La Croix de Drakenhead, par Alex Evans

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[24 h de la nouvelle 2016 : L’histoire doit se passer à au moins deux époques différentes (pas forcément très distantes), qui ne peuvent pas communiquer directement entre elles (pas de portails temporels, de machines à remonter le temps, de télépathie…), mais se répondent et se complètent.]

Adèle descendit du bus à la station solitaire et rajusta son sac à dos. Comme d’habitude, il pleuvait à verses en cette journée d’octobre dans ce coin paumé du Pays de Galles. Elle consulta sa carte. Le manoir du grand-père qu’elle n’avait jamais connu se trouvait au-delà des champs, mais elle ne voyait aucun chemin à travers la ligne compacte des haies qui les bordaient. Elle se maudit pour son imprévoyance. Elle aurait du demander à un passager du bus. Alors qu’elle parcourait des yeux le sommet des aubépines à la recherche d’une quelconque ouverture, elle vit passer un homme de l’autre coté de la petite route. Il était vêtu d’un vieux pantalon de velours côtelé et d’un blouson en toile, l’un et l’autre dégoulinant littéralement d’eau. L’individu ne semblait pas avoir jugé utile de prendre un parapluie ou un imperméable. Il marchait droit, et ne semblait pas le moins du monde incommodé par sa situation.

— Monsieur ! l’interpella la jeune fille dans son mauvais anglais.

Il ralentit et tourna la tête dans sa direction.

— Je cherche le manoir de Drakenhead.

Il ne répondit pas, mais traversa la route et s’approcha. Il dégageait une forte odeur de vase. Sans doute, avait-il été en train de curer un étang ou un canal, pensa la jeune fille. Il la fit pivoter et pointa du doigt un étroit passage, presqu’invisible entre deux champs.

— Ah, je ne l’avais pas vu. Merci !

L’homme hocha la tête et s’en fut, toujours sans dire un mot. Adèle se glissa dans l’espace en essayant de ne pas accrocher son sac à dos et se retrouva sur un petit chemin, qui descendait en pente douce. Bientôt, elle découvrit au loin le grand lac, estompé par la pluie. Elle s’arrêta pour s’orienter. Sur l’’une des berges s’élevait une colline aux pentes abruptes. Au sommet, se dressait une sorte de tour et à ses pieds des bâtiments épars. De l’autre coté du lac, s’élevait un coquet petit cottage blanc au toît de chaume. Quel excentrique pouvait bien avoir un toit pareil dans ce coin perdu, pensa la jeune fille. C’était bon pour les maisons des banquiers de la banlieue de Londres ! Définitivement au-dessus de ses moyens. Elle soupira et reprit sa descente en boitant légèrement, ses bottes en caoutchouc glissant parfois dans la boue. Arrivée sur les rives du lac battu par les vents, elle découvrit un petit sentier et quelques traces de pneus. Elle marcha jusqu’aux bâtiments pour découvrir une série de ruines. Le plus récent était une maison de maitre avait perdu une partie de son toit et un pan de mur s’était écroulé. Derrière, s’alignaient des communs informes et encore plus loin, sur la colline, en surplomb du lac, se dressait un donjon moyenâgeux qui avait du perdre la moitié de sa hauteur. Des murs ras émergeaient du sol ça et là. Un 4X4 était garé au pied de la tour.

Des ruines. L’histoire de sa vie, pensa la jeune fille. Si elle parvenait à vendre pour une livre symbolique ce tas de pierre avec son impossible terrain dont elle avait hérité, elle aurait de la chance. Jusqu’ici, elle n’en avait pas eu beaucoup. Cancresse au lycée, ignorée par sa mère, une chômeuse qui entamait son second divorce, elle songeait au suicide lorsque la voiture familiale avait eu une terrible rencontre avec un camion, sur la route du supermarché. Elle avait été la seule survivante. Seize interventions et deux ans de rééducation plus tard, elle se retrouvait à dix-huit ans, seule au monde. Alors qu’elle allait sortir de la maison de repos, elle reçut la lettre d’un notaire inconnu : son grand-père qu’elle n’avait jamais connu venait de mourir et elle se retrouvait la seule héritière de ses maigres biens, une sorte de manoir au fin-fond du Pays de Galles. Adèle ne connaissait pas grand-chose de cet homme. Sa mère avait été en très mauvais termes avec lui et avait quitté la maison familiale dès sa majorité, sans jamais regarder en arrière. Elle n’avait jamais évoqué de souvenirs d’enfance devant elle. Aussi, la jeune fille ne savait pas vraiment à quoi s’attendre en débarquant au domaine, pompeusement baptisé Drakenhead à une cinquantaine de kilomètres de Swansea.

Il n’y avait rien à voir, se dit-elle. Elle allait rentrer au dortoir qu’elle s’était trouvé dans la ville. Mais avant, elle allait quand même voir ce que ce 4X4 faisait là. Elle s’approcha et contourna le véhicule. Ses articulations lui faisaient mal. Le retour à l’arrêt de bus allait être douloureux. Au passage, elle entrevit un bâtiment pas trop abîmé. Au pied de la tour s’étendait une sorte de série de tranchées parallèles, recouvertes d’un auvent de toile cirée tendu entre des piquets. Dans les tranchées, on voyait quelques outils et encore des pierres. Ce n’était pas ce qui manquait dans la région. Adèle s’approcha, perplexe, se demandant ce que pouvait bien être cet arrangement. Et où était passé le propriétaire de la voiture ?

