Un jugement impératif, par James Hamlet

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[24 Heures de la Nouvelle 2015 : L’histoire devait intégrer un lieu abandonné depuis un certain temps.]

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Ils ne savaient plus trop comment tout cela avait commencé. Peut être même que cela n’avait aucune importance. Les événements s’étaient enchaînés, sans que quiconque ne les ait arrêtés.

Néanmoins, l’un des premiers fut certainement la demande soudaine et impromptue de A. L’enfant, habituellement calme et silencieux, avait un jour décrété qu’il leur fallait un compagnon de plus. « Leur » c’était lui et sa demi-soeur, la précieuse S., dont le prêtre avait déclaré à sa naissance qu’elle était bénie des dieux. Ainsi, de tous les enfants que l’empereur avait eus avec ses différentes femmes, elle s’était démarquée et, pour la moitié de la cour, il ne faisait aucun doute qu’elle succéderait sur le trône. On chuchotait même qu’elle aurait des pouvoirs magiques, mais ceci était une autre histoire.

Ainsi donc, A. avait exigé auprès de sa future impératrice qu’une troisième personne se mêle à leur jeu d’enfant. Et quand on savait qu’ils étaient toujours restés à deux, on pouvait trouver cela très étrange. L’héritière elle-même ne savait pas trop quoi en penser, même si elle finit par accepter. Cependant, ni l’un ni l’autre ne savait qui choisir comme compagnon. Aussi la plus âgée se mit elle à chercher.

Plusieurs jours après, une autre jeune fille, O. fit son apparition dans la demeure. Elle semblait totalement affolée, n’était pas liée à l’empereur, mais à un couple banal qui vivait à l’intérieur des murailles. Là encore, c’était intriguant, seulement les adultes n’y prêtèrent pas plus attention que cela. Du fait qu’elle était de moindre rang, elle fut introduite en tant que camériste et se mit alors à suivre S. comme si elle était son ombre.

Il ne restait, comme protagoniste à cette histoire, qu’un fils de servants, du nom de Z. Il n’avait pas encore l’âge de travailler et passait donc le plus clair de son temps à se rendre invisible aux yeux des autres, laissant trainer les siens un peu partout et les oreilles toujours grandes ouvertes. Mais il n’avait pas encore fait son apparition à ce moment-là de l’intrigue.
Aucun d’entre eux n’avait jamais mis le pied en dehors du village impérial. Les deux garçons avaient 8 ans, S. en avait 12 et O. était quelque part entre les deux.

Le décor étant à présent planté, nous pouvons commencer.

#

Tous les enfants impériaux, à l’exception de S. qui était trop précieuse pour cela, allaient chaque matin de la semaine chez le précepteur. Ils mangeaient là-bas et ne revenaient que vers le milieu de l’après-midi. Ainsi, S. et O. passaient une bonne partie de leur temps seules.

A. ne savait pas trop ce qu’elles faisaient ensemble. Il supposait, et S. le lui confirma, que la plus jeune s’occupait d’elle. Après tout, elles étaient devenues très proches, au point qu’elles partageaient la même chambre et qu’elles se lavaient ensemble. Il s’était demandé pourquoi ses parents lui donnaient autant de liberté, avant de se rappeler que lui-même ne voyait pas souvent les siens.

Mais ce jour-là, pour une raison quelconque, ils finirent plus tôt que d’habitude. A. était donc en train de rentrer à la demeure principale, quand il entendit un grand cri. Il connaissait suffisamment cette voix pour savoir, de loin, que c’était celle de S. Il se rua à l’intérieur et heurta O. Celle-ci semblait terrifiée (du moins plus qu’habituellement).

-Que se passe-t-il ? demanda-t-il en la secouant légèrement.

Mais elle ne répondit pas et lui désigna du doigt le jardin intérieur. Il lui sembla qu’il arrivait trop tard car une adulte en sortit, une paire de ciseaux à la main. Elle leur jeta un regard méprisant puis s’en alla. Derrière elle, S. était à terre et se tenait l’oreille. De nombreuses mèches de cheveux l’entouraient et du sang coulait légèrement entre ses mains.

Cependant, ce qui attira son regard, ce fut le garçon qui était à ses côtés et qui n’aurait pas dû être là. Son premier réflexe fut de crier pour le faire partir, il était bien trop sale pour se tenir à ses côtés. Seulement, la précieuse se rendit ainsi compte de sa présence. Son regard changea de la douleur à une sourde colère. Elle hurla :

— Dégage ! Va-t’en !

Même envers sa camériste, qui avait à peine approché, elle semblait furieuse. Elle fit un mouvement brusque qui n’eut pour tout autre effet que de la faire souffrir davantage. Un sanglot s’échappa de sa gorge.

— Je vais chercher le médecin, souffla A.

— Non ! Je te l’interdis.

De nouveau, elle grimaça de douleur.

— Je veux pas la laisser gagner, gémit-elle. Pas ainsi.

— Ma dame, intervint soudain l’intrus. Permettez vous que je regarde ?

Elle lui jeta à lui aussi un regard noir, mais sembla considérer sa proposition, le sondant avant d’acquiescer – c’était une mauvaise idée – et d’enlever doucement sa main.

Les autres se rapprochèrent et purent à peu près comprendre ce qui s’était passé… Cette femme avait coupé les cheveux de l’enfant de manière peu délicate. S. s’était probablement débattue et l’adulte avait fini par lui arracher sa boucle d’oreille, déchirant le lobe au passage. La petite sanglotait toujours, murmurant qu’elle la haïssait.

Qui était cette femme ? Aucun d’entre eux n’en avaient la moindre idée et l’heure n’était pas à la question.

A. se leva rapidement et ramena des glaçons et un gant de toilette que l’individu posa sur l’endroit meurtri. Cela parut la soulager, au moins un peu. Et petit à petit, ses sanglots disparurent.

Quand elle alla mieux, elle se releva un peu et toisa son demi-frère.

— Qu’est-ce que tu fichais ici ? lui dit-elle avec rogne.

