L’ourse, la femme et les amants, par Le Cheyenne

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[24 Heures de la Nouvelle 2015 : L’histoire devait intégrer un lieu abandonné depuis un certain temps.]

Il était une fois une grotte fermée grâce à un gros rocher déplacé par la force des bras de quelques hommes. On ne pouvait sortir, on ne pouvait y échapper. À l’intérieur se trouvaient quatre personnes et deux devaient combattre, deux mères. L’une était une maman ours et l’autre une maman humaine. L’affrontement présentait des règles simples : il suffisait de s’emparer du bébé de l’autre pour gagner la partie et ensuite taper trois grands coups sur un gong pour demander à sortir. À cette époque, les animaux et les hommes parlaient la même langue et les deux espèces avaient eu l’intelligence suffisante pour créer des moyens de régler leurs différends. On ne se lançait pas dans de grands combats où des armées s’affrontaient, cela faisait bien trop de morts pour peu de résultats. Ici, il s’agissait d’un problème de territoire : les ours voulaient prendre possession de l’endroit qui était riche en ressources, en plantes et en proies, or deux prédateurs ne pouvaient cohabiter sur un tel espace.

Les deux battantes se faisaient face, l’ourse avait les poils hérissés, les griffes tranchantes et les pattes imposantes, elle se redressa et poussa un lourd et long cri qui fit frissonner et même trembler la jeune femme. Elle avait beau être courageuse, entraînée et préparée, se retrouver face à un animal qui pouvait vous arracher la tête d’un simple coup de patte était intimidant. Elle se cambra, banda ses muscles et se jeta sur l’animal. Elle lui porta un coup de genou au ventre, fracassa son énorme tête contre le rocher. Et ils furent les seuls coups qu’elle porta de tout le combat. La bête terrifiante lui fit son affaire, et d’un violent coup lui brisa les jambes. Elle prit le bébé dans sa grosse paluche et frappa sur le gong. Trois coups, aucune réponse. En vain donc.

Car dehors, un cataclysme frappa. Le ciel se déchaîna. L’orage gronda, les éclairs percutèrent le sol et mirent le feu aux arbres et aux cabanes, des météorites tombèrent du ciel et les humains furent pris de panique. Ils filèrent si vite, tentèrent d’échapper à la catastrophe et oublièrent la bataille entre l’ourse et la femme.

À l’intérieur de la grotte, maman ourse s’énerva, perdit patience, attendit, frappa, se déchaîna, dormit mais rien n’y fit. Elle était condamnée même si elle ne le savait pas encore. Très vite, la faim les gagnèrent, son ourson et elle. Alors, ils mangèrent le bébé humain mais ce n’était pas assez, pas mieux que boire de l’eau pour calmer sa faim. Le temps passa et toujours pas de nouvelles du monde d’au-dehors, alors maman ourse décida de faire son affaire à l’humaine. Elle la démembra, donna une jambe à l’ourson et ils nettoyèrent si bien le corps qu’il ne restait que des os parfaitement propres. Mais elle avait encore faim et les os entassés dans un coin ne lui offraient aucun avenir prometteur de repas. Elle trouva quelques plantes ici ou là mais c’était une bien maigre consolation. Elle finit par manger son ourson.

L’explorateur arpentait la forêt. Il était grand, assez maigre et portait un short et un débardeur, un chapeau sur la tête, il avait l’air d’un touriste perdu et devait d’ailleurs souffrir sans cesse des railleries de ses collègues. Mais, sa compétence faisait taire toute les moqueries et il avait fait un nombre incroyable de découvertes, bien aidé par un instinct infaillible et sa persévérance. Il arriva devant un mur de pierres et son nez se mit à le démanger, ce qui était signe de quelque chose de surprenant. Il nota l’endroit sur son carnet et revint le lendemain avec de l’équipement. Il dynamita le mur porte d’entrée et finit le travail à la pioche. Il entra et ses pas résonnèrent dans l’espace vide. À l’intérieur, il n’y avait pas un bruit, rien. Il alluma une lampe et balaya la caverne du faisceau. Son regard tomba sur un tas d’os. Il en ramassa certains avec précaution pour les examiner plus tard, fit un croquis précis, prit quelques photos et s’en alla.

Plus tard, il revint avec une étudiante qui avait toujours eu un certain goût pour les mystères. Il venait de donner une conférence sur sa découverte et la jeune femme désirait à tout prix visiter l’endroit. Il lui expliqua que c’était une trouvaille majeure dans l’histoire de la science car contrairement à tous les os retrouvés de cette époque et de cette zone, ceux-ci ne présentaient aucune trace de brûlure. Il avait alors émis l’hypothèse que cette tribu vénérait les ours et qu’ils avaient offert en sacrifice un bébé et sa mère. La demoiselle, en l’écoutant, avait dessiné un rond d’étonnement sur sa bouche. On vivait une drôle d’époque : celui qui trouvait un trésor, un monument historique ou autre en avait automatiquement sa possession. Alors, il avait décoré la grotte de tout un tas de bougies et d’un claquement de doigts, elle s’illuminèrent et ravirent la belle brune. Il déboucha une bouteille de champagne et le bouchon percuta le plafond de la grotte et frappa par le plus grand des hasards le point d’équilibre de l’ensemble. Tout s’effondra. Et ils moururent.

FIN

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5 thoughts on “L’ourse, la femme et les amants, par Le Cheyenne

  1. Je ne saurais faire de commentaire cohérent tellement ton texte est « WTF ».
    Tu y racontes des choses horribles ou absurdes mais de manière tellement drôle qu’on est sans cesse entre le rire et le « Attends… de quoi ? ». Cela me fait un peu penser aux Happy Tree Friends.
    Le début a des allures de contes et la fin des allures de satires. Ton texte est réellement un OVNI.

    • Je ne connaissais pas Happy Tree Friends mais j’ai été voir et ça a l’air intéressant. Merci pour la découverte.. Oui, quand j’ai commencé à écrire, j’ai eu l’image de la BD Sylvain et Sylvette qui est apparue dans ma tête… bon c’est loin d’être aussi « violent » (c’est pour les enfants) mais ça m’a donné envie de faire ça.

  2. J’aime bien les histoires courtes et curieuses. C’est étrange mais bien raconté. Une nouvelle intéressante dans le genre absurde, mais la vraie vie ne l’est-elle pas, parfois ?

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