluer Nat, à l’accueil de la Compta, qui lui tendit la boîte de cookies du matin et un gobelet de café. Suzanne demanda des nouvelles du fils de Nat, qui se remettait bien, merci. Elle s’avança ensuite dans le département en saluant des têtes connues.

Quand le chef appela au briefing, elle prit un sachet de dossiers sur une table pour faire bonne mesure et s’éclipsa. Elle déposa le sachet sur le comptoir, profitant que Nat était au briefing, et sortit de l’aile B.

Elle entra dans l’aile E et enfila une blouse dans le local du personnel, dont elle sortit en poussant un chariot. Elle fit un brin de ménage en vidant soigneusement les poubelles du rez-de-chaussée. Elle y trouva : un briquet qui marchait encore, deux barrettes rechargeables, et un stylet à peine tordu.

Vers midi, quand elle eût bien trainé au kiosque à revues de la section commerciale (indispensables pour se tenir au courant et tenir une conversation samedi soir au pot de retraite de Kevin), elle se rendit à la cafétéria du département Acquisitions, dans l’aile G. Elle fut heureuse de pouvoir s’asseoir à une petite table à l’ombre dans le patio, après avoir tant marché. Mais venir jusqu’à l’aile G valait le coup, parce qu’il y avait *cet homme* qui mangeait souvent ici. Il était drôle, avait un rire entraînant, et semblait comme répandre de la bonne humeur sur la cafétéria. Suzanne ne lui avait jamais parlé et ne songeait pas le faire un jour, car son père lui avait toujours dit de ne pas sympathiser avec les employés de l’Entreprise, mais profiter de sa présence lui était agréable.

Ce jour-là, le patio était bondé. Comment aurait-il pu ne pas l’être, alors qu’il faisait beau, que les arbres étaient en fleur, que le buffet commençait la saison des salades de légumes frais et que des haut-parleurs diffusaient des sons de nature ?

Et parce que le patio était bondé, quand il arriva avec des amis, ils durent s’asseoir à la table de Suzanne. Elle lui fit un sourire timide, il lui en rendit un chaleureux.

« Vous êtes au courant du pot de départ de Christophe, vendredi ? demanda l’un de ses amis.

— Oui, il m’a donné une invitation. »

Suzanne se dit qu’ils devaient travailler dans le département Design. Christophe en était le chef, mais partait en retraite vendredi. Elle ne le connaissait pas, et n’avait donc pas été invitée.

« Et vous y allez ?

— Je ne sais pas, y a l’anniversaire de Vincent, au Marketing, le même soir… »

Suzanne fronça les sourcils. Ils travaillaient dans deux départements ?

« Et quelqu’un a des nouvelles du fils de Nat ?

— Il va mieux », répondit Suzanne.

Ils levèrent les yeux vers elle. Elle soutint son regard. Ils s’étaient compris.

#

Charles apporta les plateaux du petit déjeuner à la famille réunie dans le jardin d’hiver du manoir spatial. Au-delà de la coupole translucide on assistait à un splendide lever de soleil sur l’Europe dans le noir de l’univers. Mais Charles était un androïde domestique et s’abstint donc d’écarquiller les yeux devant tant de beauté.

Il se contenta de saluer chaque membre de la famille et de poser les plateaux sur les tables. Il servit un café à Madame, à Monsieur, et un jus d’orange aux enfants, laissa là les croissants – d’authentiques croissants – et reprit le chemin de la cuisine, où il s’était mis un croissant de côté, dans lequel il mordit avec un appétit féroce. Il y avait eu peur que son ventre ne se mette à gargouiller en plein service, et s’en était tiré à bon compte. Charles prenait ses aises et avait de plus en plus de mal à se lever le matin, ce qui finirait un jour par lui jouer des tours bien plus graves qu’un petit déjeuner tardif.

Il passa la matinée à faire les lits et préparer le déjeuner tandis que les enfants suivaient des leçons sur leur tablholo, que Monsieur taillait les plantes de la serre et que Madame lisait de nouveaux livres reçus récemment. Alors qu’il travaillait en cuisine à tailler des légumes, il vit, par la baie, un vaisseau de livraison s’approcher de leur manoir spatial. Il alla aussitôt en informer Madame, puis Monsieur, qui lui demanda d’en informer aussi les enfants qui attendaient cette livraison avec impatience.

Tout ce petit monde se retrouva dans le sas d’entrée alors que le livreur y déposait une grosse boîte de plexicier.

Charles connaissait ce genre de boîte. Il était venu sur ce vaisseau à l’intérieur de l’une d’entre elles.