— Euh… Ben… On a fini plus tôt et…

— T’aurais jamais dû voir cela. Toi aussi, je te déteste.

O. choisit ce moment pour prendre sa maîtresse dans ses bras, ce qui la calma. Elle baissa les yeux et n’ajouta rien, se contentant de se blottir contre elle.

— Qui c’était ? demanda la nouvelle à voix basse.

— Personne. Juste une catin.

— Et lui, c’est qui ?

Les trois paires d’yeux se braquèrent sur l’inconnu qui ne semblait pas plus s’en offusquer que cela.

— Je te remercie de m’avoir aidée, finit par déclarer l’aînée. Comment t’appelles tu ?

— Z, ma dame.

Et il s’inclina bien bas, en signe de révérence.

S., se dégagea et tenta de se mettre debout pour garder un peu de fierté. Les deux autres l’imitèrent. Elle annonça d’une voix assurée :

— Peu importe ton origine, tu as ma reconnaissance. Que puis je faire pour toi en échange ?

— Non.

Elle sembla surprise tandis qu’il se relevait et la regardait fixement.

— Qu’est-ce que moi je puis faire pour vous ?

Elle ouvrit puis ferma la bouche rapidement, ne s’attendant visiblement pas à cela.
Puis elle finit par murmurer.

— Je veux ma vengeance.

#

— Dis moi, O. Que penses-tu de ce garçon ?

L’interpelé se retourna vers sa maîtresse et répondit d’une voix étonnée :

— Celui de l’autre jour ? Eh bien… Je ne sais pas. Il n’a pas l’air méchant.

La plus âgée eut un petit soupir et hocha la tête. Oui, il n’en avait pas l’air. Et elle le ressentait au fond d’elle : il n’y avait eu aucune malice dans son geste. Cependant, elle n’arrivait toujours pas à le cerner.

De son côté, la plus jeune avait fini de se déshabiller et entra dans le bain. La baignoire était assez grande pour contenir deux enfants sans trop de soucis. D’ailleurs, elle ressemblait plus à un petit bassin qu’autre chose. Elle s’allongea près de sa maîtresse et sourit. L’eau était vraiment chaude, c’était agréable.

Elles gloussèrent toutes deux en sentant le contact de leur peau mais très vite, la préoccupation de S. revint.

— Il a dit de le retrouver à la maison tombante. Mais comment savoir si ce n’est pas un piège ?

— Un piège ?

— Oui, genre… Qu’il travaille pour une concubine ou quelque chose du genre.

— Cela n’aurait pas de sens, protesta-t-elle.

Oui, cela n’aurait eu aucun sens. S’il y avait eu de la traitrise, elle l’aurait senti. Alors pourquoi…

— Si tu penses que ce n’est pas un piège, reprit l’aînée lentement. Alors qu’est ce qui t’inquiète ?

— R… Rien.

— Ne me mens pas, coupa-t-elle sèchement. Je le sais.

— Si on se fait attraper près du lieu maudit, murmura-t-elle. On va se faire disputer. Personne n’a le droit de s’y approcher.

— Oh, ne t’en fais pas pour cela. On passera par les souterrains. Personne ne nous verra.

— Et comment comptez vous…

— Arrête de me vouvoyer, la coupa-t-elle tout de suite.

— Co… comment comptes tu te venger ?

Son ton avait été légèrement tremblant. Elle n’avait beau être ici depuis peu de temps, elle avait bien compris que la mentalité « ne jamais la laisser gagner » n’avait aucune limite. Combien de fois avait elle vu une domestique couvrir les actes de la précieuse car ils arrangeaient les adultes ? Elle ne savait pas qui était cette femme, mais ce n’était pas la première fois qu’elle la voyait. Jamais O. n’avait assisté aux confrontations auparavant. On lui avait bien fait comprendre que tout cela ne la regardait pas.

Le don de S. était incommensurable et devait être utilisé contre l’ennemi. C’était ce qu’on lui rabâchait à l’oreille matin, midi et soir.

— Je vais lui pourrir la vie, finit-elle par prononcer. Comme elle l’a fait avec la mienne. Je lui rendrais la monnaie de sa pièce.

C’était exactement cela que O. craignait.

— Ce n’est peut être pas une bonne idée, commença-t-elle. Si tu fais cela, elle…

— Tu as peur ? lui lança-t-elle d’un air de défi.

L’autre baissa la tête, nerveuse. Le sourire de S. s’agrandit. Elle mit deux doigts en dessous de son menton et la força à le relever. Elle aussi, elle avait beau ne pas la connaître depuis longtemps, elle savait tout à son sujet. La moindre de ses réactions, de ses sentiments… Jamais lien n’avait été aussi fort.

— Mais oui, tu as peur. Tu sais, je le sens d’ici. Je n’ai même pas besoin d’utiliser mon pouvoir.

— Arrête ça…

— Pourquoi j’arrêterais ?

Au fond d’elle, elle était conscience que ce n’était pas bien. Elle faisait pression sur sa cadette pour qu’elle cède à ses envies. Jamais personne ne lui avait dit non, pas même A. Et ceux qui l’avaient fait été l’ennemi, des cibles à abattre. Mais de la fillette, elle voulait plus, tellement plus. La garder rien qu’à elle, pour l’éternité.

Elle était si belle, si désirable. Tellement cassée également, mais la logique du lieu rendait cela négligeable, commun. Des enfants brisés, il y en avait tellement. Ce n’en était qu’une de plus.

Soudain, elle sentit que l’esprit en face n’en pouvait plus. Elle lâcha donc le contact. Si elle le prolongeait, cela ne sera plus amusant.

— Lave-moi les cheveux, ordonna-t-elle d’un ton laconique.

Ils étaient en piteux état, même si la vieille domestique avait tenté de sauver le désastre. Cependant, ils mettraient du temps à repousser. Enfin, encore heureux qu’elle ne l’ait pas rasée cette fois ci. La situation aurait été pire.

