Droit devant lui, par Alexis Lauriet

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[24 Heures de la Nouvelle 2013. Les auteurs devaient placer au moins 5 titres de chansons du même artiste à travers le texte.]

Droit devant lui, il n’y avait qu’un champ d’étoiles, qui volaient librement dans l’air. Personne ne leur avait interdit, enfin selon les lois de ce lieu, alors elles s’étaient décidées, et déployant toute leur lumière et leur énergie, elles volaient de ça et là, au gré de la nuit et du vent. Le jaune se mariant avec le bleu, ajoutait une magie que nul n’aurait pu la décrire correctement. Les étoiles filaient, sans exaucer les vœux de personne, se contentant de montrer qu’elles avaient existé et qu’un jour elles étaient passées par là. C’était presque comme une danse, ou un chant, il ne savait pas bien.

Pourtant, il avança droit devant lui, sans peur.

Il sentait que ses pas faisaient pâle figure devant ce chemin d’étoile qui tournoyait autour de lui avec un aspect joli. Il eut un sourire, et tendit sa main pour tenter de les toucher, mais au moment où il en attrapa une, elle s’enfuit comme elle était venue, les étoiles étaient timides…

Soudain, quelqu’un l’attrapa brusquement alors qu’il ne s’y attendait pas, trop plongé dans cette atmosphère doucereuse et chaleureuse, qui réchauffait son cœur sans qu’il puisse faire autre chose que sourire béatement.

Il voulu se débattre, mais il comprit à l’air méchant et aux premières phrases de la grande personne qui l’avait attrapé, qui était « je t’ordonne d’arrêter de regarder ses étoiles, tu vas te salir et devenir comme elles ! », qu’il ne pourrait faire autre chose que se plier à ses ordres et que tant pis pour l’univers si beau, il ne devait pas le voir, on lui avait interdit.

Et ce que disait un adulte était forcément à appliquer, dans ce monde-là. Tout était opposé entre cet aspect du monde des humains et ces étoiles qui dansaient.

— N’essaie pas d’apprivoiser ces étoiles sauvages !
— Mais maman….

Car cette femme était sa mère, il le savait bien. Elle ne pouvait pas comprendre à quel point son fils adorait ces étoiles innocentes qui ne se préoccupaient pas des règles, des consignes, et qui de toute façon ne les suivaient pas. Elles se contentaient de voler, de s’amuser dans tous les sens, de rire, aussi.

Alors que dans l’autre partie du monde, les hommes, étaient enchaînés à leur travail, répétaient sans cesse « c’est la consigne il faut la suivre » et les plus supérieurs eux répondaient : « je t’ordonne de faire ça ».

Mais le pire, c’était les supérieurs des supérieurs. Eux, il ne fallait pas seulement leur obéir ou les respecter, il fallait se mettre à genou devant eux et les prier.

On les appelait les Idoles, et ce petit garçon amoureux des étoiles, était le fils de l’un d’entre eux.

— Jësseï ! Cesse donc de t’opposer à moi, on n’apprivoise pas ces étoiles ! Elles sont rebelles, n’écoutent pas les hommes et nous font des malheurs !

— Mais c’est pas vrai maman ! Elles sont gentilles, regarde, elles dansent !

—Non elles veulent te kidnapper pour te laver le cerveau et faire de toi leur esclave !

— MAMAN TU RACONTES N’IMPORTE QUOI !

Le petit garçon se délivra violemment, suivant le chemin que ses amies jaunes lui indiquaient pour qu’il puisse se cacher. Lui, il aimait les étoiles. Tout le monde les trouvait dangereuses, mais lui il savait que c’était faux, que c’était juste l’Aiguilleur qui disait ça. De toute façon, tout le monde était obligé d’écouter ce type, et ses sous-fifres aussi.

L’Aiguilleur avait dit qu’il ne fallait pas lire, que c’était dangereux pour les yeux, et tout le monde l’avait cru.

L’Aiguilleur avait dit qu’il ne fallait pas pleurer, que c’était acide que ça pouvait tuer, tout le monde avait gobé ses mots et obéi.