La famille accueillait un nouvel androïde.

Monsieur ouvrit la boîte. À l’intérieur gisait une jeune femme qui ouvrit aussitôt les yeux, qu’elle darda, émerveillée, sur les enfants.

Elle se leva avec des gestes mécaniques, maladresse de fabrication largement compensée par le réalisme de ses mouvements respiratoires.

Charles soupçonna que le nouvel androïde enseignant de la famille était d’un modèle similaire au sien.

#

Suzanne se leva d’un des transats du coin détente, réveillée par des agents d’entretien. Elle se faufila aux toilettes se débarbouiller un brin avant l’arrivée des employés de bureau, et croisa sa sœur Jeanne, déjà prête pour le café au département Compta.

« Je vais travailler à la bibliothèque, aujourd’hui, il y a un bouquin que je veux lire, dit Jeanne. Tu vas où aujourd’hui ?

— Peut-être au département Design. Ils sont en train de finir un projet en retard et se font livrer plein de pizzas.

— Ah, malin ! Je passerai y faire un tour vers midi. »

Suzanne n’avait aucune intention de traîner du côté du Design ce jour-là. Mais elle avait remarqué cette fâcheuse tendance, chez sa sœur, a vouloir manger avec elle tous les midis, depuis quelque jours. Or, Suzanne avait trouvé suffisamment de pièces par terre pour se payer un déjeuner au patio de la cafétéria. Seule.

Et ainsi fit-elle : elle passa la matinée à essayer des vêtements dans les quelques vestiaires qu’elle avait repérés dans l’Entreprise, et réussit à se trouver une petite veste blanche à rayures crème qui allait très bien avec son jean, avant de retourner aux toilettes se juger dans une glace. Elle se jugea OK et trottina jusqu’à la cafétéria.

Comme elle l’espérait, ce jour-là aussi il vint s’asseoir à côté d’elle, et cette fois il était seul.

« Alors, euh… tu bosses dans quel département ? lui demanda-t-il.

— Le même que le tien. »

Ils échangèrent un regard insistant.

« Alors… reformulons : tu traînes où aujourd’hui ?

— Marketing. Ils ont reçu des échantillons.

— Oh, cool ! J’y vais rarement, j’ai tort.

— Et toi ?

— Je prépare une soirée pizza bière pour ce soir. Tu veux venir ?

— Ce sera où ?

— C’est une surpriiiiise. »

Suzanne fit mine de soupeser l’offre avant d’acquiescer.

« Tu vis depuis combien de temps dans l’Entreprise ? demanda-t-elle.

— Quinze ans. »

Suzanne faillit en recracher sa nourriture.

« Je sais, ça fait beaucoup. En fait, ma famille s’est installée ici lors du krach boursier de 2064. Ici c’étaient plein d’entreprises différentes, au lieu d’une seule, c’était la cohue, mon père avait plus un rond et ils installaient déjà les meubles de la banque qui s’est installée ici après. Et plein de distributeurs de bouffe, et le salon de repos à l’étage. Comme on avait du revendre la maison en urgence, papa a eu l’idée de s’installer ici.

— Comment ça se fait qu’on ne s’est jamais croisés ? J’habite ici depuis cinq ans !

— On ne dort plus là-bas, on s’est aménagés un appartement dans un local technique du Bureau des études. Et toi, comment tu as fini ici ?

— Même histoire. Mon père travaillait pour la banque, qui a coulé. Quand ils ont commencé à emménager les locaux pour la Realities Corp, il s’est dit que ce serait bien de rester. Il devait sortir ses affaires du bâtiment, et au lieu de ça il nous a appelées pour qu’on le rejoigne. On avait tellement la trouille de finir à la rue qu’on a sauté de joie. Et puis c’était rigolo, de vivre ici en cachette. On y prend goût. J’ignorais qu’il y avait d’autres gens comme nous. Tu crois qu’il y en a beaucoup d’autres ?

— Je t’en présenterai ce soir. »

#

Il y avait tout de même quelques détails qui chiffonnaient Charles. L’androïde avait été achetée pour enseigner les langues aux enfants, principalement. Et l’androïde excellait dans ce domaine. Pour le reste, Charles trouvait qu’elle jouait assez mal le robot.

Tout d’abord, sa voix était mécanique, et la jeune femme y plaçait subtilement des intonations robotiques, selon des règles qu’elle semblait respecter à la lettre. Mais elle en faisait trop. Charles avait habitué la famille à une meilleure élocution, au cours des cinq années passées. L’enseignante était censée être un modèle plus récent. Or, si elle se faisait démasquer par la famille, Charles aurait à son tour du souci à se faire, car ils deviendraient suspicieux.

