Julien et Diana, par Juste 0’Cor

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[24 Heures de la Nouvelle 2014 : Un animal, sous quelque forme que ce soit, devait jouer un rôle au moins mineur dans la nouvelle.]

Il est 7h30 ce jeudi 14 février, à La Rochelle.

Julien enfile un jean, un tee-shirt, un sweat et chausse ses Converse. Un dernier regard à la glace pour vérifier que rien ne cloche. Contrairement aux autres jours, pas de casquette, ça écraserait les mèches que, fébrile, il a eu bien du mal à dresser au Pento. Il sort de sa chambre, son sac à dos à l’épaule.

Il passe très vite devant la loge du concierge pour ne pas être remarqué. On se demanderait pourquoi il sort, si tôt de surcroît. Habituellement, il passe sa matinée en pyjama, vautré dans sa chambre, à jouer à la console, sur Facebook, ou bien le nez plongé dans ses bouquins. Ça se sait, Julien est un gros lecteur, un bouquinovore même !

Sorti du bâtiment, il prend à droite et se dirige vers l’abribus au bout de la rue. Le prochain passage est prévu pour 7h42. Il s’assied sur le banc, un peu à l’écart d’un groupe de collégiens bruyants (mais comment font-ils pour être au taquet dès le matin ?), et repasse dans sa tête le plan qu’il s’est fixé. Diana est scolarisée au Lycée Dautet, il ne connaît pas son emploi du temps du jour, mais elle y viendra à un moment de la journée, c’est évident. Il va se poster devant l’entrée et attendre jusqu’à ce qu’elle paraisse. Blonde, les cheveux longs et bouclés, les yeux bleus, grande et élancée,  elle porte jupes et robes, toujours très féminine, ainsi est-elle décrite.

Dans le bus, il se pose au premier siège derrière le conducteur, histoire d’échapper aux trublions adolescents qui eux, gagnent le fond. Il ne supporte pas le bruit, ça l’empêche de réfléchir. Il n’a pas pensé à prendre son lecteur mp3 pour s’isoler. Il descend place de Verdun, et se dirige vers la place de Reims où est situé le lycée. En chemin, il est attentif aux lycéennes qui le frôlent, le dépassent. Il ne veut pas manquer Diana, sait-on jamais. Le début des cours n’a pas encore sonné, et des grappes de jeunes attendent devant le portail, fumant, riant, téléphonant, s’interpellant d’un groupe à l’autre. Julien circule entre eux, mais pour l’instant, il ne voit pas la belle blonde qui l’obsède. Il sent la fièvre monter en lui, la sueur l’inonder. Il n’a rien pris pour se calmer.

Il attend, une heure, deux heures, son impatience grandit. Il se remémore ce qu’il sait de la jeune fille ; elle est scolarisée en classe terminale, elle a deux frères, plus jeunes qu’elle, son père est le directeur du casino, elle aime les chats, les maine coon surtout, pour leur petite tête de lynx. Il doit absolument la trouver, c’est vital pour elle.

La récréation vient de sonner ; les lycéens se répandent à l’extérieur du lycée, sur le trottoir, venant quêter quelques minutes de distraction. Julien a beau scruter le groupe, toujours rien. Soudain, il doute et s’interroge : a-t-il bien lu le nom du lycée ? Ça ne serait pas Valin ou St Exupéry ? Non, il est sûr de lui, c’est bien Dautet. Alors que les élèves ont à nouveau rejoint leurs salles de cours, l’attente reprend. Mais à mesure que la matinée s’étire, il est de moins en moins serein. Il marche de long en large sur la place, shoote dans les cailloux, se tord les mains, regarde autour de lui sans voir, se met à parler tout seul. Et s’il ne la trouvait pas ? Si, aujourd’hui, elle était absente ? C’est juste impossible, ça ne se peut pas. Julien DOIT trouver Diana.

Deux nouvelles heures passent avant qu’il soit l’heure du déjeuner. Assis, prostré au pied d’un arbre, perdu dans ses pensées, Julien n’a pas réagi immédiatement à la sonnerie. Quand un groupe passe devant lui et se moque : « Hé, mec, t’as trop forcé sur la beu qu’tu peux plus t’lever ? », il se redresse, paniqué. Diana… Il se dirige vers l’entrée du lycée, et soudain, au milieu d’un groupe, il la voit ! Telle qu’imaginée d’après les quelques lignes lues, une jupette en jean très courte, un tee-shirt avec un chat, des ballerines. Il se sent défaillir, mais s’avance. C’est maintenant, il doit l’aborder. Il s’approche d’elle, lui agrippe le bras et avant qu’elle réagisse, la tire en arrière, vers lui :

― Diana, je suis là pour vous sauver, suivez-moi, il en va de votre vie !

― Eh mais lâchez-moi, je ne m’appelle pas Diana ; moi c’est Mylène.

― Ne cherchez pas à me tromper, je vous répète que vous courez un grand danger. Ils ont tué votre père au casino et maintenant ça va être votre tour.

Tout en parlant, il la cramponne si fort qu’elle ne peut s’échapper, mais elle continue à crier. Ses amis, au début, n’ont pas vu venir  l’embrouille, mais maintenant, ils ne peuvent plus l’ignorer et se retournent vers le couple, s’avancent vers lui. Ses forces décuplées, Julien a réussi à attirer Diana contre lui et l’entraîne vers l’autre côté de la place, en continuant à lui expliquer :

― Ils vont t’enlever, ils veulent une rançon ou ils te tueront, suis-moi, je dois les en empêcher…

― Mais qu’est-ce que vous racontez, qui ça « ils », quoi mon père, arrêtez à la fin, vous me faites mal… Au secours… !

Karim, le petit ami de Mylène, a compris qu’il y avait quelque chose de pas clair et vient d’appeler le commissariat, heureusement situé dans la rue derrière le lycée. On peut déjà voir les gyrophares des voitures qui arrivent, toutes sirènes hurlantes.

Tout va alors très vite ; Julien est ceinturé par deux policiers qui ont jailli du véhicule, et Mylène libérée de son emprise. Toute tremblante, elle se réfugie dans les bras de Karim, après qu’on ait pris ses coordonnées et entendu son témoignage.

Julien s’effondre alors en larmes et répète :

― Ils vont l’avoir, je n’ai pas pu sauver Diana. Ce qui est écrit, je n’ai pas pu l’empêcher… Excuse-moi, ma belle !

― Mais oui, Superman, tu as raté ton coup ! Pas grave, tu réussiras mieux la prochaine fois. Allez, en route, on te ramène au bercail.

Karim et Mylène, un peu troublés par la manière dont le lieutenant parle à Julien, le regardent, interrogatifs :

― Ne vous inquiétez pas, on le connaît bien ! Il s’est encore échappé de l’hôpital psychiatrique, on venait juste d’avoir leur appel quand vous avez appelé. Il lit beaucoup, des romans policiers notamment, et se croit capable d’empêcher les crimes présents dans ses livres. Je parie que dans le dernier, il s’agissait d’une lycéenne et qu’il vous a reconnue comme étant l’héroïne…

 FIN

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2 thoughts on “Julien et Diana, par Juste 0’Cor

  1. Pas vraiment d’animal, mais au demeurant, angle de vue très original 😉

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