Toi, femme et fils, par Vincent Boucicaud

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[24 Heures de la Nouvelle 2015 : L’histoire devait intégrer un lieu abandonné depuis un certain temps.]

desertification

C’est en regardant ton corps que tu constates les dégâts opérés par les souffrances conséquentes à la faim, la soif et la fatigue. Tes mains sont pâles, tes doigts sont longs, fins et décharnés. En les passant contre ton ventre, tu peux sentir chacune de tes côtes. Tu t’es déjà amusé à les compter, le soir, lorsque le sommeil peine à envelopper ton corps meurtri. Tu ne peux pas voir ton visage, puisqu’il n’y a aucune source d’eau à même de te fournir un reflet, mais tu sens bien que tes joues sont creuses, et de tes yeux ne doit plus ressortir aucune émotion. Tu as déjà perdu deux dents. La première s’est balancée dans ta bouche pendant plusieurs jours. Tu ne pouvais pas t’empêcher de la remuer avec ta langue, aussi elle a fini par se détacher. La deuxième, tu l’as crachée après avoir croqué dans une pomme.

Mais tu n’as cure de ton corps. Celui de Femme t’inquiète encore plus. Elle n’a quasiment plus de poitrine. Ses seins sont tout rabougris, tout plats, et ils tombent sur son ventre comme de vieilles mamelles. Le teint de sa peau est blanc comme le lait. Lorsque tu la suis dans le désert, tu vois poindre les os de ses épaules, et tu crains alors qu’ils ne percent sa peau. Elle ne dit jamais qu’elle a faim, ni même soif, mais cela se voit, puisque ses lèvres sont plus sèches que le sable, et son ventre fait de curieux bruits sans discontinuer. Tu as essayé de l’embrasser, la nuit dernière, après l’avoir serrée contre toi, mais elle n’en avait pas envie. Ta langue sèche contre la sienne, cela n’était pas très excitant. Et puis faire l’amour épuise. Tu l’as laissée en paix, et elle s’est aussitôt assoupie. Qu’elle dorme autant, voilà une chose qui t’inquiète. Peut-être que cette nuit, te dis-tu, elle s’endormira pour ne plus jamais se réveiller. Peut-être serait-ce une bonne chose, après tout. Peut-être que le sommeil éternel pourra lui apporter de l’eau et de la viande à profusion.

Femme ne se plaint jamais, tu l’as remarqué, mais par contre elle se plaint constamment de l’état physique et psychologique de Fils. Fils ne peut plus marcher qu’une heure par jour, aussi dois-tu le porter le reste de la journée. Il tousse beaucoup, et il a la diarrhée. Ses selles liquides ont une drôle de couleur et d’odeur, c’est sans doute une maladie. L’autre jour, tu lui as trouvé un morceau de viande, c’était du poulet, il n’a pas rechigné et le voir se régaler ainsi t’a mis un peu de baume au cœur. Malheureusement, il a tout vomi quelques heures plus tard. Depuis tu te contentes de lui donner quelques fruits et un peu d’eau, lorsque le désert se fait généreux. Fils parle encore un peu, mais il pleure souvent. Il ne comprend pas, il a des questions, mais tu ne peux pas y répondre, et cela te met hors de toi.

Pourtant, il faut marcher, marcher et encore marcher. Si tu n’avances plus, alors vous mourrez. Femme réclame sans cesse des pauses, tu refuses systématiquement. Il faut avancer, lui dis-tu, ou alors tout le monde mourra. Une fois, elle t’a répondu qu’elle serait mieux morte, dévorée par les bêtes du désert. Tu n’as rien répondu, mais tu as pensé bien fort qu’il n’y avait pas de bêtes dans le désert, et c’était bien dommage puisque cela aurait fait un peu de nourriture pour tout le monde.

Si les journées sont harassantes et font couler le long de vos dos des litres de sueur, les nuits sont froides et venteuses. Lorsque tu trouves du bois, tu allumes un feu, mais c’est bien rare. La plupart du temps vous vous contentez de vous serrer les uns contre les autres, Fils au milieu de toi et Femme.

L’après-midi même Fils s’est évanoui. Assis sur tes épaules, il s’était plaint d’avoir mal aux fesses. Elles étaient toutes rouges, irritées par ces diarrhées incessantes. Sans rien dire, sans un bruit, ses mains alors jointes autour de ton cou se sont détachées, et sa tête a basculé sur le côté. Femme a crié. Toi aussi.