— Bonjour !

Elle sursauta et se retourna d’un bond pour se retrouver face à un jeune homme souriant, un peu plus âgé qu’elle, roux et barbu, comme le voulait la mode, vêtu d’un jean et d’un anorak épais.

— Bonjour… fit Adèle, perplexe.

— Vous vous êtes perdue ?

— Non… Non, je heu… je regardais…

— Faites gaffe, il y a des trous partout, ici. Vous êtes une touriste ? fit-il en pointant du doigt son sac à dos.

Bon, il n’avait pas vraiment l’air d’un vagabond venu squatter l’endroit.

— Non… En fait, j’ai heu… hérité du domaine de mon grand père il n’y a pas longtemps et je venais voir à quoi il ressemblait.

— Ah, vous êtes Adèle Desrivières ?

Il lui tendit la main.

— Morgan Griffith. Je suis en maîtrise d’archéologie à l’Université de Swansea, dit-il comme si ça expliquait tout.

Devant le regard interrogateur d’Adèle, il ajouta :

— Mon prof m’a envoyé récupérer le reste du matériel en attendant qu’on reprenne les fouilles.

La jeune fille fronça les sourcils :

— Quelles fouilles ?

Il pointa les tranchées du doigt :

— Vous voyez, sous les ruines de ce donjon, on a trouvé les vestiges d’une chapelle du cinquième siècle. Et là-bas, ce tas de grosses pierres, c’est un dolmen néolithique écroulé, mais derrière, il semble qu’il y a un passage. Nous pensons qu’il y a peut-être une tombe au fond.

— Je ne savais pas.

— Mike Alban, votre grand-père avait donné la permission de faire des fouilles ici l’année dernière. Comme vous avez hérité du domaine, mon chef, le professeur Ashton vous a écrit il y a quelques jours pour vous demander si nous pouvions continuer.

— La lettre a du arriver alors que j’étais déjà partie.

— Sans doute. Mais puisque vous êtes là, le professeur pourra peut-être vous en parler directement. Excusez-moi, il faut encore que je récupère une ou deux choses.

Il plongea sous l’auvent pour en ramener quelques maillets et pinceaux. PEdnat qu’il faisait la navette avec la 4X4, Adèle regarda autour d’elle plus attentivement. Le dernier batiment sur sa droite semblait moins délabré que les autres Elle s’en approcha : par la fenêtre crasseuse, elle aperçut une cuisinère et une étagère encombrée de vaisselle. La porte n’était pas fermée. Elle entra dans une petite cuisine empoussiérée, encombrée de bric à brac, puis une petite chambre avec un lit antédiluvien en fer forgé et des livres entassés du sol au plafond. Elle y jeta un coup d’œil : ils étaient écrits en anglais, quand ce n’était pas en gallois et semblaient tous traiter d’histoire locale. Peut-être pouvait-elle en tirer quelque chose, pensa la jeune fille. Au moins, ici, elle avait un toît sur sa tête, alors qu’en France, elle n’avait nulle part. Peut-être pouvait-elle-même vivre de son RSA, si elle n’avait pas de loyer à payer… Et transformer l’endroit en bed and breakfast ? Elle n’avait pas la moindre idée comment on faisait. Mais peut-être pouvait-elle au moins se poser et penser à ces choses ? Certes, la première ferme était à plus de 500m, mais elle était habituée à la solitude. La voix de Morgan interrompit ses pensées :

— Vous voulez que je vous ramène quelque part ?

#

Ygerne finit d’allumer le feu dans la grande salle. La lumière dansante éclaira l’alignement des pierres levées, à moitié enterrées dans le sol forêt de symboles peints sur les parois, l’autel où autrefois on pratiquait les sacrifices. Tout était prêt pour la Samain. Dans quelques heures dragons, licornes, fae, ondines, vouivres allaient la franchir dans les deux sens.  et se redressa, un peu raide. L’âge commençait à se faire sentir sur ses articulations. Elle se demanda à nouveau qui ouvrirait la Porte une fois qu’elle serait partie. Tous les jeunes gens autour d’elle vénéraient le Dieu des Chrétiens venu de Rome, tout nouveau et tout beau. La jeunesse a toujours aimé la nouveauté. et ce dieu semblait opposé à toute magie et même toute connaissance. Le temps des loups était fini, voici venir celui des moutons. Ses prêtres avaient commencé à faire vigoureusement respecter cette règle. Et Uther son mari les avait suivi. Il aimait bien avoir l’air d’un chef sévère et craint. Mais quelle femme n’avait pas de problème avec son époux ? La seule à être encore intéressée par le savoir d’antan était son ainée, Morgane, mais elle ne voulais pas lui attirer d’ennuis. Cette fille rebelle aurait son lot d’ennuis sans la lourde responsabilité des gardiens séculaires de la Porte. Quant à son cadet, Arthur, l’adolescent était continuellement confit en bondieuseries. Peut-être allait-il finir par se faire moine. A se demander comment elle avait pu mettre au monde un enfant pareil. Sans doute, devrait-elle fermer ce passage à jamais et en informer tous les Visiteurs. Dommage. Elle aimait leurs discussions, les objets magiques qu’ils amenaient de leurs mystérieux univers.

