Tâtonnements, par Christian Perrot

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[24 Heures de la Nouvelle 2015 : L’histoire devait intégrer un lieu abandonné depuis un certain temps.]

L’homme ouvrit les yeux et fut gratifié d’une obscurité sans faille. Il aurait pu paniquer, songer à la cécité, à un accident passé ou à bien d’autres choses encore. Ce ne fut pas le cas. Son esprit semblait vide de toute pensée cohérente.

Seules les sensations physiques étaient présentes. Sa bouche pâteuse, par exemple, et la perception de son environnement via un organisme engourdi comme après un trop long sommeil. Un froid mordant frôlait, de ses doigts immatériels, sa peau nue, générant une intense « chair de poule ». Malgré cela, le corps demeurait immobile, comme séparé de tout contrôle mental.

L’homme lutta un long moment en investissant l’ensemble de ses forces psychiques. Il en resta pantelant, aussi essoufflé qu’après une course à pied. Son cerveau accepta néanmoins d’agir et de commander à ses membres gourds.

Il s’assit alors avec une maladresse de nouveau-né.

L’homme tourna la tête à plusieurs reprises puis se passa la main sur le visage. À chacun de ses mouvements, ses articulations craquaient de manière lugubre. Autant de signes confirmant une importante période d’immobilité. Peut-être sortait-il du coma.

Convaincu de n’être pas aveugle, sans pour autant savoir d’où lui venait cette certitude, l’homme émit un son. Il avait songé à une phrase complète, structurée et claire. Sa gorge asséchée fut à peine capable de produire une série de croassements inhumains. Les mots « lumière » et « chaleur » se trouvaient mêlés à ces phonèmes. Du moins, une version déformée à l’extrême limite de la compréhension.

Contre toute attente, une lumière vive chuta sur les lieux. Elle semblait provenir de partout et de nulle part en même temps. Une petite pièce, plutôt une cellule car sans fenêtre ni porte, jaillit de l’obscurité. L’ameublement s’avéra réduit à son plus strict minimum. Et pour cause : une plaque de métal dépassant du mur en représentait l’unique élément.

L’homme comprit sans mal le froid ressenti. Le grabat était glacé, à la manière d’un objet à peine sorti d’un congélateur. Il ouvrit la bouche pour réclamer de nouveau de la chaleur. Ses paroles se firent à peine moins rauques mais toujours inhumaines.

Une voix parut tomber sur les lieux avec la précision d’un couperet sur une nuque. Le timbre s’avérait digitalisé, comme émit par un haut-parleur mal réglé. Le langage ne correspondait à rien de connu pour l’homme solitaire assis nu sur la plaque métallique. Déçu, celui-ci essaya de communiquer à nouveau, en pure perte, sa gorge continuait d’émettre des sons sans suite.

Dans un feulement, une plaque s’escamota dans la paroi proche du grabat. Un gobelet en métal apparut dans un renfoncement à peine assez grand pour lui. Un simple coup d’œil vers le contenant suffit à l’homme pour y découvrir un liquide clair.

— Merci, se força-t-il à émettre.

En tendant son bras vers le gobelet, l’homme réalisa le tremblement inconscient de ses doigts glacés. Il dut donc serrer à deux mains le récipient pour ne pas le renverser. L’instant suivant, il buvait avec lenteur la boisson « offerte ».

Le liquide se révéla tiède. Certes, il n’avait aucun goût immédiatement reconnaissable. Cependant, dans sa glissade le long de l’œsophage humain, le fluide réchauffa l’organisme et dégrippa les cordes vocales.

— Merci beaucoup, appuya l’homme tout en reposant le gobelet dans le logement mural.

La plaque se rabattit dans le même bruit caractéristique.

Un court silence s’installa à son aise dans la pièce minuscule. Les jambes ballantes, l’unique occupant des lieux patientait. Une certaine chaleur commençait à envahir l’atmosphère.

