La Grange, par Marion Grenier

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[24 Heures de la Nouvelle 2015 : L’histoire devait intégrer un lieu abandonné depuis un certain temps.]

Alasdair McDonald ne s’était jamais perçu comme un monstre. En fait, il n’avait jamais songé à ce qui constituait réellement son identité. À ce qu’il pouvait bien représenter aux yeux des autres. Des humains « normaux » comme on dit. Ceux qui aiment, qui souffrent, qui ressentent.

Alasdair ne ressentait pour ainsi dire rien. Dès son plus jeune âge il avait su qu’il était différent. Les autres enfants éprouvaient tout un panel d’émotions qui ne l’avait jamais atteint. Lui observait, notait. Il voyait la peur, la joie dans leurs yeux, entendait leurs rires… mais restait pourtant étranger à tout cet étalage de sentiments. Et, lorsque les doutes avaient ensuite commencé à poindre, il avait alors fait semblant. Maman et papa s’inquiétaient de ne pas le voir jouer avec ses camarades ? Il participait alors à une partie de cache-cache dans la cour de l’école, invitait un autre garçon à la maison. Ce genre d’intrusion lui déplaisait au plus haut point mais il fallait bien donner le change. Éviter les questions gênantes et les coups d’œil suspicieux. Venant de sa mère, surtout. Il fallait croire que l’instinct maternel avait d’autres capacités que celles qu’on voulait bien lui attribuer. Malgré tout, Alasdair s’en tirait avec les honneurs. Il avait même pu éviter les visites chez le psy. Et puis, peu à peu, une ombre vicieuse s’était immiscée en lui. Elle avait pu percer son trou lors d’un après-midi banal, lorsque l’un de ses « copains » lui avait prêté son pistolet à billes. Quelques essais sur des cibles en polystyrène, puis étaient venues les proies vivantes. Les pigeons qui traînaient dans la cour de l’immeuble, le chat du voisin. Pour la première fois, Alasdair avait enfin ressenti quelque chose… Du plaisir. Bien vite, le pistolet n’avait pas suffi. Il avait alors emprunté quelques ustensiles de cuisine, avant de se procurer un couteau de chasse. Une arme froide, à la lame crantée. Un objet de mort qui lui ressemblait tellement. Et toujours, cette mascarade qu’il s’évertuait à maintenir. Les animaux avaient eu leur période… mais, en seulement quelques années, leur mort n’avait plus suffi à le contenter. Il lui fallait plus.

Le square commençait à se vider. La soirée approchait et les nounous comme les mères au foyer se dépêchaient de rassembler leur progéniture pour regagner leurs domiciles. Il remua un peu sur le banc en bois qu’il occupait depuis bientôt deux heures, un livre en main histoire de ne pas susciter l’inquiétude. Alasdair avait pourtant pris le temps d’observer chacun des enfants comme une proie éventuelle. Malheureusement pour lui, cette journée ne s’annonçait pas fructueuse. Les parents se montraient méfiants. Les disparitions récentes avaient fait la une des journaux dans tout le pays. Il devait peut-être quitter Perth, déménager dans une autre ville avant que la police ne puisse remonter jusqu’à lui. Quitter l’Écosse, même. Rien ne le retenait vraiment ici, à part un travail qu’il n’appréciait guère. Il finit par se lever. Le jardin avait été dépouillé de ses visiteurs en bas âge. Au loin, les cloches de l’église annonçaient avec fracas qu’il était dix-huit heures. Une boule commença à se former dans son estomac, issue de la frustration qui le taraudait de plus en plus.

Alors qu’il traversait la rue adjacente, il se fit doubler par deux gamins à trottinette. L’un d’eux manqua de le percuter. Saloperies de mômes, pensa-t-il sans voir qu’un troisième adolescent se glissait à sa droite tandis qu’il atteignait le trottoir. Surpris, il se décala rapidement sur le côté et heurta un potelet. Une douleur irradia aussitôt son genou gauche avant de remonter jusqu’à l’aine.

— Merde !

— Ça va, monsieur ?

La petite voix le surprit autant qu’elle le ravit. Ses mains serrées sur le membre endolori, il se tourna vers la fillette.

— Je me suis cogné, déclara-t-il d’un ton qui se voulait rassurant.

— Il ne faut pas dire de gros mots.

— C’est vrai.

Il regarda autour d’eux. Aucun adulte. En fait, ils étaient seuls. La petite rue ne comptait plus âme qui vive. L’heure du repas allait bientôt sonner, alors les habitants s’affairaient déjà à leurs fourneaux. S’ils avaient été en hiver, les volets seraient d’ailleurs tous fermés. Mais d’où sortait donc cette gosse ?