De son côté, la camériste, trop heureuse de changer de sujet, s’exécuta. Elle prit la jarre et fit couler l’eau chaude sur la tête de l’enfant. Puis elle prit le shampoing et se mit à frotter. S. songea que le contact avec ses doigts fins était agréable. Se retournant doucement, elle fit doucement passer sa main sur sa joue, la caressant jusqu’à atteindre ses lèvres. Elle s’arrêta un instant dessus et une envie la prit. Mais elle la repoussa et continua son chemin jusqu’à saisir une touffe. Son regard devint alors triste.

— Tu as de jolis cheveux toi, tu es chanceuse.

— Je ne trouve pas, ma dame, murmura-t-elle. Si vous ne m’aviez pas recueilli…

Un frisson la parcourut, détournant l’attention de la précieuse.

— N’y penses plus. C’est du passé.

— C’est plus facile à dire qu’à faire, gémit elle en se tenant le bras de façon nerveuse.

— Je le sais bien.

Elle lâcha sa prise et soupira, retournant à son état de poupée sans fil pendant que son « amie » prenait soin d’elle.

#

Peu de gens s’approchaient de la maison tombante, d’ailleurs, un précédent empereur l’avait formellement interdit. L’endroit était donc à l’abandon depuis des années et faisaient la joie des souris et donc des chats errants. On aurait pourtant pu la remettre sur pied depuis bien longtemps mais la superstition était trop tenace. Tous savaient que la demeure était hantée et S. l’appréciait particulièrement.

— Il y a bien longtemps, commença-t-elle alors qu’ils traversaient les souterrains, vivait un empereur. On ne sait plus bien pourquoi, ni ce qu’il fit pour mériter une telle haine, mais son conseil tout entier se retourna contre lui et décida un jour de l’assassiner. Mais on ne peut lever la main sur l’empereur sans en payer le prix. Les dieux frappèrent les responsables de folie et les menèrent chez leur chef, qui habitait cette maison. Là, la foule déchaînée…

— Le dévora vivant, coupa A. d’un air excédé. oui S. On sait ! Tu racontes toujours cette histoire.

La fillette gonfla ses joues de désapprobation. Elle aurait préféré finir. Le garçon avait gâché la fin. Heureusement que l’autre élément féminin semblait effrayée par la légende.

— Ça veut dire quoi « dévorer vivant » ?

— Ça veut dire que quand ils lui ont ouvert le ventre et mangé ses organes, il était vivant. Et conscient.

La fillette poussa un cri d’épouvante tandis que son amie se mit à rire. Le frère, quand à lui, jeta un regard noir à sa sœur. Il n’aimait pas vraiment qu’elle fasse peur à O., qui était si facilement influençable (du moins à ses yeux). Sauf que la concernée n’avait aucune envie de s’arrêter là.

— On n’a jamais retrouvé leur corps. Une autre légende dit que le successeur les fit enfermer dans les quatre grandes tours. Ils furent condamnés à y mourir de faim. Et pour se protéger de toute tentative, il les relia par de longs murs. C’est ce qui créa le village impérial.

— Oooh…

— Par contre, je sais où est celui de l’empereur ! Il est au cœur des souterrains. Père me l’avait montré, une fois.

La fillette regarda son cadet d’un air horrifié, ne sachant pas si l’autre plaisantait ou pas. Le problème, c’est que c’était vrai. A. avait également vu ce squelette et n’avait jamais compris comment on pouvait laisser cela ici, et même pire, permettre aux enfants de jouer avec. Cependant, il ne voulait pas l’effrayer, aussi se contenta-t-il de hausser les épaules avec un petit sourire.

Ils finirent par arriver à l’endroit. La porte menant à la cave ne tenait pas bien et un coup d’épaule suffit à l’ouvrir. Il régnait à l’intérieur une odeur de pourriture qui les mit mal à l’aise. Il s’attendait à tout moment voir surgir un cadavre, un fantôme ou tout autre esprit malveillant. Mais il n’y avait que Z. Ce dernier ne semblait pas du tout inquiet par l’endroit. Peut être était ce dû au fait que, passé la cave, la maison ne sentait pas tant que cela. Elle était surtout noire et poussiéreuse. Seulement, l’imagination des enfants ne pouvait s’empêcher de fonctionner et de leur faire inventer toutes sortes de danger là où il n’en avait pas.

Le fils de servant sembla deviner leur pensée car il commença par les rassurer :

— Vous en faites pas, il n’y a jamais personne qui vient ici. Et c’est tranquille.

Mais cela ne sembla pas les rassurer pour un sou. A. prit la parole :

— Et donc, c’est quoi ton plan si merveilleux ?

— Ce n’est pas à moi que tu devrais demander cela. Je me plierai juste à vos décisions et je vous aiderai comme je le pourrai.

— Et qu’est ce que tu demanderas en échange ? demanda subitement la meneuse.

— Ri…

— Menteur !

Le cri résonna un peu dans la salle et imposa le silence. Z. la regarda droit dans les yeux, pencha la tête sur le côté puis finit par abdiquer :

— Si je te viens en aide pour te venger de ta mère, j’aimerais que tu m’aides à me venger moi aussi.

— De qui ?

— Mon père. Il m’a abandonné.

— Et alors ? Ce n’est pas si inhabituel que cela.

Et elle le pensait réellement. Les taux d’abandon et de maltraitance étaient si hauts qu’ils étaient devenus la norme pour les enfants. Elle même en avait fait les frais, tout autant que O., même si cette dernière avait pu y échapper quand elle était venue la chercher.

— Peut être, admit-il en serrant les dents. Mais je ne peux pas lui pardonner. Œil pour œil, dent pour dent.

Ces paroles trouvèrent un écho en l’infante. « Ne jamais laisser l’autre gagner ». Elle connaissait cette mentalité. Aussi, au plus grand désarroi des deux autres, elle déclara :

— Ok, je vais t’aider.

#

— Ma fille, penses tu que cette homme nous mente ?

