La Boîte de Pandore, par Angou Levant

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[24 Heures de la Nouvelle 2013. Les auteurs devaient placer au moins 5 titres de chansons du même artiste à travers le texte.]

J-3

— Tu es sûre que ça va aller ?

— Oui maman, ne t’inquiète pas !

Carole tendit sa joue à sa mère qui lui donna une bise sonore. Elle n’était pas rassurée de laisser sa fille partir seule avec trois autres ados débraillés pour une semaine de camping. Carole eut beau lui assurer qu’ils ne sortiraient pas des sentiers battus, qu’ils resteraient dans aux abords de la civilisation, rien n’y faisait. Seul son père l’avait convaincu d’accepter, lui rappelant que leur fille n’était plus une enfant et qu’elle devait apprendre à se débrouiller toute seule.

— N’oublie pas, au moindre souci…

— Je t’appelle, toi ou les pompiers, la coupa Carole. Je sais tout ça !

— Et si vous vous perdiez ?

— MAMAN !

— Quoi ? Ça peut arriver !

— Je te l’ai déjà dit, Seb connaît bien le coin. Il y va tous les ans, il n’y a rien à craindre.

— Mais…

Un coup de klaxon retentit. Carole leva les yeux au ciel et remercia la Providence. Elle attrapa son sac à dos, glissa une lanière sur son épaule et après une dernière étreinte à sa mère se sauva avant que celle-ci ne change d’avis.

— Je t’appelle quand on est arrivé, lui lança-t-elle avant de disparaître derrière la porte d’entrée.

— Tu m’appelles tous les jours ! cria sa mère à travers le bois.

— Promis.

Carole courut jusqu’à la vieille Renault 19 de son ami. Dedans elle retrouva Seb au volant, Romain à la place du mort et Alyson qui ressemblait à une puce tellement elle sautait sur la banquette arrière faisant bondir ses boucles blondes dans tous les sens.

— Tu en as mis du temps, lui reprocha Seb avec un sourire au coin.

— Tu connais ma mère, non ? répondit-elle d’un ton las.

Seb éclata d’un rire sonore. La première fois que Carole avait présenté le jeune homme à ses parents, il avait eu le droit à un interrogatoire complet. Le pire fut le soir où il avait voulu l’emmener en soirée : non seulement il avait dû montrer son permis de conduire, mais en plus ils l’avaient fait souffler dans un éthylotest. Carole s’était senti se liquéfier, persuadé qu’il ne voudrait plus jamais la revoir. Heureusement il tenait assez à elle pour comprendre la réticence des parents à confier leur bébé à un étranger. Carole ne l’en aimait que plus.

— Alors c’est bon ? On y va ?

Carole dévisagea Alyson. Son amie était plutôt du genre discrète en temps ordinaire. Alors quand elle s’était mise à fréquenter Romain, un grand gaillard flanqué d’une crête verte pomme, cela en avait surpris plus d’un, Carole la première. Mais depuis qu’elle avait obtenu ses notes de bac, son amie était devenue carrément incontrôlable. Reçue avec les félicitations du jury, Alyson avait décidé que cet été serait le plus beau de sa vie. Elle avait l’intention de faire tout ce qu’elle s’était interdit depuis longtemps, au grand bonheur de Romain…

— On the road again ! lança Seb en tournant la clé de contact. Laissons-nous porter par le souffle du vent !

*

— Tu vas arrêter de gigoter comme ça, se plaignit Carole quand Alyson bondit parce qu’elle avait aperçu un lapin, renversant un paquet de chips. Tu es pire qu’une gamine. Ma cousine de cinq ans se tient mieux que toi !

— Rhôô, que tu es ronchon ! se plaignit la puce blonde.

— Ne cherche pas, Caro supporte mal les voyages en voiture, expliqua Sèb.

— Ça et les miettes, grommela l’intéressée. Et la chaleur…

Sur ce, elle tourna la molette de la vitre pour l’abaisser au maximum, c’est-à-dire à la moitié, sécurité enfant oblige. Carole glissa son nez dehors mais n’y trouva qu’un air brûlant, c’était à peine si le vent réussissait à lui faire du bien.