Elle entonna les invocations séculaires, tout en marchant le long de l’alignement de pierre. La Clé, à sa poitrine se réchauffa et se mit à pulser, comme un cœur. Le passage sembla s’incurver, s’élargir comme la bouche de la matrice d’une femme lors de l’enfantement, prêt à laisser passer la foule de Visiteurs. La grande pierre lisse ornée de symboles immémoriaux sembla s’éclairer de l’intérieur. A travers les réverbérations de sa voix sur les pierres couchées qui formaient le toit du passage, résonnèrent des bruits de pas et des cliquetis de métal. Uther, Merlin, son conseiller de toujours, le père Anselme, le chapelain et une dizaine d’hommes d’armes émergèrent de l’ombre.

Le groupe s’arrêta à quelques pas d’elle. Curieusement, les guerriers fixaient le sol. Elle en avait mis au monde quelques-uns. Ygerne pressentit le pire, mais n’en montra rien comme d’habitude.

— Le bonjour, mon époux. Je suis heureuse de vous voir venir vous joindre à moi pour célèbrer la Samain.

— Je vous ai adjurée plusieurs fois de ne plus sacrifier à ce rituel impie !

— Je vous ai déjà expliqué que les dieux, quels qu’ils fussent n’avaient rien à voir dans l’affaire.

— Dieu a à voir partout ! Vous blasphémez ! s’écria le chapelain.

— Et vous, vous êtes bien irrespectueux avec votre reine.

— Vous n’êtes plus ma reine, répliqua Uther d’un ton sec. Demain, vous serez brûlée pour sorcellerie dans la cour du château. Car tout le monde ici est témoin que vous l’avez pratiquée.

L’espace de quelques instants, Ygerne fut incapable de parler.

— Vous vouler tuer la mère de votre propre héritier ? et d’une manière aussi infâmante ?

Uther eut la bienséance de baisser le regard. Les yeux d’Ygerne tombèrent sur Merlin qui semblait boire du petit-lait.

— C’est lui, cet apprenti-sorcier qui n’ose même pas pratiquer l’Art en plein jour qui est derrière tout ça, hein ? T’aurait-il déniché une nouvelle épouse, plus jeune et plus riche ?

— Peu importe, coupa Uther, pressé d’en finir. Quittons ce lieu impie. Allez-vous marcher de vous-même, où dois-je ordonner à mes hommes de vous traîner ?

Un instant, Ygerne crut qu’elle allait s’étouffer et mourir de rage bien avant de monter sur un quelconque bûcher, mais elle finit par articuler :

— Soit maudit, Uther. Puisse-tu mourir par le feu, comme je le serai demain. Et toi, Merlin, puisse-tu ne jamais trouver ce que tu cherches et…

Merlin bondit en avant et la bâillonna des deux mains. Les soldats échangèrent des regards gênés. Ygerne, retrouvant les reflexes de sa jeunesse ouvrit la bouche et le mordit. Merlin bondit en arrière.

— Aurais-tu peur d’une vieille femme, Merlin ? cracha Ygerne.

— Tout le monde sait que les malédictions des sorcières sont terribles !

— Ton dieu ne te protège-t-il pas des malédictions ? D’ailleurs existent-elles chez les chrétiens ?

— Ne l’écoutez pas, intervint le chapelain. Elle va insinuer le doute dans votre esprit. Allons.

#

— Oui, je l’ai trouvée alors que je finissais de récupérer le matos. Vous venez tout de suite ? C’est le Black Lion.

Morgan remit le téléphone dans sa poche et prit une gorgée de sa bière.

Le pub était décoré de citrouilles aux grandes dents, de fausses toiles d’araignées, de masques grimaçants et de balais, en prévision d’Halloween. Dans un coin, un grand écran de télévision passait un match de football. Le patron posa devant Adèle son demi.

— Alors c’est vous, la petite-fille du vieux Mike ?

Adèle opina, peu habituée aux villages où chacun savait tout sur tout le monde.

— Qu’est-ce que vous allez faire de son tas de cailloux ?

— Je ne sais pas encore.

— Ici, c’est une espèce de célèbrité, vous savez !

— Mon grand-père ou son tas de cailloux ?

— Les deux. La légende veut que Tintagel, le château d’Uther Pendragon se soit dressé sur la colline.

— Allons, protesta Morgan, il y a une bonne douzaine d’endroits dans le pays qui se vantent de la même chose !

— Oui, mais, moi, je préfère nôtre version, ça ramène quelque touristes ! répondit allégrement le patron. En plus, d’après cette légende, il y a un monstre qui hante le lac… Et un trésor.

— Quel genre ? fit Aude soudain intéressée.

L’alcool, sur un estomac vide commençait à lui monter à la tête. Elle aurait bien commandé un repas, mais les prix de l’endroit étaient exorbitants pour son faible budjet.