Tous les regards étaient tournés vers la précieuse, qui se tenait le plus droit qu’elle pouvait et se concentrait. Son père l’avait encore une fois priée de venir l’assister à ses audiences. Elle savait bien que ce n’était pas par fierté de montrer l’une de ses filles, non. Elle n’était certainement pas la plus belle, la plus grande ou la plus jeune. Mais elle lui était la plus utile. Aussi se focalisait-elle sur les émotions qui sortaient de l’accusé.

— Je pense que oui, père. Il n’a pas l’esprit tranquille, il est affolé.

Une vague de murmure secoua la foule et l’homme voulut protester mais l’empereur l’en arrêta d’un signe de mains.

— Si tu le dis, ma chère enfant, c’est que cela doit être vrai. Mais pourquoi se serait-il rendu coupable d’un pareil crime ?

Cette partie était toujours un peu plus délicate car il lui fallait avant tout jouer au jeux des devinettes. Suggérer et se servir des sentiments pour savoir si elle était oui ou non sur la bonne voie, jusqu’à obtenir une image nette.

— Peut être n’avait il pas le choix ? Oui, quelque chose l’y obligeait.

Un portrait de femme passe fugacement dans ses yeux, trop rapidement pour qu’elle puisse en distinguer les détails mais assez pour qu’elle la visualise.

— Il y a une femme… Blonde, trop âgé pour être sa fille, c’était sans doute sa femme. Elle est… partie ? Non. Morte ? Oh, presque. Malade ? Oui c’est cela. Sa femme est malade. Il est accusé de vol, n’est ce pas ? Il a tenté de voler de l’argent ? Non. De la nourriture alors. Oui, c’est ce qu’il cherchait. Il voulait aider son épouse. Il est pauvre. Il n’a pas vu d’autres options possibles.

Elle repris son souffle. Utiliser autant son pouvoir, de manière si active, lui donnait mal à la tête. Mais son père semblait si fier de lui. L’homme, au contraire, s’affolait de plus en plus. La crainte se lisait dans ses yeux. Depuis sa place, elle pouvait entendre les voix qui la traitaient de sorcière. Elle aurait dû s’y habituer mais elle n’y arrivait toujours pas. Elle se contenta d’assister à sa sentence, l’air impassible. Une fois le coupable enlevé, l’empereur lui fit signe d’approcher. Elle se leva et vint s’asseoir près du trône. L’impérieuse main glissa dans ses cheveux, pour la féliciter.

— Tu m’as été très utile, souffla-t-il, tu es une bonne fille.

Il se releva et fit une révérence, le souffle un peu court par le stress. Mais l’adulte était déjà passé à autre chose. D’un mouvement nonchalant, il annonça la fin de l’audience. Le public se leva donc comme d’un seul, s’inclina bien bas quand leur monarque passa devant eux pour quitter la pièce, et commença à se disperser, non sans beaucoup parler.

Un jeune homme, qui approchait de la majorité, vint la voir. Elle le connaissait bien. C’était P., son fiancé. Du moins était-ce ce que l’on espérait pour elle. Il la prit dans ses bras, par derrière, la rendant un peu inconfortable.

— Bravo, tu t’en es bien sortie.

— Merci, souffla-t-elle.

Il la fit tourner, de façon à ce qu’elle soit face à elle.

— Compte-tu rentrer ou veux tu me tenir compagnie ?

— Pour quoi faire ? rétorqua-t-elle en se demandant si elle avait réellement le choix. Ce n’est jamais drôle avec vous.

— Oh, tu me blesses là.

Sa main glissa sur sa joue puis s’arrêta sur ses fines lèvres, dans un geste proche de ceux qu’elle avaient avec O.

— Tu sais bien que je t’aime plus que tout au monde.

#

Se venger de cette femme fut assez aisé car, ayant toujours accès à sa demeure et bénéficiant de la protection et du silence des domestiques, ils pouvaient y revenir autant de fois qu’ils le voulaient. Ils commencèrent donc à lui « pourrir la vie » : c’était une succession de petites choses. Comme remplacer son shampoing par de la boue, mettre des aiguilles dans ses chaussures, sacs et autres endroits propices… Ils furent très satisfaits le jour où ils arrivèrent à lui faire manger des cafards en les écrasant et mêlant à son plat. Elle en fut malade pendant deux jours et se mit à surveiller sa nourriture avec une extrême attention.

Mais pour le père de Z., il fallait marquer un grand coup ! Ils n’auraient sans doute pas le loisir de passer de nouveau et il y avait moins à faire en « petits coups ». Ils entrèrent donc un jour où ils étaient sûrs qu’il ne serait pas là. A ce stade-là, même O. et A. étaient excités par l’opération.

Leur premier coup fut d’éventrer toutes les couettes. Les plumes se mirent à jaillir de partout, c’était si amusant. Ils inondèrent la salle de bain (chose assez simple car elle n’était pas très grande). A. se laissa même aller à un grand fantasme et gribouilla sur les murs. O, elle, plus pragmatique, préféra y laisser des messages, invitant le propriétaire de la maison à la sodomie, la souffrance éternelle et la mort. Z, qui ne savait ni écrire, ni dessiner, balança des verres d’encre dessus. Ils achevèrent leur œuvre en brisant toute porte et vitre.

À cet instant, ils se sentaient réellement puissants. Le sentiment de vengeance les enivrait tellement que le demi-frère se retourna vers sa sœur et déclara :

— Moi aussi, je veux me venger.

Ainsi fut programmée la seconde. Les adultes fermèrent les yeux sur le vandalisme.

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— Fleur au pétale d’or, étend ta magie…

La chanson résonnait doucement dans la chambre. Il était tard, il ne fallait pas réveiller les gouvernantes. Seulement, les deux jeunes filles n’arrivaient pas à dormir. O. avait encore fait un cauchemar. C’était de plus en plus courant ces derniers temps.

— Inverse le temps, rend moi ce qu’il m’a pris.

Il était impossible pour S. de ne pas le remarquer. Les sentiments d’horreur et d’épouvante qui s’en dégageait étaient bien trop grands. Elle tentait donc de la bercer, mais elle se sentait réellement impuissante. Elle avait beau avoir des pouvoirs et être « bénie des dieux », ses incantations restaient si inutiles.

