Ultime trahison, par Leïla Rogon

Kindle

[24 Heures de la Nouvelle 2015 : Le texte devait intégrer un lieu abandonné depuis un certain temps.]

« J’ai tout essayé, j’ai tout fait pour me convaincre que j’étais heureuse. J’essaye de me souvenir des instants paisibles et joyeux. Ces petites périodes de vie qui me comblaient tant. J’ai tout essayé, mais rien n’y fait, plus rien ne me donne envie de poursuivre l’aventure qui devait être la nôtre. L’histoire est terminée, pourtant je reste prisonnière de cette vie que je ne veux plus. Ni pour moi, ni pour toi. Je suppose que si tu ne t’en étais pas sorti ce jour-là, je serais plus heureuse, mais tu n’y peux rien. Je sais que c’est de ma faute, cet accident, et j’espère qu’un jour tu me pardonneras. Mais pour l’heure, le destin a choisi à notre place… Pardon mon amour. »

Johanna, les yeux vitreux, les joues marbrées de larmes, venait de noircir les dernières pages de son journal intime qu’elle avait décidé de ne plus jamais ouvrir. Alors qu’elle reprenait son souffle, la jeune femme éprouva une sensation de légèreté. Elle s’était libérée d’un poids, celui qui était son quotidien depuis maintenant près de deux longues années. Elle était bien décidée à lutter. S’occuper de son mari tétraplégique ne l‘empêcherait plus de rêver ni de vivre sa vie de femme. Depuis l’accident de voiture, Johanna s’était oubliée et en épouse aimante s’était occupée à plein temps de l’homme qui fut jadis l’homme sa vie. Elle se sentait responsable, car c’est elle qui conduisait ce jour-là. Hélas, Cyril n’était plus là. L’amour qui liait le couple autrefois se transformait peu à peu, faisant place à de la pitié. Remplie de colère, Johanna avait pris l’habitude de sortir le soir une fois son époux couché afin de crier au monde entier son désespoir. Assise dans sa voiture, parcourant la ville sans but précis, elle hurlait durant des heures avant de rentrer chez elle et s’allonger, le cœur lourd à côté de Cyril. Mais ce soir, elle en avait décidé autrement. Elle souhaitait rencontrer d’autres gens avec qui elle se sentirait vivante. Elle prit la route en direction de la ville voisine à la recherche d’un bar ou d’une discothèque, mais en vain. Johanna ne baissait pas les bras et s’aventura un peu plus loin parcourant quelques kilomètres supplémentaires. En quête d’une soirée agréable, elle ne lâchait rien et tentait de garder le sourire, persuadée qu’elle trouverait enfin le lieu qui lui donnerait de nouveau goût à la vie. Enfin, elle trouva un bar ouvert, le « Road Jack » à côté d’un commercial désaffecté. Pas du tout le genre d’endroit où elle risquait de rencontrer quelqu’un : un bar miteux, un repaire de gens tristes et silencieux qui semblaient chercher un peu de temps loin d’un mariage raté. Pourtant, Johanna s’y sentit comme chez elle et s’installa à une table et commanda un mojito. La soirée commençait de façon plutôt déprimante jusqu’à ce que le barman apporte un second verre offert par un homme installé deux tables plus loin.

— C’est de la part du monsieur en bleu ma petite dame. Il demande s’il peut se joindre à vous.
— J’accepte avec plaisir que ce monsieur me tienne compagnie.

L’homme s’installa en face de Johanna et se présenta. Il l’avait remarquée tout de suite lorsqu’elle avait passé la porte ; cheveux noirs ondulés, pommettes roses, poitrine généreuse, mais ferme, taille fine, jambes longues et élancées. Johanna quant à elle, elle s’était simplement dit qu’il était bel homme et que ses yeux clairs le rendaient mystérieux.

— Que faites-vous seule dans ce trou perdu ?
— J’avais juste envie de me détendre et de boire un verre.
— Une chance pour moi alors ! Je n’étais pas certain de sortir ce soir et au final j’ai eu envie moi aussi de me détendre, avait répondu Gilian.

Johanna ne souhaitait pas vraiment connaître cet homme. Ce qu’elle voulait, c’était sentir qu’elle pouvait encore plaire et passer du bon temps. Les deux jeunes gens échangèrent quelques banalités laissant Johanna songeuse. Cette conversation lui paraissait merveilleusement érotique et lui rappelait combien les rapports sexuels étaient artificiels. Elle se demandait ce qu’ils allaient faire ensuite. Jouer le jeu et coucher ensemble ? En tout cas, c’est ce que la jeune femme espérait.

— Le bar va fermer, mais si tu veux je connais un coin sympa pour terminer la soirée.
— Très bien, je te suis. Ma voiture est juste devant.
— Inutile de prendre ta voiture, ce n’est pas très loin. Nous prendrons la mienne et je te raccompagnerai ensuite.
— Heu, ça marche.