— Un empire contre un peu de fraîcheur, supplia-t-elle.

— Attends, j’ai ce qu’il te faut.

Tout en parlant, Romain fouilla dans son sac et lui tendit une canette de bière.

— Comment tu fais pour qu’elle reste fraîche ? s’étonna la jeune femme.

— C’est un sac magique !

— Comment ça ?

— C’est le tout dernier model de Quechua, il est isotherme. Fini les bières chaudes ! Merci papa.

— C’est ton père qui te l’a offert ?

— Oui, pour ses 18 ans, répondit Alyson, mais à mon avis il pensait à des bouteilles d’eau, pas de bière.

— Tu ne connais pas encore bien mon père Lylou, il n’est pas stupide. Il sait très bien que je ne bois pas que des sodas.

Carole se retourna vers Alyson, réprimant un fou rire.

— Lylou ? s’étrangla-t-elle.

— Oui, monsieur trouve amusant de se trouver des surnoms.

La mine renfrognée de son amie montrait bien qu’elle-même n’était pas pour ce genre de démonstrations amoureuses.

— C’est une bonne idée ça, que penses-tu de rondoudou ? la charria Seb.

— Il n’en est absolument pas question, surtout si tu as l’intention de vivre ces dix prochaines années.

Pour toute réponse, il lui envoya un baiser via le rétroviseur. Carole le lui rendit et entreprit de lui masser les épaules. Le jeune homme lui attrapa une main et, tout en conduisant, lui bécota les doigts. Carole se sentit frissonner malgré la chaleur. Il était tellement beau qu’il lui arrivait encore de se demander ce qu’il avait bien pu lui trouver. Grand, athlétique, elle fut tout de suite attiré par son regard bleu glacé. Ce jour-là, il avait relevé ses dreadlocks à l’aide d’un chouchou détendu. Il avait du mal à supporter ses cheveux blonds cendrés quand la température dépassait les vingt-cinq degrés. Ils agissaient comme un casque, pourtant Seb se refusait de les couper. Il avait attendu trop longtemps pour ce résultat et ce n’était pas trois mois par ans qui allaient le lui faire renoncer. En plus, il avait découvert que Carole avait un faible pour les cheveux longs.

— Hé, s’indigna Romain, il est interdit de distraire le conducteur mademoiselle !

— Jaloux, répondit la dite demoiselle.

— On arrive bientôt ? se plaignit Alyson.

— Quand je te disais que tu étais pire qu’une gamine de cinq ans Lylou !

Boudeuse, Alyson se retourna vers sa fenêtre et Carole ne réussit à la dérider qu’à grands renforts de chatouilles.

*

— On est arrivés !

— Mais c’est un parking ! s’exclama Romain devant le terrain poussiéreux où s’était arrêté la voiture. On ne va pas camper ici ?

— Tu ne pensais tout de même pas qu’on allait faire une randonnée sans marcher ? le nargua Seb.

— Mmm, j’avais espéré.

Tous se moquèrent du coq vert qui se vengea en vidant une bouteille d’eau sur eux. Seb, qui sentit la bataille générale arriver, étouffa le poussin dans l’œuf.

— Suffit les gamineries, on a de la route à faire et on doit partir tout de suite si on veut arriver à notre camp avant la nuit.

— Ho non, me dis pas que c’est loin !

— Mademoiselle Lylou serait-elle un peu fainéante ?

— Carole ! Arrête de m’appeler comme ça !

*

Ils marchèrent longtemps. Le chemin à travers les bois était escarpé et semé d’embûches. Pourtant, bien que leurs jambes hurlaient de douleur et que leurs dos souffraient sous le poids de leurs sacs, ils trouvèrent l’escapade plaisante. Le soleil brûlait moins au couvert des ramures, et la mousse faisait un tapis agréable à fouler. Carole nota trois espèces d’oiseaux qu’elle ne connaissait pas et Alyson s’extasiait devant des buissons remplis de mûres. Les garçons avançaient en avant, s’accrochant aux branches basses et marchant en équilibre sur les troncs tombés.

— On y est, s’exclama Seb au détour d’un bosquet de fougères.