La voix revint dans une longue tirade à la consonance étrange. Le timbre, presque métallique, ne contenait aucune variation accompagnant d’ordinaire un langage vivant. L’ensemble déplut à l’homme solitaire.

À son grand étonnement, ce dernier réalisa bientôt qu’il comprenait l’idiome employé par la voix digitalisée. Il était pourtant certain de n’avoir jamais entendu de sa vie ce langage complexe. C’était comme si son cerveau avait été programmé pour déchiffrer un dialecte bien précis.

Le discours de l’individu invisible se perdait dans des tournures de phrases alambiquées et complexes. En substance, il y était question d’un peuple mécanisé capable d’agir sur la fibre d’ADN. Ses membres étaient parvenus à prélever l’essence vitale d’un individu organique afin de l’implanter dans un nouveau corps construit pour l’occasion. Cette civilisation non-humaine travaillait depuis longtemps à régénérer une espèce organique viable capable de développer une nouvelle civilisation. D’où la présence de l’homme solitaire.

Même s’il comprenait la langue employée et les mots prononcés, ce dernier dodelina bientôt de la tête, presque hypnotisé par la voix métallique. Son esprit se détachait de l’instant présent pour mieux se plonger dans ses propres souvenirs. Une planète au ciel bleu lui apparut derrière ses paupières fermées. Un monde de grands espaces emplis de fleurs et abritant une faune diversifiée. Un nom remonta alors à la surface de sa conscience : Joannes.

Alors que cette connaissance naissait dans son vortex, la voix monologuant arrêta son débit ennuyeux. Une question fut formulée, pour la seconde fois au moins, à en croire l’esprit humain :

— Êtes-vous d’accord ?

— Pardon ? hésita Joannes, d’une voix râpeuse.

— Je vous proposais de nous rencontrer physiquement, reprit son interlocuteur non visible.

— Oh ! si vous voulez…

Joannes ne voyait pas sous quel motif refuser l’invitation. Il n’avait guère le choix à dire vrai. Après tout, il n’y avait aucune sortie visible à la pièce.

L’attente ne dura guère plus d’une poignée de secondes. Comme si l’individu en question se trouvait tout près de la pièce durant sa longue tirade vocale. Un bref sifflement à la limite de l’ultrason fit sursauter Joannes. Une ouverture venait d’apparaître dans l’une des parois.

Sur le seuil se tenait une silhouette à peine humanoïde dans sa forme mais incontestablement mécanique. Ses articulations laissaient entrevoir des rouages et chacun de ses mouvements déclenchait de petits vrombissements de servomoteurs. Sa tête allongée n’arborait aucun trait reconnaissable. Juste un simple trou représentant une bouche stylisée s’ouvrant sous deux yeux sombres ressemblant à des boutons à bottines.

Cette association d’idée donna l’occasion à Joannes de se replonger dans ses souvenirs. En pensée, il revit une jeune femme aux petits pieds. Ses bottines comportaient des boutons sombres, à peine ouvragés, très à la mode.

L’homme fut extirpé de sa réminiscence du temps passé par la voix artificielle de son interlocuteur désormais planté debout devant lui :

— Comment vous sentez-vous ?

— Vivant ! hasarda Joannes.

— En effet, vous avez raison, le terme est vraiment bien choisi. Ce qui prouve que votre cortex cérébral a bien accepté votre nouvel organisme génétiquement modifié.

L’humain leva la main pour stopper le débit rapide de l’androïde.

— Pourquoi moi ? demanda-t-il.

Son interlocuteur artificiel parut surpris. Du moins, autant que le lui permettait sa morphologie lisse.

— Le service des Admissions, dont je fais partie, s’occupe seulement de cloner et de modifier le génome de la race liée à l’essence vitale importée, à aucun moment nous ne nous soucions de qui ou de pourquoi, je suis désolé de ne…

— Qu’attendez-vous de moi ? le coupa Joannes.