— Ça dépend des versions. Il y en a qui disent que c’est une malle pleine de pièces, d’autres une croix en or, d’autres un collier de pierreries… Et toujours suivant les versions, il aurait appartenu à Uther Pendragon, la Fée Morgane ou Merlin l’Enchanteur.

— C’est ça ! ironisa Morgan.

Les autres clients du pub commençaient à se rapprocher insensiblement. Deux étrangers et de vielles légendes, ça mettait un peu d’animation dans leur soirée.

— En tout cas, le vieux Mike y croyait dur comme fer, ajouta un autre client. Et d’autres aussi, car tous les ans, il découvrait un ou deux chercheurs de trésor amateurs venus fouiller son terrain sans permission, avec leurs détecteurs de métaux.

— Il y en a qui ont reçu une bonne raclée ! s’esclaffa le patron. Mike, c’était un sacré excentrique. Il a passé une bonne partie de sa vie à le chercher lui-même.

— Il aurait mieux fait de chercher du travail, fit une voix sèche derrière Adèle.

La jeune fille se retourna pour plonger le regard dans deux puits d’émeraude. Elle n’avait jamais vu des yeux pareils, sans fond, hypnotiques… En les regardant, on croyait voir les profondeurs du Temps lui-même. Ils appartenaient à une femme d’une cinquantaine d’année, vêtue d’un pantalon en tweed et d’un cardigan verts. Elle lui tendit la main :

— Je suis Lucy Smith. Ma ferme est la plus proche de la maison de Mike, de l’autre côté du lac. Alors, il m’arrivait souvent de le récupérer lorsqu’il était trop bourré pour marcher jusqu’à chez lui… Vous comptez rester longtemps ?

Adèle émergea de sa transe. Décidément, l’alcool ne lui faisait aucun bien.

— Je ne sais pas.

— Je vous comprends ! En tout cas, si vous avez besoin d’aide, n’hésitez pas à venir frapper chez moi.

— Merci.

Morgan lui toucha légèrement l’épaule.

— Adèle, voici le Professeur Ashton.

La jeune fille se retourna. L’homme était l’image même du professeur d’université : veste en tweed, nœud papillon, lunettes cerclées d’or, sur un visage de quadragénaire souriant.

— Enchanté, Adèle et toutes mes condoléances pour votre grand-père.

— Merci. Je dois dire que je ne l’ai jamais rencontré.

— Heu… Oui, c’était un monsieur assez excentrique, je dois dire. Accepteriez-vous de renouveler le contrat qu’il avait avec la Faculté pour la poursuite des fouilles ? Il y en pour encore au moins six mois, selon ce qu’on trouve. Et la saison n’est pas la plus propice pour les recherches ! La Faculté lui payait quatre cent livres par mois pour couvrir les inconvénients /inconvenience de l présence permanente de l’équipe de fouilles.

Quatre cent livres par mois ?? Mais c’était royal ! Et quelque part, elle n’aurait pas été mécontente de revoir Morgan tous les jours.

— Je renouvelle le contrat sans problème.

Ashton sourit.

— Excellent. Je passerai vous voir demain avec les papiers.

Adèle leva un sourcil :

— Ce n’est pas férie ?

— Si, mais ça n’a pas d’importance. La Recherche n’a pas d’horaires. Où pourrais-je vous trouver ?

— Je crois que j’irais m’installer dans la maison de mon grand-père.

— Alors, je passerai en fin d’après-midi. Allons prendre quelque chose pour fêter ça. C’est ma tournée !

— Que va-t-il se passer à la fin des fouilles ? demanda la jeune fille.

Il passa la main dans son abondante chevelure blonde.

— Je ne sais pas encore. Ça dépendra de ce qu’on trouve, je suppose.

— Vous n’allez pas transformer l’endroit en musée ?

— Mmm… on en est loin ! Personnellement, ça ne me plairait pas. Il y a encore beaucoup de choses qui dorment sous terre dans ce bout de terrain et il faudrait réellement des années pour les excaver.

— Vous avez eu un coup de bol incroyable avec la chapelle, glissa Morgan.

— Ah, oui, trouver une chapelle du Vème siècle au Pays de Galles, c’est exceptionnel.

— Il y a aussi la tombe-passage, ajouta le jeune homme.

— On n’est pas certain que cela en soit une.

— Et le trésor ? demanda Adèle.

— Cette église est déjà un trésor en soi ! s’exclama le professeur. Non, je doute qu’on trouve en plus, un coffre plein d’or. Peut-être les restes d’un ciboire en étain…

#

Le froid de la cellule s’insinuait jusque dans ses os, et le collier de pierre qui portait la Clé traçait un motif glacé sur sa poitrine. La puanteur était terrible et il faisait tellement sombre qu’Ygerne ne pouvait même pas voir ses mains. mais la colère d’Ygerne n’avait pas diminuée d’un cheveu. Elle n’avait pas peur de la mort, la dernière druidesse savait qu’il ne s’agissait que d’un passage, et son temps était révolu, elle ne voulait pas vivre en fugitive ou en paria dans ce nouveau monde ou les prêtres de ce nouveau dieu venu de Rome régnaient en maitre. Mais être exécutée par son prorpe mari et cet intrigant de conseiller, était le comble de l’humiliation. La seule satisfaction qu’elle tirait de la situation était de savoir que sa malédiction serait parfaitement effective, car dans le système de compensation magique, elle le payait de sa vie. Et Merlin le savait aussi. Cependant, la chose qui la gènait le plus était qu’elle n’avait pu ouvrir la Porte. Elle avait failli à son devoir. Mais cela, elle le laissait aux dieux. Des raclements de pas sur la pierre résonnèrent derrière la grille et bientôt apparut une faible lumière. A sa grande surprise, Merlin en personne s’ap ?rocha de la grille.