Épuisés, essoufflés, tous s’attroupèrent autour de lui. Carole était stupéfaite. Partout où ses yeux se posèrent, elle découvrait une merveille. Une clairière étalait fièrement son pelage émeraude parsemé de pâquerettes et de violettes. Mais ce qui captait le plus l’attention était un énorme rocher blanc, planté en plein milieu. Dessus, un arbre se dressait, ses racines cascadaient la pierre d’albâtre pour s’enfoncer dans la terre. Son tronc noueux se tordait vers le ciel, tendant ses maigres branches couvertes de petites feuilles claires.

— Incroyable, fut le seul mot qui vint à Carole.

— C’est splendide, murmura Romain. On vient de frapper aux portes du paradis.

— Je n’aurais pas pu dire mieux, ajouta Alyson.

Seb se rapprocha de Carole, enserra sa taille et lui souffla dans l’oreille.

— J’ai pensé à toi lorsque je suis tombé dessus par hasard. Ça va faire une éternité que je rêve de te le montrer.

Une nuée de papillons s’envola au creux des reins de la jeune femme. Elle se retourna d’un quart et tendit ses lèvres que Sèb s’empressa de cueillir, tel un bonbon sucré. Les papillons se transformèrent en un brasier violent que les baisers du jeune homme attisaient sans vergogne.

— Ça me fait presque de la peine de devoir planter nos horribles tentes dans un tel endroit !

La remarque d’Alyson tira Carole de son désir. Elle se souvint d’un coup qu’ils n’étaient pas seuls… au moins jusqu’au coucher.

Le camp monté, le feu allumé, Romain entreprit de saouler ses amis. Bières, vodka, gin… tous trouvèrent leur alcool favori.

— Ce sac, gloussa Carole, il est vraiment magique !

— Je l’ai piqué à Mary Poppins.

— T’es trop, toi.

Alyson regardait le coq vert avec des yeux en guimauve. Tout son corps se tendait vers lui, ne cachant rien de ses envies quant au reste de la nuit.

— Bien, dit Romain en se levant, monsieur, mademoiselle, il est temps pour nous de vous laisser.

— Vraiment ? demanda Alyson en une moue suspicieuse.

— Vraiment !

— N’allez pas imaginer, monsieur que mon état d’ébriété avancé annonce quoi que ce soit. Je ne suis pas une dépravée, moi !

— Je n’en doute pas, très chère. Mais votre état d’ébriété, comme vous dites est tellement avancé qu’une bonne nuit de sommeil vous fera le plus grand bien. Pour le reste, nous verrons bien demain matin.

— Non mais… à quoi t’attends-tu exac…

Romain coupa court à la chamaillerie en clouant les lèvres de sa belle d’un long baiser savoureux.

— Demain matin sera peut-être un peu trop loin finalement, souffla Alyson libérée de l’étreinte, les joues plus rouges que son haut cerise.

—Bonne nuit les amoureux, conclut Seb.

Seul, les deux jeunes gens n’osaient pas se regarder. Ils n’avaient jamais dépassé le stade des caresses appuyées. Tous deux savaient que cette nuit serait particulière.

— Nous ferions mieux d’aller nous coucher aussi, suggéra Carole.

— Oui, va te changer. J’arrive.

C’était au tour de Carole de rougir. Touché par la délicate attention de Seb.

Cette nuit-là, Carole ne se souvint pas de ses gestes, ni l’ordre exacte des événements. Elle se rappelait seulement de l’odeur, du goût, de la douceur de la peau de Seb. Cette nuit-là, Carole n’était plus elle-même. Elle n’était plus une femme. Elle faisait parti de son amant, ils fusionnèrent dans un ballet de caresses et de baisers. Tous deux amateurs, ils ne retiendraient que la tendresse de leur étreinte et la force de leurs sentiments. Ils auraient tout le temps plus tard pour le plaisir de la chair.

*

J-2

Les quatre jeunes gens se levèrent tard. Le soleil était déjà haut quand les premières têtes ébouriffées sortirent de dessous les tentes. Le feu était froid et Alyson entreprit de le ranimer pour faire du café. Elle avait déniché une cafetière italienne dans un bric-à-brac et l’avait trouvé parfaite pour leur petite escapade.