Charles eut la confirmation de ses doutes un jour où, revenant du parc situé à l’arrière du vaisseau, l’androïde et les enfants entrèrent pas le sas côté salon, où ils furent accueillis par l’Omn-IA domestique, qui salua chacun des enfants par son prénom et l’androïde par un « madame ».

Ce n’avait l’air de rien, comme ça, mais cela faisait une différence. Cette fonctionnalité de l’Omn-IA lui avait plus d’une fois donné des sueurs froides, mais il avait réalisé que jamais les maîtres de maison n’avait tiqué quand l’intelligence artificielle lui donnait parfois du « monsieur », quant elle ne prenait jamais cette peine pour le robot ménager, pourtant d’une apparence humaine tout à fait bluffante. La famille ne tiquerait pas plus cette fois, mais Charles, lui, n’était pas plus dupe que l’Omn-IA : l’androïde enseignante était faite de chair et d’os. Il lui jeta un long regard appuyé, qu’elle lui rendit après un bref sursaut. Il savait. Désormais, elle savait aussi.

#

Ils se retrouvèrent près de la machine à café du Marketing. Elle réalisa qu’elle ne savait même pas comment il s’appelait.

Elle le lui demanda.

« Rodrigue.

— Suzanne. Alors, on va où ?

— Suis-moi. »

Il la traîna par les couloirs des Prototypes, puis entra dans l’aile K, du pôle créativité, où il la conduisit à l’ascenseur. Suzanne commençait à se sentir mal, car s’il y avait un bâtiment qu’elle évitait, d’habitude, c’était bien l’aile K et surtout son 6ème étage, car c’était là que se trouvait la branche édition, la seule portion de l’Entreprise qui fût inaccessible aux maraudeurs.

Et Rodrigue appuya sur le bouton du 6ème étage.

« Qu’est-ce que tu fais ? On ne peut pas aller là !

— Pourquoi ?

— C’est le service édition ! Ils savent qui ont est ! Ils nous ont grillés l’année dernière.

— Normal, ils ont l’habitude, ça fait sept ans qu’on fait la fête chez eux. Viens. »

Suzanne le suivit quand les portes de l’ascenseur s’ouvrirent, et participa à la meilleure soirée pizza/bière qu’elle eût connu dans l’Entreprise.

#

Une fois que tout le monde fut couché, Charles fit signe à l’androïde de le suivre. Il la mena jusqu’au jardin où ils s’assirent sur le banc sous le pommier.

« Qui êtes-vous, et qu’est-ce que vous faites là ?

— Amusant, j’allais vous poser la même question.

— Très bien. Je m’appelle Charles, je travaille ici depuis cinq ans, et j’étais bien pépère jusqu’à ce que vous arriviez. Là, je suis un peu plus inquiet.

— Pourquoi cela ? Vous croyez que je joue mal le robot ? Vous vous êtes vu avec votre accent bizarre ?

— Comment ça, mon accent bizarre ?

« J’aimerais biên consommer et digérêr du chocolat comme voûs, Jonathan. »

— Parce que votre « En tant que robot, j’ai du mal à comprendre cette métaphore », alors que vous leur enseignez les langues, c’était futé ? »

La jeune femme haussa les épaules.

« J’avoue, c’était médiocre. »

Un silence tomba entre eux, vite perturbé par le bruit de petits petons qui avançaient dans l’allée de gravier. L’enseignante se leva prestement et s’avança aux devants de l’enfant, qui s’avéra être Violette, la petite dernière.

« En tant qu’humain, ne devriez-vous pas être dans votre – lit ? lui demanda l’androïde dont Charles ne connaissait toujours pas le nom.

— Si, mais j’ai entendu du bruit, alors je suis venue voir s’il n’y avait pas d’extraterrestres dans le parc.

— Négatif – pas d’extraterrestres dans le parc. Je crains que – les bruits n’aient été provoqués par – nous autres androïdes. Veuillez nous en excuser – et retournez vous coucher, petit enfant, car les êtres humains doivent dormir.

— Est-ce que vous êtes amoureux tous les deux ?

— En tant que robots, nous ne possédons pas ce genre de – sentiments. Bonne nuit petit enfant.

— Bonne nuit Célestine. »

L’enfant s’en repartit en direction du sas à la lueur de la lune, si proche en cette saison, et l’androïde Célestine lui décocha un regard triomphal.

« Voyez ? Je sais les gérer.

— Vous faites ça pour quoi ? Jouer les androïdes, je veux dire.