— Là encore, je ne puis vous renseigner, cela dépend du service des Expéditions…

— Et dans l’attente ? Je vais rester dans cette pièce sordide ?

— Non, ce n’est pas nécessaire, cela serait contraire à nos habitudes, je vais vous conduire dans un autre lieu, plus grand et plus aéré où vous trouverez…

— Allons-y ! ordonna l’homme lassé par les explications fleuves de son interlocuteur dont la voix ne semblait jamais capable de se tarir.

— Suivez-moi, conseilla le cicérone sans vie.

Trop heureux de quitter la cellule sans fenêtre, Joannes se pressa d’emboîter le pas à son interlocuteur. Il fut néanmoins déçu en trouvant un simple dédale formé de couloirs impersonnels de l’autre côté de la porte. Les croisements se succédèrent sans que le duo ne croise la moindre âme vivante ni même le plus petit système en mouvement.

L’humain crut ne jamais atteindre le bout du trajet tant ses muscles commençaient à lui crier des appels douloureux. Certes, il disposait d’un corps tout neuf, mais ce dernier ne semblait pas encore opérationnel à cent pour cent.

Enfin, son guide s’avança de son pas rapide vers une cloison occultant l’extrémité d’un couloir. Un pan de mur s’escamota, avalé par la structure métallique des lieux. De l’autre côté, une forte lumière inondait une zone assez vaste.

Clignant des yeux pour les habituer à l’éclairage bien plus puissant que dans le labyrinthe précédent, Joannes fit quelques pas hésitants. Dans son dos, son cicérone en profita pour placer des explications sans fin :

— Vous ne serez pas seul, ici, mais en compagnie de tous les êtres organiques tels que vous qui patientent dans l’attente de leur convocation par le service des Expéditions, vous serez nourri à votre convenance et le temps ne sera sans doute pas si long avant…

— On se croirait dans une cour des miracles !

L’exclamation poussée par l’humain fit taire l’androïde.

— Je ne sais pas à quoi correspond cette appellation, émit-il de sa voix métallique, cependant, je crois comprendre que vous faites allusion à la diversité des organismes regroupés ici, dans ce cas, oui, vous avez raison, les membres du service des Admissions ont en charge de nombreuses entités provenant de planètes diverses, de fait, chaque race est différente, bien que, par commodité pour nos travaux, nous nous efforcions d’approcher au plus près une forme humanoïde bien pratique pour la dotation en équipement éventuel…

— C’est bon, c’est bon, j’ai compris, assura Joannes pour faire taire l’organisme artificiel.

— Je vous laisse, en ce cas ! répliqua l’androïde.

Sans attendre et sans un regard en arrière, il quitta les lieux. Dans un tintement métallique, la paroi se referma derrière lui, abandonnant l’homme à son sort.

Pourtant, ce dernier ne s’intéressait pas à son cicérone parti. Ses yeux demeuraient fixés sur la foule hétéroclite déambulant devant lui.

La place en question ressemblait à une ancienne cheminée volcanique où la nature avait repris ses droits. Au centre, une flore imposante colonisait chaque fissure du sol avant de s’élever verticalement vers un ciel orangé baigné de lumière. Le long des falaises, une grande quantité de cavernes, naturelles ou non, brisait la monotonie de la roche. Des ponts translucides et des escaliers de même consistance rejoignaient les différentes cavités tout en permettant d’y monter depuis le sol.

Malgré ces aspects déjà curieux en soi, les gens présents adoptaient toute une gamme de caractéristiques corporelles. Les couleurs de peau, la forme des yeux, la présence ou non d’oreilles et de nez, la structure même des visages et l’implantation des chevelures, toutes les options organiques semblaient avoir été tenté avec plus ou moins de succès. Du moins, d’un point de vue uniquement esthétique aux yeux de l’humain. Très rares étaient les individus « presque » agréables à la vue.