— Je ne peux pas commencer une journée sans café, expliqua-t-elle à son amie. Un réveil sans café est une journée qui commence mal.

— Et j’ai apporté le calva, annonça joyeusement Romain en se jetant au coup de sa Lylou.

— Irrécupérable, marmonna Carole. Où est Seb ? ajouta-t-elle plus fort.

—Parti chercher de l’eau.

Alors que Romain s’empressait de finir sa bouteille de vodka, les autres commencèrent à découvrir les alentours. Si Seb savait comment trouver la clairière, il n’y était jamais resté plus d’une heure et ne connaissait pas les merveilles qu’on pouvait y trouver. Aussi fut-il surpris de quand il tomba sur un immense bosquet de baies, pour la plus grande joie d’Alyson. Ils remplissaient un panier quand ils entendirent un cri. Ils coururent au campement où ils avaient laissé Romain décuvé.

Ils ne le virent nulle part. Personne autour du feu. Sa bouteille traînait par terre, vide.

— Eh, oh ! Quelqu’un pour venir m’aider ?

Alyson et Carole se regardèrent en chiens de faïence. La voix qui leur parvenait semblait venir d’un endroit fermé avec de l’écho. Seb fit le tour du rocher blanc et les appela.

— Je l’ai trouvé, cria-t-il. Je ne sais pas comment il a fait mais il est tombé dans un trou.

En effet, sous une racine, à la base du rocher, une cavité absorbait la lumière. Au fond, une tâche verte bougeait.

— Comment tu fais pour toujours te mettre dans des situations impossibles ? hurla Alyson à la fois en colère, amusée et inquiète. Tu vas bien ?

— Rien de cassé apparemment. Seulement une grosse bosse sur la tête. Venez me rejoindre. C’est incroyable ici.

Les trois autres restèrent bouche bée, mais ne tardèrent pas à s’activer. Ils trouvèrent des cordes et descendirent à leur tour.

Ils retrouvèrent Romain dans une salle humide qu’ils balayèrent à l’aide de lampes torche. le plafond était percé par les racines de l’arbre alors que les parois étaient lisses et peintes de fresques qui ressemblaient aux mosaïques qu’on trouvait sur les jarres antiques.

— Mais qu’est-ce que c’est que ça ? s’extasia Carole.

— Aucune idée, ça a l’air ancien, répondit Romain que sa chute avait dessoûlé.

— Et ça, c’est quoi ? demanda Alyson en pointant le faisceau lumineux vers une étrange statue.

Carole plissa les yeux pour pouvoir en distinguer les formes. Tous s’approchèrent dans un silence religieux. Il s’agissait d’une sculpture qui représentait un homme drapé d’une toge. Au creux de ses bras, la statue tenait un coffret qu’elle semblait protéger.

— Alors ça c’est génial ! s’exclama Romain. Vous vous rendez compte ! Si ça se trouve on a trouvé un trésor ! On va être riches !

— T’emballe pas Indiana Jones, le calma Seb. Ce n’est peut-être qu’une vieille relique sans valeur. Le coin n’est pas très connu mais on ne doit pas être les premiers à venir camper ici.

— Tu parles, tu as vu des cadavres de feu dans le coin ? Une route ? Celui qu’on a pris est une vieille piste à gibier, rien à voir avec une piste balisée. Non on doit appeler les flics, non un avocat, le musée… On est riches, je te dis !

— Appeler ? paniqua Carole. Merde ! J’ai oublié de téléphoné à ma mère, elle va me tuer !

— Ne t’inquiète pas, la rassura son dreadeux de copain. Elle sait que tu es avec moi et donc que tu ne crains rien.

— Non, la seule chose qu’elle saura c’est que sa fifille a oublié de lui passer un coup de fil, qu’elle doit paniquer et qu’en punition elle m’interdira de sortir de tout l’été.

L’argument convainquit Seb qui se dépêcha de l’aider à remonter. Ils ne se préoccupèrent pas de Romain et Alyson qui étaient toujours penchés sur la statue et son coffret. Ils coururent jusqu’à leur tente et trouvèrent un téléphone.

