Quatorze Juillet, par Cecilia Ann

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[24 Heures de la Nouvelle 2013. Les auteurs devaient placer au moins 5 titres de chansons du même artiste à travers le texte.]

Je soupire en voyant le parking déjà plein, les toits alignés par dizaines étincelants sous les étoiles. En même temps, quand on habite au pied de la Méditerranée,  pourquoi aller autre part pour le feu d’artifice du quatorze juillet ?

Finalement, je ne suis pas mécontente d’avoir encore raté mon permis. Sur le siège du conducteur, Thomas râle et marmonne quelque chose à propos de ces « enfoirés de touristes » qui se sont mal garés avec leur monospace, prenant deux places. Je ne prête pas suffisamment attention aux plaques d’immatriculation pour pouvoir en juger, je préfère tapoter en rythme sur la rebord de la fenêtre.

— C’était Hubert-Félix Thiéfaine sur Radio-Provence avec Alligators 427. Dans un instant, les informations de vingt et une heure avec …

— Putain, mais comment ça peut être déjà plein à cette heure ? s’écrie mon frère, toujours aussi remonté.

Je m’étonne qu’il ne m’ait pas encore engueulée, qu’il ne me dise pas que c’est de ma faute. C’est vrai, c’est moi qui insisté pour venir ici. Ce n’est pas comme si je ne savais pas que le moindre centimètre carré de sable allait être bondé par de la marmaille qui crie partout, affublée de bâtons et autres bracelets lumineux, courant entre les glacières et les transats avec leurs parents portant à bout de bras leurs appareils photos dès l’apparition du premier éclair qui déchirerait la nuit.

— Bon, Lil’, tu vas pouvoir faire cinq cent mètres à pied, non ? Ça va être le merdier là. Pas envie de me taper les bouchons.

— Tu viens me chercher quand même ?

— Bien sûr, princesse. M’enfin, si je décroche pas, tu n’auras plus qu’à appeler Maman, ricane-t-il.

Je serre les dents pour ne pas laisser échapper une insulte, attrape mon sac et sors. La porte à peine claquée, Thomas repart en trombe vers le centre. Comme c’est samedi soir, je suppose que pour lui ce sera bars, puis boîtes. Je devrais être dans ce genre de lieux aussi. À dix-neuf ans, on ne se tape pas la plage des Mouilles pour regarder un bête feu d’artifice, même le quatorze juillet. Surtout le quatorze juillet. Pas franchement romantique, pas d’intimité, ni convivialité il y a du monde partout. Ça fait longtemps que je ne vois plus rien d’incroyablement beau et transcendant dans les rendez-vous à la plage, les barbecues clandestins, la première clope ou le premier bédo sur les rochers les pieds dans l’eau, les bisous salés devant le coucher de soleil, et les bains de minuit… Ouais ça me plaisait bien quand j’avais treize ans, l’âge des premiers frissons, où pouvoir échapper à ses parents dix minutes le soir lors des pique-niques et des grands rassemblements pour aller rejoindre son amoureux ou ses potes est synonyme de liberté absolue.

Je suis aussi bien contente de ne plus être l’ado stupide et bisounours que j’ai été, persuadée que mon prince charmant descendrais d’un surf pour m’emmener dans son royaume enchanté au fond de l’océan, genre la Petite Sirène à l’envers. C’est d’autant plus débile qu’on ne peut pas surfer sur ce côté-là de la France.

Alors pourquoi est-ce que j’ai adhérée à cette idée ? Franchement ? J’en sais rien. On crève tellement de chaud en ce moment que je crois que mes neurones n’ont pas résistés. Ils ont dû fondre, en même temps qu’avec mes résistances initiales, mes préjugés, mes habitudes si solidement ancrées. Je suis vraiment paumée en ce moment, je crois. J’ai planté mon permis trois fois, alors que je conduis les bagnoles familiales depuis mes seize ans. Je me suis rendu compte à la fin de mes partiels qu’en fait je détestais les sciences, les animaux  et la médecine. Quand on veut devenir vétérinaire depuis ses six ans et qu’on a tout sacrifié pour être prise en école véto, ça fout légèrement les boules comme on dit.