Mais surtout, cet Homme, ou tout du moins ses ancêtres, avait réussi à contrôler la Terre en si peu de temps. Depuis, elle était divisé en deux parties : le désert et la région occupée par les hommes.

La mère du petit garçon, qui s’appelait Neuwä, se dépêcha de rentrer à l’immense tour où elle vivait, elle, son mari et son enfant. C’était grave, si leur héritier devenait allié avec des telles choses que les Etoiles, qu’allait dire l’Aiguilleur quand il l’apprendrait ? Il rentrerait sûrement dans une colère noire et les renverrait de leur statut d’Idoles. Enfin, non, pardon, renverrait son mari, vu qu’elle, devait se contenter d’élever correctement l’enfant qu’ils avaient conçu pour qu’il devienne un jour à son tour ce qu’était son paternel.

Jësseï pleurait, dans son coin, effrayé, dans les ténèbres de cette nuit éternelle. Il aimait bien la nuit, c’était si jolie et doux, ça lui faisait tant de bien qu’il n’avait pas besoin de plus. Le vent soufflait, et le rafraichissait lentement pour lui rappeler que ça allait bien. Oui, tout allait bien. C’est juste qu’il avait un peu l’impression d’être seul, du coup ça faisait peur, ça.

Les étoiles se mirent alors à chanter autour de lui, formant une ronde pour le consoler. Ces créatures n’aimaient pas quand les enfants pleuraient, elles, qui symbolisaient le rêve et la liberté, elles ne pouvaient se permettre de laisser ce gamin verser des larmes par peur d’être seul alors qu’elles étaient là. Elles étaient la voie, elles éclairaient le chemin.

Leur voix douce et soprano, rassura un peu le petit garçon, qui se serra contre l’une d’elle. Celle-ci ne s’enfuit pas et laissa cet enfant si gentil rester contre elle.

— Les grandes personnes sont comme ça, tu sais, elles ne savent pas là où le monde est beau.

Aux yeux des hommes, une étoile ne parlait pas, de toute façon pour eux, une lumière pareille devait se contenter de briller, de brûler, et de regarder ses amies éphémères mourir un jour ou l’autre et c’est tout. Mais ils se trompaient.

De toute façon, elles n’aimaient pas suivre ce qu’on disait d’elles. Alors, elles parlaient, pouvaient chanter, et surtout, étaient immortelles….Quand on ne les tuait pas.

— Mais maman c’est ma maman.

Jësseï ne pouvait pas comprendre que les hommes depuis des années n’étaient plus que des adultes, sans rêves, sans joie. Ils avaient perdus le goût de la vie, et à leurs yeux, il n’y avait que l’honneur, l’argent et surtout le travail. Ils n’avaient que ces trois mots à la bouche.

Seulement, ce petit n’était qu’un enfant qui n’avait jamais voulu comprendre cette histoire de travail, d’ordre auquel on doit obéir. Pour lui, les rêves étaient sa nourriture, la joie, sa respiration, et rien d’autre ne comptait plus pour lui que de s’amuser. Bien sûr, il savait qu’il fallait écouter sa mère et faire ce qu’elle disait, mais parfois, il ne voulait pas.

Il n’y avait que les étoiles qui comprenaient son avis.

De leur côté, la mère et son mari, l’Idole tant proclamé du nom de Tücé qui était bientôt selon les rumeurs le bras droit de l’Aiguilleur, cherchaient tant bien que mal à retrouver leur fils. Ils allaient même jusqu’à se dire « si je bois pour oublier que mon enfant est parti je ne sais où, il va revenir, ce sale garnement, le temps aura passé après tout ».

Mais, buvant de l’alcool jusqu’à s’endormir n’allait pas arranger leur problème, aussi, à côté, ils avaient envoyé celui que l’on nommait le chasseur d’étoiles. Il était capable d’attraper ces maudites bêtes, de les tuer, toutes aussi immortelles qu’elles étaient, et on faisait souvent appel à lui quand ces créatures mettait le bazar partout où elles allaient.