— Alors, tu viens voir le spectacle d’une reine déchue !

L’homme s’accroupit sur le sol et la fixa, gêné.

— Je n’ai pas voulu ça, Ma Dame, je vous jure… Cependant, je crois pouvoir convaincre le Roi de vous gracier.

— Vraiment ? Et contre quoi ?

— Hum. Que vous leviez votre malédiction. Et puis… Je voudrais la Clé.

— Par Bélénos, que veux-tu en faire ?

— Et bien, je pense qu’il sera simple d’installer un péage auprès de la Porte, un peu comme pour un pont…

— C’est très malin, en effet.

— De plus, vous savez comme moi qu’en plus d’ouvrir la Porte, la Clé possède un pouvoir propre incommensurable. Si l’énergie qu’elle dégage était utilisée pour autre chose que créer une communication temporaire entre les univers, elle pourrait heu… détourner le cours des rivières, faire jaillir des montagnes…

… Ou raser des villes. Ygerne n’avait pas réalisé qu’il en savait autant. Où avait-il appris ? Mais ce n’était pas le problème.

— Laisse-moi réfléchir. Reviens dans une heure.

— C’est que… La messe va commencer dans une heure et je me dois d’y assister.

— Bien sûr ! Eh bien reviens après la messe, je serai toujours là.

Merlin se leva et partit sans un mot. Ygerne eut un sourire amer. Heureusement, personne ne savait à quoi la Clé ressemblait au juste. Une pierre douée d’une âme venue d’un autre monde, elle n’obéissait qu’à ceux de son sang. Elle ne pouvait être volée, ou arrachée à son propriétaire. Seulement donnée par son gardien légitime. Pour cela, personne n’avait pris la peine de voler l’objet jusqu’ici. Cela, Merlin ne l’ignorait pas. Mais il était malin. Peut-être était-il capable de trouver un moyen magique de se l’approprier. Ou allait-il convaincre Arthur ou Morgane de le lui donner volontairement après la mort de leur mère. Non, il fallait la mettre à l’abri de cet intrigant une fois pour toutes et la messe venait de lui donner une idée.

— Mon père, je suis désolée de vous faire venir alors que vous préparez la messe de Tous les Saints, mais comme le temps m’est compté…

Le prêtre se tenait aussi loin de la grille que lui permettait l’étroitesse du couloir, serrant nerveusement sa croix dans sa main. Sans aucun doute, s’était-il aussi aspergé d’eau bénite.

— Que voulez-vous ?

Ygerne baissa les yeux et prit l’air le plus contrit qu’elle put.

— Eh bien j’ai réfléchi ces dernières heures et j’ai réalisée à quel point j’avais eu tort. Je me repens de mes blasphèmes.

— Cela ne vous sauvera pas du bûcher, vous savez.

— Je la sais bien. Mais je souhaite sauver mon âme. Avant de monter sur le bûcher, je souhaite faire don de toutes mes terres à l’Église.

Voilà au moins quelque chose qu’Uther ne pourra s’approprier. Le visage du prêtre se détendit.

— Par ailleurs, continua Ygerne, la croix de la chapelle du château n’est pas digne d’un tel lieu. Par conséquent, je fais également don de mes bijoux afin d’en faire une croix en or pour l’autel, à la gloire de Notre Seigneur.

Sur ces paroles, elle ôta le collier avec la Clé en son centre et le tendit au prêtre à travers les barreaux de la grille.

Voyons si Merlin pourra jamais l’extirper des doigts d’airain de l’Église.

#

Adèle descendit du bus, un sac à provision dans chaque main. On était entre deux averses et quelques rayons de soleil filtraient entre les nuages festonnées. Elle s’engagea sur le chemin boueux d’excellente humeur. Grâce à l’argent qu’elle allait recevoir pour les fouilles, ses problèmes financiers étaient règles pour les prochains mois. Allons, les choses n’allaient pas si mal. Elle pourrait peut-être même s’acheter des vêtements neufs et un peu de maquillage quand Morgan reviendrait. Arrivée à la demeure de son grand-père, elle dut déchanter un peu. Le vieil homme faisait sa cuisine au gaz et la bombonne était presque vide. Il se chauffait avec un poêle à charbon et n’avait pas d’eau chaude, pas plus que de réfrigérateur, ni bien sûr de télévision. Adèle soupira et entreprit d’épousseter et ranger.