— Guéris les blessures, éloigne la peur.  

Seulement, elle n’avait que cela et les répétait donc en boucle, jusqu’à ce qu’elles marchent.

— Ce destin impur, rend moi ce qu’il m’a pris. Ce qu’il m’a pris…

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On ne pouvait se venger d’un manant et d’une grande dame de la même manière, qu’importe que les raisons et l’idée du grand coup fussent identiques. Ils s’introduisirent donc dans la maison (et cela fut encore plus simple que précédemment) et visèrent tout ce qui avait un rapport avec l’apparence et la beauté. Elle qui en était si fière au point de négliger son propre enfant…

Ils brisèrent tous les miroirs, faisant attention à ne pas se couper. Mais c’était la chambre leur véritable cible. Les filles s’occupèrent des vêtements, s’amusant à les sortir, les admirer rapidement, jouant avec les longues écharpes, avant de les tailler en morceaux et de s’en saisir d’un autre. Les garçons, quant à eux, s’occupèrent à saccager le maquillage, cassant les fards à paupière, déplumant les plumeaux et pinceaux, écrasant les rouges à lèvres contre les murs et s’en servant pour dessiner des choses plus ou moins abstraites.

Cependant, cette fois-ci, le bruit alerta les alentours et très vite, la dame de ces lieux fut informée qu’on saccageait sa maison. Les enfants entendirent donc des bruits de pas et s’affolèrent.

— Vite ! Par la fenêtre !

Après tout, on était qu’au rez-de-chaussée et il menait directement sur les jardins. Ils pourraient facilement s’échapper. De plus, leur tâche était pratiquement finie, ils en étaient assez satisfaits.

S. et O. passèrent en premier. Puis vint Z. qui fut le plus rapide. A. allait sauter quand la porte s’ouvrit en fracas. Sa mère apparut et parut choquée quand elle l’aperçut. Leurs yeux se croisèrent et la tension fut palpable. Mais très vite, il rompit le regard et s’enfuit au loin, la laissant complètement désarmée.

Ce fut la dernière fois qu’il la vit.

Mais là encore, les adultes décidèrent de ne pas intervenir.

#

Quelques jours plus tard, alors que A. rentrait de cours, il trouva la maison complètement dévastée. Toutes les vitres, vases et autres objets fragiles avaient été jetés à terre. Tout était cassé.
Dans un coin de la pièce, S. berçait O. qui semblait dans un état second (un état de choc peut être ? Il ne voyait pas bien). En s’approchant, il perçu la chanson de la fleur aux pétales d’or. Il ne comprenait rien et cela le fit paniquer :

— Que s’est-il passé ? On nous a attaqué ? Vous allez bien ?

— Tais toi ! lui intima fortement l’aînée, ce qui fit trembler sa protégée.

Il n’osa pas dire un mot de plus, se contentant d’observer la scène. Il fallu un long moment pour que O. se calme et ne s’endorme. Les domestiques avaient eu le temps de ranger la pièce pendant ce temps et il ne restait plus rien de l’ouragan de tout à l’heure.

Il finit par demander :

— Est-ce que l’on part se venger ?

— Non.

Son ton était sec. Elle renifla, relevant la tête vers son demi-frère. Ses yeux étaient encore un peu rouges. Ce n’était pas cette femme qui avait fait le coup, réalisa-t-il alors. Elle n’aurait jamais pleuré pour cela. C’était la laisser gagner. Alors qui ?

— Pour le moment, il faut réparer.

#

La cible suivante fut, et ce n’était pas étonnant, les parents de O. C’était les seuls dont ils ne s’étaient pas vengés encore. Mais pour cette fois, ils ne savaient pas trop comment s’y prendre. Ils décidèrent donc de se rendre sur les lieux et de voir là bas.

Après tout, ils commençaient à se lasser de vandaliser et tout casser. Ils voulaient quelque chose de nouveau, un jeu inédit.

Plus ils approchaient de la demeure, plus O. devenait nerveuse. Ses mains s’agitaient, ses jambes tremblaient. S. la prit par la main, de peur qu’elle ne tombe. Au moins, ce simple contact sembla la rassurer et lui faire plaisir.

Cette maison-ci était fermée à clé et ils durent faire le tour dans l’optique de trouver une entrée. C’est ainsi que, en passant par le jardin, ils découvrirent un tout petit chiot qui s’amusait, attaché à une laisse. Dès qu’il les vit, il se mit à glapir et courut vers yeux, tout joyeux. Il devait songer qu’ils joueraient avec lui. Et le premier réflexe de la plupart d’entre eux fut effectivement de s’attendrir et de le caresser de partout. Même O. sembla se détendre un peu.

— Il est trop mimi, rit A.

— Il s’appelle comment ?

L’ancienne propriétaire des lieux se mit à pâlir.

— Je sais pas. Il était pas là quand je suis partie.

Tout d’un coup, le chiot leur semblait moins sympathique, sans qu’ils ne sachent trop pourquoi.

— Tu sais, continua-t-elle en murmurant. Mes parents me détestent. Ils ne se sont jamais occupés de moi sauf quand il s’agissait de me punir. Là, oui. Ils étaient présents. Tout ce que je faisais, ce n’était pas assez bien. Je ne me tenais jamais assez droite, n’écrivait jamais assez bien, n’était jamais assez sage.

La rage commença à l’envahir. Son visage se tordit sous l’effet de la colère. Elle se releva rapidement.

— Ils n’avaient pas assez d’affection pour moi mais pour un cabot, ils en ont ?

Elle donna un grand coup de pied dans le chiot qui ne comprenait plus rien à ce qui se passait.

— SE FOUTENT DE MOI OU QUOI ?

A. ne comprit pas tout de suite ce qu’il se passait. Il fallu attendre la premier gerbe de sang pour qu’il réalise. Ils finirent par placer la tête du chien sur un pique de l’entrée, de manière à ce que tout le monde la voie. Puis ils rentrèrent vite à la demeure principale car la robe de O. était tachée de sang.