— Moi je vous le dit, il va falloir se méfier, mes sœurs !

C’était une étoile qui restait avec Jësseï qui venait de dire ceci. Brillant de mille feux, et très maline, elle se doutait que les parents du garçon allaient envoyer quelqu’un à sa recherche. Et les astres lumineux connaissaient si bien la réputation de cet homme dangereux qui les chassait sans aucune pitié, qu’elles savaient s’en méfier. Il n’y avait que lui qui pourrait venir les chercher, car c’était le seul qu’avait nommé l’Aiguilleur pour se débarrasser des étoiles.

— Il va falloir fuir, en es-tu capable, petit ?

— Oui ! Oui je veux !

Tant qu’il pouvait rester avec ses amies, il ferait tout pour. Alors, le chemin dans les ténèbres fut de nouveau éclairé, au fur et à mesure. Si les hommes rêvaient encore, ils auraient pu remarquer à quel point ce mélange de jaune, de violet et de bleu était magnifique. Cela faisait comme une espèce de vague tournoyante, qui gigotait sans cesse, et sous un chant plein de douceur et à l’unisson.

Les étoiles chantaient ce que leur mère et leur grand-mère encore avant elles leur avait appris :

Viens au jardin des étoiles, virevolter parmi nous.
Viens, tu verras, c’est comme le jardin des roses
Des roses que jamais personne n’a vus, mangé par le loup.
Le loup qui a piétiné le monde sans pitié, le rendant morose…

Le petit garçon admirait cette chanson, même s’il n’en comprenait pas le sens.

Bien sûr, pourtant, il était facile de la décrypter. Les étoiles chantaient à propos des Aiguilleurs, vu que celui qui était au pouvoir n’était pas le premier. Celui à avoir mené la Terre à sa perte avait vécu là il y a si longtemps. Il avait massacré toute trace de végétaux, ne laissant alors qu’un désert et une ville perdue au milieu.

Jësseï n’aurait pas compris qu’avant il y avait des arbres verts, des fleurs, des oiseaux et du reste des animaux, sur le monde, et que maintenant il ne restait plus rien d’autre que des buildings, du métal, du fer, et de la tristesse grise dans cette nuit qui ne cessait pas de finir. Car il n’avait pas connu ça. Non, il n’avait pas vu le monde avant, quand il était beau.

Les hommes eurent beau créer un soleil artificiel dans la ville, ils ne retrouvèrent jamais le sourire, c’est pour cette raison que le petit garçon préférait la nuit, parce qu’on n’y voyait rien, donc que si jamais il croisait un humain là, il ne verrait pas son air si déprimé, si abattu. Il détestait ça.

Mais pour le moment, l’enfant suivait le chemin de ces créatures magiques qui avaient débarqué un jour, sur terre, sans jamais dire leur raison. Elles dansaient, encore et toujours, chantant cette comptine et ses nombreux couplets contant l’histoire de leurs ancêtres, la beauté du monde avant, et le passé, surtout. Le passé qui était leur rêve. Jësseï était après eux et les suivait, fermant la marche, sans se perdre dans ce monde si noir et profond, qui dans le fond ne le dérangeait pas non plus.

— À quoi ressemble votre petit garçon ?

— Eh bien, il est blond, caucasien, et des yeux bleus. Il n’a que neuf ans. Vous avez intérêt à le retrouver.

— D’accord, je prends note.

L’homme, que l’on nommait le Géographe, connaissait le désert sur le bout de ses doigts, il pouvait retrouver n’importe quelle étoile, ou n’importe quelle personnne dedans. C’est pour cela que l’Aiguilleur l’avait engagé comme chasseur d’étoiles.

Il partit sur le champ, prêt à massacrer toutes ses bestioles brillantes qu’il pourrait trouver sur son chemin.

— Qu’est ce que c’est ?!

— Des méduses terrestres.