Le soleil commençait à décliner, une nouvelle averse, ponctuée de rafales de vent, s’était abattue sur le paysage depuis le début de l’après-midi. La jeune fille était parvenue à allumer le poêle et interrompit son ménage pour se faire un café, tout en regardant distraitement par la fenêtre. Il faudrait qu’elle demande aux archéologues si les bouquins du grand-père avaient une quelconque valeur… Et voir si les autres bâtiments étaient encore bons à quelque chose. Curieusement, une fois réchauffé par le poêle, l’endroit semblait étonnamment cozy. Le professeur n’allait pas tarder à arriver. Adèle jeta un regard distrait par la fenêtre. L’auvent, au pied du vieux donjon avait été arraché par une rafale de vent. Les tranchées, en dessous, allaient-être inondées. Elle enfila son parka et sortit dehors. Les tranchées étaient déjà à moitié emplies d’eau. Un piquet semblait s’être envolé par-dessus la berge, dans le lac, dont les eaux sombres étaient agitées par une mini-tempête. Elle se battit avec les piquets restants et les attaches dix bonnes minutes, l’eau s’insinuant autour du col et des manches de son vêtement. Finalement, elle parvint à fixer tous les coins de la toile sauf un. Elle tenta de le fixer cinq minutes de plus, puis décida de laisser tomber. Le prof n’aurait qu’à régler le problème quand il serait là. Elle pivota pour revenir à la chaleur de sa nouvelle maison et sentit son talon glisser dans la boue. Avant qu’elle eut le temps de se rattrapper, elle bascula en arrière, pour se retrouver assise dans l’eau glacée, dans l’une des tranchées.

— Putain de merde !

Elle se remettait péniblement debout sur la boue glissante, inondant l’intérieur de ses bottes lorsqu’un éclat rougeâtre entre deux pierres, juste sous la surface de l’eau attira son regard. Quelqu’un avait du oublier une lampe et elle était encore allumée, pensa la jeune fille en tendant la main pour l’attrapper. Ses doigts entrèrent en contact avec un morceau de métal dont les contours dentelés n’avaient rien à voir avec ceux d’une lampe. Pleine de curiosité, cette fois, Adèle tira. L’objet crissa contre les pierres et s’extirpa de l’eau. La jeune fille jura à nouveau. Entre ses doigts, dégoulinant de boue, elle tenait une croix en or grande comme la paume de la main, incrustée de cabochons multicolores. La pierre centrale, d’un rouge profond semblait battre comme un cœur. Elle crut presque voir des formes se mouvoir dans ses profondeurs. Et le métal de la croix n’était pas froid, malgré son séjour dans l’eau glacée, mais irradiait une étrange chaleur dans ses doigts. Elle jura une troisième fois, ayant totalement oublié ses vêtements trempés et le froid qui s’insinuait sur sa peau. Alors ces histoires de trésor étaient vraies, après tout ! Cette croix devait valoir une fortune ! Il fallait qu’elle se renseigne, avant d’en parler à quiconque et attirer les convoitises. Mais peut-être y avait-il d’autres objets précieux dans cette chapelle ? L’endroit était plein d’eau, mais pour ce prix, ça valait la peine de creuser et…

Un bruit de moteur interrompit ses réflexions. Elle glissa prestement la croix dans sa poche et leva les yeux. La 4X4 se garait, comme la veille de l’autre coté du donjon. Il lui sembla que le paysage avait légèrement changé. Les ruines du dolmen semblaient s’être rapprochées et elles paraissaient aussi plus grandes que quelques heures auparavant. Mais c’était impossible, bien sûr. C’était juste la pénombre qui changeait sa perception, pensa Adèle. Pendant ce temps, le professeur sortait de la voiture. Il jeta un regard inquisiteur autour de lui, fronça les sourcils et se dirigea vers la jeune fille à grands pas.

— Bonjour, fit-il d’un ton dégagé.

— Bonjour.

— Auriez-vous trouvé quelque chose, ici ?

— Pas vraiment ! Le vent a arraché la toile et je suis stupidement venue la refixer. J’ai glissé et je suis tombée dans la boue.

Il vint se planter devant elle, plus près que ne le voulait la bienséance. Il semblait trembler d’excitation.

— Vous mentez ! Vous avez trouvé quelque chose ! La terre est en train de se modifier, comme autrefois pour la Samain. Donnez-là moi !

Il fit un pas en avant. Adèle recula prestement et s’arrêta, réalisant que la berge s’arrêtait à quelques centimètres derrière ses pieds. Peut-être l’expression de son visage l’avait-elle trahie, pensa-t-elle à toute vitesse. Peut-être l’avait-elle vu extirper quelque chose de l’eau, alors qu’il arrivait avec sa voiture. Mais il n’allait pas l’attaquer, tout de même ?

— Je ne comprends rien à ce que vous dites ! Qu’est-ce…

— Donne-là moi ! Ça fait des siècles que je la cherche !