Ouais, je pense qu’au final c’est le désespoir qui me mène jusqu’ici. Je pourrais même me jeter dans les flots, laisser la mer me noyer, m’emporter loin, très loin de cette ville dans laquelle je ne me reconnais plus, qui ne ressemble pas à celle que j’ai habitée pendant si longtemps. Je suis partie à Lyon juste après mon bac, un monde tellement différent que j’avais hâte de rentrer ici pour me retrouver dans le cocon familial et amical qui me rassurerait un peu, qui m’aiderait à surmonter les angoisses qui m’avaient tenaillée pendant toute l’année et qui ne voulaient plus me lâcher. Et à avoir confiance dans un avenir de plus en plus trouble. Je voulais retrouver mon insouciance, cette époque où j’avais pas encore été confrontée à des responsabilités d’adulte ; gérer mon appart’ et mes études plus stressantes et plus prenantes que jamais dans une ville où il fait moche tous le temps et également sur les visages des gens. Je ne connaissais personne, je me suis sentie toute suite trop jeune, trop conne, trop naïve comme un bébé parmi des gens qui semblaient s’éclater dans leur nouvelle vie étudiante et leur indépendance fraîchement acquise. J’ai jamais compris ce qui les faisait bander dans tout ça. Même Priscilla, ma binôme attitrée durant l’année me disait qu’elle tuerait pour avoir ma situation, elle qui était toujours obligée de vivre chez ses parents, n’habitant pas assez loin de l’école pour justifier la prise d’une chambre. Sérieux, on voyait qu’elle ne s’était jamais retrouvée à repasser dans huit mètres carrés entre le frigo et le lit, à préparer des pâtes sur des plaques électriques qui marchaient une fois sur trente et à supporter les mecs bourrés qui gueulent dans la résidence à trois heures du matin alors que t’a partiel le lendemain. Le rêve, le rêve ouais, tu parles.

Maintenant, je suis là, bêtement plantée au milieu de la foule tapant frénétiquement sur mon portable des « T’es où ? » pour rejoindre des gens qui ont un jour été mes potes. Je suis affreusement mauvaise langue ; plus que des potes ce sont mes amis, mes amis depuis toujours ou presque. Je n’arrive pas vraiment à en parler au passé. Je les connais depuis trop longtemps. Genre Arthur. Lui, je le connais depuis le CM1. On a toujours été plus ou moins dans les mêmes classes en primaire, mais c’est cette année-là qu’on a accroché. Il m’avait offert des fraises tagadas le jour de la Saint-Valentin.  J’étais la seule à ne pas être amoureuse de lui, et les menaces de la moitié des filles de la cour ne m’ont pas incitée à tomber dans ses bras. Il m’a avoué des années plus tard, alors qu’on le chambrait à propos de ça qu’il l’avait justement fait pour que je succombe à son charme, moi, la seule qui ne se pâmait pas ouvertement devant lui. Arthur le tombeur de ses dames…  Ça n’a pas vraiment changé depuis, et je dois dire que si j’ai considéré l’idée de sortir avec lui plus d’une fois au cours des dix dernières années, au fond je crois que je n’ai pas envie de sauter le pas. Notre amitié me convient, et elle serait toujours bien plus réelle, plus sincère et plus forte que n’importe quelle amourette. Car ce n’est qu’un coureur, un tombeur, un chaud lapin, tout ce qui est du même acabit. Pas que ça me dérange, chacun fait ce qu’il veut de ses fesses et de sa vie. Mais ruiner une amitié datant d’une décennie pour juste du sexe… Ça ne vaut pas le coup, à mes yeux.

C’est de loin la personne que j’avais le plus hâte de revoir « en vrai ». Il rentre tout juste d’un mois en Espagne, je ne l’ai pas vu depuis… merde je sais plus mais en tout cas, c’est trop. C’est toujours trop. C’est ça de devenir copain avec un mec qui ne rêve que de nouveaux horizons et de grand large. Toujours en vadrouille, partout et nulle part à la fois sur les coins les plus insolites de la planète.