— Je suis fan des romans de « monsieur ». Et toi ?

— Je m’ennuyais, sur Terre. Je m’ennuyais vraiment terriblement. »

#

La soirée pizza s’éternisait et Suzanne pensait se rendre au salon de repos quand Manon, une des employées du département édition, lâcha l’info qui lui fit l’effet d’une bombe.

« Dites, vous autres, les maraudeurs, vous êtes au courant que l’Entreprise va faire installer un système Omn-IA dans les locaux ?

— Non, dit Suzanne. Ça changera quoi ?

— Il y aura un fichage du personnel. De la reconnaissance faciale, je crois. Mais vous, qui ne faites pas partie du personnel, qu’est-ce que vous allez faire ? »

Suzanne s’avachit dans son fauteuil. Voilà qui gâchait bien sa soirée. Si une Omn-IA les repérait comme étant des intrus, ils seraient chassés de toutes les ailes de l’Entreprise. Alors ils devraient aller vivre dehors, dans des bidonvilles ou dans les quartiers les plus mal famés de la ville, sans espoir de trouver un emploi puisque l’Entreprise était la seule à en fournir, et qu’elle était au plein de sa capacité. Elle échangea un regard avec Rodrigue, qui semblait tout aussi dépité qu’elle.

« On va devoir… partir ? »

Rodrigue acquiesça.

« J’en ai bien peur. »

Flo, la chef de département, les observa attentivement.

« À force de traîner partout, vous avez appris des choses ? »

Suzanne rit.

« Je prends mon petit déjeuner tous les matins à la Compta, il m’arrive de rester donner un coup de main. Mon département préféré, c’est le Design, je maîtrise pas mal de logiciels. Et je sais paramétrer l’imprimante atomique pour qu’elle fasse des latte époustouflants.

— De mon côté, je fréquente surtout le département Informatique, poursuivit Rodrigue. Ils ont beaucoup de jeux là-bas. Du coup, je bidouille pas mal les tablholo. Et je suis un bon rédacteur, j’écris parfois des textes pour la Com’. »

Les employés du département Édition se regardèrent du coin de l’œil.

« Et vous avez vos entrées partout ? Dans tous les services ?

— À peu près.

— Oui, je crois.

— Ça vous arrive de participer à des réunions, voter des projets… ?

— Je l’ai fait, une fois, dit Suzanne en riant. Ils avaient des bagels sur la table, j’ai craqué…

— Je participe souvent aux réunions d’acquisition de la bibliothèque…

— Vous êtes embauchés. Vous serez nos yeux et nos oreilles dans l’Entreprise, et on vous apprendra le job du département au fur et à mesure. Des budgets doivent être votés le mois prochain, j’aurais besoin que quelqu’un infiltre le département Finances…

— Je le peux, dit Suzanne. Je lis des revues sur le sujet. »

#

Pour son anniversaire, la petite Violette insista pour que les androïdes Charles et Célestine dînent avec eux. Ils en étaient au dessert, un superbe gâteau aux fraises – des vraies fraises – quand Célestine commença à avoir le hoquet. C’est qu’en guise de repas, on leur avait servi un festin, et personne n’avait tiqué de les voir manger. Habitués aux restes, ils s’étaient gavés.

« Je crains que ma collègue androïde n’ait un léger dysfonctionnement mécanique, dit Charles.

— On appelle ça du hoquet, remarqua Monsieur.

— Causé chez ma collègue par un cliquetis au niveau du diaphragme. Sans doute un clapet mal fermé.

— Il arrive en effet que chez nous autres – robots, des clapets se ferment mal. N’est-ce pas, Charles ? »

Alors que la famille le dévisageait en attendant sa réponse, lui regardait Célestine qui lui chuchotait du bout des lèvres Fermez donc le vôtre.

« En effet, si le clapet manque de bon sens – je veux dire, est dans le mauvais sens…

— Charles s’est trompé ! Charles s’est trompé ! claironna la petite Violette.

— Charles a des problèmes avec – son module de métaphores », lui expliqua Célestine avec douceur.

Charles voyait rouge mais conserva son masque impassible de robot.

« Après un scan rapide de mes programmes, il s’avère que non.

— J’estime à 95% la possibilité que – le programme de scan soit lui aussi défectueux.

— Vous avez fait un test d’efficacité récemment sur votre programme d’élocution ? » renchérit Charles.

Jonathan pouffa dans sa serviette, tandis que Madame et Monsieur restaient impassibles.

« Ce que nous autres humains appellerions de l’introspection, dit Monsieur.

— Et chez nous autres robots, un processus de feedback.