Il fit un pas de plus. Adèle se rejeta instinctivement en arrière. Le talon de sa botte glissa et elle bascula dans le vide. Elle heurta l’eau l’instant suivant et fut aussitôt emportée par le courant. Elle lutta désespérément, choquée par le froid glacial du lac, battant des bras et des jambes pour revenir à la surface. Il faisait totalement sombre autour d’elle. C’était à peine si elle savait où était le haut et où était le bas et elle n’avait pas la moindre idée de la direction de la berge. Peine perdue, le poids de ses vêtements et le courant l’emportaient au fond. Soudain, quelque chose s’enroula autour de sa taille et la poussa vers le haut. Sa tête se retrouva hors de l’eau et elle aspira une grande goulée d’air avant qu’une vague ne s’abatte sur elle. Lorsque la vague s’écoula, elle eut le temps d’entrevoir une petite lumière au lointain, le cottage de Lucy Smith. Il faisait presque totalement sombre. Une autre vague tomba sur elle. La chose enserrait toujours sa taille. Adèle la palpa et n’en crut pas ses doigts. La seule chose que lui évoquait le cordon, autour de sa taille était un énorme tentacule avec des ventouses.

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Si Ygerne espérait avoir un peu de calme pendant la durée de la messe pour se préparer à l’épreuve du bûcher, il n’en fut rien. Quelques minutes après le départ du prêtre, des cris étouffés lui parvinrent de la cour. Quelques minutes de plus et Merlin, pâle, faisait à nouveau irruption dans le couloir. La druidesse le fixa paisiblement dans les yeux :

— Je croyais vous avoir dit que j’avais besoin d’un temps de réflexion ?

— Vous avez triché ! Pendragon a glissé devant la cheminée et est tombé la tête la première dans le feu ! Tandis qu’on le tirait de là, les flammes se sont propagées à la paille sur le sol et les teintures ! Les gens courent comme des poulets sans tête pour éteindre l’incendie !

— Je ne vois pas en quoi j’ai triché, mon cher. Pendragon ne faisait pas partie du marché que vous m’avez proposé. Je crains que vous alliez devoir vous trouver un autre maître aussi malléable que mon époux. Quant à ma malédiction… J’ai d’abord pensé à vous condamner à une mort atroce, mais je crois qu’une vie d’insatisfaction et d’ambitions déçues vous sera bien plus pénible…

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Malgré ses efforts terrifiés pour se dégager, la tentacule la traina à travers le lac pour la déposer sur la berge opposée, puis disparut silencieusement sous l’eau. Adèle se retrouva étendue sur le sol détrempé, hébétée et grelottante de froid. Soudains, à travers le rugissement du vent, des vagues et le chaos de ses pensées, la voix de Lucy Smith résonna à ses oreilles :

— Vous pouvez marcher ?

Elle leva les yeux : c’était bien la quinquagénaire, une lampe-torche dans une main et un parapluie dans l’autre. Adèle se leva péniblement, incapable de dire un mot.

— Si je vous raconte ce qui m’est arrivé, vous ne me croirez pas, finit-elle par articuler une fois au sec, devant un café dans la cuisine du cottage.

— Ashton vous a poussée dans le lac et Kalhoc vous a récupérée. Je crois qu’il vous aime bien. C’est un sentimental. Et puis, c’est vrai que ça fait longtemps qu’on n’a pas vu de jeunes à Drakenhead.

— Heu… Kalhoc ?

— Oui, c’est lui qui vous a trouvée au fond l’eau. Heureusement que c’était l’heure de sa promenade, parce que d’habitude, il habite une caverne souterraine de l’autre coté du lac.

— Excusez-moi, mais… Heu… Il ressemble à quoi ?

Lucy la fixa par-dessus le rebord de sa tasse de ses yeux hypnotiques.

— À une espèce de pieuvre, pour vous. Laissez-moi vous raconter depuis le début. Après, je vous demanderai un petit service.

Adèle hocha la tête, se demandant dans quel cauchemar elle était tombée.

— Voila, fit la quinquagénaire. Il y ici une espèce de passage entre votre univers et d’autres. Vous me suivez ?

La jeune fille opina à nouveau, trop choquée pour parler.

— Une fois par an, au premier novembre, en votre langage moderne, ce passage peut-être ouvert avec une sorte d’objet qu’on appelle une Clé. Cette Clé était autrefois détenue par les druides de la région qui ouvraient le passage en grande pompe pour une fête qu’ils appelaient la Samain. À ce moment, les habitants d’autres univers pouvaient passer dans celui-ci et vice-versa. Vous me suivez toujours ?

Adèle ne put que pousser un soupir.

— Bien. À la suite de bisbilles entre humains, cette Clé fut perdue. Et nous, les derniers voyageurs, nous sommes restés coincés ici depuis. Comme seul un descendant de ces druides peut l’activer, nous attendions que l’un d’entre eux la trouve. J’avoue que quinze siècles, c’est un peu long… En plus, comme le passage restait fermé, la magie n’entrait plus dans votre univers, on commençait à se sentir mal…

La jeune fille finit par retrouver la parole :

— Vous êtes une alien ?

— Je suppose qu’en langage moderne, on peut le dire comme ça. Vos ancêtres m’appelaient un dragon… Et Kalhoc est un kelpie, bien que les vrais kelpies ne ressemblent en rien à ceux des légendes humaines. Alors, vous ouvrirez le passage pour nous ?

Elle acquiesça.

— Je peux poser une question ?

— Bien sûr.

— Qu’est-ce que vous êtes venus faire, ici ? Je veux dire, dans notre monde ?