Le petit garçon regardait ces espèces de…De choses roses volantes qui virevoltaient à la façon des étoiles, autour d’eux. Il trouvait cela fascinant, c’était bien la première fois qu’il les voyait.

— Mais elles portent un autre nom. Approche toi, et parle leur, vas-y.

— Bonjour ?

Une voix survint alors, comme venu d’un autre monde. Elle vibrait, était drôle et surtout aussi cristalline que celle des étoiles. Et elle disait :

— Bonjour ?

Jësseï sursauta, car malgré cette voix aigüe, cela ressemblait à la sienne, et la méduse avait tourné sur elle-même au même moment, comme si cela l’amusait.

— Nous appelons ces créatures, l’écho. Elles répètent toujours ce qu’on leur dit, en imitant notre voix. N’est ce pas joli ? Ce sont l’une des rares animaux qui ont pu survivre à l’Aiguilleur.

— Pourquoi ?

— Parce que toutes les autres sont mortes à cause de cette nuit et du désert.

— C’est trop triste…

— Oui…

Une des étoiles se mit alors à réagir, comme si elle sentait l’arrivée du Géographe de loin. Il fallait partir, et ainsi, tout le monde se remit en marche. Les danseuses recommencèrent à ouvrir la voie pour le garçon qui ne voyait pas dans la nuit, en continuant leur chanson, même si en somme ce n’était pas très discret pour qu’elles ne se fassent pas repérer.

Mais ce que Jësseï ne savait pas, c’est que cette chanson, seul lui pouvait l’entendre. La voix des étoiles était celle des rêves. Parce qu’il rêvait encore, il avait le droit de la perçevoir. Voilà tout.

Puisque c’est ma rose, je veux pour toujours la protéger.
Loin du loup je l’emmènerais, elle ne se fera pas manger.
Entre ombre et lumière elle vivra, tout comme vous.
Venez au jardin des étoiles, virevolter parmi nous…

Ils avançaient aussi vite que possible, mais le petit garçon restait un enfant et il était difficile pour lui de marcher plus vite qu’un adulte normal. Les étoiles au fur et à mesure semblaient paniquer, comme si quelque chose allait les attaquer.

Alors, quand enfin ils arrivèrent devant une espèce de grotte énorme brillant de milles feux à cause des nombreuses pierres précieuses incrustées sur elle, les créatures s’empressèrent de mener le petit garçon au fond, en lui indiquant bien le chemin pour qu’il ne l’oublie pas, et elles lui dirent :

— Nous partons. Pour se retrouver, on aura toujours rendez vous ici, mais en attendant, il va falloir que tu restes caché là, le temps qu’ils t’oublient, et que le Géographe ne nous poursuive plus.

Jësseï voulut dire quelque chose, mais les étoiles furent trop vite parties, filant à toute vitesse et laissant le petit garçon seul, dans cette immensité caverneuse, brillante et lumineuse, que pourtant personne jamais n’avait trouvé même le chasseur.

Celui-ci d’ailleurs, regardait sa carte, qu’il avait dessiné il y a de cela longtemps.

— Je suis un homme sérieux, moi, je vais les trouver ces maudites étoiles !

Avançant tout en continuant de parler tout seul, il ne regardait pas devant lui, préférant se fier à sa carte, et à ses connaissances.

Il avançait alors à gauche, puis à droite, en faisant des commentaires sur ce qu’il faisait, en se parlant à lui-même, en racontant sa vie. Il était un peu fou, mais cela avait plu à l’Aiguilleur, car selon lui, cela le rendait effrayant.

Bien sûr, le grand chef se méfiait de ses actions, car les gens comme lui il y a longtemps étaient enfermés pour avoir plusieurs voix dans leur tête.

Le Géographe releva la tête, ayant cru entendre un bruit non loin de lui se mit alors à en chercher la source mais ne trouva rien.

Cela l’énerva, et il appela le vide :

— Qui est là ?

La seule chose qui lui répondit fut une méduse terrestre trainant par là. L’homme, se sentant vexé d’avoir été surpris pour si peu, attaqua la pauvre chose et l’acheva sans mal.