#

Le noir les entourait. C’était la nuit. Tout était silencieux, de nouveau, mais elles ne dormaient pas encore. La crainte des cauchemars tenait O. éveillait et elle avait rejoint, comme de coutume, S. dans son lit. Qui était bien assez grand pour elles deux.

Elle passa une main dans les cheveux (si courts) de sa maitresse. C’était à son tour de la réconforter car celle-ci semblait triste.

— Je vais épouser R. bientôt. Dès que je serai une femme.

— Félicitations, commenta-t-elle laconiquement.

Mais ce simple mot fit sangloter l’aînée.

— Qu’est ce qu’il y a ? demanda-t-elle, surprise par une telle réaction.

— Veux pas…

— Hein ?

— Veux pas l’épouser… Veux pas. Je ne l’aime pas. Je…

Elle ne put finir sa phrase et blottit sa tête contre son amie. Cette dernière la consola comme elle pouvait, lui murmurant à voix basse que tout irait bien. Mais elle ne savait pas trop quoi faire. Elle n’avait pas de pouvoir d’empathie, elle. De plus, si elle était trop maladroite, l’autre le sentirait.
Alors elle déclara la seule chose qui la calmait habituellement :

— Moi, je t’aime très fort.

Les sanglots s’estompèrent doucement. S. finit par murmurer d’une petite voix :

— Dis, on restera toujours ensemble ?

— Toujours.

— Promis ?

— Promis.

Cela la rassura un peu. Alors elle osa faire ce qui lui faisait tant envie depuis des semaines. Elle releva la tête et déposa un petit baiser salé au coin de ses lèvres…

#

— Vous savez, nous sommes des justiciers en fait.

C’était Z. qui avait prononcé cette phrase, lors d’une réunion habituelle à la maison tombante. L’endroit ne leur faisait plus peur du tout et ils venaient s’y cacher.

Tout le monde avait acquiescé. C’était vrai, ils étaient forts.

— Nous appliquons la justice. Ceux qui font du mal aux enfants, nous leur en faisons.
— Où veux-tu en venir ? demanda A d’un ton ennuyé.
— Je me disais juste… On devrait commencer à venger les autres enfants, qu’ils soient impériaux ou pas. Ils n’osent peut être pas le demander mais nous pouvons les libérer ainsi.

Tous furent enchanter l’idée. Et il s’avéra que Z. savait par qui commencer.

Il y avait une dame, très belle, qui avait abandonné son fils à la naissance pour des raisons plus ou moins claires. Tout le monde connaissait cette histoire.

Le fils de serviteur proposa de mettre le feu à la maison. Tous acceptèrent, mais par pour les mêmes raisons.

A. n’imaginait pas une seule seconde l’idée qu’elle puisse mourir ou être blessée.

Z. souhaitait juste la voir défigurée, mais n’envisagea pas que l’opération puisse être mortelle.

Mais les filles, elles, voulaient voir un nouveau cadavre.

#

Le feu montait toujours plus haut, atteignant presque le ciel. Les gens se précipitaient pour l’éteindre. Personne ne savait où était la dame en question. Mais les enfants trouvaient cela incroyablement beau et ne pouvaient en détacher les yeux. P. arriva en courant auprès d’eux d’un air complètement paniqué. Encore subjuguée par la vue, S. lui dit d’un air ébahie :

— Regarde ! Tout brûle !

— Qu’est ce que vous avez fait ? murmura-t-il avec horreur.

Quatre paires d’yeux étonnés se posèrent sur lui. De quoi parlait il ?

Cependant, il n’y fit pas attention et se mit à secouer sa jeune promise comme un poirier.

— Mais qu’est ce que vous avez fait bordel ? hurla-t-il. Qu’est ce qui vous est passé par la tête ?

— Pourquoi tu t’énerves autant ? demanda O. avec candeur. Lâche-la !

Malheureusement, il ne semblait pas vouloir s’arrêter. Et d’autres personnes approchèrent du groupe.

— Lequel d’entre vous a eu cette idée ?

Ils avaient déjà convenu, depuis longtemps, que s’ils se faisaient prendre, Z. devrait se dénoncer comme tête pensante car c’était celui qui avait le moins à perdre. Il s’avança donc et fit un signe de main.

Une vague de haine jaillit de R. qui desserra sa prise sur la fillette avant de s’avancer vers l’enfant. Ils crurent qu’il allait le frapper. S. se mit à hurler, faisant sursauter tout le monde.

— Laisse-le tranquille ! Il n’y est pour rien ! C’est moi.

Les petits comme les plus grands mirent du temps à comprendre. L’empathique sentait de toute part des sentiments d’incompréhension, de choc. Et même de tristesse venant de O. qui semblait la supplier des yeux de se rétracter.

Mais il était bien trop tard.

— Appelez l’empereur, finit par lâcher le fiancé.

#

— Affaire n°X, procès de Mlle S.

Tout le conseil était réuni, de chaque côté de l’empereur. Elle sentait que beaucoup d’émotions contradictoires s’échappaient de lui. Il était complètement perdu.

Elle tentait de réguler les siennes. Tout irait bien.

Elle était la Précieuse (ou même une sorcière pour certains), celle qui fut bénie par les Dieux.
Elle s’en sortirait, ils ne la laisseraient pas tomber.

Pendant ce temps, le greffier avait fini de lister les chefs d’accusation. Qui tournaient d’avantage autour de l’incendie que pour le reste. La dame en était morte après tout.

Son père fut le premier à prendre la parole.

— Qu’est ce qui vous a pris de faire une chose pareille ? Vous auriez pu mettre le feu au village, vous en êtes conscients ?

— N…Non, bégaya-t-elle en se triturant les doigts. On voulait juste s’amuser. On ne savait pas que la dame était dans la maison.

L’adulte soupira. Il ignorait que c’était un mensonge et n’avait aucun moyen de le savoir. Mais toute la défense de l’enfant était basée dessus.

— Et le chien alors ? Et les autres bêtises que vous avez faites ?

— On s’est juste vengés.