— Moi, du shopping, je l’avoue. Je comptais seulement acheter quelques porcelaines, mais au cours des siècles, j’ai acquis des statues, quelques bibelots… On ne vous a jamais dit que les dragons adoraient les trésors ? Kalhoc, lui c’est un savant. Il étudie les écosystèmes des différents mondes. D’autres ont juste été poussés par la soif de découvertes. Alors on y va ? Il nous faut traverser le passage avant minuit.

Les énormes pierres du dolmen écroulé avaient été dégagées, révélant une bouche d’ombre qui s’enfonçait dans le sol. Autour se tenait une demi-douzaine de personnes tenant des valises et des sacs à dos, comme dans une gare ou un aéroport, songea Adèle. Elle reconnut des visages qu’elle avit aperçus au pub, la veille et l’homme qui lui avait indiqué le chemin du manoir à sa descente de bus. Il lui fit un grand sourire. Ses vêtements dégoulinaient encore d’eau.

— Voici Kalhoc, déclara Lucy en le désignant. Au fait…

Elle prit la main d’Adèle et y déposa un trousseau de clés.

— Vous trouverez sur la table de la cuisine un document notarié signifiant que je vous laisse ma ferme. Si vous n’avez pas l’âme d’une paysanne, vous n’avez qu’à la vendre et vous payer des études quelconques avec l’argent, mais ce serait bien si l’année prochaine vous soyez là à nouveau, pour ouvrir le passage… Mais méfiez-vous d’Ashton : ça fait aussi quinze siècles qu’il est après cette chose.

— Vous voulez dire qu’il est immortel ?

— À l’origine, il s’appelait Merlin. Vous avez certainement entendu parler de lui. Il ne peut mourir de mort naturelle grâce à sa magie, mais on peut le tuer. Mais le bougre est malin !

— Pourquoi veut-il ce truc ? Tout à l’heure, j’ai cru qu’il allait me tuer !

— Vous avez peut-être raison. Il confère des pouvoirs dont vous n’avez pas idée. Lui non plus d’ailleurs. Il vaut mieux que les choses restent ainsi.

— Heu… Je vais y réfléchir.

— C’est ça, réfléchissez-y. C’est tout droit.

Adèle baissa la tête et s’enfonça dans le couloir de pierre. Une trentaine de pas plus loin, elle débouchait dans une vaste salle circulaire. Les pierres étaient ornées de motifs qu’elle était incapables d’interpréter, mais elle reconnut certains : un soleil, un croissant de lune, des hommes dansants…

— Posez la Clé au centre du soleil, fit Lucy.

Aude sortit la croix, presque brulante sous sa main. Le cabochon central flamboyait de mille feux. Elle le posa contre le soleil gravé. Soudain, les pierres du fond s’effacèrent. Devant les yeux d’Adèle, apparut un espace gris comme un ciel d’orage, où se mouvaient des formes vagues. Elle se retourna. Lucy grandissait, se déformait. En un instant, sa tête frolait le plafond plat. Un instant de plus et un gigantesque dragon, comme sur les pages des livres s’avançait vers l’espace gris et y plongeait, comme dans la mer. Derrière lui, dans un bruit de clapotement, s’avançait une gigantesque pieuvre, ses gigantesques tentacules dégoulinants d’eau. Lui aussi disparut dans le néant, au fond de la salle. Il fut suivi par un humain gigantesque, une espèce de griffon, un grand quadrupède avec une corne sur la tête et une minuscule chose ailée, pas plus grande qu’un papillon.

Adèle resta longtemps debout dans la salle. Peut-être serait-il tentant d’aller explorer d’autres univers ? Non. Une autre fois. Elle remit la croix dans sa poche et revint prudemment à la surface. Personne. Elle rejoignit la 4X4 de Lucy, garée un peu plus loin et grimpa sur le siège passager. La clé était sur le tableau de bord. Elle mit le contact et démarra.

FIN

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5 thoughts on “La Croix de Drakenhead, par Alex Evans

  1. Je suis admiratif de la manière dont tu as intégré la contrainte avec autant de brio. Bravo Alex !
    Je trouve ton histoire très réussie et très bien construite. On aimerait emprunter le passage pour découvrir ces univers fantastiques.
    Sur la forme, une relecture attentive s’impose pour chasser les coquilles coquines qui ont profité de la durée limitée de l’événement pour prendre leurs aises dans le récit 😉

  2. Fi des coquilles, l’histoire tient du merveilleux et cela fait du bien à l’âme.
    Une façon de créer un lien entre les croyances des anciens et notre quotidien parfois si terne.
    En fait je suis frustrée !
    Où est le roman qui va avec ton univers ?

  3. J’allais dire, il y a des coquilles (comme le « uelques maillets et pinceaux. PEdnat qu’il », le « les inconvénients /inconvenience de l présence permanente », ou répétition du mais « mais on peut le tuer. Mais »)…

    Mais le tout est bon, surtout en 24h ! Beaucoup de thèmes pour beaucoup de choses, avec une bonne tournure. J’attends volontiers une suite 🙂

  4. Merci! @ Kakele: en fait, je pensais effectivement à placer plusieurs romans dans cet univers, encore que je ne l’ai pas vraiment finalisé. Cependant, le premier de la série devrait sortir d’ici une semaine. Ce sera « Skinwalkers ».

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