— Et merde ! s’énerva Carole. Il n’y a pas de réseau.

— Il fallait s’en douter ! On est au milieu de la forêt.

— Elle va me tuer !

— Je serai là pour te protéger ! Mon deuxième prénom est Hurricane.

— Hurricane ?

— Hurricane Carter ! Tu connais pas ? Halala, il faut tout t’apprendre à toi !

— Tu peux commencer à m’apprendre des trucs un peu moins violents, un peu plus câlins…

Carole battit des cils dans une tentative de séduction qui, à son grand étonnement, fonctionna parfaitement. L’intéressé l’attrapa la jeune femme, la souleva et l’étendit doucement près du feu.

— Lay, Lady, Lay across my big brass bed, chantonna-t-il à son oreille.

Carole se laissa aller contre le torse de son amant, parcourant son cou de petits baisers timides. Lui, lui mordillait l’oreille tout en continuant de fredonnait la mélodie. Il allait la rendre folle. Non seulement il était beau comme un dieu, mais en plus il chantait divinement.

— Hé les amoureux ! C’est comme ça que vous téléphonez à vos mamans ?

Carole ravala une réplique bien sentit. Pourquoi fallait-il que ce mec arrive toujours au mauvais moment ? Ça devenait franchement énervant.

— Il n’y a pas de réseau, grogna Seb en se relevant.

— Par contre le courant passe bien entre vous deux.

C’était décidé, elle ne supportait plus ce type. Mais que pouvait bien trouver Alyson à cet empoté ?

— Et il n’y a pas de trésor, leur apprit le coq vert.

— Comment ça ? demanda Carole dont la curiosité avait pris le dessus sur sa frustration.

— Il n’y avait rien dans la boîte de la statue.

— Tu l’as ouverte ?

— Bah ouais, fallait bien que je sache si j’allais pouvoir m’offrir une voiture ou un yacht.

— Conclusion ?

— Si on gagne de quoi se payer un vélo, faudra s’estimer heureux.

— Et bien voilà, l’affaire est réglée. Et si on s’occupait de faire à manger maintenant ?

*

— Au fait Romain, lança Seb à la lueur du feu. Tu ne nous a pas dit. Comment t’as fait ton compte pour tomber dans le trou ?

— Pas intéressant, grogna le coq vert.

— Bah quoi ? On voudrait bien savoir, renchérit Carole. Allez te fait pas prier, raconte.

— J’ai perdu l’équilibre et je suis tombé.

— Quoi ? C’est tout ?

— Ouais, c’est tout ce qu’il y a à savoir.

— Arrête de faire ta mauvaise tête Doudou. Dis-nous.

Carole plissa le nez, voilà qu’Alyson lui avait trouvé un surnom elle aussi.

— Oui dis-nous Doudou, se moqua Seb en retenant tant bien que mal un fou rire.

— J’étais entrain de chier et j’ai perdu l’équilibre, voilà vous êtes contents ?

— Tu chiais si près de notre campement ? T’es grave toi !

— C’est tombé dans le trou avec moi, alors y a pas de quoi en faire toute une histoire ! Et puis vous me faites…Rhaaa… Je vais me coucher.

Et il se leva pour se diriger vers sa tente.

— Qu’est-ce qui lui prend ? s’étonna Seb. Il n’est jamais aussi grognon d’habitude.

— Je crois qu’il est malade, expliqua Alyson. Il a beaucoup toussé aujourd’hui et je l’ai même surpris en train de vomir.

—JBoire autant par cette chaleur ne fait pas du bien.

— Non Caro, répondit son amie. Je l’ai vu picoler jusqu’à perdre connaissance par tous les temps possibles. Jamais je ne l’ai vu aussi mal.

Devant l’inquiétude d’Alyson, Carole n’eut pas le courage de lancer une nouvelle pique. Au contraire, elle tenta de la calmer.

— Ne t’inquiète pas, il est fort. Ce n’est pas une petite grippe qui va le clouer au lit. Mais si tu préfères on rentre demain.

— Ça ne vous dérange pas ?

— Non, intervint Seb. Moi non plus je me sens patraque. En plus Caro a une maman à rassurer.