Tu as étendu Fils sur le sol. Tu as regardé son joli petit visage d’enfant, et tu as pleuré. Tu croyais qu’il était mort, ton seul enfant, cet être innocent sacrifié pour des dieux auxquels tu ne croyais plus. Des larmes ont coulé le long de ta barbe, ont coulé sur ton enfant. Femme était accroupie sur le sol, elle aussi pleurait, elle gémissait contre ce sort qui s’acharnait.

Et puis Fils a ouvert les yeux. Il a souri, d’abord. Puis en vous voyant pleurer, Femme et toi, il s’est mis lui aussi à pleurer. Il pensait avoir fait une grosse bêtise. Femme a ri, nerveusement, toi aussi, puis Fils. Vous aviez eu un rare moment d’intimité et de tendresse. Tu ne te souvenais plus de la dernière fois où tu avais ri avec ta famille. Tu as cédé aux demandes de ta Femme de faire une pause, et Fils a pu se reposer, tu as même trouvé un peu d’eau.

Ce soir Femme et Fils vont donc un peu mieux, et comme ils vont mieux, tu vas mieux également. Tes jambes te font mal à cause de cette longue marche, et tes épaules aussi à cause du poids de Fils. Mais tu gardes le sourire, ce sourire pour une fois sincère.

Tu mouilles tes lèvres sèches avec ta langue, et tu embrasses Femme. Elle rit, elle te traite de salaud, et vous riez tous les deux. Tu lui prends la main, et ainsi vous avalez les kilomètres beaucoup plus facilement, elle et toi.

Du sable, du sable et encore du sable. Partout, et plus loin que l’endroit le plus lointain où les yeux peuvent se poser. Le soleil laisse peu à peu sa place à une obscurité de plus en plus envahissante. Le vent se lève, c’est le seul bruit qui vient perturber le silence absolu qui règne en maître dans le désert. Un bruit agréable, presque comme une musique, une berceuse qui pourtant vous fait trembler toute la nuit.

Femme te dit qu’il faudrait trouver un campement pour la nuit. Elle a raison, tu le concèdes. Mais on ne peut pas se coucher à même le sable. Une fois, vous aviez dormi à l’abri d’une dune. Mais le vent avait fait se déplacer la dune, et tu avais avalé une gorgée de sable. Vous aviez dû marcher en pleine nuit pour trouver un endroit plus convenable. Il faut marcher, et puis c’est tout, et vous dormirez lorsque se présentera une occasion, aussi médiocre soit-elle. Femme ne dit rien. Elle ne sourit plus.

Et puis soudain, alors que tu fixes le sol, Fils crie quelque chose. Tu te mets en position de défense, tous tes sens sont aux aguets, prêts à la moindre attaque. Déjà ta main s’approche de la pierre taillée que tu gardes toujours à ta ceinture. Fils te calme, et te fait signe de regarder à l’horizon. Ni créature, ni homme, rien d’autre qu’un petit bois.

C’est inespéré. Tu crains un mirage, mais en t’approchant il faut bien se rendre à l’évidence : c’est bien réel. Il y a là un petit bois, seulement quelques dizaines d’arbres, mais un bois qui sera l’endroit idéal pour dormir. Et aussi peut-être pour se nourrir de quelques fruits, et boire un peu d’eau fraîche. Tu retrouves le sourire, Femme aussi. Vous félicitez Fils, désormais l’éclaireur de la famille. Fils rit, il prend son nouveau rôle d’éclaireur très à cœur, il regarde partout autour de lui, juché là-haut sur tes épaules.

Après une heure ou deux, tu reviens auprès de Femme et Fils, qui descendent de l’arbre pour te rejoindre. Tu es rassuré de voir qu’ils n’ont pas disparu. Ce qui hante tes nuits c’est de perdre ta famille. De te réveiller seul, un matin. Tu te tuerais sans doute aussitôt.

Tu ne sais pas par où commencer. Tu as des choses à dire à Femme. Au milieu du bois, tu as vu quelque chose. Cela t’a fait peur, mais cela t’a aussi excité. Tu ne dis rien, mais Femme remarque un changement dans ton comportement. Elle te demande pourquoi tu gigotes ainsi, tu lui réponds de manger, car tu as aussi ramené dans ton sac quelques fruits, et ta gourde est remplie d’eau. Femme trépigne de joie, elle en a les larmes aux yeux, et Fils saute dans tous les sens. Pendant qu’ils dévorent leur maigre pitance, tu vois dans les yeux de Femme un profond respect pour toi, et aussi de l’amour. Elle t’aime, et tu l’aimes aussi. Lorsque vos ventres ne grogneront plus, alors une autre faim surgira, et vous pourrez faire à nouveau l’amour, et tu pourras semer dans ce ventre encore fécond la graine d’une nouvelle vie. Tu sens les larmes te monter aux yeux. Tu tousses, pour qu’on ne t’entende pas sangloter. Ta famille mange : tu es heureux.