Johanna emboita le pas de Gilian qui l’invita à s’installer dans son véhicule. Quelle surprise de voir qu’ils n’avaient au final parcouru que quelques mètres et que l’homme venait de couper le contact juste devant le supermarché désaffecté. Ils descendirent de la Clio noire et avancèrent jusqu’à l’entrée du magasin.

— Mais qu’est-ce qu’on fait là ? demanda Johanna
— T’inquiète ma puce.
— Il n’y a rien ici et on ne peut pas entrer. Tu vois bien qu’il y a des rideaux en acier.
— Non, regarde, j’ai la clé de la petite porte.

Pas très rassurée, mais stimulée par l’adrénaline et l’alcool, Johanna entra avec le jeune homme.

— J’aimerais qu’on joue un peu. Je vais te bander les yeux si tu veux bien.
— Oui d’accord, j’ai envie de jouer ce soir.
— Je t’installerai ensuite, mais il faut que tu te laisses faire sans quoi notre petit divertissement ne sera plus aussi plaisant.

Excitée à l’idée de ne pas savoir ce que lui réservait le mystérieux homme en bleu, Johanna se laissa bander les yeux. Telle une marionnette, la jeune femme guidée par le jeune homme s’allongea sur ce qui semblait être une table. Gilian avait attaché les poignets et les chevilles de Johanna puis il avait déchiré lentement son tee-shirt avant de lui retirer le bandage qu’elle portait sur les yeux. La lumière vive éblouissait la jeune femme qui avait peine à voir, mais lorsque sa vue s’était enfin habituée elle se mit à hurler.

— Tu peux crier ma belle. Ici personne ne t’entendra.
— Mais qu’est-ce que je fais là et pourquoi Cyril est ici ?
— Ton cher mari, celui qui te dégoute tant ? C’est mon frère vois-tu.
— Mais Cyril n’a pas de frère, il ne m’en a jamais parlé.
— Quel dommage ! Pourtant nous nous sommes vus si souvent lui et moi ces derniers temps. Je te suis chaque soir attendant patiemment que je puisse t’aborder ma chère Johanna.
— Quoi ! Mais c’est un cauchemar.
— Non pas encore, mais ça va le devenir ma chérie.

Johanna fixait du regard rempli d’interrogation sur son mari cherchant une réponse. Cyril souriait et fit un signe de tête à Gilian qui lui injecta un anesthésiant suffisamment puissant pour que ses membres soient engourdis tout en la gardant éveillée.

— Mais qu’est-ce que tu fais, lui demande la jeune femme groggy.
— Patience ma puce, patience.

Le jeune homme découpa les jambes de Johanna puis les bras qu’il brandissait comme s’il était victorieux.

« Il n’y a pas de mots, pas de belles phrases pour résumer l’horrible soirée qu’on vient de passer. Souvent, on pense qu’on a fait tout ce qu’il était possible de faire et pourtant on est passé à côté. Comment empêcher le drame de se produire, comment empêcher le drame de nous poursuivre…»

FIN

Kindle

6 thoughts on “Ultime trahison, par Leïla Rogon

  1. C’est bizarre ce texte me laisse un peu sur ma faim, notamment la fin que je trouve rapide. J’ai beaucoup aimé la première partie, la rencontre dans le bar, le coup du frère, le supermarché parce que tu parles des sensations de l’épouse mais tu ne le fais pas quand elle se fait couper. As-tu eu peur que ce soit trop gore ?

    • Oui c’est vrai, j’aurai pu détailler plus mais hélas ce n’est pas le fait que ce soit gore mais plutôt que bébé était présent ne voulait pas dormir 🙁 Merci pour ce commentaire, je retravaillerai dès que j’aurai plus de temps.

  2. L’idée est horrifique… on ne se méfie jamais assez de son beau-frère ! Je suis d’accord avec le Cheyenne, la fin est par contre un brin rapide. Le lecteur sadique aurait aimé une montée de tension plus progressive… (je suis affreuse, désolée)

    • Mais non Dominique tu n’es pas affreuse 😉 Je sais que j’ai bouclé la fin un peu vite, je suis consciente de ça. Je retravaillerai cette nouvelle que je suis fier d’avoir terminé malgré les circonstance. Merci pour ton com 🙂

  3. Brrrr ambiance très glauque sur la fin de cette nouvelle qui mérite sans doute d’être un peu retravaillée pour bien boucler avec le début. En tout cas, j’ai été prise par surprise!

  4. Merci Anaïs d’avoir pris le temps de me lire et laisser un commentaire sur ma nouvelle. J’ai en effet l’intention de retravailler la fin de cette nouvelle. Je suis ravie d’avoir réussi à vous surprendre sur cette fin. Merci encore à vous.

Laisser un commentaire