Jësseï de son côté, s’était mis en chien de fusil par terre, à se demander ce qui allait lui arriver. Il appelait sa maman en pleurant, même s’il avait confiance envers les étoiles. Seulement près d’elle, de cette génitrice si sévère, il savait qu’il aurait été mieux, même si elle lui aurait interdit de pleurer, pour ne pas qu’il meure. Il avait peur d’avoir fait une bêtise, et qu’on allait finir par le manger.

Ses pierres qui toutes, reflétaient son reflet, ne le calmait même pas, et empirait son mal être. Jusqu’à ce qu’une voix surgisse non loin de lui.

— Apprivoise-moi !

Le garçon sursauta et se retrouva devant une espèce de bébé étoile, mignon, certes, mais plus qu’étrange, car ça ne ressemblait pas franchement à une étoile. C’était certes, petit et lumineux comme tout mais à part ça… C’était gris, gros, et ça ressemblait presque à un humain.

— Apprivoise-moi, répétait la source lumineuse, et je te raconterais l’histoire des étoiles !

— Mais qui es-tu ?

— Je suis ce que je suis ! Allez apprivoise-moi !

— Mais qu’est ce que c’est « apprivoise-moi » ?

— Baaah tu me fais un câlin, et hop je serai de ton côté ! Tu seras mon ami pour toujours, et même si je ne peux pas sortir d’ici parce que je suis le gardien de la grotte, je serais toujours à tes côtés !

Alors l’enfant, sans se méfier, serra l’espèce de chose grise brillante dans ses bras. A ce moment là, celui-ci ne s’arrêta pas de parler :

— Je suis un koala, le dernier de mon espèce, même qu’avant ils ne pouvaient pas parler votre langage, à vous les humains. Je suis le gardien de la grotte, je protège les pierres précieuses ! J’adore avoir des amis, t’es le premier que j’ai d’ailleurs, parce que tu vois, je suis timide en fait, j’aime pas trop aller vers les gens donc bon je me tais et je fais comme si je n’existais pas généralement, mais comme c’est que des étoiles qui viennent par ici et que les étoiles j’en ai peur c’est un peu logique que je dise rien mais toi t’es humain donc je me disais que peut-être on pourrait devenir amis, tu vois ? Au fait, tu sais, toi, ce que c’était les baobabs ? Non parce qu’à notre époque, y a tout le monde qui a oublier ! J’en ai entendu un demander si c’est un chapeau, mais non c’est un arbre pardi ! Faut dire que l’Aiguilleur à un peu effacé la mémoire des gens à force de parler de trucs qu’il ne faut pas faire. Rien ne lui plais à ce type. Je suis sûr, que t’ignorais, qu’en fait, les étoiles si l’Aiguilleur ne les tue pas toutes, c’est bien parce que c’est grâce à elles qu’on a de l’air ? Et oui comme je te le dis ! De l’air ! Me regarde pas avec cet air surpris, gamin, c’est comme ça. Comme les étoiles brillent et que c’est beau, ça produit de l’air. Bon je sais que comme ça mon explication est pas logique, mais c’est parce que je ne sais pas tout moi, zut alors ! Faudra leur demander pourquoi elles brillent finalement… Non pardon, pourquoi elles sont notre air ! Tu sais ce que tu devrais faire ? Y aller maintenant, et surtout, adieu, et tâche d’être heureux, hein !

Jësseï avait des gros yeux, il ne comprenait pas trop ce qu’il se passait, à part que cette créature brillante n’arrêtait pas de parler, et qu’il n’avait pas tout compris… Alors d’après ce qu’il avait compris, il fallait qu’il demande pourquoi les étoiles faisaient de l’air, mais il ne voyait pas trop pourquoi. Cette boule de poil était complètement surexcitée, on aurait dit son père quand il avait bu trop de café, ce genre de chose.

— Euh…

— Ah je sais ! Tu veux peut-être sauver le monde en fait ? Désolé je peux rien pour toi.