Femme te questionne. Elle veut savoir pourquoi tu étais aussi excité. Tu réponds simplement que c’est parce que tu as trouvé un peu de nourriture. Elle sait que tu mens, elle te frappe l’épaule en riant, elle veut savoir la vérité, il y a autre chose, elle l’a deviné dans ton regard.

Tu lui expliques. Au milieu du bois, près des arbres fruitiers, tu as vu des pierres. Mais ça n’étaient pas des pierres ordinaires : elles étaient taillées. Elles formaient un mur. Il y avait aussi ce qui était sans doute un toit, qui était malheureusement éboulé, également en pierre. Et du bois aussi, partout, du bois taillé en de longs et gros morceaux. Une maison, abandonnée. Tu as ramené un petit quelque chose, d’ailleurs.

Tu sors le couteau de ton sac, Femme s’en empare, elle le regarde, le retourne en tous sens, et elle pleure. Le couteau est rouillé, il ne coupe plus, mais il existe quand même. Femme pleure, et elle te dit entre deux sanglots que les légendes disaient vrai, que les villes ont existé. Il ne faut pas s’affoler, il faut se calmer, c’est ce que tu lui conseilles, mais toi-même tu te sens tout agité.

Fils intervient dans la conversation. Il demande ce qu’est une ville. Tu ne lui as jamais parlé des légendes parce que tu n’y crois plus. Mais avec la découverte de ce couteau, et de ces ruines, les choses sont différentes. Maintenant tu sais que tu dois lui raconter, et il jugera lorsqu’il sera plus grand.

Les villes, tu dis, ce sont des endroits où les hommes vivent tous ensemble. Des centaines de familles habitent ensemble, dans la paix et la joie, et ils ne manquent jamais de rien puisqu’ils s’entraident tous. Ils vivent dans des maisons, des cabanes en pierre, où ils s’abritent de la pluie et du froid. Ils disposent d’armes de très haute qualité, faites avec d’étranges matières, comme ce couteau que tu tends prudemment à Fils. Ils ne craignent rien, ces gens, et ils se mélangent entre familles. Ils ne sont pas obligés de prendre pour épouses leurs cousines ou bien leurs sœurs, comme Femme et toi, non, ils se font confiance les uns les autres et s’épaulent dans la vie et dans la mort. Les hommes sont heureux, dans les villes.

Fils demande alors où sont les villes. Tu réponds que tu as vu les ruines d’une maison, au milieu du bois, mais que c’est la première fois de ta vie que tu vois la preuve de l’existence des villes telles que décrites par les légendes. Fils est troublé. Pourquoi il n’y a plus de villes ? Tu ne sais pas trop quoi lui répondre, puisque les légendes sont floues à ce propos. Un jour, il paraît, le feu s’est abattu sur la terre, il est tombé du ciel et a tout brûlé sur son passage, les villes comme les hommes. Il n’est plus resté que quelques familles qui depuis survivent au lieu de vivre.

Fils demande si ton père a déjà vu une ville. Tu lui réponds que tu as déjà demandé à ton grand-père avant qu’il ne meure, et il t’avait répondu que son grand-père n’en avait jamais vu, ni même le père de son grand-père. On ne pouvait pas remonter plus loin. Peut-être que même si on remontait des millions de levers de soleil en arrière, ou des millions de grands-pères en arrière, les villes auraient déjà disparu. En fait, tu n’en sais rien. Parfois, des voyageurs disent avoir trouvé des ruines gigantesques, qu’une journée de marche ne suffit pas à parcourir d’un bout à l’autre, mais tu précises bien à Fils qu’il y a des menteurs partout, dans le désert.

Fils demande s’il peut voir les ruines. Tu lui dis non, c’est trop dangereux. Ça ne sert à rien, ce ne sont que des vestiges. Il n’y a plus de villes.

Femme veut alors parler de ces croyances absurdes. Elle les tient d’un commerçant qui voulait lui faire l’amour. Il lui a dit qu’au bout de la terre, lorsqu’on ne peut plus faire un pas de plus, une immense étendue d’eau s’offre aux yeux du voyageur, et que celui qui réussit à parcourir toute cette eau arrive sur une autre terre, un endroit où les villes existent encore. C’est absurde, tu le dis bien à Fils. Tu le sais bien : si Femme accepte de marcher autant, c’est parce qu’elle veut trouver cette étendue infinie d’eau pour ne plus jamais avoir soif. Chacun ses rêves. Le tien c’est de voir ton Fils parvenir à l’âge adulte.