C’est marrant, parce qu’on ne peut pas dire que j’ai été spécialement proche d’Arthur ces derniers temps, j’ai même l’impression qu’on s’est quand même pas mal perdus de vue. L’année précédente a à la fois été terriblement longue et affreusement courte. Il me manque plus que jamais.

Je me fais bousculer dans tous les sens et je n’ai même pas encore mis les pieds sur le sable. Ça afflue de partout, c’est dingue. La situation devient critique.  J’essaie de me caler contre le muret qui borde la plage, à proximité d’un groupe de pouffes collégiennes maquillées à la truelle qui gloussent comme un troupeau de dindes. Elles me percent tellement les tympans avec leurs petits cris suraïgues que j’entends à peine la sonnerie de mon portable.

— Lily-chérie t’es où ?

Putain, mais comment tu peux espérer qu’on se retrouve avec cette foule, j’ai envie de hurler. Je passe ma frustration en passant mes dents sur mes lèvres.

— Je suis pas trop loin du port, mais avec le marché nocturne, ça va être tendu je crois… Faut que je capte Arthur, tu l’as eu ?

— Non. Mais franchement… Tu sais comment il est. Bien du style à arriver un quart d’heure en retard car il aura accepté tous les coups qu’on lui aura payé.  Depuis la place Jean-Jaurès jusqu’ici il y a au moins cinq kilomètres. Je crois que si on peut le voir avant minuit on aura de la chance.

— Bon, je crois qu’il reste que les cactus, alors. Le temps que je bouge… Je devrais être là dans dix minutes.

— Ok ma poulette ! Ça marche ! À toute !

Je soupire. J’adore Emma, sérieux. Ça a toujours été la personne que je préfère au monde, devant Arthur, même. C’est ma BFF, ça l’a toujours été. Depuis le premier regard, la première seconde, on a su qu’on allait accrocher grave toutes les deux. C’est mon âme-sœur.

Mais là depuis que je suis revenue, elle me pète les couilles (que je n’ai pas ; mais grandir avec quatre frères a ce genre de conséquences désastreuses sur le langage des demoiselles bien comme il faut). Je sais pas pourquoi. Elle n’a pas changé, pourtant. C’est toujours ma Emma, celle que j’aime pour son caractère de fofolle, ses idées déjantées, son côté branché sur douze milles volts. Moi non plus, je n’ai pas changé. Je ne sais pas si le fait qu’elle soit avec cet Emmeric qui fait ressortir son côté mielleux, sa capacité à roucouler comme une pucelle et du coup qui m’exaspère au plus haut point. Son mec, c’est pas une lumière, quoi. Arthur c’est un sacré gros branleur aussi mais il sait tenir une conversation sur des sujets autres que Secret Story et les matchs de ligue 1. C’est vraiment le bœuf de base, le Emmeric. Je me demande comment ils ont pu l’accepter en BTS d’ailleurs. Je veux dire dans ces trucs-là, il est censé y avoir un minimum de sélection. Et des tests. Genre sur la culture générale, par exemple. Emma c’est pas la première de la classe non plus, mais merde quoi. Elle pourrait avoir tellement mieux. Mais non, elle préfère se caser comme une mémé avec le premier imbécile au sourire hollywoodien qui passe. Comment l’imaginer être sérieusement en couple avec un mec pareil, voir cette serial-noceuse préférer les soirées pizzas-chips avachie dans un canapé au lieu d’aller en boîte ? C’est la deux-cent-cinquantième dimension, là. C’est flippant de voir comment le fait de sortir avec quelqu’un peut transformer le Mogwai en Gremlin (je sais que c’est l’inverse, normalement mais c’est Emma, quoi)

Je suis vraiment une garce, n’empêche. Après tout Emma et Emmeric ça va super bien ensemble. Mes grands-parents paternels s’appellent bien Raymond et Raymonde. Bon Il est pas trop mal fichu. Il a un peu le physique de Ken ; blond aux yeux bleus, corps musclé et impeccablement bronzé. Et zéro de QI également. La cerise sur le gâteau de l’homme parfait.