— Il ne faut pas dire de gros mots. Mais j’ai très mal.

— Le garçon ne s’est pas excusé.

— Non…

Il jeta un nouveau coup d’œil à la dérobée. Toujours personne aux alentours. Une telle aubaine ne se présenterait pas deux fois. Et puis cette gosse… Il reporta son attention sur elle, de plus en plus enchanté par cette rencontre imprévue. La petite fille ne devait pas avoir plus de trois-quatre ans. Ses cheveux blonds se dégageaient d’une queue de cheval malmenée par le vent frais de cette fin d’après-midi. À travers les mèches indisciplinées, il pouvait distinguer des yeux bleu clair et des joues bien rondes. Un véritable délice.

— Il n’a pas été gentil, ajouta-t-il d’une petite voix, comme si la douleur continuait à le tenailler.

En fait, l’euphorie occasionnée par leur conversation lui avait fait oublier depuis longtemps son mal.

La gamine secoua la tête pour approuver son propos.

— Tu vas devoir aller chez le docteur ?

Son ton le fit sourire. Tout comme sa prononciation encore hasardeuse. Elle était encore si jeune…

— Peut-être que c’est grave. Peut-être que mon genou s’est cassé…

Elle ouvrit de grands yeux.

— Cassé ?

Il opina puis s’appuya contre le mur attenant. Il devait vérifier à nouveau si les parents de la gosse ne se trouvaient pas dans le coin mais ne pouvait pas détacher son regard de la bouille adorable.

— J’ai très mal. J’ai peur de ne pas pouvoir aller là-bas seul. Dis, tu ne voudrais pas m’accompagner ?

— Moi ?

— Oui, tu es une gentille petite fille, hein ?

Son ton s’était accéléré, à la fois à cause de l’excitation que sa présence lui procurait mais également par crainte qu’elle ne refuse. Il n’avait encore jamais procédé ainsi… D’habitude il avait un plan, un appât. Il avait même utilisé un chien, une fois. Mais s’occuper de l’animal s’était ensuite avéré problématique.

La gamine approuva timidement d’un hochement de tête. La partie n’était pas encore gagnée, loin de là.

— Tu ne vas pas me laisser tout seul alors que je suis blessé, hein ?

Une fois encore, elle acquiesça mais sa tête baissée et la façon dont elle se mâchouillait les lèvres indiquaient clairement qu’elle restait encore indécise.

— Tu es toute seule ?

— Oui…

— Toi aussi ? Tu vois, on était faits pour se rencontrer.

Mais où se trouvaient ses parents ? pensa-t-il, soudain alarmé. L’enfant avait-elle fugué ? Non, elle était bien trop jeune pour ça. Elle avait dû échapper à la vigilance de sa nounou alors que ses géniteurs se trouvaient encore au travail… Il devait se dépêcher d’agir avant qu’on ne les retrouve.

— Tu m’accompagnes alors ? Je serais vraiment très, très rassuré si tu venais avec moi.

La fillette se dandina, regarda ses petites chaussures blanches, tritura les pans de sa robe. Alasdair se retint avec peine de la lui arracher sur le champ, afin de pouvoir enfin toucher la peau délicate…

— Comment tu t’appelles ? demanda-t-il alors afin de maîtriser ce bouillon d’émotions soudaines.

— Madeline…

Elle releva la tête vers lui et le gratifia d’un grand sourire. Elle avait encore toutes ses dents de lait. Une fois qu’il en aurait terminé avec elle, il les arracherait et les mettrait dans une petite boite en métal, sa jolie boite de petits gâteaux et ensuite, il la cacherait sous son lit. Chaque soir, avant de dormir, il pourrait ainsi penser à son trésor, se souvenir de son petit cœur d’un jour.

Son petit cœur. C’était ce qu’elle représentait. Car il savait que c’était à travers elle qu’il pourrait à nouveau ressentir le plaisir, obtenir la paix en lui retirant la vie.

— Moi je m’appelle Alasdair.

Elle eut l’air surpris.

— C’est drôle comme nom.

Oui, ça veut dire « celui qui mord », pensa-t-il avec ironie. Et comme il allait la mordre, sa peau sucrée et si douce !

— Tu aimes ?

Elle haussa les épaules. Il n’avait pas le temps d’attendre davantage. C’était déjà étonnant que personne ne se soit encore manifesté.

— Maintenant nous sommes amis. Ma voiture est juste derrière, là-bas dans l’autre rue…

Il indiqua la direction d’un geste vague.

— Tu m’accompagnes alors, hein ? Tu es ma copine ?

— Oui, d’accord.