— Eh bien c’est mal, asséna-t-il d’un ton sec.

— Pourquoi ?

L’air perturbé de sa fille le déstabilisa. Ce n’était plus un mensonge, cette fois ci. La Précieuse était réellement perdue.

— Pourquoi ? répéta-t-elle. Vous m’avez toujours dit de ne pas laisser l’autre gagner. Qu’il fallait être intransigeant. Je… J’ai juste fait comme vous avez toujours dit. Ils nous avaient fait du mal, on le leur en a fait.

Elle sentait au fur et à mesure qu’elle prononçait ses mots que l’atmosphère devenait tendue et étouffante. Les gens n’étaient pas à l’aise, paniquaient à chaque parole.

— Alors pourquoi ? Qu’est ce que cela change ?

La réponse lui arriva à la seconde où elle finit sa phrase : parce qu’avant, cela les arrangeait. Elle n’était qu’une jolie poupée, un outil utile qui leur permettait d’éviter de se mouiller. Dès lors où les enfants avaient agi de leur propre chef, ils avaient perdu le contrôle, joué à l’autruche et n’avaient pu les arrêter.

C’était la raison pourquoi tant de gens se sentaient gênés dans la cour. L’empereur fut incapable de rendre un verdict dans ses conditions. Il aurait pour cela fallu juger tous les juger.

L’affaire s’arrêta là et S. perdit son titre de précieuse.

Mais plus que cela, cette histoire laissa à tous un goût amer en bouche.

FIN

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16 thoughts on “Un jugement impératif, par James Hamlet

  1. Terrifiante effectivement, elle m’a même mise un peu mal à l’aise. Donc j’espère que c’était le but ! 😀 Par contre, j’ai pas du tout accroché à la fin, je trouve que c’est abrupte et je suis pas sûre de l’avoir comprise ou de voir le rapport avec le reste de l’histoire. Mais je suis peut-être un peu lente aujourd’hui. Sinon, juste un conseil : j’ai dû relire le début trois fois parce que j’arrivais pas à imprimer qui était qui. Je pense que tu gagnerais à mettre des initiales ayant un rapport avec le personnage (genre O. devient C. puisqu’elle est camériste, S. devient P. puisque tu la surnommes la Précieuse, je sais pas si je m’exprime bien). Ce que j’ai bien aimé (oui finissons par les bonnes choses) : la caractérisation de S.,par contre ça appauvrit un peu celle des autres du coup. Le coup des initiales, j’ai trouvé que ça faisait très « arrêts de tribunal » (je sais si t’as déjà eu l’occasion d’en lire mais vue comme ça finit, c’était bien trouvé). La gradation dans l’horreur, l’escalade des faits : ils commencent petits, puis ça s’achève plus gros, c’est très bien amené. Voilà !

  2. C’est… sordide, et absolument immoral.

    Par contre, je dois avoué que tu m’as perdu, surtout au tout début et dans le 2ème tiers. Les personnages qui ont une lettre à la place du prénom et les passages où tout le monde est désigné par « elle » n’ont pas aidé, je suppose. Cela dit, je pense qu’avec un travail supplémentaire, tu peux faire quelque chose de très intéressant de cette nouvelle.

  3. Un très beau conte cruel et immoral. Une histoire avant d’envoyer les grandes personnes au lit, histoire qu’elles réfléchissent aux messages qu’elles font passer à leurs enfants… Bravo !

  4. Hé bien, j’en frissonne encore. Terrifiante, cette escalade du mal. ça marche bien. J’aime bien l’ambiance et ce qui se tisse entre tes personnages. Mais je rejoins Spacefox et Dravic, concernant les initiales. Quelle intention avais-tu derrière ce choix ?

  5. Les enfants sont cruels. Le pouvoir rend solidaire. Fermer les yeux est la première lâcheté des hommes qui ne veulent pas se contempler eux-mêmes dans le miroir.

    Le préambule annonce le ton : rêche, sans concession, dynamique. Il pose plutôt bien les personnages. On sent presque chez Z. une âme d’assassin, de tyran implacable chez S, de jeune fille qui perd son innocence chez O (qui laisse de biens beaux messages pour une petite fille si sage ^^), et de dandy blasé chez A. Que la « domestique » dédaigneuse soit la mère de S. devient vite une évidence.

    Le crescendo dans la violence est bien organisé. La cadre qui mélange modernité et aspect presque cité impériale ajoute à la rudesse des propos.

    La loi et la morale sont des choses qui s’enseignent. Or, ce texte, écrit comme un conte, prend son rôle à contre-sens : il ne nous enseigne rien, mais nous interroge plutôt sur ce que nous transmettons à autrui.

    Un texte qui laissera sa trace dans les esprits !
    Certes, il y a encore du travail à faire sur la forme (ben, c’est un premier jet, hein !), mais on sent bien l’âme du soldat qui est prêt à partir à l’assaut des mots pour les transformer en des armes de jet qui touche au cœur les esprits trop policés des lecteurs. Personne n’aime être dérangé dans ses petites façons de penser. Pourtant, il faudrait…

    A un jour prochain, pour un prochain assaut de mots !

  6. Contrairement à ce qui est dit dans certains des commentaires précédents, je n’ai pas été gênée par le fait que les enfants ne soient nommés que par des initiales. Je trouve que cela donne un côté universel au texte. J’ai plus été dérangée par quelques fautes de ponctuation qui me perdaient dans les phrases.
    Le début ne me semble pas très en phase avec les 2 derniers tiers du reste. Je crois qu’il aurait fallu le monter autrement, il démotive, ne donne pas envie de lire la suite. Ce qui est dommage car la fin est magistrale.
    De plus, je trouve qu’avec une description essentiellement basée sur l’action (et les pensée de S.), tu arrives à poser l’univers de la nouvelle, chapeau !
    On sent un vrai potentiel. Je ne peux que te conseiller de creuser dans cet univers.
    ça donne très envie d’écrire à quatre main avec toi.
    Où peut-on suivre ton évolution littéraire ? (Pitié pas facebook, je n’y ai pas de compte…)

    A me relire, je trouve mon commentaire très critique. Sache que même si cela ne se voit pas, j’ai beaucoup aimé.