— Bah en fait…

— Quoi ? Sauver les étoiles du Géographe ? Tiens d’ailleurs comment je sais que y a un chasseur nommé le Géographe, tu dois te demander hein ? Bah en fait, je suis sorti de ma grotte un jour, mais chut, le dis pas aux pierres précieuses sinon elles vont pleurer.

— Euh….. Mais….. Oui je voudrais les sauver oui !

— D’accord ! Alors tiens !

Et sans ménagement, le koala arracha une pierre, qui si elle avait été vivante, aurait sûrement fondu en larmes. Il l’enroula aussi vite que possible dans une sorte de chiffon sale qui avait dû servir pendant des années au vu de son état, et le tendit à Jësseï qui se demandait ce que la bestiole faisait.

— C’est une pierre qui rend aveugle, alors évite de le déballer devant toi.

— Pourquoi une pierre qui rend aveugle ?

— Oh parce qu’elle brille énormément !

— Non mais pourquoi vous me donnez ça ?

— Ben, pour aveugler le Géographe. Comme ça il ne pourra plus jamais voir les étoiles et les attaquer, ce n’est pas une bonne idée, ça ?

Le koala semblait sûr de lui, même si son idée venait de nulle part — un peu comme lui d’ailleurs — donc l’enfant n’osait pas faire une remarque, alors il se contenta de garder la pierre contre lui. Il finit par dire un petit au revoir timide et chercher les étoiles. Quand il fut sorti et qu’il eut fait trois pas, il se demanda où pouvait bien se trouver ses amies, et eut très peur d’un seul coup de s’être perdu. Jësseï voulait pleurer de nouveau, mais se disait qu’il fallait qu’il soit courageux.

Pendant ce temps, les étoiles avaient été découverte par le Géographe, qui comptaient bien les massacrer toutes. Lui, il ne savait pas qu’elles étaient essentielles pour la respiration. Il n’y avait que l’Aiguilleur qui connaissait ce fait, vous vous en doutez bien, vu que sinon ça aurait pu être un moyen pour quelqu’un de dominer le monde, et il préférait vraiment éviter ce genre de situation. Logique, pour un dictateur.

Le Géographe sortit donc son attirail, diverses armes toutes plus étranges les unes que les autres mais qui terrifiaient les étoiles qui se mirent à voler dans tous les sens, en brouillant leurs chants si beaux quand ils étaient en harmonie.

— Arrêtez-vous là !

Le petit garçon qui avait entendu le cri de ses amies avait finalement retrouvé son chemin, et il refusait qu’on s’en prenne à ces jolies choses, c’était vraiment trop injuste. Il sortit la pierre de son chiffon et se protégea les yeux pour ne pas se faire aveugler à son tour. L’enfant entendit alors juste un cri puissant qui suppliait à l’aide, puis plus rien, comme si le chasseur était tombé à terre et ne bougeait plus depuis. D’ailleurs quand Jësseï rouvrit les yeux, c’est ce qu’il constata.
Le silence se fit alors, et aux alentours tout le monde se tût. Les ténèbres envahirent l’espace, alors que la lumière qui irradiait des créatures jaunes était toujours présente. L’homme n’était pas mort, pourtant, juste à terre, et assommé par cette lumière trop puissante qui venait de fermer ses yeux à jamais. La pierre tomba des mains de l’enfant et roula à ses pieds, elle s’était arrêtée de briller et semblait comme morte, ce qui en un sens était l’évènement le plus triste de ce moment. Après tout, les pierres avaient l’air si vivantes, dans la grotte…

Le fait que le Géographe ne voit plus rien n’était pas si mal. Non, au contraire. Cela signifiait que les soleils miniatures étaient libres pour de bon, et que Jësseï aussi. Plus personne ne viendrait les chercher, jamais.

L’Aiguilleur avait perdu la bataille cette fois….Mais pour un enfant, qu’est ce que ça pouvait bien lui faire, il avait encore tout un tas de gens à ses ordres ! Et un chasseur, il finirait bien par en retrouver un.