Femme et Fils, le lendemain, se réveillent de bonne humeur. Tu lis de nouveau quelque chose dans les yeux de Femme, tu ne sais pas ce que c’est, sans doute de la joie. Les selles de Fils sont un peu plus solides que la veille. Tu blagues avec lui, il rit à gorge déployée, il danse, il se roule par terre. Il te lance un fruit en pleine figure : tu fais mine de t’énerver, car tu lui as déjà enseigné combien la nourriture est précieuse. Au fond de toi tu n’es pas énervé, car voir ton fils jouer, même de cette façon, t’émeut comme aucune autre chose sur cette terre. Il est heureux. Ils sont heureux. Tu es heureux.

Tu promets à Femme que vous resterez là plusieurs jours, afin de reprendre des forces. Mais il faudra être discret, et ne pas s’éterniser. Bien d’autres voyageurs traversent ces terres, et certains ne rechignent pas à se nourrir de chair humaine, et à violer les femmes et les enfants des familles des autres. Il faut être prudent. Là où poussent les fruits, poussent aussi les ennuis. Femme acquiesce. Lorsqu’elle n’a plus faim, elle devient plus responsable. Tu lui rappelles votre enfance, lorsque votre frère, le cadet, s’est fait enlever. Père n’avait rien pu faire, et toute la famille avait beaucoup pleuré. Cela ne devait pas se reproduire. Jamais. Femme est triste, elle repense à ce sombre événement. Tu l’embrasses, tu lui souris.

Lorsque le soleil est bien haut dans le ciel, tu invites Femme et Fils à grimper dans un arbre pour se cacher, pendant que tu vas récolter quelques fruits près de la ruine mystérieuse. Fils veut venir avec toi. Tu refuses : c’est un endroit dangereux, et puis il faut veiller sur Femme. Fils, conscient de son rôle de seul mâle lorsque tu n’es plus là, n’insiste pas. Tu lis l’orgueil et la fierté dans son regard.

La ruine est toujours là, rien n’a bougé. C’est normal, rien n’a dû bouger depuis des siècles et des siècles. Tu es à la fois fasciné et effrayé. La vérité c’est que cette ruine t’obsède, elle a d’ailleurs hanté les rêves de ta dernière nuit. Lorsque finalement tu as pu trouver le sommeil, alors que l’aube commençait à éclairer le monde, ça n’était que pour voir des pierres et des familles vivant sous un toit. Des gens ont donc réellement vécu là ? Que faisaient-ils de leurs journées ? Ont-ils du fuir, lorsque le feu est tombé sur eux ?

Tu caresses les pierres finement taillées, tu ressens la lourde histoire dont elles sont chargées. Tu peux entendre les rires, les pleurs et les cris. Tu t’approches du sol, tu veux découvrir quelque chose, mais il n’y a plus rien depuis longtemps. Tout est détruit, réduit à néant. Ces mêmes pierres, ces morceaux de bois, seront bientôt emportés par des pilleurs ou par le temps, et il ne restera plus rien de ces vestiges d’un autre temps.

Tu imagines ta propre vie dans cette maison, aux côtés de Femme et Fils. Des journées à ne rien faire, sans marcher, à manger et dormir. Quelle vie cela aurait été ! Quel bonheur ! Avec du temps pour toujours, du temps pour tout faire ! Jamais vos ventres ne se seraient creusés, jamais vos visages n’auraient blanchi, vos yeux perdu leur vivacité… Seul, joyeux, tu te mets à rire, et à siffler, comme emporté par un tourbillon venu des esprits de tes plus lointains ancêtres ayant vécu ici.

Mais tu pousses soudainement un cri. Oh ! Oui, tu as vu quelque chose. Tu as peur. Là, sous un des énormes morceaux de bois, tu vois quelque chose. Un peu comme ce couteau, cette chose-là est sortie de la main de l’homme, oui, tu le devines.

Tu t’approches, tout doucement, comme lors des si rares traques d’un animal, et tu constates qu’il s’agit d’une boîte, en bois elle aussi. Elle est très finement sculptée, il y a des motifs tout autour. Tu ne sais pas ce qu’ils représentent, c’est peut-être ce que les Anciens appellent l’écriture, ou alors ce sont des dessins. Tu les touches avec les doigts, tu parcours leur tracé, tu ressens la passion de l’homme des autres temps qui l’a un jour taillée avec ses objets magiques… C’est joli. Cela ferait un superbe cadeau pour Femme, elle pourrait y mettre ses affaires.