Tout le monde allait nu comme des nouveau-nés aux corps déjà adultes. Aucune gêne ou pudeur ne semblait exister au sein des hominiens. L’analogie avec l’antique cour des miracles revint en force dans l’esprit de l’observateur avec son lot de difformités présentes.

Une femme à la peau brune s’approcha de Joannes toujours pétrifié de stupeur, incapable de se retenir d’observer en silence les êtres présents. L’entité féminine présentait un visage expressif rendu exotique par des yeux très écartés de part et d’autre d’un nez ridiculement petit. Le tout surmonté d’une cascade de cheveux verts couvrant une partie de sa poitrine. Ses lèvres pulpeuses se plissèrent en un sourire étonnement humain. Si l’ensemble était plutôt surprenant, de prime abord, un certain charme s’en dégageait comme une beauté venue d’ailleurs. Ce qu’était certainement la créature.

— Sois le bienvenu en Point de Transit ! annonça la femme d’une voix douce aux accents chantants. Je me prénomme Rheïane et toi ?

— Joannes.

— De quelle planète viens-tu ? reprit-elle.

— La Terre, je crois.

— Pour ma part, je me souviens être née sur Zhuluk.

Machinalement, l’homme tendit sa main vers son interlocutrice. Cette dernière regarda le geste d’un œil interrogatif. Elle ne semblait pas connaître la coutume de la poignée de main.

— Ce n’est pas grave, affirma Joannes en baissant sa dextre.

— Il s’agit d’un salut terrien ? supposa Rheïane.

— En effet, confirma l’homme.

— Chez nous, sur Zhuluk, nous agissons ainsi.

Sans se formaliser, ses lèvres virent frôler celles de son interlocuteur. Ce dernier sentit des frissons le parcourir des pieds à la tête sous se contact bien plus agréable qu’une simple poignée de main.

— Tu viens ? reprit-elle sans sembler avoir remarqué le trouble déclenché chez Joannes.

Elle le guida en direction d’un long escalier grimpant vers les étages supérieurs.

Tout en suivant son nouveau guide, bien plus joli à regarder que le précédent, l’homme s’étonna de la composition de l’objet sur lequel il progressait. La structure, translucide, était à peine grumeleuse et légèrement élastique sous ses pieds nus. Il fut surpris de lire dans son esprit une allusion à un matériau obtenu artificiellement par recombinaison moléculaire. Sans doute une connaissance implantée lors de son réveil. Une de plus !

Le cicérone féminin conduisit Joannes au seuil d’une petite caverne. Le visiteur n’eut guère besoin d’un long inventaire visuel pour comprendre qu’il s’agissait-là d’un lieu de vie. Le sol et les parois se trouvaient couverts de sorte de tapis tressés dans de grosses fibres rugueuses, peut-être végétales. Un lit ressemblant à un nid occupait la zone la plus éloignée de l’entrée et une sorte de « coin repas » se trouvait caractérisé par plusieurs pots métalliques.

— Pourquoi ? questionna l’homme.

Se méprenant sur l’interrogation, la dénommée Rheïane répondit en lui souriant :

— Parce que, de mémoire de transitienne, tu es l’un des plus beau qu’Ils aient construis. Mon cœur s’est emballé dès que je t’ai vu.

Joannes secoua la tête.

— Non, je parlais de tout cela, de notre présence ici, de tous ces… êtres vivants ici… Je ne comprends pas.

— Bien peu s’interrogent ainsi.

— Désolé de te décevoir.

— Ce n’est pas du tout cela, moi aussi, je me pose souvent ce genre de questions. Cependant, avec toi, ici près de moi, je pense à bien d’autres choses. Nous aurions tant à partager ensemble. Tu me plais…

Tout en parlant, elle avait fait courir ses doigts fins le long du visage de son interlocuteur. Leurs lèvres se frôlaient, mêlant leur souffle.