Il lui tendit la main qu’elle attrapa d’un geste sûr. Elle lui appartenait désormais.

#

Le trajet jusqu’au véhicule lui parut durer une éternité, même si seulement quelques dizaines de mètres les séparaient de sa vieille Volvo. Par chance, la fillette s’était laissée faire sans rechigner et, surtout, ils n’avaient croisé personne. Une fois arrivés, il l’installa sur la banquette arrière et lui mis sa ceinture de sécurité, non sans avoir apprécié l’ironie d’un tel acte.

— Où il est le médecin ?

— Pas très loin. Tu verras, on y sera dans moins de cinq minutes.

Il contempla son reflet à travers le rétroviseur central. Elle avait l’air détendu.

— Prête ?

— Prête !

#

Il prit soin de respecter les limitations de vitesse, les feux, les priorités piétons… Il jouait au conducteur parfait mais ne pouvait pas se permettre un contrôle de police. Pas avec la petite à l’arrière. Sa disparition avait-elle déjà été signalée aux forces de l’ordre ? Quelqu’un l’avait-il vu lui parler ? Son cœur se serra à cette pensée et une décharge d’adrénaline se diffusa à travers tout son corps. Il risquait gros et il le savait. Pourtant, la perspective de capturer la petite s’avérait bien plus importante à ses yeux. La plaisir qu’il ressentait à l’avoir là, dans sa voiture, à portée de main… Ses doigts se crispèrent sur le volant. L’impatience menaçait presque de le submerger à présent. Heureusement, ils n’étaient plus très loin. Le véhicule ralentit, tandis qu’il se garait sur le bas-côté.

— C’est là ?

Madeline regardait par la fenêtre, surprise par le paysage qui les accueillait.

Alasdair contempla à son tour le champ jauni et la vieille grange qui trônait en son centre. Il avait découvert l’endroit quelques mois plus tôt au cours d’une promenade et avait aussitôt saisi son potentiel. Situé à seulement quelques kilomètres de la ville et avec un accès direct depuis la départementale, il représentait un lieu idéal pour ses petites affaires. En visitant le bâtiment, il avait vite compris qu’il était laissé à l’abandon depuis des années. Un peu plus loin se trouvait une maison en ruines. Quelques recherches sur internet avaient ensuite confirmé son hypothèse. La propriété avait pris feu et la famille avait péri au cours de l’incendie. Depuis, personne n’avait revendiqué l’endroit, lui permettant de s’approprier la bâtisse rescapée. Madeline était aujourd’hui la quatrième fillette à pénétrer dans son sanctuaire.

— Viens, il est dans la maison.

— C’est pas une maison, ça…

— Non, c’est vrai. C’est une ferme, mentit-il. Il y a même des animaux, tu vas voir. Tu vas adorer.

— Des chèvres ?

— Oui, des chèvres.

Il sortit de l’automobile et attrapa son sac dans le coffre avant de l’aider à sortir. Alors qu’il se mettaient en route, il se rappela soudain son excuse initiale et feignit un boitement prononcé.

— Tu as toujours très mal ?

— Oui, heureusement que mon médecin est très bon.

Elle lui tendit la main, sans doute dans l’espoir de l’aider à marcher. Il sourit à cette attention. Les fillettes de cet âge étaient encore si naïves, si innocentes…

— Voilà, entre, déclara-t-il lorsqu’ils atteignirent enfin la grange.

Madeline s’engouffra dans l’édifice, tournant la tête à droite, à gauche, découvrant l’endroit.

— Où sont les chèvres ?

— Plus loin, viens.

Il serra un peu plus son sac contre lui, tout en prenant soin de ne pas lâcher la main de l’enfant. Ensemble ils s’enfoncèrent au sein du bâtiment, là où il pourrait œuvrer. À l’autre bout de la vaste pièce se trouvaient une table, une chaise ainsi qu’un vieux matelas recouvert d’une couverture foncée. Juste au-dessus une série d’anneaux en métal, originellement prévus pour les animaux, l’aiderait à mettre en œuvre son plan.

— Je ne vois pas le médecin, déclara enfin Madeline une fois qu’ils arrivèrent au niveau de la couche.

— Il va arriver. Assieds-toi sur le lit.

— C’est pas un lit et puis ça sent mauvais…

Elle plissa son nez, révulsée par l’odeur de sang qui imprégnait encore le matelas.

— Fais ce que je te dis !

Son ton la surprit mais il se fichait bien de ce qu’elle pouvait penser à présent. Elle se trouvait désormais à sa merci, elle ne pouvait plus fuir. Maintenant, il n’y avait plus d’issue, son destin était scellé dans les murs bétonnés de cette grange abandonnée.