*

J-1

Le lendemain, aucun d’eux ne se leva. Caro tenta de s’extraire de la tente mais ne réussit qu’à se traîner à moitié de sous la toile.

Elle avait essayé de réveiller Seb, sans résultat. Il reposait inerte dans son sac de couchage.

Elle était brûlante. Sa gorge n’était plus qu’un gargouillis de glaire qu’elle n’arrivait pas à cracher. Une tenaille lui compressait les tempes et son estomac se soulevait toutes les deux minutes sans qu’il n’ait plus rien à régurgiter. Le pire fut sa peau. Ça la démangeait. Ses bras étaient recouverts de plaques rouges avec des pointes blanches, comme si elle s’était roulée dans les orties.

Haletante elle se coucha sur le dos, cherchant un souffle d’air qui ne parvenait pas jusqu’à ses poumons. Elle sombra dans l’inconscience.

*

Il faisait nuit quand elle rouvrit les yeux. Enfin elle le crut car tout autour d’elle était sombre, pourtant elle pouvait encore sentir le soleil sur son visage. Ses mains et ses jambes ne lui répondaient plus. Elle était terrorisée. Était-elle en train de mourir ? Elle ne le voulait pas. Il y avait tant de chose qu’elle devait découvrir avec Seb. Elle n’avait même pas pu dire au revoir correctement à sa mère, ni à son père. Sa gorge se serra, lui arrachant un râle de douleur. Des larmes se mirent à couler le long de ses joues, la rafraichissant un minimum. Quand une lumière se découpa dans le noir. Le tunnel ? Non des bruits de moteurs… Un hélicoptère… Sa mère avait dû prévenir les secours en ne recevant pas son coup de fil.

— À l’aide !

Mais son cri n’était qu’un murmure enroué. Pourtant la lumière se rapprocha. Carole se sentit soulever. Sûrement le soulagement d’être sauvé. Il fallait qu’elle leur parle de Seb, leur dire qu’il était dans la tente, qu’elle n’arrivait pas à le réveiller. Mais elle s’évanouit de nouveau.

*

Jour J

Elle flottait. Littéralement. Elle n’allait pas mieux, son corps était une vraie torture. Sa peau, sa gorge, il lui semblait qu’elle pleurait des larmes de feu… La douleur, il n’y avait plus que ça de vrai, la douleur.

Des voix, métalliques. Un accent étrange, jamais entendu.

— La pandoria a été déterrée.

— On a échoué?

— Leur espèce est défaillante, la pandoria s’est dévoilée à l’un d’entre eux. Ce n’est pas notre faute.

— L’inondation est donc programmée.

— Ça a commencé. L’immersion totale est prévue dans un peu plus d’un cycle de leur lune.

— Sait-on le défaut de l’espèce ?

— Non, nous gardons ces spécimens pour comprendre.

— Quel dommage, ils nous ressemblaient tellement.

— Oui mais ne perdons pas espoir, les temps apportent le changement.

Elle ouvrit les yeux. Pas des humains. Des êtres filiformes, bruns comme l’écorce d’un chêne. Deux yeux orange, grands sans pupille. Non rien d’humain. Elle comprit. Pas des humains, pas de la Terre. Ce n’était pas un hélicoptère. Le coffret, pandoria, la boîte de pandore. La clairière était un piège. Seb.

Une peur panique, l’horreur, la souffrance. Envie de hurler, de fuir. Mais rien. Ses lèvres étaient résolument closes. Un des être se pencha sur elle. Il lui parlait. Non, il n’a pas de bouche. La voix métallique résonne dans sa tête.

— Calmez-vous. On est là pour vous aider.

Menteur. La clairière, un piège.

— Non pas un piège, la pandoria est une sorte de soupape de sécurité. Quand une espèce qu’on a créée devient incontrôlable, elle se déclenche pour nettoyer la planète.

Nettoyer ? Tuer ? Assassins ! Sa mère. Seb. Sa famille.

— Je suis désolé, ils n’existent plus.

Monstres ! Mourir. La paix.

— Malheureusement, on a besoin de vous pour savoir ce qui n’allait pas. Et pour recommencer.

Recommencer.