Bon, j’arrête les mauvaises pensées pour ce soir, faudrait que je me bouge. Je regarde vite fait mon téléphone pour voir si Arthur m’aurait pas répondu. Pas que je m’attendais à ce qu’il le fasse. Arthur, c’est un baroudeur, un aventurier, le genre à se lancer dans la traversée du Pacifique en solitaire sur un voilier. D’ailleurs, il a un catamaran. Pas le mec collé à son écran qui ne peut pas vivre sans connexion wifi.

Je remonte l’allée qui mène au port, mais aussi à ma destination. J’envoie finalement rapidement un texto à Arthur pour lui indiquer notre point de rendez-vous même si je sais qu’il y a une chance sur un milliard qu’il le vois avant une heure du matin, et que d’ici là, on aura bougé à l’autre bout de la côte.

Ce qu’on appelle les Cactus, c’est une route qui serpente dans le quartier résidentiel du bord de mer, là où le prix de l’immobilier flambe encore plus qu’ailleurs dans la ville. Les bandes de jeunes décérébrés et bruyants comme nous sont pas censés y traîner mais y’a pleins de petits coins tranquilles et sympathiques. Des rochers comme des écrins, à l’abri du Mistral, mais avec une vue imprenable sur la plage. Un endroit dans lequel j’ai descendu pas mal de bières, crapoter mes premières Marlboro  et inhaler un certain nombre de vapeurs suspectes.

Pffiou, ce que ça peut faire du bien de sortir du troupeau, de laisser les moutons derrière moi. Là, je respire mieux.  Plus j’avance, plus je rentre dans le lotissement et moins y’a de foule, c’est plutôt cool. Tout d’un coup, plus un seul clampin, et plus un seul lampadaire aussi. Je manque de me faire pipi dessus quand mon BlackBerry vibre au fond de ma poche. J’espère que c’est pas Emma qui m’annonce qu’elle plaque tout parce Emmeric a décidé de regarder le rugby ou je-ne-sais-quoi. Comme si je flippais déjà pas assez que le grand méchant loup me tombe dessus dans les ruelles sombres, je frôle la crise cardiaque en découvrant un texto d’Arthur. Laconique, comme à son habitude mais ça n’enlève rien à la surprise.

Je vous attends au lieu-dit.

Putain, le grand et l’impénétrable Arthur Vernet serait à l’heure à un rendez-vous ? Voir même en avance ? Le ton du message est bien trop sérieux pour qu’il soit sobre mais je suis choquée quand même. Sérieux, dans quelle faille temporelle suis-je tombée ?

Mais idiote, c’est une blague. Je suis ridicule des fois. Comme si je connaissais pas l’animal, comme si c’était la première fois qu’il faisait ce genre de plaisanterie débile, digne d’un gamin de cinq ans. Si, si le genre à dire je suis là, alors qu’en fait… il est pas là quoi ! Mort de rire !

D’ailleurs, j’ai atteint notre endroit fétiche, un petit amas de rochers ensablés en retrait, pas loin d’un chemin de terre qui descends à une crique. Le point de vue est le meilleur. Je regarde à nouveau mon téléphone. Vingt-et-une heure trente. Bon, ni les potes ni les feux ne devraient tarder, ça fait au moins une bonne nouvelle. La mauvaise, c’est qu’en mini-short et débardeur je me les caille un peu, surtout avec le vent salé qui me caresse la figure.

— Bon, ils pourraient pas se bouger le cul ?

J’ai pensé tout haut, le son de ma voix résonne bizarrement.

— On est là. Derrière ton dos.

Je devrais avoir mon quota de surprises pour la soirée, assez en tout cas pour ne plus sursauter comme une malade mais rien à faire, ça marche quand même. Je me retourne.

— Tu devrais voir ta tête.

— Parce que tu arrives à voir quelque chose dans le noir, toi ?