— Vous m’en direz tant. Votre feedback sur le gâteau ?

— Excellent, Monsieur. »

Violette alla se cacher sous la table, mais on l’entendait rire.

« Tout n’est donc pas défectueux chez vous, j’en suis rassuré. Vous êtes un bon robot, Charles.

— Vous me flattez, Monsieur, dit Charles qui blanchissait, au bord de la syncope.

— Mais un bien piètre acteur, et à vrai dire, ce soir, pour son anniversaire, Violette voulait mettre fin à la comédie. »

Violette éclata de rire sous la table.

« Cela fait cinq ans que vous travaillez chez nous comme robot, et la petite ne vous a jamais connu autrement. Elle a appris l’année dernière que vous étiez un être humain, en même temps que le fait que Suzanne et moi-même étions le père-noël, à cause d’une petite indiscrétion de Jonathan. Et donc, elle veut que cela cesse. Vous connaître en vrai, si vous voulez. »

Charles agrippa le bord de la table et jeta un regard interrogateur à Célestine, qui jouait toujours le robot, et regardait Monsieur en hochant la tête avec rythme.

« Nous avions envie de voir combien de temps ça vous prendrait de vous rendre compte qu’on savait, mais ça n’en finissait plus. Vous êtes tellement naïf, Charles, c’en est presque touchant. Vous savez comment on s’est rencontrés, Suzanne et moi ? Dans les locaux de l’Entreprise, où on maraudait pour survivre. Puis, un jour, nous avons été embauchés. Au service édition. Nous avons publié de la science-fiction et ça s’est vendu comme des petits pains. Pourtant je vous assure qu’à une époque on aurait dit que la vraie science-fiction c’était l’idée qu’elle se vende. Et voilà. Petite station privée en orbite, robots domestiques et tout le tralala. On voulait vous tendre un petit piège avec Célestine, qu’on avait mis dans la combine, mais cessons ce petit jeu cruel. Il serait temps que vous ayez un contrat, vous aussi. Et qu’on vous paie vos arriérés de salaire. »

Ça aussi, c’était de la science-fiction. Mais Rodrigue le fit.

Et comme Charles ne s’amusait plus, il démissionna et repartit sur Terre.

FIN

 

Kindle

10 thoughts on “Mélanger le travail et les loisirs, par Tesha Garisaki

  1. Extra, un texte vraiment sympa ! Bravo ! (ils sont attendrissants, tous)

  2. C’est quoi un tablholo ? 😀
    Plus sérieusement l’histoire est bien sympathique, on s’attache bien aux personnages, mais le lien entre les deux histoires un peu faible.
    Le texte se lit plutôt bien, c’est fluide et bien rythmé, même si certaines phrases sont un peu longues !

  3. Joli texte effectivement.
    L’idée est super original. Au début, j’avais du mal à voir le rapport entre les deux époques mais la fin m’a bien surprise. La dernière ligne est épique.
    L’univers, s’il est peu détaillé, est assez intéressant.
    Ton style est agréable. J’aime beaucoup le début, où tu énumères ce qu’elle fait en s’attardant sur des petits détails.
    Bravo pour ta nouvelle 🙂

  4. Merci les gens ! Alice, tablholo = tablette holographique du futur 😀

  5. Oh oh, c’était vraiment très très chouette, même si je savais que je pouvais m’attendre à de la qualité^^
    C’était un petit peu dur de rentrer dedans au début, parce qu’on sait pas trop dans quoi on navigue, mais dès qu’on lâche un peu prise pour se laisser porter on obtient vite les réponses qu’on attend. J’aime beaucoup le lien que tu as instauré entre les deux époques et la façon dont tu tisses ton univers par petites touches de détail juste là où il faut. Bref, si j’ai trouvé la chute très drôle, j’ai vraiment aimé toute la nouvelle! ça donne envie d’en lire d’autres.

  6. J’ai beaucoup aimé ! lu d’une traite avec un big smile. Les deux univers sont parfaitement décrits, en peu de mots. On visualise très bien leurs vies. J’ai adoré la station orbitale personnelle. Je veux la même !!!

    Par contre, moi, j’ai moyennement aimé la chute. Mais je dois être une extra-terrestre, car selon toutes apparences, les autres ont bien aimé 😉

  7. Une alternative à Pole emploi dans un futur pas si lointain.
    Quand on pense à l’homme qui a vécu quelques années dans le ventre d’un aéroport, tout prend une autre dimension.
    Une forme de « travail à l’essai » un peu comme certains mariages.
    Une chouette idée pour un texte sympa autant qu’original. 😀

Laisser un commentaire