    • Merci beaucoup pour ton commentaire, et même tes critiques. Elles m’aident à m’améliorer.
      Malheureusement, je n’ai aucun endroit où je publie mes textes et où tu puisses me suivre. A part peut être sur le nanowrimo, et notamment le camp nano. J’y suis sous le pseudonyme de Senekata. Sinon je participes tous les ans aux 24h.
      A vrai dire, c’est la première fois qu’on me pose la question donc je n’y avais jamais réfléchi.

  7. Merci beaucoup pour tous ces critiques. Elles me font plaisir, même celles qui sont construites et donc pointent les points négatifs ^^
    Je suis consciente que la fin est baclée. Pour tout vous avouer… la scène du procès devait durer bien plus longtemps mais il me restait peu de temps et surtout, mes bras et doigts étaient morts, je n’en pouvais plus, j’ai dû abrégé.

    Pour les noms, je vais répondre vu que ca revient souvent ^^ Les initiales ont été choisis pour donner un côté « universel » à l’histoire. En effet, si j’en avais choisi, le cadre aurait tout de suite été connoté dans une certaine culture.
    Néanmoins, ils ont un sens.
    A et Z (que les gens ont généralement compris) sont pour la première et la dernière lettre de l’alphabet, représentant donc un haut rang social et le plus bas.
    S est pour Seigneur. J’aurais pu prendre P pour Précieuse mais cela aurait fait redondant et, de toute manière, il était déjà pris.
    O est pour Ombre. Cela fait référence à la phrase « Du fait qu’elle était de moindre rang, elle fut introduite en tant que camériste et se mit alors à suivre S. comme si elle était son ombre. »

    voilà. J’espère que ces explications vous ont aidés à mieux comprendre.
    Je pense que je reprendrais ce texte un jour et que je l’allongerai.
    Encore une fois, merci beaucoup pour tous vos commentaires.

  8. J’ai eu un peu de mal à cerner les personnages au début, peut-être à cause des initiales, on a pas l’habitude. Nous, pauvres humains, lorsqu’on change les codes… Ça nous perturbe ! Le côté que j’ai plus apprécié, c’est la montée crescendo de la violence des enfants. Celui qui m’a le plus fait cogiter aussi. Doit-on au final inculquer des valeurs différentes de celles que l’on a pour ne pas faire sombrer nos enfants dans l’excès ?
    Ensuite, celui que j’ai le moins apprécié (ou pas compris et c’est possible !), c’est l’époque dans laquelle tu nous emmènes. Au départ, je visualisais un autre siècle et ensuite, vu les dialogues, un contexte plus actuel.
    Au final, je peux dire que j’ai plus aimé la dernière moitié.

    • Merci pour ton commentaire 🙂
      Je suis contente que cela t’ai plu (même si je trouves que j’ai baclé la fin… tu connais ce sentiment, toi aussi QwQ)
      Pour ta remarque sur l’époque, c’est dans la même idée que les initiales comme nom : je voulais qu’il soit intemporel et universel pour que chacun puisse se le représenter comme il le veut.
      (Après, la chanson de Raiponce par exemple, je l’ai utilisé car elle collait bien et je n’arrivais pas à en trouver de meilleur. Mais c’est un anachronisme, je plaide coupable sur ce point).

  9. Aaarg. J’avais écrit un long commentaire et internet à bugué au moment de le poster. Très frustrant. Enfin du coup, je suis bonne pour tout réécrire… x) Je disais que le début m’avait semblé un peu confus. Pas à cause des initiales, dont j’aime beaucoup le principe et qui donnent un certain cachet au texte, mais parce que certains points ne sont pas clairs. Par exemple, parmi ceux qui m’ont le plus dérangée, il y a la femme dont la précieuse cherche à se venger… Qui est-elle exactement ? La mère de S. ? Que s’est-il passé entre elles ? Pourquoi S. La déteste-t-elle autant ? Bref, je n’ai pas tout compris. Cette histoire de coupe de cheveux forcée me semble un peu rapide. On dirait un prétexte pour démarrer la quête de vengeance des enfants. Je crois qu’il y a aussi quelques coquilles : un moment, S. dit qu’elle ne veut pas épouser R., mais son fiancé se nomme P., non ?
    Enfin sinon, bien que j’ai eu un peu de mal à rentrer dedans au début, j’ai beaucoup aimé ton histoire, son ambiance un peu insaisissable et les thèmes très profonds qu’elle aborde. La cruauté pas si innocente que ça des enfants, la lâcheté des adultes, la responsabilité des parents envers leurs enfants, l’escalade de la violence… À ce titre, le passage du chiot est mon préféré. Il marque un pallier frappant dans l’horreur, et il y a quelque chose de très juste dans la réflexion de O. sur l’amour que ses parents portent à ce chiot plutôt qu’à elle. Je ne sais pas si tu avais déjà écrit dans cet univers avant, ou si tu l’as crée spécialement pour cette nouvelle, mais il y a aussi des points qui laissent sur leur faim, comme les pouvoirs de S. ou sa relation avec O., et qui mériteraient sûrement d’être développé dans d’autres textes. = )
    Pour ce qui est de la fin, C’est vrai qu’elle est un peu rapide. Ce qui gêne le plus, à mon sens, c’est la dernière phrase : elle n’est pas assez percutante, et du coup, la tension accumulée précédemment retombe un peu trop abruptement.
    Enfin en dehors de ça, je te félicite chaudement pour avoir réussi à boucler une nouvelle de cette envergure (elle est quand même longue et bien bâtie) malgré la contrainte horaire. ^^

  10. C’est un conte d’enfants à la fois juste et cruel. Le regard sur les enfants est très juste je trouve. Leur logique échappe à celle des adultes mais ils agissent pour de bonnes raisons du moins à leurs yeux. L’hypocrisie des adultes est bien vue aussi. C’est un peu long mais sans longueur.

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