La seule chose que je vois, moi ce sont nos sourires. Je sais qu’ils sont là. Je les sens. Ce qui devrait rester de notre relation, ce serait ces genres de sourire. Ces quelques sourires qui disent tellement de choses sur nous, sur ce que nous sommes, sur notre histoire.

— Ca crève les yeux. Même ceux d’un aveugle.

Un ange passe. Le Mistral fait écho aux cigales qui bruissent tout autour.

— Sans déc’, Arthur, qu’est-ce que tu fais là ?

Je me sens presque coupable de briser ce silence, même si il faut absolument que je dise quelque chose. Il y a quelque chose d’effrayant dans les nuits sans paroles même si le calme est sublime.

— On avait rendez-vous, non ?

ll hausse les épaules. Tout en lui est tellement désinvolte.

—Y’avait pas d’ambiance au Sushi Bar. Et rien de potable dans le reste. Rien ne change ni ne bouge. Je désespère de ce bled.

Dingue comme les perceptions changent d’un individu à l’autre. Je me sens ballottée dans tous les sens, prise dans un tourbillon, un cycle infernal de changement et pendant que je suis lancée sur les rails à pleine vapeurs, il reste dans un monde stable, tranquille.

— Tu vas retourner en mer ?

S’il dit oui, je l’assassine. Il ne peut pas repartir alors que je viens d’arriver, pas avant que l’année ne  recommence.

— Crois-moi princesse, c’est ma dernière journée en mer avant très longtemps.

— Ne m’appelle pas comme ça, y’a que Thomas qui a le droit.

— Thomas c’est lequel de tes frangins, déjà ?

Il rigole en tirant une clope de sa veste. Il m’en tend une avant d’allumer la sienne. Le briquet projette de petites étincelles comme des flashs.

— Le troisième de la liste. Celui qui a vingt-trois ans.

— Ah, Tom-pouce ! Le frérot de ma Lili-Pute à moi.

Il m’enlace. Lili-Pute, ça date du collège. Tout le monde m’appelait comme ça. Parce qu’à cette époque, je ne dépassais pas le mètre quarante et que ça fait un jeu de mot tellement facile avec « Lily ». Et le côté obscène, bien sûr…

— Ce que j’aime quand tu m’appelle comme ça Arthuuuuurrr !

J’essaie de prendre la voix haut-perchée de Emma quand elle parle de son Jules. L’imitation est plutôt fidèle si j’en crois le fou-rire d’Arthur.

— Putain, mais c’est tellement ça ! Sérieux, j’espère qu’ils ne vont pas venir. Surtout lui. Nan, en fait, même Emma est chiante. Elle en devient insupportable. Ça doit être les hormones qui baignent sa petite cervelle de liquide sucré et de bonbons. Mais bon, je suppose que tu y as eu le droit plus souvent que moi. Y’avait moins de distance.

Et par rapport à toi, la distance ? j’ai envie de crier. Il fait comme si de rien n’était. Comme si rien n’avait changé. J’ai envie de lui demander pourquoi lui se croit toujours en juin 2012, cette époque à laquelle on a fêté nos dix-huit ans et la fin du lycée. On dirait qu’entre les résultats du bac et aujourd’hui, il n’y a eu que vingt-quatre heures. Bon, lui, il a abandonné les cours en route pour aller voguer vers l’Italie, mais il était là pour fêter nos diplômes.

— Je ne sais pas ce qu’ils foutent, mais la célébration de la gloire nationale ne les attendra pas.

Il a presque murmuré. C’est space, on dirait presque il est solennel, comme si il annonçait l’apocalypse ou un truc de ce genre. C’est pas vraiment lui, je crois. Comme pour Emma, une autre partie de lui se révèle et je ne sais pas si je trouve ça bien ou pas.

— Faire bande à part, ça me convient pas mal, pour l’instant.

Je réalise que je suis toujours dans ses bras, que je n’en ai pas bougé depuis tout à l’heure. Les volutes qui émanent de nos clopes s’entrelacent aussi. Parfois, le paradis a comme un arrière-goût de goudron.