— Tu n’es pas gentil ! déclara-t-elle d’une voix tremblante.

Elle semblait à la fois apeurée et fâchée par son attitude. Lui se mit à sourire avant de la jeter violemment sur la couche.

— Aïe !

Il eut soudain envie de rire. Ce moment allait être un pur régal…

— Ce n’est pas bien de maltraiter les enfants, Alasdair.

Le son de la voix grave le fit bondir. Maintenant libérée, Madeline s’éloigna bien vite du matelas vicié et alla rejoindre celui qui venait de parler. Un homme. La petite cinquantaine, des cheveux bruns coupés courts et qui laissaient deviner une calvitie naissante. Ses yeux verts pétillaient de malice et il affichait d’ailleurs un large sourire. Il se tenait là devant lui, assis sur la chaise qu’il avait même pris le temps de retourner, comme pour se donner un air encore plus décontracté. Savait-il seulement à qui il avait affaire ?

— Qui êtes-vous ?

— Ça t’intéresse ?

— Qu’est-ce que vous fichez ici ?

Une tension intrusive s’insinua dans son ventre. Elle semblait lui hurler de partir, de quitter cet endroit au plus vite. Comment ce type était-il arrivé ici, tout en restant inaperçu ? Le gars se tenait à moins d’un mètre d’eux !

— Tout comme toi, je suppose qu’on peut dire que je fais… le mal.

Son accent était prononcé, il devait venir du nord, nota Alasdair. Pourtant, quelque part au fond de lui même, il sentait que ce n’était pas le cas, que ce n’était pas tout. À nouveau la boule d’angoisse lui serra l’estomac. Il avait envie d’uriner.

— Le mal ? répéta-t-il bêtement.

Doucement, il commença à ouvrir son sac. Son couteau fétiche se trouvait à l’intérieur. À coup sûr, ce gus ferait moins le malin une fois qu’il aurait l’arme sous les yeux !

— Tu comptes me trucider ?

L’inconnu se mit à rire, nullement effrayé. Il semblait même amusé par la situation. Alasdair ne le sentait pas. Quelque chose clochait chez cet homme. Jamais il n’aurait dû se sentir si sûr de lui, sans parler de son apparition subite et encore inexpliquée. Ses doigts se refermèrent sur le manche de l’arme. Le contact le rassura. Il eut de nouveau l’envie de tuer. Mais cette fois, la fillette ne serait pas la seule à maculer le sol de son sang. Face à lui, le quinquagénaire souriait toujours.

— J’aimerais bien te voir essayer, tiens.

Alasdair sentit aussitôt le danger et réagit par instinct. Il se rua vers l’inconnu tout en dégainant le couteau. La lame scintilla sous un rayon lumineux au moment où le meurtrier le pointait vers la gorge de son adversaire qui disparut. Soudainement. Alasdair stoppa sa course. Désormais seule devant lui, Madeline se mit à rire. Le son cristallin retentit dans la grange, réverbéré par les parois lisses et l’espace vide en son centre.

— Tu t’es fait avoir, déclara-t-elle de sa petite voix.

Il se retourna aussitôt mais déjà l’inconnu l’avait saisi à la gorge. Doucement, sans forcer, il le souleva du sol. Ses yeux s’ancrèrent dans ceux du meurtrier, comme pour pouvoir sonder son âme.

— Tu en as tué beaucoup ? Des enfants ? Des adultes aussi ?

Alasdair ne pouvait pas respirer, encore moins répondre. Peu importait, la question était rhétorique de toute manière.

— Oups, c’est vrai que ça va être difficile de parler comme ça.

L’homme desserra son étreinte et le laissa tomber à ses pieds. Aussitôt Alasdair porta ses mains à sa gorge meurtrie. Il inspira une fois, deux fois mais son estomac se contracta violemment et il vomit copieusement sur le sol. L’inconnu recula.

— Eh, fait attention à mes chaussures. Elles valent quand même mille cinq cent livres. Merde, à chaque fois j’oublie… marmonna l’intru en continuant de s’éloigner.

C’était l’occasion ou jamais de prendre la fuite. Malgré la douleur, le meurtrier se releva et s’élança vers la sortie. L’inconnu ne prit pas la peine de le poursuivre. Dès qu’Alasdair eut atteint la porte, celle-ci se referma sous ses yeux.

— Non !

Il tapa des poings sur le chambranle en bois, tourna la poignée, en vain. L’issue était condamnée.

Tout comme lui.

Il se retourna. L’homme se trouvait juste là et, à ses côtés, l’enfant le regardait d’un air amusé.