— On doit procéder à l’assainissement de votre planète. Il ne doit plus rester de trace de l’ancienne vie, ni du virus de la pandora. Ensuite, vous et vos amis pourraient retourner y vivre.

Recommencement. Amis. Seb.

— Oui vous êtes sur l’Arche. Vous êtes l’espoir. Vous êtes la vie.

Genèse 7:17-24 17 Et le déluge eut lieu sur la terre pendant quarante jours ; les eaux s’accroissaient et se mirent à porter l’arche, et elle flottait très haut au-dessus de la terre. [ …] 19 Et les eaux submergèrent la terre à ce point que toutes les grandes montagnes qui étaient sous tous les cieux furent recouvertes. 20 De quinze coudées au-dessus les eaux les submergèrent et les montagnes furent recouvertes. 21 Alors expira toute chair qui se mouvait sur la terre, parmi les créatures volantes, parmi les animaux domestiques, parmi les bêtes sauvages et parmi tous les pullulements qui pullulaient sur la terre, ainsi que tous les humains. 22 Tout ce en quoi le souffle de la force de vie était en action dans les narines, c’est-à-dire tout ce qui était sur le sol ferme, [tout] mourut. 23 Ainsi il effaça toute créature existante qui se trouvait à la surface du sol, depuis l’homme jusqu’à la bête, jusqu’à l’animal qui se meut et jusqu’à la créature volante des cieux, et ils furent effacés de la terre […] 24 Les eaux submergèrent la terre durant cent cinquante jours.

FIN

 

Artiste choisi : Bob Dylan

  • Blowin’ In the Wind
  • Knockin’ On Heaven’s Door
  • The times They are a-changin’
  • Hurricane
  • Lay Lady Lay

*

L’Auteur : Angou Levant : « Je n’ai jamais rien publié, j’ai des livres commencés mais jamais finis, des nouvelles en cours de correction. Mon monde est la SFFF, avec un net penchant pour ce que j’appelle le fantastique à l’eau de rose, j’aime les histoires de prince charmant (même quand ils n’en ont pas l’air), les jeunes filles à sauver (même si maintenant ce sont elles qui sauvent les princes). J’adore les films de Zombies, de Fantômes et de Sorcières. Je n’aime pas les adaptations des livres que j’ai aimés… »

Blog: http://angoulevant.blogspot.fr/

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10 thoughts on “La Boîte de Pandore, par Angou Levant

  1. J’adore ce texte 🙂 C’est bien mené et même si le côté « complot extraterrestre » n’est pas nouveau, j’ai apprécié la référence biblique. « La pandora » comme maladie, c’est génial ! 😉

  2. J’ai beaucoup aimé ton texte. Surtout avec l’idée du compte à rebourd. Certaines choses étaient prévisibles (comme la boite qui apporte le malheur, dans une nouvelle qui s’appelle la « boite de Pandore ») mais c’était bien mené. L’idée de citer la bible en fin était bonne aussi.
    Ah et aussi, chapeau pour avoir réussi à le faire en 24 heures (parce que c’est de bonne qualité 🙂 )

  3. Plaisant à lire ! C’est vrai que le titre déflore un peu le suspense, mais je ne m’attendais pas à l’intervention extra-terrestre, et la référence biblique colle vraiment bien !

  4. … je voudrais dire la même chose que les autres, mais c’est pas constructif. Euh…
    … ah si. Il y’a quelques fautes d’ortho (« coup de fil », non « coup de file » par exemple), mais c’est excusable avec les 24h…

    … voilà, j’ai dit autre chose… donc je peux dire aussi : bravo, et surprenant les ET 😉

  5. Mouahahah Grégorio, j’avoue l’orthographe c’est pas trop mon fort, et pour coup de fil… euh file, non fil??? Je sais plus ^^
    Merci Dominique, c’est vraiment un beau compliment *w*

  6. Moi j’avais oublié le titre en cours de lecture, alors je n’ai percuté qu’un peu après l’apparition de la boîte (je me demandais ce que c’était d’ailleurs). J’aime bien l’utilisation du Déluge, le lien entre les deux. Et je ne m’attendais pas du tout aux ET.

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