Tu l’ouvres, et tu constates avec encore plus d’étonnement qu’il y a quelque chose à l’intérieur. Tu n’as aucune idée de ce dont il s’agit. C’est une autre boîte, un peu plus grosse que ton poing, faite d’une matière qui t’est inconnue. C’est dur au toucher. Mais c’est lisse, et tout noir. Cet objet est très abimé. Tu le retournes en tout sens, et tu souffles dessus pour y enlever la poussière et les quelques fourmis qui s’y promènent.

La boîte est parcourue de petites choses également de couleur noire, et mouvantes. Tu les tournes et les retournes dans tous les sens, mais rien ne se produit. Tu le sais bien : c’est un objet magique. C’est peut-être dangereux, mais la curiosité l’emporte.

Alors tu appuies sur quelque chose, et tu entends un horrible son, un grésillement atroce, comme le cri d’un monstre inconnu. Tu sautes et tu lances la petite boîte le plus loin possible. Tu as peur. Non, tu es terrifié. Tu as peut-être activé le sort de cette boîte magique.

Et puis une voix se fait entendre. Elle chante des choses dans une langue inconnue, et un étrange accompagnement musical l’escorte. Qu’est-ce que cela ? Tu crois entendre le chant des enfers. Cela sort de la petite boîte. Sans doute un portail vers d’autres Plans, vers les Enfers, vers d’autres temps.

Tu ne veux pas le savoir. Tu t’empares d’une des pierres taillées, tu t’approches de la boîte noire, et tu écrases la pierre dessus, en poussant un grand cri. La boîte pousse un autre grésillement, et puis plus rien. Le silence, à nouveau.

Tu reprends ton souffle. Le sort est conjuré, visiblement. Tu as peut-être sauvé ta peau, et donc celle de Femme et Fils. Tu comprends que c’est une bêtise de vouloir approcher les choses de l’autre temps. Ce sont des choses trop compliquées, trop dangereuses. Tu retiendras la leçon.

Le lendemain, toi, Femme et Fils quittez cet endroit maudit, non sans avoir emporté quelques fruits. Tu n’auras plus jamais l’occasion de croiser des vestiges de l’ancien temps. Ta Femme et ton Fils non plus.

FIN

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3 thoughts on “Toi, femme et fils, par Vincent Boucicaud

  1. J’ai adoré ! Le choix du point de vue est très intéressant. Ta plume est belle et pleine d’émotion.

  2. Ton texte commence sur de la douleur, et cela, ton écriture sait bien la retranscrire. Même quand il leur arrive de bonnes choses (comme trouver un abri), il y a des malheurs qui s’abattent sur eux, qu’ils soient actuels ou passé.
    L’idée d’utiliser des mots comme « Fils » est assez bonne. Cela donne un certain style au texte.
    Le scénario en lui même est assez court et basique mais dans ce contexte, il est très intéressant. Tu t’attardes aussi beaucoup sur les sensations des personnages ce qui rend le texte réaliste.
    Les personnages… Le narrateur est très travaillé, le fils assez compte tenu de son âge. La femme m’a laissé sur ma faim :/ Mais c’était sans doute dur à retranscrire vu que ce n’était pas sous son point de vue. Cependant, elle me semblait trop… fragile. Vu le contexte et surtout si les femmes sont en danger vis à vis des autres hommes, n’aurait elle pas dû s’endurcir pour survivre ? Y a des passages qui m’ont fait tiquer, comme la manière dont elle est introduite. Le narrateur dit qu’il s’inquiète pour elle et enchaine de suite sur… ses seins. Et il décrit bien du coup on se demande « Il est inquiet car elle va mal ou car il ne peut plus coucher avec elle ? » (truc accentué par la suite). Peut être n’est ce que moi mais… Je sais pas. C’est bizarrement formulé. L’autre passage c’est quand le père dit à son fils de rester là pour protéger sa mère. C’est un (petit) enfant malade et elle une adulte. En quoi peut il la protéger ?

    Je fais des reproches mais j’ai bien aimé hein. Le passage où il croit que le fils est mort est fort en émotion. Et celui de la radio (car j’imagine que c’est cela) très ingénieux.
    Le fait de parler de famille et d’inceste ajoute une impression de glauque et d’horreur. On sent vraiment le monde apocalyptique. Tu as très bien retranscrit ton univers.
    Y a juste ce petit truc qui m’a sorti de l’histoire.

  3. Narration originale, c’est la première fois que je lis un texte à la seconde personne. Du coup, on se sent encore plus près des personnages, c’est intéressant 🙂

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