— Je ne me sens pas prêt pour cela, pardonne-moi, affirma-t-il en la repoussant gentiment. Je ne me sens pas libre de m’abandonner. Mon esprit est trop empli de doutes. N’y a-t-il donc personne qui puisse répondre à mes questions ?

Une ombre parut glisser sur le visage féminin. Les lèvres tremblantes, elle dut les humecter de sa langue avant de pouvoir reprendre la parole d’une voix enraillée :

— Il y a celui que tous nomment Le Premier. Il était là avant nous tous.

— Est-ce qu’il accepterait de me rencontrer ? questionna Joannes, le cœur empli d’espoir.

— Je n’ai jamais entendu dire qu’il ait refusé cela à quiconque. Sauf que…

— Oui ?

Rheïane retint la réponse le temps d’une profonde inspiration avant de la livrer :

— Ceux qui recherchent la connaissance quittent cet endroit et aucun ne revient.

— Les machines leur causent du tort ?

— Je ne sais pas, avoua-t-elle. Ils partent, c’est tout. Je n’en sais pas plus.

— Conduis-moi devant ce Premier, je verrai bien.

— Si tu y tiens.

La mort dans l’âme, Rheïane prit la main de son hôte avant de l’entraîner vers le sol le long des passerelles translucides. Sur leur trajet, les autres individus difformes se contentaient d’observer le couple. Aucun ne fit mine de les interpeller ou de les arrêter.

La femme aux cheveux verts guida Joannes vers un réseau de galeries souterraines. Le dédale était considérablement ancien comme en témoignaient les parois et le sol couverts d’une mousse épaisse. Cette dernière émettait une légère phosphorescence suffisante pour éclairer les lieux. Les galeries ne semblaient pas avoir été empruntées depuis des lustres. La végétation foulée par les pieds nus du couple était intacte avant leur passage.

Enfin, ils débouchèrent dans une minuscule salle. Sa petite taille n’était pas le fait de sa superficie réduite, mais de son encombrement. Et pour cause : une grande partie de sa surface était occupée par des machines. Celles-ci ronronnaient de manière régulière tandis qu’une myriade de lumières colorées clignotait à leur surface. Joannes remarqua sans mal les toiles d’araignée et la mousse emplissant le moindre interstice. Il nota également de nombreuses traces de rouille maculant certaines zones. Les lieux devaient se trouver à l’abandon depuis des années, peut-être même plus. Pourtant, l’ensemble fonctionnait toujours, quel que soit son mode de réapprovisionnement en énergie.

Au centre de la machinerie se dressait une sorte de fauteuil monumental. Sur ce dernier, une silhouette siégeait à la manière d’un roi antique. Mais là s’arrêtait la comparaison. En effet, la forme en question ne pouvait être confondue avec un être humain. Mélange de robot et d’organisme vivant, la chose se trouvait raccordée à la machinerie derrière elle par une grande quantité de câbles. Joannes songea à une marionnette manipulée par des mains invisible lorsque l’entité se mit à bouger et à parler :

— Que voulez-vous, enfants ?

Le couple frissonna tant le timbre de voix de leur interlocuteur était cliquetant et inhumain.

— Je veux savoir ce que nous sommes et pourquoi nous avons été créés, répliqua Joannes.

— Vous êtes une armée conçue pour la guerre, répondit l’individu sans une once d’émotion dans la voix.

Un hoquet secoua le couple.

— Les robots sont en guerre avec un peuple organique, cliqueta le Premier. Ils ne peuvent vaincre car leurs adversaires disposent d’une technologie capable de détruire toute entité sans vie. Aussi, nos créateurs effectuent-ils des expériences sur des organismes vivants. Cependant, malgré leurs capacités cognitives et leur avancée technique, ils doivent avancer par tâtonnements. Étapes par étapes ! Ils maîtrisent le clonage mais sont incapables de créer les âmes nécessaires à la conduite des corps obtenus. Ils sont donc contraints de prélever des essences vitales sur d’autres planètes. Ils mélangent ensuite tout ce qui se trouve à leur disposition. Le but est de créer des organismes viables mais dociles. Une armée qui pourra attaquer à leur place leurs ennemis organiques.