Un grand bruit se fit alors entendre, car les étoiles se réjouirent sur le champ de ce qu’il venait de se passer, entonnant des milliers de notes avec plus de fougue encore.

— Excusez-moi !

Parce que le petit garçon était quand même curieux. Et que si tout était bien qui finit bien, cette question lui brûlait les lèvres depuis que l’étrange gardien des pierres lui avait parlé :

— C’est vrai que vous êtes l’air de la Terre ?

Les étoiles se rassemblèrent soudainement autour de lui et se mirent à tourner tout autour de lui en riant et en chantant, alors un chant différent de celui de d’habitude, plus doux et mystérieux, aux paroles tout autant énigmatiques pour un enfant qui ne connaissait rien.

C’était juste beau. Il n’y avait aucun mot pour décrire ça. Lumineux comme des lucioles, des lampions, dans cette nuit perpétuelle. Jësseï se sentait bien, et avait l’impression qu’il n’avait pas besoin d’être ailleurs. D’ailleurs, pourquoi retourner dans ce monde artificiel avec des parents aux règles strictes avec un avenir au côté d’un type qui avait osé vouloir faire du mal aux étoiles ?
Non, à la place, l’enfant se contenta d’écouter les paroles que chantaient ses amies :

Ephémère, comme l’air, tu seras.
Un humain voilà ce que j’ai décidé pour toi.
Le loup n’entendit pas cette chanson, et mangea le monde.
De ses crocs puissants, il déchira tout, qui devint sombre.

Mais alors, que les hommes étaient persuadés de mourir
Sans oxygène, sans soleil, ils n’étaient plus rien.
Nous apparurent, sœurs aux grands rires.
Nous sommes les étoiles, de là où la lumière vient.

Ironique existence, du pays des rêves,
Nous vivons en apportant par notre chaleur,
Tout ce qu’il faut pour que les hommes ne meurent.
Pas tout de suite, le temps de respirer sans trêve.

Nous sommes les gardiennes du pays des roses
Mais aussi du monde des songes.
Nous sommes l’air, tente de nous toucher si tu l’oses
Et tu verras à quel point ce n’est pas un mensonge….

De dire que nous sommes la vie du monde.
Que nous sommes celles qui permettent aux humains de vivre.
Nous sommes les étoiles, reines et vagabondes.
Qui vaquons ça et là pour vous faire survivre.

Jësseï sourit, et même s’il n’avait pas tout compris à la chanson, il se sentit bien auprès de sa nouvelle famille.

Et ça lui suffisait.

FIN

Artiste : Les musiques utilisées sont celles de la comédie musicale du Petit Prince :

  • Droit devant soi
  • Je t’ordonne
  • C’est la consigne
  • L’Aiguilleur
  • La Terre
  • Les grandes personnes sont comme ça
  • Je bois pour oublier
  • Moi je
  • Le jardin des roses
  • Je prends note
  • L’Echo
  • Puisque c’est ma rose
  • On aura toujours rendez-vous
  • Je suis un homme sérieux
  • Chercher la source
  • Près d’elle
  • Apprivoise-moi
  • Les Baobabs
  • Adieu et tâche d’être heureux
  • C’est un chapeau

*

L’Auteur : Alexis Lauriet est un koala mangeur de livre et tapeur sur le clavier, qui adore Photoshop et les mangas. Actuellement étudiante en BTS Médias Numériques, elle passe son temps libre à lire, à écrire et à participer à des forums de jeux de rôles. « J’ai beaucoup d’idées mais c’est parfois difficile de les mettre en place, du coup j’écris surtout des nouvelles parce que je suis sûre d’en finir ! »

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3 thoughts on “Droit devant lui, par Alexis Lauriet

  1. En voyant le « Apprivoise-moi » j’avais pensé au Petit Prince, mais j’avais complètement oublié la comédie musicale…

    Bravo. Texte très beau et très poétique. 🙂

  2. Il y a de très bonnes idées là-dedans, pour une belle histoire pleine de poésie.

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