— Tu ne peux pas t’enfuir, dit-elle comme s’il s’agissait d’une bonne chose.

— S’il vous plaît, dit-il en tremblant. S’il vous plaît, laissez-moi partir.

— Hum, hum…

Madeline secoua la tête en signe de négation. Ses mèches blondes balayaient son visage poupon aux joues rosies par la fraîcheur de l’endroit.

— C’est trop tard maintenant.

Alasdair regarda alors l’homme qui n’avait pas bougé d’un iota. Les bras croisés contre le torse, ce dernier le contemplait avec autant de plaisir que la petite fille.

— Je crains bien qu’elle n’ait raison. Dommage pour toi et… tant mieux pour moi.

— Qu’est-ce que vous voulez ?

La panique s’était à présent emparée de tout son être. Il ressentait à présent ce qu’avaient ressenti toutes ses petites victimes, la terreur de savoir qu’il allait mourir entre les mains d’un monstre.

— Ton âme…

La main de l’inconnu se porta à son front, trop rapidement pour qu’Alasdair ne puisse percevoir le mouvement et, aussitôt, les images fusèrent. Celles des animaux qu’il avaient démembrés, dépecés vivants, puis celles de Mary, la petite fille de ses voisins. Une enfant maladive dont personne n’avait remis en cause la mort apparemment « naturelle », puis celles des fillettes qu’il avait torturées. Annie, Penny, Merida… Il se revoyait leur ôter la vie, puis récupérer ses trophées. Une mèche de cheveux, une bague en plastique… Des petits trésors qui l’aidaient à faire durer ce plaisir trop éphémère.

— Oh oui, je sens qu’ils vont adorer ton âme…

Les visions cessèrent. Face à lui l’homme souriait. Ses yeux étaient devenus dorés. À cet instant, Alastair su qu’il n’était pas humain.

Et que ce qui l’attendait, c’était l’Enfer…

FIN

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5 thoughts on “La Grange, par Marion Grenier

  1. Ouah.
    Le thème de l’histoire est assez glauque, voir immoral.
    Le personnage principal est assez dérangeant mais fascinant. (Après, avis personnel, je pense qu’une personne saine d’esprit est plus effrayant qu’un « psychopathe »/ « malade psychiatrique » qui serait de « nature » disposé à faire le mal. Mais tu as su développer ce côté pour qu’il soit assez crédible, intéressant et qu’il tienne la route, donc j’argumenterai pas plus dessus).
    Je ne sais pourquoi (sans doute le haut taux de SFFF dans les 24h), je me doutais que la petite fille serait pas normale. Sans doute aussi que le texte aurait été trop… triste ? perturbant ? sans cela.
    Qu’une troisième personne se pointe, par contre, je ne l’avais pas vu venir. Mais j’ai vite compris de qui il s’agissait.
    En tout cas, sur le fond en lui même, cela m’a pas mal remué. Chapeau.
    Sur la forme en elle même, j’ai pas grand chose à redire. C’est simple, classique mais ca tient la route et c’est assez fluide pour que l’histoire glisse vite.
    Bravo pour ce texte.

    Par contre, petit hors sujet mais quelque chose m’intrigue. Es tu de la même famille que Françoise Grenier, qui a écrit « D’un chat à l’autre » ? Car vous êtes l’une à la suite de l’autre dans la liste et vous avez le même nom de famille.

    • Merci pour ton commentaire, je suis contente que l’effet de surprise ait marché 🙂 C’est vrai qu’au niveau forme je fais toujours dans le simple, épuré avec des phrases courtes. j’aime aller droit au but, alors c’est sûr que quand je lis derrière certaines nouvelles au style très littéraire, ça me fait tout drôle.
      Pour répondre à ton autre question, non aucun lien entre moi et Françoise Grenier. D’ailleurs j’ai été très surprise de voir que je n’étais pas la seule à porter ce nom.

  2. J’ai beaucoup aimé. J’ai trouvé le texte très dérangeant, preuve s’il en est que tu l’as très bien mené 🙂

    • Merci beaucoup. Moi aussi j’ai été gênée en l’écrivant d’ailleurs, je ne voulais surtout pas m’attacher à cet horrible personnage. Il y a quelques incohérences d’ailleurs mais comme je pense utiliser cette nouvelle comme prologue pour un roman, j’y remédierais.

  3. Brrrr, terrifiant personnage que tu dépeins là… En tout cas, on s’y croit, dans la tête de ce meurtrier. Bravo pour avoir su dépeindre cet être glauque de l’intérieur sans basculer dans le pathos. Heureusement, la fin est là pour consoler le lecteur (et l’auteur ?).

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