—À tous les coups, ils baisent dans les criques. P’t’être même en dessous de nous.

Encore une fois, j’ai pensé tout haut.

— On pourrait faire la même chose.

Je connais Arthur depuis dix ans. Autant dire que je sais tout de lui, que je le maîtrise à fond. Mais là, merde, je suis incapable de dire s’il déconne comme d’habitude ou s’il est vraiment… Non, franchement là… Je suis perdue et ça en devient assez étrange tout d’un coup.
Il se penche vers moi. J’ai du mal à croire que ça va vraiment arriver.

Devant nous, la mer s’illumine et le son explose.

14 février 2003 — 14 juillet 2013. La boucle est bouclée, en quelque sorte.

FIN

Artiste choisi : J’ai utilisé les titres suivants du groupe Matmatah :

  • Emma
  • La Cerise
  • Derrière ton dos
  • Bande à part
  • Les Moutons
  • Sushi Bar
  • Dernière journée en mer
  • Crève les yeux
  • Quelques sourires
  • Comme si de rien n’était

Un petit clin d’œil à leur reprise de Alligators 427 dont l’original est interprété comme indiqué par Hubert-Félix Thiéfaine.

*

L’Auteur : Tombée dans l’univers des livres depuis l’enfance, Cecilia Ann a décidé de s’y consacrer entièrement. Bibliothécaire sans chignon ni tailleur le jour et écrivaine procrastinatrice la nuit, elle ne désespère pas de mettre un point final aux romans qui la hantent depuis des années.

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7 thoughts on “Quatorze Juillet, par Cecilia Ann

  1. Excellent ! La narration est juste tellement immersive, un vrai bonheur à lire.

  2. j’adore… je suis toute hiiiiii!!!! Rooohhhh j’adore ce genre d’histoire qui me laisse un sourire idiot sur la tronche. Nan mais franchement, tu as tapé en plein dans le mile (humm je te suspect d’avoir lu mon journal intime de mes 20ans toi oO ). Arrf, tu viens en quelques lignes de réaliser mon fantasme le plus secret.Merci <3

  3. Un grand merci à vous pour vos gentils commentaires ! Je suis non seulement ravie de vous avoir fait passé un bon moment, mais que vous ayez pu ressentir les sentiments et les émotions que je cherchais à faire passer, de manière plus ou moins consciente, me comble de joie ! Merci !

    Coby : Ton avis me touche énormément, parce que la plupart du temps je trouve mon écriture affreuse… Je suis contente de voir que finalement je suis capable d’écrire de belles choses ! Merci !
    Dominique : Merci beaucoup ! Je suis heureuse de voir que ces « enjeux » qui hantent beaucoup mon écriture, qui sont quasi des thèmes récurrents et dont je n’ai pas forcément conscience en écrivant t’ont touchée !
    Romain : J’accorde une importance particulière à la narration (surtout si je suis en première personne) et j’essaie de faire entendre la voix de mes personnages aussi clairement que je l’entends lorsqu’ils me dictent « leurs » histoires. Je suis ravie que cela ai fonctionné !
    Angou : Toi aussi tu a en quelque sorte réalisé mon rêve ! Un de mes buts secrets, au travers de mes récits « réalistes » est de justement raconter des histoires vraies, des situations réelles. Je veux que l’on se reconnaisse dans ce que j’écris, que les mes lecteurs aient une impression de familiarité en lisant mes histoires. Merci à toi, et je suis touchée d’avoir pu te faire remonter des souvenirs forts et puissants !

    Je ne touche plus terre grâce à vous (premier texte que j’expose de manière publique, et à la critique également…), merci ♥

  4. Très joli, j’aime beaucoup.
    Même si je ne suis pas d’accord avec elle sur l’indépendance. Cela me fait rire quand elle critique les autres.
    Enfin bref, j’aime bien 🙂 Bravo !

  5. Pingback: Cecilia Ann / Avalyn | Les 24 Heures de la Nouvelle

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