— Quelle horreur… frémit Rheïane.

— Ne peut-on leur échapper ? questionna Joannes. Que sont devenus les autres, ceux qui sont venus vous voir ?

La tête de l’entité artificielle effectua un mouvement ambigu.

— Je les ai envoyés à la surface.

— Qu’y a-t-il là-bas ? s’enquit l’homme.

— Je ne sais pas, avoua le Premier. L’atmosphère est respirable, cela, j’en suis certain. Le reste ne dépend pas de moi. Il y a sans doute des dangers.

Joannes observa longuement Rheïane, sondant son regard pour estimer sa détermination.

— La vie à l’extérieur n’apporte-t-elle pas plus d’espoir que de rester ici ? demanda-t-il.

— Je souhaite demeurer avec toi, affirma la femme. Te suivre partout où tu iras, si tu le veux…

Leurs mains se serrèrent et leurs lèvres se joignirent en un court baiser.

— Je dois pourtant t’avouer quelque chose, reprit-elle dans un soupir.

— Je t’écoute.

— Je crois… hésita-t-elle. Lorsque je rêve de Zhuluk, il me semble que je n’étais pas humanoïde. Je crois avoir été un animal…

— Qu’importe ce que tu étais. Je ne sais pas moi-même. Nous avons été arrachés de nos vies par ces robots. Nous devons nous tourner vers notre futur et oublier le passé.

Le regard féminin s’emplit d’amour et de joie. Un nouveau baiser rapprocha les deux êtres.

Sa décision prise, Joannes refit face au Premier.

— Nous acceptons votre offre ! Comment pouvons-nous rejoindre la surface ?

Un claquement métallique retentit tout près du couple. Une porte dissimulée s’ouvrit en grinçant. Derrière, un puits s’enfuyait vers le haut. Le long de sa paroi, des prises conçues pour grimper scintillaient faiblement.

— Là-haut se trouve la surface.

Sans un regard en arrière, Joannes devint le cicérone de Rheïane en la précédant en direction de leur nouveau but.

— Votre destin vous appartient, émit encore le Premier tandis que la porte reprenait sa place.

Un lourd silence reprit possession des lieux oubliés du plus grand nombre.

Pourtant, dans les méandres artificiels de l’organisme, un émetteur effectua un court rapport digitalisé à destination de ses concepteurs. Les noms de Joannes et de Rheïane s’ajoutèrent à une liste s’allongeant peu à peu…

FIN

L’Auteur :  Christian Perrot affectionne la Fantasy, la Science-fiction et le Fantastique.
Depuis 2006, plusieurs de ses nouvelles sont disponibles à la lecture sur des sites et des Webzines, ainsi que parues dans huit anthologies professionnelles.
Trois de ses romans ont été publiés : Zone d’Ombre (2007), un policier mêlé de fantastique ; Naufrageurs Galactiques (2012), un space-opéra 100% action ; et Humanité en danger (2014), un humble hommage aux écrits de Isaac Asimov.
Amateur de challenges, il a rejoint les vainqueurs des NaNoWriMo 2008, 2009, 2011 et 2014, ainsi que ceux du Script Frenzy 2008.

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2 thoughts on “Tâtonnements, par Christian Perrot

  1. Oh ben non, je veux savoir la suite ! Univers assez inquiétant que tu as inventé là, avec ces machines vivantes ou ces êtres mécaniques…

    • Merci de ton commentaire. Pour tout dire, cette nouvelle est une sorte d’introduction (préquel) à un roman en cours d’écriture. Il faudra donc attendre la fin de la rédaction pour en lire plus.
      Sauf si je reprends cette nouvelle où je l’ai laissée. Je vais y songer. Tout dépendra du nombre de lecteurs intéressés par une suite éventuelle…

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